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Full text of "Revue des études juives 1904"

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http://archive.org/details/revuedestudesjui49soci 






REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS 



io^s REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME QUARANTE-NEUVIÈME 



PARIS 
A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER 

83 bU , RUE LAFAYETTE n^LJ^^L^ 

1904 ^^^C^ 



loi 

t.z+q 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 

ÉTUDE SUR LE COMMERCE DE L'ARGENT 
AUX XIII e ET XIV e SIÈCLES 



SUITE 



CHAPITRE IL 

Les Juifs apparaissent au Comté de Bourgogne avant 1220, introduits, semble-t-it, 
par les maisons de Mâcon et de Chalon. — Dès 1245, ils sont assez nombreux 
pour être visés par des bulles pontificales. — Leur commerce, très actif dès 1264, 
leur donne pour clients les comtes, la baute noblesse et bientôt, pour le prêt sur 
gages insignifiants, tout le menu peuple. — Les terres des grands vassaux et 
surtout les terres du domaine comtal deviennent l'emplacement des banques de 
prêt des Juifs du Comté depuis le dénombrement de 1296. — Les Juifs, malgré l'oc- 
cupation du Comté par Philippe le Bel, échappent à la proscription de 1306. — La 
banque d'Héliot de Vesoul fait des opérations considérables de 1296 à 1318. Rôle 
important de ce Juif. — L'expulsion des Juifs de France en 1321 a son contre-coup 
au comté de Bourgogne. — Dès 1330, ils rentrent; ils sont favorisés par le duc 
Eudes IV (1330-1349). — Leur bannissement en 1348. — On en met quelques-uns 
à la torture à Vesoul pour empoisonnement des puits. — Inventaires de Gray, 
Vesoul, Montbozon et Fondremand. — Dernières colonies : Bracon et Gray. — 
Expulsion de 1374. — Colonie juive à Besançon de 1393 à 1404. 

Du moment qu'il est avéré que le Duché de Bourgogne fut, dès 
le x e siècle, doté d'une colonie juive, l'histoire du Comté de Bour- 
gogne étant connexe à cette époque lointaine avec celle du duché 
et des relations ayant été permanentes aux xi e , xn e , xin 9 siècles 
entre les deux régions, en attendant la communauté de gouver- 
nement qui surviendra au xiv e siècle, il est tout naturel que 
les Juifs établis sur la rive gauche de la Saône soient venus 
de la rive droite. Le silence absolu des chartes antérieures 
à 1200, la pénurie de chroniques, en dehors de textes hagiogra- 

1 Voir Bévue, t. XLVIII, p. 208. 

T. XLIX, n° 97. 1 



2 HEVUK D1£S ETUDES JUIVES 

phiques où le Juif n'apparaît guère, nous amènent à constater 
qu'avant 1220 il n'est aucune trace de commerce ou de person- 
nages juifs au Comté de Bourgogne, et le premier texte, tiré du 
cartulaire de Balerne, nous fait voir une juiverie installée à Lons- 
le-Saunier, dans une terre dépendant de la maison de Chalon : 

« Casale quod est siium in vico Judeorum in [burgo] Ledo- 

niensi... 1220 * ». Étant donnée l'influence considérable de la 
maison de Mâcon, puis de celle de Chalon, dans ce Comté de 
Bourgogne, dont la souveraineté devait rester un jour à leur des- 
cendance, on ne peut attribuer l'introduction des Juifs qu'aux 
descendants d'Otlie- Guillaume, et vraisemblablement à Rai- 
naud III (1120-1148) ou à son petit -neveu, Etienne, comte 
d'Auxonne (1150-1241) déjà comte en Bourgogne, sans avoir pu 
devenir comte de Bourgogne -. Le fils aîné d'Etienne, Jean de 
Chalon, était à Melun le 30 décembre 1230, quand saint Louis 
rendit en faveur des Juifs de France son ordonnance fameuse 3 ; ce 
fut à lui que Clément IV adressa trente-sept ans plus tard sa bulle 
contre les Vaudois et les judaïsants du Comté de Bourgogne 4 . 

En tout cas, si les Juifs existaient à Lons-le-Saunier dès 1220, 
ils devaient s'être répandus plus avant à la faveur des guerres et 
des divisions intestines qui avaient armé l'une contre l'autre les 
deux branches, aînée et cadette, des comtes héréditaires, de 1201 
à 1255 5 , car, en 1245, jlnnocent IV, par une bulle datée de Lyon 
le 23 octobre, invite l'archevêque de Besançon à faire porter un 
signe distinctif, la rouelle jaune, aux Juifs établis dans son dio- 
cèse . Les chartes où figurent les Juifs vont bientôt devenir nom- 
breuses dans le Comté, et nous donneront, avec une abondance et 
une saveur que les chartes bourguignonnes de même date ne pré- 
sentent pas, des détails curieux sur les opérations auxquelles se 
livrent les Juifs dans un pays de soldats et de paysans où la fortune 
n'habitait guère. 

C'est aux soldats, c'est-à-dire aux nobles, que les Juifs eurent 

1 Cartul. de Balerne, n° 142. (Copie de Jules Chifflet, coll. Droz des Villars, à 
Besançon.) 

2 Voir Ed. Clerc, Essai, I, 387. 

3 Duchesne, Scriptores coetanei, V, 422; — Guillaume, Eist. des sires de Salins, 
î, 288; — Un Vergy, seigneur de Champlitte, y assistait également (Duchesne, 
Eist. de Vergy , Pr. 183). 

* 6 juillet 1267 (impr. dans Desloix, Spéculum inquisitionis Bisuntinœ, 1628, 
p. 165-172). 

s Ed. Clerc, Essai, I, 404-446. 

6 Ulysse Robert, Les Signes d'infamie, 2 e éd., 30 : « ...Quatinus judei tue civi- 

tatis et diocesis juxta prelati statuta concilii, habitum déférant 10 cal. 

novembris, pont, anno tertio » (Cartul. de l'archevêché, coll. Droz, I, 334, Bibl. 

de Besançon.) 



LES JUIFS DANS LES DEUX HOÙl'.GOGNES 3 

affaire tout d'abord. En 1264, Amideu, Jm'i. de Villars, et Moiroud 
ou Moirot, Juif de Dôle, prêtèrent 400 livres estevenantes à Simon 
de Joinville, seigneur de Gex (le frère de l'historien), et celui-ci 
leur donna pour gage, avec le consentement de Jean de Chalon, 
frère de sa mère, et d'Alix de Méranie, comtesse de Bourgogne, 
les revenus de sa terre de Marnay durant cinq ans 1 . En 1269, tout 
un groupe de Juifs habitant Arlay, Orgelet, Nancuise, Poligny 
(dans le Jura actuel) et Pontarlier (dans le Doubs) se donnent en 
toute propriété à Jean de Chalon, seigneur de Rochefort, iils de 
Jean de Chalon l'Antique, et jurent sur le rouleau delà loi donnée 
par Moïse de ne reconnaître aucun autre seigneur 2 . Les transac- 
tions de la noblesse avec les Juifs se multiplient. C'est Gui de 
Rans, seigneur de Roche-sur-Loue, qui engage, en 1274, ses mou- 
lins de Roche à Simon, Juif de la comtesse de Bourgogne, à 
Chissey 3 . A Dole, le Juif Manassès achète le moulin du Pont en 
1276 4 . Dès 1282, la noblesse est criblée de dettes envers les Juifs 
et envers les corsins, et des textes précieux et inédits le mention- 
nent : on vend « pour paier à juys et à corsins les detes qui sont 
.demerées 5 » ; « pour le deschargemant de daptes montanz à usure 
chiés juis et chiés corsins 6 ». Le Juif est partout ou presque par- 
tout l'homme du Comte, quelquefois son mandataire, toujours son 
créancier. Quand Othon IV, fils d'Hugues de Chalon et d'Alix de 
Méranie, prince brave mais dépensier, devint comte de Bour- 
gogne (1279-1295-1303), l'administration sage et prudente de sa 
mère fut remplacée par un luxe incroyable, qui le mit à la 
merci des Juifs et bientôt des Lombards, qui l'entraînèrent à sa 
ruine. A Arbois, à Dôle, à Pontarlier, à Bracon, à Jussey 7 , dans 
toutes les terres domaniales, le Juif est installé, utilisé, exploité, 
partout il perçoit sur le Comte et sur ses seigneurs d'amples 
bénéfices ; partout il prête et sert de banquier au pauvre comme 
au riche s . 

Othon IV, en 1295, livre à Philippe le Bel son comté de Bour- 
gogne et se retire dans le comté d'Artois, dont Mahaut, sa femme, 
vient d'hériter ; les seigneurs essaient de lutter contre la France 
avec Laide de l'Angleterre, mais succombent et capitulent en 1301. 

1 Pièces just., n° 4. — Marnay (Haute-Saône), ch.-l. de canton et arr. de'Gray. 

2 Pièces just., n° 5. 

3 Pièces just. y n° 7. 

4 Pièces just., n° 9. 

8 Pièces just., n° 10; charte de juin 1282, Salins. 

6 Pièces just., n° 21, charte de janvier 1297, Dôle. 

7 Voir, aux Pièces just., les obligations, transactions, quittances, cotées 11, 12, 13, 
14 15, 16, 17, qui justifient nos appréciations. 

8 Dans son Essai, II, 169, Ed. Clerc a fait une confusion absolue entre les Juifs 
et les Lombards : il appelle ces derniers « des Juifs lombards d'Asti et de Florence »• 



4 H!<: VUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au moment où les bailiis et les fonctionnaires du Roi vont pren- 
dre possession de cette terre jusque-là indépendante, Othon IV 
fait remettre, le 25 janvier 1296, à Philippe le Bel, un dénombre- 
ment dont nous avons deux textes, l'un complètement inédit 1 . Par 
eux, nous savons exactement ce que représentait le cens annuel 
versé au Trésor par les Juifs et les Lombards que le comte Othon a 
trouvas établis, ou a établis lui-même dans les villes de son do- 
maine - . 

Neuf groupes de Juifs lui paient annuellement 975 livres, tandis 
que treize groupes de Lombards lui paient 705 livres seulement. 

Les Juifs sont établis à Arbois, Baume, Chissey, Dole, Gray, 
Poligny, Salins (Bracon), Vesoul, au nombre total de 14 ménages, 
dont le cens annuel varie de 100 sous à 200 livres, les Juifs de 
Dôle,Menessier et Béniet, étant les plus imposés (200 et 150 livres). 
Vers 1300, le total des cens des Juifs est le même, bien qu'il n'y 
ait plus de groupes indiqués, ni à Vesoul, ni à Gray. Faut-il y 
voir le résultat d'une expulsion partielle? nous ne le croyons pas, 
car, dès 1297, la banque de prêt que le Juif Héliot tient à Vesoul 
fonctionne sans interruption sérieuse jusqu'en 1318 et plus tard 
encore 3 . Une quittance de 1297 est fort instructive en ceci 
qu'Héliot de Vesoul, en la donnant à Montbéliard, à Othenin et 
Huguenin de Saint-Loup, fils de feu Geofl'roi de Faucogney, dé- 
clare qu'il la rédige « hors de prison et de tous biens 4 ». 

Les Juifs du Comté, plus heureux que ceux du Duché, et proté- 
gés peut-être parles capitulations que Philippe le Bel dut accepter 
pour se concilier les barons franc-comtois, clients attitrés de ces 
banquiers, semblent avoir échappé à la proscription de 1306, dont 
nous ne trouvons qu'une très fugitive mention dans les comptes 
d'Héliot de Vesoul 5 , mais sans le détail précis qui eût accompagné 
la mention d'un exil personnel. En tout cas, les banques de prêt 
continuent à fonctionner, les Juifs continuent à commercer, aussi 
bien dans la partie du Comté de Bourgogne que Philippe le Bel 
administre, que dans la partie affectée au douaire de Mahaut 
d'Artois, à partir du décès d'Othon IV (1303) 6 . 

A défaut de comptes royaux, qui pourraient donner une préci- 



1 Pièces just., n< 5 19-20. 

2 Ce cens annuel appartenait pour moitié au sénéchal du comté de Bourgogne, si 
l'on s'en rapporte à un texte de la Coll. de Bourgogne (Bibl. Nat.), t. XX.VI1, 
1° 115 \°, « la moitié de la rançon des Juifs ». 

3 Livres de commerce d'Héliot, étudiés par Loeb {Rev. des Études juives, VIII et 
IX) d'après les mss. B 10410 et B 10411 des Arch. de la Côte-d'Or. 

k Pièces just., n° 22 ; charte du 31 mai 1297. 

5 Loeb, Deux livres de commerce (Revue, IX, 42), « l'année de l'exil ». 

6 Pièces just., n° s 24, 27, 28,- actes de 1301-1305. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 5 

sion absolue aux données que nous possédons sur la période de 
1295 à 1330, nous avons quelques comptes du douaire de Maliaut 
d'Artois, de 1305 à 1313, qui y suppléeront, 

Les Juifs du Comté de Bourgogne, comme ceux du Duché, sont 
l'objet des mêmes méfiances populaires et des mêmes privilèges 
seigneuriaux ; ils appartiennent généralement au Comte et ne 
jouissent d'aucun droit de bourgeoisie dans les communes consti- 
tuées ; ils en sont formellement exclus par les chartes de franchi- 
ses de Neublans, en 1256, de Chaussin, en 1260, d'Annoire, en 
1262 et 1304, d'Orgelet, en 1267, de Poligny, en 1288*. 

En 1306, l'archevêque de Besançon lança, contre les Juifs et les 
Lombards, un monitoire adressé au bailli, peut-être pour provoquer 
contre les usures de ces banquiers quelque mesure coercitive. 
Mahaut d'Artois s'y opposa 2 . En 1309, elle a des Juifs à Pontarlier, 
à Bracon, à Chariez; elle les introduit à la Love (1309) et plus tard 
à Auxonne (1312) ; elle emprunte 600 livres à Héliot de Vesoul au 
moment du mariage de sa fille et les lui rembourse de 1308 à 1311. 
Tous lui paient un cens annuel dont la quotité varie de 20 sous à 
30 livres 3 . 

En 1315, Héliot de Vesoul, le créancier de Mahaut, est, avec 
Josse de Pontoise, commissaire des Juifs de France pour le rapa- 
triement des Juifs de langue d'oc 4 . Sa banque, singulièrement 
prospère, avait pour clients toute la noblesse du Comté de Bour- 
gogne 5 , et ses opérations commerciales et financières, le reliant 
à l'Allemagne, à la France, à l'Artois et aux Flandres, ont laissé 
de nombreuses traces dans les archives des Deux-Bourgognes. Ses 
livres de commerce (texte hébreu), conservés à Dijon, ont fait 
l'objet d'un intéressant travail ; ils jettent sur la situation sociale 
et commerciale des Juifs, à l'époque dont nous parlons, un jour 
aussi complet que possible, et nous leur consacrerons, comme ils 
le méritent, une étude détaillée 6 . Disons seulement qu'Héliot, fort 
attaché à la famille d'Othon IV, comme il l'avait été à ce prince, 
fut le bailleur de fonds et l'hôte d'Henri de Bourgogne, son neveu. 
Le 4 mars 1319, en retour de l'engagement pris par Hugues de 
Bourgogne et affirmé sur la foi du serment, de les aider à recouvrer 
leurs créances, Héliot s'obligeait, tant en son nom que comme cau- 

1 A. Tuetey, Droit municipal en Franche-Comté, 56, 57, 189, 203, etc. 

* Pièces just., n° 29. 

3 A Pontanlier, Habranin, XL. 1.; Jacolet, G s.; — à Bracon, Moussé, XX. L; 
Bienvenue, XX. s.; Mirien, XXX. s.; — à Chariez, Eliot, XXX. 1.; les enfanls 
(TEronin, XXX. 1., 1309, etc.. — Pièces just., n° 29. 

v G. Saige, Les Juifs de Languedoc, pp. 106 et 330- — Arch. Nat., P 2289, (° 108. 

» Pièces just., n° 3 36,37, 41, 42, 43 44. 

6 Chapitre v. 



r, LIEVUE DES ÛTUUES JIHV.ES 

Mon des Juifs de Fondremand, de Montbezon, de Port-s. -Saône, 
d'Apremont, de Dole, de Poligny et de Baume, c'est à-dire pour la 
plupart des Juifs du Comté, à verser à Hugues de Bourgogne une 
somme de 500 livres 1 . Deux ans plus tard, Philippe le Long, par 
lettres patentes du 14 décembre 1321, rendait exécutoire au Comté 
de Bourgogne l'ordonnance qui expulsait les Juifs de France et 
ordonnait à tous les justiciers du royaume de délivrer aux gens 
de la reine Jeanne de Bourgogne tous les biens confisqués sur 
Héliot de Vesoul, Vivant son fils et les autres Juifs du pays, en 
quelque lieu qu'ils fussent 2 . En vertu de cette ordonnance (aujour- 
d'hui perdue), les biens des Juifs furent vendus, la maison d'Héliot 
fut donnée à une dame d'atours de la reine Jeanne en 1324 3 , et 
dépouillés de leurs richesses « ils furent getié fuer de la Comté 
de Bourgogne » 4 où, quatorze ans plus tard, on n'avait pas encore 
achevé de liquider leur confiscation 5 . La mort prématurée de 
Philippe V en 1322 laissa le comté de Bourgogne partagé entre la 
mère et la fille, Mahaut d'Artois et la reine Jeanne, toutes deux 
veuves et douairières. Sous leur gouvernement pacifique, les 
Juifs purent rentrer à loisir, tandis que le Duché de Bourgogne 
leur restait obstinément fermé ; et, quand la mort de Mahaut et 
de Jeanne, survenue en 1329, eut fait passer la souveraineté du 
Comté entre les mains du gendre de Jeanne et de l'époux de 
Jeanne de France, le duc de Bourgogne Eudes IV, ce prince trouva 
les villes de son nouveau domaine peuplées de nombreux groupes 
de Juifs partiellement recrutés parmi les exilés bourguignons. 

Un tableau des 85 ménages juifs qui peuplent à ce moment le 
Comté de Bourgogne est très suggestif pour leurs noms et surtout 
leurs lieux d'origine : l'Angleterre, Braine en Flandre, Troyes, 
Ferrette, Verdun-sur-le-Doubs, Pont-à- Mousson, Reims, Chau- 
mont, Maisonvaux, etc. C'est une population, partie de réfugiés 
(32 familles), partie de Juifs dès longtemps fixés au Comté de 
Bourgogne, rentrés après l'orage de 1321 fi . 

Apremont, Auxonne, Baume, Châtelbelin, Châtillon-le-Duc, 



1 Pièces just. t n° 43. 

1 Arch. du Doubs, B 14, cote V, 161 (simple mention : ancien inventaire de la 
chambre des comptes de Dôle). 

3 L'abbé Morey, Les Juifs en Franche-Comte' au XIV e siècle, 12. — Cette étude, 
faite un peu à la légère, invoque un certain nombre de faits controversés et, sauf les 
emprunts faits littéralement aux inventaires imprimés des dépôts d'archives, donne 
des sources souvent douteuses ou des dates inexactes. 

* Compte de Richard des Bans, trésorier de Vesoul (1332-1333), cité par Ed. 
Clerc, Essai, II, 23. 

8 Voir la perception de leurs vieilles dettes faite en 1 336-1338 par le trésorier 
Richard des Bans, de Vesoul, Pièces just., n° 55. 

s Pièces just., n° 52, compte de Richard des Bans, trésorier de Vesoul, 1332-1333. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 7 

Ghissey, Glerval, Fondremand, Fontenoy-le-Château, Gray, Mont- 
bozon, Poligny, Pontarlier, Port-sur-Saône, Salins, Velesmes et 
Vesoul, tels sont les emplacements des Juifs en 1332. Un rensei- 
gnement encore : presque sans exception, toutes ces localités 
dépendent du domaine. L'établissement éphémère de Juifs installés 
dans des seigneuries particulières, telles que Lons-le-Saunier, 
Arlay, Bletterans, Champlitte, l'Isle, etc., n'a subsisté nulle part, 
sauf à Montbéliard, et nos documents sont muets désormais à ce 
sujet. 

Eudes IV emprunta volontiers aux Juifs et aux Lombards de 
son Comté : Rubiagin de Dole, héritier de Vivant de Vesoul, fils 
du célèbre Héliot, est à la fois son créancier et son mandataire ! ; 
c'est lui qui fait parvenir au duc à Dijon l'argent qu'il recouvre 
sur son domaine 2 . Sanse de Montbéliard, frère de Rubiagin, est 
dans le même cas 3 , aussi les 60 livres de cens annuel qu'ils 
doivent au domaine ne figurent-elles jamais dans les comptes, car 
le Duc leur redoit toujours 4 et leur envoie volontiers des clients 
du Duché, quand il n'emprunte pas lui-même 5 . Quand la guerre 
des barons, qui a ensanglanté le Comté de Bourgogne révolté 
contre Eudes IV, prend fin au traité conclu à Vincennes le 13 juin 
1337, le Duc prend l'engagement de solder au compte de Jean de 
Chalon, chef de l'insurrection « cinc mile livres tournois à ses 
jueix et à ses lombars, se tant y doit. . . 6 » Au lendemain de ce 
traité Eudes fit argent de tout et les Juifs en payèrent leur part. 
Dans les terres d'Hugues de Bourgogne, le juif Haquinet de Mont- 
bozon et le prévôt Colin purent retrouver 185 livres 21 deniers de 
vieilles dettes ; la redevance du cimetière de Montbozon produisit 
12 livres, 11 sous, 3 deniers; les vieilles dettes de Juifs du Comté 
que recouvrait Mossel de Bracon : 201 livres, 5 sous, 6 deniers, 
enfin, les cens courants des Juifs de Vesoul, ceux d'Auxonne, de 
Dole, de Poligny, ne faisaient plus partie de la trésorerie de Vesoul. 
A Port-sur-Saône et à Vesoul, il fallut, en revanche, rembourser 
90 florins de Florence, jadis empruntés au nom du Duc par le 
bailli Hugues d'Arc 7 . 



1 Pièces just., n° 53. 

2 Arch. du Doubs, B 79*, f. 30, 1332-1333. 
» Ibid. 

* Arch. Côte d'Or, B 1389. — Compte de Richard des Bans, 1336. 

3 Pièces jnst., n° 54. 

6 Matile, Monuments de Neuchàtel, ccccxiv, p. 442; — Arch. du Doubs, B 339. 

7 Pièces just., n° 55. — Eu 1338, c'est-à-dire la même année, Girard MUlière de 
Dole et Richarde sa femme, « pour se deschargier de plusieurs debtes en mains de 
juis et de lombars t, sont réduits à vendre une vigne à Dole au prix de 90 florihs 
de Florence (Bibl. Nat., collection de Bourgogne, 43, i° 234). 



8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

De 1346 à 1347, une nouvelle révolte de barons comtois contre 
Eudes IV lut entremêlée de succès et de revers pour les deux 
partis et se termina par une paix dont Philippe VI de France fut 
encore le négociateur ! . A la suite du traité, éclatait dans toute la 
région de l'Est, en Savoie, en Alsace, en Allemagne, une persé- 
cution générale des Juifs. La peste noire, qui étendait ses ravages, 
la rénovation de la légende de l'empoisonnement des puits 2 , et, 
par-dessus tout un souffle irrésistible qui surexcitait des imagina- 
tions fourvoyées, firent voir dans le Juif un ennemi à détruire et à 
sacrifier 3 . Eudes IV suivait l'impulsion venue de France et donna 
l'ordre d'arrêter les Juifs du Comté de Bourgogne, de saisir leurs 
biens et de les juger. Deux commissaires, Guy de Vy, chevalier, 
ancien bailli du Duc, et Jean de Coublans, écuyer, en furent 
chargés au baillage d'Amont; il dut en être de même au baillage 
d'Aval, sur lequel rien ne nous est parvenu 4 . Du 31 octobre au 
1 er novembre 1348, les Juifs d'Apremont, de Chariez, Fondre- 
mand, Gray, de Jussey, Montbozon, Port-sur-Saône et Vesoul, 
furent arrêtés comme ceux d'Auxonne. On les enferma, partie à 
Gray, au château et dans la tour de la ville, partie à Vesoul, 
dans les prisons du baillage, et l'on dressa l'inventaire de leurs 
meubles, de leurs gages et de leurs créances, dont la liquidation 
commença. 

A Gray, les commissaires avaient délégué Richard de La Loge 
et le prévôt Jean de Morey, assisté de son clerc, Perrenot le 
Coquet. On saisit et on inventoria les meubles et les gages des 
Juifs dont les noms suivent : Lyonet, Symonet, Parise, Jocon et 
Père, son fils, Moissel, Jacob, la femme Coppinet, Lyon le Gros, 
Héliot, Bonne Vie, le prêtre de la Loi (ce dernier commerçait tout 
comme un simple Juif). 

A Apremont, la saisie fut pratiquée chez les Juifs Moissel et 
Danny et chez la Juive Bonne Fille. 

La recette, tant de l'argent trouvé que de la vente des biens et 
gages, produisit 243 florins, 1 gros, 1 denier; les créances à recou- 
vrer s'élevaient à 712 florins et demi; la charge en fut donnée au 
gruyer de Gray, Perreaul de Courchamp. 

Les Juifs de Gray restèrent en prison 117 jours, du 1 er no- 

1 Ed. Clerc, Essai, II, 85. 

2 Ce fait est visé dans les procédures contre les Juifs de Franche-Comté. Pièces 
just., n° 58. Juifs mis à la torture € pour savoir la vérité des poudres que l'on disoit 
qu'ils a voient jetée aux poix et fontaiunes ». 

3 Graetz, Hist. des Juifs (trad. Bloch), IV, 275-283. 

* Le comté de Bourgogne était partagé en deux bailliages : Amont au N.-E., Aval 
au S.-E. Le premier comprenait la Haute-Saône actuelle et moitié du Doubs, le 
second le Jura et moitié du Doubs environ. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 9 

vembre 1348 au 26 février 1349; deux d'entre eux, Père et Moissel 
avaient été arrêtés à Auxonne; on avait déposé leurs meubles 
dans la maison d'Héliot, de Gray ». Les opérations des sous-com- 
missaires de Gray prirent fin le '26 février 1349. 

A Yesoul, elles durèrent plus longtemps, du 31 octobre 1348 
au 14 août 1349; la besogne, plus compliquée, était dirigée par 
Renaud Joume, de Chariez, prévôt de Vesoul*, mais Gui de Vy 
et Jean de Goublans y présidèrent eux-mêmes du 31 octobre au 
4 novembre. Et d'abord l'arrestation des Juifs et la saisie des 
meubles, gages et créances se firent successivement chez Simon, 
Rubinine, Habrelin, Menessier, Mullequenet, Léaul (garde de la 
Synagogue), Éliet le Borgne, Éiiot, neveu de dame Lie, Mossel le 
Cellerier, Bienvenue, dame Lie, Banditet, Haronnin, Haquemant. 
Quatre d'entre eux, Rubinine, Menessier, Habrelin, et Jocon de 
Port, s'étaient sauvés et avaient été arrêtés par le sire de Viller- 
sexel, qui les restitua eux et leurs meubles le 19 novembre 1348. 

Mobilier, bétail, cheptels placés chez les paysans d'alentour, 
tout fut inventorié, prisé et vendu; on en tira à grand peine 
293 livres, 17 sous, 11 deniers. Le blé et le vin qu'on trouva ser- 
virent à nourrir les prisonniers de Vesoul : 80 personnes, du 2 no- 
vembre au 27 janvier 1349, 31 personnes tant Juifs que Juives et 
petits enfants que l'on garda du 28 janvier 1349 au 10 février 
suivant pour traduire « d'ébrey en roman » certaines lettres et 
obligations saisies. Six des prisonniers furent mis au secret, puis 
à la torture et questionnés pour savoir s'ils avaient jeté des 
poudres dans les puits et les fontaines. 

Le 27 janvier, douze gentilshommes : le seigneur de Montby, 
Aimé de Velle, Guillaume de l'Isle, le seigneur d'Aroz, Jean de 
Velle, Othe de Velleguindry, Jacques de Chariez, tous chevaliers, 
Huguenin de Chariez, Guillaume de Vellefaux, Perrin de Cendre- 
court, Guillaume de la Chapelle, écuyers, Henri de Fondremand, 
étaient convoqués à Vesoul par les commissaires pour juger sur 
leurs aveux, arrachés par la torture, les Juifs incarcérés. Le 
verdict fut rendu et les condamna au bannissement pour les sous- 
traire à la vindicte populaire « por ce que l'on ne les tuest et des- 
roubest ». Ainsi finit l'exécution des Juifs de Vesoul. 

A Fondremand habitaient seulement deux Juifs, Simonin et 
Mandant : la saisie fut pratiquée par Jean des Murs, de Jussey, 
les inventaires et liquidation faits par Gauthier, prévôt de Fon- 
dremand, et Henri de Fondremand, commissaire du Duc, du 



1 Pièces just,, n° 57. 

2 Pièces just., n° 58. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1 er novembre 1348 au 22 novembre 1349. 106 livres, 13 sous, 
3 deniers furent réalisés, mais quand on eut liquidé la dépense 
des opérations, il ne resta plus pour le Trésor que 6 livres, 4 sous, 
3 deniers estevenants ! . 

A Montbozon, on comptait huit Juifs : Sairinate, Borne, Mour- 
sel, Ossayas, Ciniat, la Lune, Flavim et Savelie, leurs créances 
montaient à 266 livres, 13 sous, 10 deniers 8 . 

Telle fut l'exécution des Juifs du bailliage d'Amont au Comté de 
Bourgogne; il n'y eut pas de sang répandu et le bannissement de 
80 Juifs eut plutôt pour résultat de les préserver que de les livrer 
à la colère du peuple. 

Des inventaires dressés alors, dont le détail pourrait apporter 
quelques renseignements à la technique des métiers, à l'histoire 
du costume, il serait aisé de tirer les éléments d'études acces- 
soires qui sortent de notre cadre et surchargeraient notre plan 3 . 
Nous avons, du reste, groupé pour le Comté de Bourgogne en 
1348, comme nous l'avons fait pour le Duché en 1306, tous les in- 
ventaires relatifs à la confiscation des Juifs et à la vente de leurs 
gages et de leurs meubles. En les parcourant, en les copiant, nous 
nous sommes convaincu de la situation médiocre des Juifs du 
Comté, de la modicité de leurs créances et de la pauvreté de leurs 
débiteurs. Leur condition était bien inférieure à celle des Juifs 
du Comté au temps d'Othon IV et d'Eudes IV, bien inférieure à 
celle des Juifs du Duché sous Philippe le Hardi. Il devait en être 
de même des Juifs du bailliage d'Aval, de Dôle, Salins et autres 
lieux. 

Eudes IV était mort, quand les derniers comptes des Juifs du 
bailliage d'àmont furent apurés â Dijon; Fun des premiers actes 
de la régente Jeanne de Boulogne et d'Auvergne, mère de Phi- 
lippe de Rouvres, héritier de son aïeul, fut de prendre solennel- 
lement à Gray, le 29 avril 1349, l'engagement formel de ne plus 
conserver de Lombards et de Juifs et de les expulser dans les six 
mois; l'archevêque de Besançon, Jean de Chalon, Henri, comte de 
Montbéliard, scellèrent cette ordonnance, qui fut promulguée le 
26 mai suivant dans tout le comté, et adoptée à Belfort le 2 juin 
suivant par Jeanne de Montbéliard, comtesse de Katzenellen- 
bogen 4 . Rien ne permet de douter qu'elle ne fut exécutée partout, 

1 Pièces just., n° 59. 

2 Pièces jmt. f n° 60. 

3 L'abbé Morey, dans ses Juifs de Franche-Comté au XIV* siècle, a développé à 
outrance le contexte des documents que nous venons d'analyser; le manque de con- 
cision et de précision ote à son récit le caractère vraiment historique et le fait dé- 
générer en roman. 

4 Pièces jus t., n° 61. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES H 

car de 1349 à 1374, aucune trace de Juifs n ; apparait dans les docu- 
ments francs-comtois. 

La tolérance introduite en France par Jean II dès 1362 et par 
Philippe le Hardi au duché de Bourgogne, avait favorisé le retour 
des Juifs et ils étaient revenus à Salins. Le 26 septembre 1374, au 
moment où Marguerite de France, comtesse de Flandres, d'Artois 
et de Bourgogne, arrivait à Salins, le clergé de la ville lui pré- 
senta une pétition sur parchemin, scellée des sceaux des chapitres, 
curés, prieurs, cordeliers et hospitaliers de la ville, pour demander 
l'expulsion « de ces très vils et perfides Juifs dont le contact souil- 
lait les chrétiens et suscitait d'innombrables péchés * ». La requête 
fut agréée, et le surlendemain Marguerite de Flandres scella, à 
Salins même, une ordonnance qui expulsait, dans le délai d'un 
mois, tous les Juifs de Bracon 2 . 

Quand le duc Philippe le Hardi fut devenu comte de Bourgogne 
en 1382 par la mort de Louis de Maie, son beau-père, les privi- 
lèges concédés aux Juifs dans son duché ne tardèrent pas à être 
étendus au Comté de Bourgogne. Après la publication des lettres 
du 21 novembre 1384 analysées dans le chapitre précédent, qui 
permettaient à 52 ménages juifs de résider tant au Duché qu'au 
Comté de Bourgogne et au comté de Nevers, quatre chefs de fa- 
milles juives s'établirent au comté : 3 â Bracon : David, Baroth et 
Cernon ; 1 à Gray, Bonjour, astreints comme ceux du Duché 
à 12 francs de cens annuel 3 . En 1390, un quatrième Juif, Vuyon, 
s'établit à Bracon 4 . En 1391, Chernon de Bracon (dont le fils 
était devenu en 1385 le gendre de Joseph de Saint-Mihiel, chef 
de la colonie juive de Dijon) 3 , fut condamné à une amende par le 
lieutenant du bailli d'Aval 6 . Depuis le 30 mars 1390, ces Juifs de 
Bracon étaient affiliés à la colonie de Dijon et soumis aux mêmes 
obligations pécuniaires que ses membres 7 . Quand l'expulsion 
générale des Juifs de Bourgogne fut ordonnée en 1394, les Juifs 
de Bracon et de Gray suivirent la loi commune, et le compte de 
Jean Chousat pour Tan 1396-1397 enregistre leur départ en ces 
termes laconiques : « Les Juifs du conté sont alez demourer hors 
du conté de Bourgogne par ordonnance de Monseigneur avant le 
terme de Noël 1395 \ » 

1 Pièces just., 11° 67. 

2 Pièces jtist., n° 68. — Cette charte, inédite, a échappé à tous les historiens du 
Comté, réduits à l'hypothèse du succès de la requête du clergé salinois. 

3 Arch. Côte-d'Or, B 1472, f° 22. — Pièces just., n° 113. 
*• Pièces just. } n° 120. 

5 Pièces just. , 11» 95. 

6 Pièces just., n° 123. 

7 Simonnet, 193. 

8 Bibl. Nat., Collection de Bourgogne, 25, 74, 100, 687. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Besançon, de 1393 à 1404, bénéficie des migrations des Juifs 
chassés de France, de Bourgogne et de Franche-Comté. Dès 1381, 
un Juif, Perrenin d'Auxon, emprisonné le 19 novembre par ordre 
du maréchal de Bourgogne, y habitait. Toute une colonie s'y 
forma, durant dix ans, pour s'en aller bientôt, quoiqu'elle jouît de 
nombreuses prérogatives. En 1465, son cimetière « en l'Argillat » 
fut vendu au profit de la cité. 

Mais ce qu'on ignore, c'est qu'en 1396, Philippe le Hardi avait 
eu la pensée d'accepter les propositions de Vivant de Montréal et 
de plusieurs Juifs expulsés de Bourgogne, qui le suppliaient de 
permettre à 50 de leurs ménages de se fixer au comté de Bour- 
gogne. Le duc fit examiner l'affaire par son conseil dont l'avis dut 
être négatif 1 . 

En 1409, un juif nommé Mathasias Quino, fixé à Besançon, de 
1393 à 1404, habitait Champlitte et fut l'objet d'une incarcération 
à Montbéliard. Jean Sans-Peur somma le comté de Montbéliard 
de le remettre en liberté 2 . Mathasias fut le dernier Juif autorisé à 
séjourner au comté de Bourgogne ; de 1409 à 1791, l'interdiction 
absolue qui pesait sur sa race ne fut jamais levée. 



CHAPITRE III 



Condition légale des Juifs dans les deux Bourgognes. — Taxe spéciale des Juifs 
dans les péages. — Réception de Juifs. — Synagogues et cimetières. — L'es 
rabbins commercent comme les simples Juifs. — Opérations des Juifs : banque et 
commerce. — Banque : prêts sur gages, sur hypothèques, gages mobiliers, gages 
immobiliers, contrats divers. — Commerce. 



La race juive, une fois admise en Bourgogne, y vécut sans 
cesser d'être étrangère, à la merci des seigneurs comme les serfs, 
taillable à volonté comme eux, appartenant comme eux en toute 
propriété à leurs maîtres. S'il restait le moindre doute sur cette 
situation, qui laisse les Juifs livrés à l'arbitraire et les expose, 
malgré le cens volontaire qu'ils paient, à être l'objet d'emprunts 
forcés ou de confiscations, un texte précieux et inédit, de mai 
1269, que nous donnons dans nos Pièces justificatives, démon- 
trerait cette vérité tangible 3 . On y voit, en effet, un groupe de 
Juifs, Josse et Vivant, d'Arlay, Lion le Grand, de Saint-Julien, 

1 Pièces just., n° 134. 

2 Pièces just., n° 135. 

3 Pièces just., n° 5. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 13 

Lion le Petit, d'Orgelet, Isaac, de Marigny.Isaac, frère de Simon, 
de Pontarlier, Vivant, de Nancuise, et Vivant, fils de Simon, de 
Poligny, se donner en toute propriété, eux, leurs femmes, leurs 
enfants et leurs biens, à Jean de Chalon, seigneur de Rochefort, 
et jurer, sur le rouleau de la Loi donnée à leurs aïeux par 
Moïse, de ne reconnaître aucun autre seigneur. Les Juifs insistent 
même sur le droit qu'il aura de disposer de leurs personnes et 
de leurs biens. 

Ce texte est l'expression certaine du droit commun en ce qui con- 
cerne les Juifs dans les deux Bourgognes. 

Leur exclusion, spécifiée déjà, de toutes les chartes de franchises 
est la preuve qu'ils restent les hommes du seigneur, soumis à son 
bon plaisir. Nous n'insisterons pas, car aucun document parmi ceux 
qu'il nous a été donné de parcourir ne peut détruire le fait énoncé. 
On ne peut les appeler en champ clos, ils sont exempts de tailles 
et impôts réguliers et généraux, mais paient un cens personnel 
plus ou moins élevé, outre les quises, c'est-à-dire les impôts excep- 
tionnels. 

De 1374 à 1394, le Juif est, en Bourgogne, l'objet de réceptions 
collectives ou individuelles, sur la proposition, ou par les soins de 
leurs chefs ou rabbins ; on en connaît nombre d'exemples publiés ou 
mentionnés déjà : les contrats individuels n'ont pas assez d'intérêt 
pour mériter autre chose qu'une mention 1 . 

Disséminés sur la surface des deux Bourgognes, livrés au 
négoce, les Juifs ne forment point partout des communautés régu- 
lières; il y en a pourtant à Dijon, à Mâcon, à Autun dès le 
xiii siècle *, à Lons-le-Saunier, à Vesoul, à Gray, à Montbozon, 
dès le xiv° siècle 3 , à Besançon, de 1393 à 1404. 

Banni des franchises communales, le Juif est, en revanche, sou- 
mis, sur les rôles des péages, à une taxe particulière. A Chalon- 
sur-Saône, le Juif paie 9 deniers, la Juive 4 (9 si elle est en- 



1 Réception de Juifs à Dijon, 1381, Pièces just., n° 86 bis ; 1383 (Arch. Côte-d'Or, 
B 1461, i° 14 vo); 1391 (ibid., B 11309, f°3); —voir Simonnet, 183-187. 

1 L'existence des synagogues d'Autun, Dijon, Mâcon est prouvée par les tombes 
à inscriptions hébraïques publiées pour la plupart dans cette Revue et par l'indication 
des rabbins donnée par Gerson dans Les Juifs de Bourgogne .- celles de Gray et 
Vesoul par le livre d'Héliot de Vesoul (Loeb), 1300-1318, et Vesoul et Gray en 1348 
par les n os 57 et 58 des Pièces justificatives. 

3 11 y avait des cimetières juifs à Besançon (lieu dit « L'Argillat », 1465, Arch. 
Municipales) ; à Bracon (1423-1424, Arch. Côte-d'Or, B 3361) ; à Lons-le-Saunier, dès 
1293, entre le prel de Chauldon et la fontaine de Urgidon (A.Tuetey, Droit municipal, 
227) ; à Montbozon en 1332-1333 (Arch. du Doubs, B 79*), et vraisemblablement dans 
tous les lieux principaux où ils commerçaient; l'emplacement coutumier était voisin 
des Fourches ou de la Potence ; les Juifs payaient ordinairement 1 franc d'or de 
redevance au Duc ou au Comte, par inhumation. 



14 KKVUK DES ETUDES JUIVES 

ceinte) 1 ; à Arlay. 5 sous; dans la plupart des péages francs- 
comtois, dès le xv e siècle, 30 deniers (Baume, l'Isle, Montmorot, 
Pont-de-Roide, etc.) ; à Verdun, 4 deniers par Juive, et 8, si elle 
est grosse. 

Des rabbins vont, viennent ou séjournent 2 ; leur action reli- 
gieuse s'exerce dans les écoles ou synagogues, mais ils ne s'isolent 
pas dans la sphère religieuse et nous les voyons en 1300 et 1318 à 
Vesoul, en 1348 à Gray 3 , en 1378-1392 à Dijon 4 , se mêler active- 
ment au négoce. 

Les Juifs ne sont pas généralement artisans, ils sont parfois 
orfèvres, graveurs de sceaux 3 et boucliers . 

Dans les deux Bourgognes, ils se livrent tour à tour à deux 
genres d'opérations : les opérations financières ou de banque pro- 
prement dites et les opérations de commerce en général, spécula- 
tions sur les marchandises neuves, revente des gages et marchan- 
dises d'occasion. 

Le prêt d'argent est, par excellence, la raison d'être du Juif, c'est 
le motif réel de la tolérance -du seigneur qui l'admet, le protège, 
l'encourage, puis le met en coupe réglée et le rançonne sans pitié 
quand l'occasion s'en présente, c'est-à-dire très fréquemment. Nos 
documents le montrent dès 1208 prêtant à une abbaye 7 ; il prêtera 
plus volontiers à la noblesse : aux Joinville, alliés de la maison de 
Chalon dans le comté de Bourgogne s ; en 1277 à up seigneur dont 
le duc Robert ne dédaigne pas d'être le plaige ° pour 1,500 livres, 
à Othon IV, comte de Bourgogne, dont il devient le mandataire, 
en 1282, 1285, 1286 ,0 , aux Montfaucon 1J , aux Faucogney 12 , à de 
plus petits gentilshommes, qu'il n'exploite pas moins 13 que les 



1 Arch. Côte-d'Or, B 1138, f° 2, 16 v, 51 v». 

* Loeb, Deux livres de commerce, Revue, VIII, 109. 

3 Revue, VIII, 109 ; — voir Pièces just., n° 57, art. 138-148. Le prêtre de la Loi 
de Gray prête sur gage. 

4 Joseph de Trêves, t maistre delà loy », commerce activement à Dijon de 1378 à 
1391 (Arch. Côte-d'Or, B 11305, B 11306). 

5 A signaler notamment la présence à Dijon de Meret « Sigillifici », Simonnet, 174 ; 
voir notre table de noms juifs. 

6 Loeb [Ibid., VIII, 167-170) indique Diéot, officiant à Vesoul, et un boucher juit 
de Port. — Voir pour la boucherie juive un document analysé par Simonnet sur la 
boucherie particulière des Juifs de Dijon en 1383 (Me'm. Acad. de Dijon, 1865, 
p. ^8). 

7 Pièces just., n° 1. 

8 1264 {Pièces just., n»4). 

9 1277 (Arch. Côte-d'Or, B 11412, f° 40). 

10 Pièces just., n» s 11, 14, 15, 16. 

11 Pièces just., n° 12. 
»* Ibid., n«» 17, 22. 
« Ibid., n<> 21. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 15 

puissants sires de Neufchâtel-sur-le-Lac ', ou. les sires de Vienne, 
ses clients fidèles 2 . Il ne le fait qu'à gros intérêts, s'il avance de 
beaux deniers comptants et tire de son argent de 25 à 50 pour 
cent, quand ce n'est pas davantage 3 . Qu'il prête de grosses 
sommes à des grands, ce ne sera que sur bonne hypothèque ou 
forte caution, dûment libellée par devant notaires, officialités ou 
juridictions ; s'il ne stipule pas toujours des intérêts, il stipule gé- 
néralement des amendes et c'est chose fort singulière de voir au 
xiv e biècle les amendes, stipulées au profit du duc de Bourgogne, 
intéressé de la sorte à faire payer les débiteurs du Juif 4 . Le Duc 
est toujours son plus gros client 5 . Qu'il prête à des pauvres, ce 
sera sur gages et, le plus souvent sans contrat écrit c ; notons que 
l'emprunteur sur gage n'est pas toujours un pauvre diable, quoi- 
que ce soit la coutume (témoin les inventaires des Juifs de Dijon 
en 1306, et ceux des Juifs de Gray et Vesoul en 1348) 7 , car en 
1381, le duc Philippe le Hardi lui donne en gage une de ses jarre- 
tières d'or s . C'est des gages, d'ailleurs, qu'il tire son plus gros 
bénéfice, car c'est le gage qui lui amène la masse de ses clients, 
c'est par le gage qu'il pénètre dans tous les intérieurs et finit par 
être maître de l'argent qui se dérobe et qu'il amasse chez le peuple 
pour prêter ensuite au riche dans l'embarras. En vendant le gage 
mobilier, le Juif fera de nouveaux bénéfices, soit en rachetant par 
dessous main, soit en transigeant avec le débiteur attardé 9 . 

Un gage qui lui procure des profits considérables, c'est l'hypo- 
thèque ou le gage immobilier. Tantôt ce sont de grands seigneurs 
qui engagent les revenus de leurs terres, comme Mathieu de 
Longwyen 1258 10 , comme Hugues de Neublans en 1264 n , comme 
Simon de Joinville, sire de Gex, qui engage en 1264 Marnay 12 , 
comme Gui de Rans qui engage ses moulins de Roche au Juif 
Simon de Chissey en 1274 13 , comme le sire de Rennes qui engage 

1 Pièces just., n° 24. 

8 Ibid., n<> 25 (1301); — Aroh. Côte-d'Or, B, 11312, f° 6 (1390). 

3 Voir notre chapitre sur l'Intérêt. 

* Arch. Côte-d'Or, B, 11344, f» 49, etc. 

5 Prêts en 1333 (Arch. du Doubs, B, 79); — en 1337 (Arch. Côte-d'Or, B, 1389, 
f° 32 v°-33) ; — en 1385 [Ibid., B, 1465, f° 45 v°) ; en 1393 [Ibid., B, 1494, f° 34). 

6 Constitutions de gages, 1381-1384 ; — Pièces just., n° a 76, 83, 109. 

7 Pièces just., 31 (1306), n° s 57 et 58 (1348). 

8 Dégagée, moyennant 10 francs, chez David de Baume (Arch. Côte-d'Or, B, 1457, 
f° 61). 

9 Nombreux contrats de ce genre de 1364 à 1393 (Arch. Côte-d'Or, B, 11261, 
f° 13; - B, 11274, f° 135; - B, 11302, f'° 5; - B, 11308, f* 136; B, 11344, 
f» 47 v°). 

10 Arch. du Doubs, B, 474. 

11 Ibid., B, 476. 

11 Marnay (Haute-Saône), arr. de Gray, ch.-l. de canton. — Pièces just., n» 4. 
18 Pièces just. , n» 57. 



16 RKVUE DES ETUDES JUIVES 

au même ses château et seigneurie de Rennes en 1277 *, comme 
Thiébaud, seigneur de Beauvoir en Maçonnais, qui engage tous 
ses revenus en 1334 à Rubiagin de Dôle et à Sanse de Montbé- 
liard 2 , comme Guillaume de Germoles,qui engage en 1377 son fief 
à des Juifs parisiens, qui chercheront à le faire vendre 3 . 

Si les seigneurs engagent leurs fiefs, en sollicitant et obtenant 
l'adhésion de leur suzerain, les simples particuliers hypothèquent 
leurs vignes, leurs maisons, leurs champs, et tant que le Juif n'est 
pas inquiété pour ses propriétés personnelles en terres (ce qui 
arrivera au xrv e siècle 4 ), il prête sur hypothèque, exproprie et 
administre ses vignes ou ses champs 5 s'il ne les peut revendre à 
profit. Les registres des notaires de la Bourgogne, où nous avons 
tant puisé, fourmillent d'actes de ce genre. 

Parmi les clauses que le Juif fait insérer dans ses contrats de 
1387 à 1393, il y en aune assez singulière, c'est la renonciation par 
le débiteur à impétrer lettres de grâce ou de répit pour ses dettes, 
du Roi ou du Duc ; on y ajoute souvent une clause pénale, le paie- 
ment de 10 à 50 francs d'or à verser au Duc 6 . Les mêmes contrats 
contiennent souvent la clause de prise de corps : le Juif hésitait peu 
à faire incarcérer ses débiteurs et la justice lui prêtait d'ordinaire 
main-forte, du moins au xiv e siècle T . 

Le gage accepté est souvent, quand le Juif traite avec des 
paysans, une tête de bétail, un cheval, un bœuf, une chèvre; le 
Juif le prend, le met en cheptel et souvent en tire grand profit s . 

Toutes ces opérations, tous ces contrats sont la conséquence 
forcée des prêts d'argent et rentrent absolument, y compris les 



» Bibl. Nat., coll. Moreau, 894, f<> 657 v°. 

2 Pièces just., n° 34. 

3 Arch. Côte-d'Or, B, 5257, l' os 49-52. — Notre série serait incomplète si nous ne 
citions encore les engagements suivants faits à des Juifs : Claisse par Jean, sei- 
gneur de Cuiseaux, en mai 1272, à Benion, Juif de Chalon (Bibl. Nat., 20685 Fr., 
108; ; Cugney par Thierri de Montbéliard à Simon de Chissey, 1277 (Arcb. du 
Doubs, B, 444), un chevalier bourguignon à Aliot de Châtillon-sur-Seine, octobre 
1277 (Bibl. Nat., Coll. de Bourgogne, 97, p. 507). 

4 Les Juifs de Dijon dès 1306, de Vesoul et Gray en 1348, possédaient des mai- 
sons ; à Dijon, de 1382 à 1394, ils en louent de préférence (Pièces just., n os 91, 93, 105Ï. 

5 Voir Loeb (Bévue, IX, 40) ; — voir Pièces just., n° s 8, 9, 21, 23, 39 (opérations sur 
immeubles, 1275-1311) ; — achat de vigne à Beaune par Moussey de Seurre, 1289 
(Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 97, f° 107); — vente de vigne à Dijon par Guillaume 
le Juif (Arch. Côte-d'Or, B, 11260, (° 67) ; — achat de pré à Poilly, 1296 (Bibl. Nat., 
Coll. de Bourgogne, 91) ; — hypothèque de vigne à Dijon, 1389 (Arch. Côte-d'Or, 
B, 11308, 1° 24 v°; — voir Pièces just., n os 31, 57, 58 ; — vente de maisons saisies à 
Saint-Seine par Joseph de Saint-Mihiel, 1389 (Arch. Côte-d : Or, B, 11302, f° 222 v°). 

6 Pièces just., u os 122 et 130; nombreux exemples dans les protocoles des Arch. de 
la Côte-d'Or, B, 11302, 11309, 11312. 

7 Ibid., n° 3 90-94. 

8 Arch. Côte-d'Or, B, 10412, f« 49 ; — Pièces >ust., n°* 31, 57, 58. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 17 

ventes de gages ou de terres hypothéquées, dans la catégorie des 
opérations de banque. Elles ne sont pas les seules dont nos docu- 
ments gardent la trace : le commerce de marchandises neuves est 
une des occupations principales des Juifs des deux Bourgognes. 
Nous ne nous y étendrons pas beaucoup, car on en trouvera l'ex- 
posé dans un chapitre spécial consacré aux livres de commerce de 
la banque d'Héliot de Vesoul 1 . Mais nous indiquerons ici très 
sommairement les catégories de marchandises sur lesquelles le 
commerce juif porte de préférence aux xm e et xiv e siècles. 

Le commerce des étoffes semble très familier â la colonie juive : 
je n'en veux d'autre témoin que le lot de toile neuve à draps et à 
nappes qu'en 1306 la duchesse de Bourgogne prélève sur la confis- 
cation des Juifs de Dijon 2 . Le commerce d'Héliot de Vesoul fera la 
même preuve pour le Comté de Bourgogne. Le commerce du vin est 
fort répandu dans les deux Bourgognes, nous en donnons quelques 
exemples pour 1381 et 1383 3 . Le blé, l'huile, le bois, le charbon sont 
tour à tour l'objet du négoce 4 , qui devait, outre les denrées, porter, 
nous en sommes certain, sur les objets d'orfèvrerie, sur le bétail 
et sur les chevaux. 

Du 7 décembre 1364 à février 1394, Jocet de Genove, Durand de 
Carpentras, David de Baume, Simon d'Aranthon, Mossé de Vitry, 
spéculent sur les vins ou les blés et en font vraisemblablement, 
soit qu'ils achètent, soit qu'ils revendent, le soulte constant d'autres 
marchés 5 . Pour le commerce comme pour la banque, les Juifs, 
opérant individuellement, ne semblent avoir jamais formé d'as- 
sociations commerciales, bien que, très rarement, quand ils sont 
retenus par la crainte des risques, ils opèrent deux à la fois 6 . 

On trouvera sur le commerce des Juifs au Comté de Bourgogne, 
des renseignements complémentaires dans le chapitre suivant. 

Léon Gauthier. 
(A suivre.) 

1 Chapitre v. 

2 Pièces Justin" 31, art. 688-689 fos. 

3 Bid., n°» 79, 99. 

* Ibid., no 65 (1366) ; 81 et 82 (1381) ; — Arch. Côte-d'Or, B, 11308, f» 38 v (1389), 

* Arch. Côte-d'Or, B, 11261, f° s 21 v», 31 v»; B, 11308, f 03 107, 128 v°, 133; — 
B, 11344, M4 v o; — B, 11295, f'°* 15 v», 94 v° ; — B, 11346, f» 24 bis. 

* David de Baume et Durand de Carpentras font quelques opérations ensemble en 
1389 (Arch. Côte-d'Or, B, 11308, f 03 16, 17, 41); David et Salomon de Baume en 
1388 {lbid. y B, 11302, f° 161 v). 

N. B. — Mentionnons ici un élément de comput usité en Bourgogne et inédit, 
croyons-nous, « la brise treuhe » (ou brise-treuil), 25 mars, date à laquelle on dé- 
monte les pressoirs (Arch. Côte-d'Or, B, 11302, f° 153 v°). 

T. XLIX, n° 97. 



L'ANCIEN TESTAMENT 

ET LA LANGUE FRANÇAISE DU MOYEN AGE 1 



i. 

IMPORTANCE DE LA BIBLE DANS L'HISTOIRE DE LA LANGUE. 

La Bible latine a pénétré en Gaule dès le 111 e siècle -. En même 
temps qu'elle a contribué à la rapide diffusion du christianisme 
parmi les tribus germaniques, elle a mis en circulation un nombre 
considérable de mots nouveaux ; et, quatre cents ans plus tard, 
tant de termes bibliques ont, du latin d'Église, passé dans le 
parler populaire que les Gloses de Reichenau, cette première 
ébauche d'un lexique des mots savants de la Vulgate, donnent à 
plusieurs d'entre eux, comme équivalents de langue usuelle, des 
mots ayant eux-mêmes incontestablement une origine biblique, 
tels que : abominabilem, immundum, ynaledicere, sanctificare 3 . 
11 y a donc déjà, dans le latin vulgaire, un premier apport de 
mots bibliques. 

De même, l'influence du vocabulaire de l'Écriture se marque 
très nettement dans les plus anciens monuments de notre langue, 
au ix e siècle, dans la Cantilène de sainte Eidalie et les fragments 
de Y Homélie sur Jonas, au x e , dans la Passion, et dans la Vie 
de saint Léger, au xi e , dans la Vie de saint Alexis. Mais, c'est à 
partir du xn e siècle surtout que ce travail de pénétration devient 
actif. La littérature étant tout entière aux mains des clercs, la 



1 Nous reprenons ici le titre de l'ouvrage que nous avons publié sur la question, et 
dont le présent article est un résumé. 

s S. Berger, Histoire de la Vulgate en France. Paris, 1887. 

3 Foerster et Koschwitz, Altfranzosisches Uebungsbuch, col. 6, n° 216; col. 7, 
n«> 230 ; col. 16, n» 662; col. 18, n° 746. 



L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 19 

poésie didactique [Compnts, Bestiaires, Volucraires , Lapi- 
daires), les œuvres d'édification religieuse ( Vies des Saints), les 
premiers essais de poésie dramatique (le Mystère d'Adam), la 
prédication (Discours en vers) et, plus encore, les premières tra- 
ductions partielles des Livres Saints (Psautiers d'Oxford et de 
Cambridge, les Quatre Livres des Rois, les Juges ,les Macchabées, 
le Genèse en vers de Hermann de Valenciennes, et celle & Eve- 
rat) accroissent les ressources de la langue par la création de 
mots nouveaux, ou l'extension de sens de mots existants. Puis du 
xm e au xv e siècle, la Bible de V Université de Paris, par ver- 
sions successives sans cesse rajeunies, et le nombre toujours plus 
grand des écrits pieux d'auteurs clercs ou laïques donnent une 
importance très considérable à l'élément biblique dans le vocabu- 
laire du moyen âge, 

C'est l'histoire de cette participation de l'Écriture à la forma- 
tion de la langue française que nous nous proposons de résumer 
ici. Et de plus, puisque l'Ancien Testament se distingue du Nou- 
veau par de notables différences de style, nous nous bornerons à 
rechercher ce que, depuis ses origines jusqu'à la fin du xv° siècle, 
notre vieille langue doit à la partie hébraïque 1 de l'Écriture. 

Avant tout, il s'agit de déterminer la caractéristique des mots 
et des expressions bibliques. 



II. 

CARACTÉRISTIQUE DES MOTS BIBLIQUES. 

Entre la Bible hébraïque et sa première traduction française 
s'intercalent la version des Septante et celle de saint Jérôme. On 
est donc amené à étudier successivement la part des mots hé- 
breux ^ grecs, latins, français, tirés de chacune de ces quatre 
versions . 

I. Pour les mots hébreux, les uns littéralement transcrits par 
les Septante et saint Jérôme, les autres à peine déguisés sous une 
désinence grecque ou latine, la vérification est facile. 

Viennent seuls de l'Ancien Testament les mots hébreux qui se 

1 Nous exclurons de nos recherches les Apocryphes, comme pouvant être entachés 
(YaeUcniïme, les uns, pour avoir été directement écrits en grec, les autres, pour ne 
non* ÔUe pas parvenus dans leur version originale, araméenne ou hébraïque, excep- 
tion l'ai'e, bien entendu, pour l'Ecclésiastique, dont le texte hébreu a été récemment 
découvert. 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

retrouvent soit, à la fois, dans les versions grecque et latine *,soit 
l'une d'elles *. Ce sont : 
1° Des termes liturgiques : Alléluia, amen; 

2° Des mots désignant des pratiques du culte, des croyances 
religieuses : sabbat naiD, Pâque nos, lévite "nb, naziréen tw, Éden 
■p*, Séraphins tr>sm25, Chérubins trnro ; 

3° Des noms ayant trait à un fait historique : manne )12 ; des 
noms de monnaie : sicle bpiû ; de plantes et d'essences aroma- 
tiques, de pierres précieuses : aloès trbntf ou mbiitf, byssus yia, 
bdellium nVn, casse WSfcp, cinname, cinnamone 1i»5p, galbanum 
rtaabn, hysope nira, myrrhe lin, nard t», saphir T»SD; 

4° Des noms propres, de Dieu : Sabaoth m^ast ; d'idoles : Baal 
b*a, Belzébuth n-ûï b^s, Moloch ^btt, Satan p^ ; des noms de 
peuples, de lieux, de personnages : Israélites, Philistins, Amalé- 
cites, Canaan, Jérusalem, Sion, le Jourdain, le Liban, Abraham, 
Isaac, etc. 

Ainsi s'éliminent tous les mots hébreux appartenant, soit au 
Nouveau Testament : géhenne, hosanna, pharisien, samaritain, 
Messie 3 , soit à l'hébreu postbiblique : sanhédrin , cabale, 
rabbin *. 

II. La contribution du vocabulaire des Septante et de la Vul- 
gate a bien plus d'importance encore. Le grec et le latin ne pos- 
sédant pas toujours l'équivalent exact du terme hébreu, il a fallu, 
pour une traduction strictement littérale, recourir à une méthode 
particulière de sémantique , dont les procédés peuvent se ramener 
aux suivants : 

1° Extension de V acception classique de certains mots 5 : 

"AyyeXoî, messager, courrier, signifiera : messager de Dieu. 
âÇnjxoç, compact, serré, — pain sans levain. 
(îiêXîov, livre, — t& (3ijftte, les livres saints, — la Bible. 
xarappctxTT)ç, herse, trappe, — écluse du ciel retenant la pluie. 

1 Trois mots seulement échappent à ce moyen de contrôle : Toku-bohu,Kinnor, Jé- 
hovah introduits en français, l'un au xvi" siècle, les deux autres, au xix». 

2 Sept mots hébreux, conservés dans la Yulgate, sont rendus chez les Septante 
par des équivalents : amen, yevùtTo ; chibboleth, otoc^u; ; épkod stcmu-i; ; jubile, àçe'aea); 
<TY]U.a<7ta; Adonay, Kûpto; ; Léviathan, âpaxcov; Béhémoth, 6r,pia. 

3 11 faut citer les quelques dérivés qui proviennent de l'emploi du nom propre dans 
le Nouveau Testament : Satan/ de Satan; Jacobée, Jacobins, Jacquerie, Jacquemart, 
de Yapôtre Jacques, et non du patriarche Jacob. 

4 Voir Hatzfeld, Darmesteter, Thomas, Dictionnaire de la langue française. Traité' 
de la formation de la langue fr., p. 31, note 2. 

5 Toutefois, quelques termes liturgiques, de sens général, comme jejunium, 
neomenia, primitia , sacrificare, sacrificium correspondent bien à D1SS» IISITT» 

ûnisni nnT. 



L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 21 

TtapàSsKïoç, parc planté d'arbres et peuplé d'animaux, — séjour du pre- 
mier homme, Paradis terrestre, Éden. 

icpofïfTïiç, interprète d'un dieu, d'un oracle, — interprète inspiré de la 
parole divine. 

J/aXjxtfç, acte de faire vibrer la corde d'un arc, d'un instrument de mu- 
sique, puis air joué sur la lyre, — chant pieux du roi David. 

(rxTfivort7iy(a, construction d'une tente, d'un nid, — fête des Tabernacles. 

auvaycayTi, action de réunir des personnes, des objets, — lieu de réunion 
du peuple juif. 

Xpirrtfç, oint, enduit, — qui a reçu l'onction sainte. 

Le cas sera plus fréquent encore dans la Vulgate : 

Altissimus, très élevé, — Le Très Haut. 

Arca, coffre, boîte, — vaisseau construit par Noé pour échapper au 
déluge l ; coffre renfermant les tables de la Loi. 

ADgularis, qui fait angle, — qui constitue la partie essentielle. 

Benedicere, maledicere, dire du bien, dû mal de quelqu'un, — ap- 
peler la protection, la colère de Dieu sur quelquun. 

Gircumcidere, faire la taille des arbres, — opérer la circoncision. 

Compungi, être criblé de piqûres, — être pénétré de remords. 

Confundi, être troublé pur un sentinu-nl violent, — être couvert de 
honte. 

Gonsummare, achever, terminer, — anéantir. 

Cootritio, blessure, fracture, — brisement du cœur. 

Diluvium, inondation, débordement, — déluge universel. 

Emissarius, messager secret, — envoyé ou loin. 

Generatio, reproduction, — race d'hommes, contemporains, postérité, 

Ingenerare, faire pousser, implanter, — créer par génération. 

Judicare, judex, juger, juge, — exercer la mugis/rature politique de 
juge (chez les Hébreux), magistrat suprême. 

Justus, juste, équitable, — observateur fidèle de lu religion. 

Lapidare, attaquer à coups de pierre, — faire périr pur lapidation. 

Magnificare, faire cas de. . ., — exalter la toute-puissance de Dieu. 

Misericordia, compassion de l'homme pour son semblable, —pitié de 
Dieu pour l'homme. 

Omuipotens, tout-puissant, — Le Tout-Puissant. 

Prœvaricari, commettre des irrégularités de procédure (en parlant du 
juge, de l'avocat), — transgresser la loi de Dira. 

Saccus, enveloppe grossière, — vêtement de deuil, de pénitence. 
Sanctuarium, dépôt d'ustensiles consacrés au cafte, — le toupie avec 
ses dépendances. 

Spiritus, vent, souffle vital, esprit, âme, inspiration, — souffle créa- 
teur de Dieu. 

Tabernaculum, tente de campement, tente augurale, — campement 
des Juifs dans le désert, temple portatif . 

1 Sur l'hébreu rî2n, les Septanle ont créé ôîor), Ôyjêifj (Voir H. Lewy, Semitische 
Fremdwôrter im Griechischen, Berlin, 1895, p. 100). 



22 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Spirilus, vent, souffle vital, esprit, âme, inspiration , colère. 

TrailSgredi, jpàSier mitre, — passer nuire à la loi de Dieu. 

Tribus, division politique à Rome, — 'division par familles du peuple. 

hébreu. 

Tribulare, presser, écraser, — torturer Vâme 

Ungere, uuctio, frotter il' liai le, — sacrer avec Vhuile sainte, consé- 
cration. 

2° Extension artificielle de sens attribuant à iiii mot grec ou 
latin toutes les acceptions dérivées du terme hébreu dont il rend 
le sens propre : 

Srepécojxa, construction solide, fondements, squelette du corps 
humain, deviendra la voûte céleste, pour rendre les divers sens 
de ^p"i, étendue solide, surface plane, et au figuré : paroi solide 
entre les eaux d'en bas et celles d'en haut. 

Tiopvsca, prostitution, prendra le sens figuré de idolâtrie, pour 
rendre les diverses acceptions de û^iït, maT. 

[xapxupiov, témoignage, aboutira à Loi de Dieu, pour rendre les 
deux sens denTO. 

Saint Jérôme emploiera de même : firmamentum, fornicatio, 
lestimonium. C'est par application de la même méthode que \. 

Calix, calice, coupe, signifiera sort, destin, pour rendre les 
divers sens de 0"D. 

Convertere, ramener en arrière, signifiera ramener de Vido- 
lâtrie à Dieu, pour rendre les divers sens de are. 

Exaltare, hausser, signifiera : 1° tirer de l 'abaissement ; 2° cé- 
lébrer, louer, exalter, pour répondre à toutes les acceptions de 
un. 

Faciès, aspect extérieur des objets, signifiera : 1° surface, su- 
perficie ; 2° présence effective de Dieu, bénédiction ou colère 
divine, pour rendre tous les sens de d^d '. 

Gloria, gloire, renommée, signifiera : 1° hommage rendu à 
Dieu, 2° manifestation de la splendeur divine, pour correspondre 
à toutes les acceptions de Tins. 

Lacus, bassin naturel ou artificiel, auge, cuve, lac, signifiera : 
1° prison ; 2° tombe, pour être la traduction littérale de "m. 

Luminare, jour d'une fenêtre, signifiera : 1° clarté des corps 
célestes ; 2° éclairage du temple, pour rendre les acceptions de 

Semen, semence, signifiera descendance, postérité, pour expri- 
mer les acceptions de 911. 

1 Toutefois, saint Jérôme emploie, propositio, comme les Septante, 7cp66e<riç, dans 

les expressions D^DD!! Dïlb^Û^DÏl ïîlbttî. 



L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 23 

Servire \ être esclave, signifiera : 1° rendre un culte à Dieu ; 
2° faire le service du temple, pour rendre toutes les acceptions 
de 132. 

Servus, esclave, signifiera : 1° homme vertueux, pieux \ 2° pro- 
phète, instrument de la volonté divine ; 3° serviteur (comme 
terme de civilité par lequel se désigne lui-même celui qui parle), 
pour rendre toutes les acceptions de w. 

Testimonium, témoignage, signifiera la Loi, pour rendre la 
double acception de rw. 

Tentare, essayer, signifiera : 1° (en parlant de Dieu), mettre 
à l'épreuve la foi, la fidélité de V homme; 2° (en parlant de 
l'homme) douter de la puissance divine, pour rendre les accep- 
tions de !iD3. 

Testamentum, dernières volontés, testament, pris abusivement 
comme synonyme de fœdus et de pactum, signifiera convention, 
alliance entre Dieu et le peuple juif, pour rendre l'acception de 
rvna». 

Videns, voyant, signifiera le voyant, le prophète, pour rendre 
l'acception du participe tviti. 

3° Attribution à un terme unique de langue classique ou ec- 
clésiastique des acceptions analogues de plusieurs synonymes 
hébreux, le mot acquérant ainsi, par son emploi fréquent, une 
valeur plus particulièrement biblique : 

Abominatio, abominationes, au sens de actes d'impiété^ idoles, 
rendant les trois mots rwin, "pp ir>, YJ)V. 

Adorare, au sens de se prosterner, traduisant les deux verbes ?"û, 
et iiniû. 

Exterminare, au sens & exterminer, étant l'équivalent des cinq 
verbes 13N, dnn, cre, TOI5, nau:. 

Humiliare, au sens d'abaisser, rendant les quatre verbes ï\51, 253, 

Iniquitas, iniquitates, au sens de faute, répondant à huit syno- 
nymes, in», ^u:d, bnj>, nbu, yi?, îiî&t, b^a, o»n. 

Maledicere, maledictio, au seus de maudire, malédiction, rendant 
les deux verbes niN, bbp, et les deux substantifs ïibN, îibbp. 

1 De même, ministrare^ minister, être au service de , serviteur, prendront le 

sens de faire le service du temple, prêtre, pour rendre D"|U370, rHTZJ- 

2 r*PH3 signifiant à la fois alliance entre peuples, et alliance de Dieu et du peuple 
uif, les Septante donnent, par extension cette seconde acception à ôtaô^xr], qui, en 

langue classique passe de : 1° disposition, arrangement ; 2° dispositions testamen- 
taires, à 3° convention entre peuples. A leur exemple, mais par un procédé purement 
artificiel, Tertullien, puis saint Jérôme attachent à testamentum, dispositions testamen- 
taires, le sens de alliance entre Dieu et le peuple >uif, sans tenir compte de l'absence 
de toute acception intermédiaire. 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Oblatio, au sens d'offrande, répondant à quatre mots HttîK, ïins», 

Opprobrium, honte, déshonneur, rendant les quatre synonymes mû a, 
nsnn, rtfcbs. mfcbs. 
Peccatuui, péché, étant l'équivalent des quatre synonymes ïiN-n, 

Polymitus, bigarré, rendant les deux mots 05, tlEpn. 

PrimiticT, prémices, répondant aux deux synonymes mttîfcn, 

Pra^varicari, transgresser, rendant les trois verbes y*I5D, 153, 53>73. 

Redemptio, au sens de rachat, rendant les dewa? substantifs "JT^S, 
ttb»a. 

Sanctuarium, rendant les dewa; synonymes îznpTa, ©Ip. 

ïemplum, répondant aux deux synonymes ma, br^n. 

Transgressio, violation de la Loi, rendant les quatre synonymes : 
■wa, byiD, m*n», mo. 

4° Enfin, création de nêologismes, tantôt sous forme de gloses, 
tantôt, de mots tirés d'un radical pouvant fournir au grec ou au 
latin une série de dérivés correspondant à celle de l'hébreu : 

MesoiroTa[iCa, terme périphrase pour rendre û"n!"ï3 &1N. 

jiovoxépwç, périphrase équivalente de dfcn. 

icaTpiâp/jfiç, commentaire exact de 2N. 

«raêêaTtÇeiv, dérivé de aâ66aTov, pour rendre le verbe ratïJ à côté du 
substantif nntt). 

axàv5a)vov, dont la racine <jxa8, en rapport direct avec le verbe biD3, 
est l'exact équivalent du substantif bllDDîa. 

Abominatio, tiré de abominari, comme nasnn dérive de s?n. 

Glorificare, dérivé de gloria, pour correspondre au verbe *"D3, à côté 
du substantif !-n». 

Mortificare, dérivé de mors, substitué au terme classique occidere, 
pour rendre par deux mots de même racine le verbe m» et le subs- 
tantif m». 

Praevaricatrix, féminin de prœvaricator, comme ï"rtaa est celui de 
■M. 

Prophetissa, féminin de propheta, comme ïwm de 6033. 

Propitatio, expiation, pardon, propitiatorium, couvercle d'or de 
V arche sainte, dérivés de propitiari, pour rendre Q-nss et msD, tous 
deux issus de nsD,dont la première seule des deux acceptions, expier, 
peut s'appliquer au verbe latin, tandis que la seconde, couvrir, lui 
reste étrangère. 

Sanctificare, dérivé de sanctus, dans le même rapport que \Z5Tp 
avec VMp. 

Tribulatio, dérivé de tribulare, comme lit et fii.ï répondent à 
TlX. 



L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 25 

Holocaustum ' est le commentaire exact de îi'by. 
Iacircumcisus est la glose de bn^. 

Pythonissa est bien l'équivalent de l'expression mK nb^n. 
Rationale est la traduction glosée de liun. 

Unicornu, calqué sur le j* ov o xé P°>« des Septante, est, comme lui, 
l'équivalent de dan. 

III. Un certain nombre de mots français se sont aussi enrichis 
d'une acception biblique en entrant dans certaines expressions 
particulières à l'Ancien Testament : 

Achoppement (v. fr. acopail), au sens de piège, obstacle qui fait tré- 
bucher, pour exprimer l'occasion de pécher, dans : pierre d'achoppe- 
ment. 

Alliance (v. fr. couvent, covenant),QU sens de alliance entre Dieu et le 
peuple juif, dans : arche d'alliance, arche sainte, alliance éternelle, 
les tables de l'alliance, le tabernacle d'alliance, rompre l'alliance. 

Brebis, ouailles, troupeau, pasteur, au sens de peuple élu de Dieu, 
chefs du peuple de Dieu, dans : brebis perdue, égarée, brebis sans pas- 
teur, le pasteur et son troupeau, un pasteur selon mon cœur. 

Calice, coupe, hanap, au sens de sort, destinée heureuse ou malheu- 
reuse, et épreuve pénible, dans : boire le calice, boire le calice jusqu'à 
la lie, calice de douleur, calice, coupe d'amertume, calice enivrant, la 
coupe de salut, la coupe de sa fureur. 

Gendre, poudre, poussière, au sens de signe de pénitence ou de 
deuil, de néant de l'homme, dans : faire pénitence avec le sac et la 
cendre, se couvrir les cheveux de cendre, n'être que cendre et poussière, 
n'être que poussière, faire rentrer dans la poudre, relever, tirer de la 
poussière. 

Chair, au sens de être vivant, dans : toute chair, la fin de toute chair, 
toute chair avait corrompu sa voie, ne faire qu'une chair. 

Commandement, au sens de loi imposée par Dieu, dans : les com- 
mandements de Dieu, les dix commandements, transgresser les comman- 
dements. 

Dormir, au sens figuré de : mourir, dans : dormir dans la poussière, 
dans la mort, dans la tombe, dormir son sommeil, dormir du sommeil 
éternel. 

Fils, fille, enfant, dans : fils de Dieu, de Bélial, de l'homme, des 
hommes, d'Israël, de Jacob, les fils de ses fils, fille de Jérusalem, de 
Sion, la fille de mon peuple, les douze fils de Jacob, les filles de Lot h, 
les enfants des hommes. 

Fléau, verge, au sens d'instrument de la colère divine, daus : la 
verge, le fléau de Dieu, la verge de ma, ta, sa colère. 

1 La forme holocaustum est due à saint Jérôme, elle a été refaite sur l'adjectif 
xookttoç, qui existe à côté de y.àuTÔ;. Mais lf s Septante disent ôXoxavxoç, d'après 
ôXoxauTaw. 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Frapper, férir, au sens d'éprouver l'homme par la souffrance, dans : 
Dieu frappe et il guérit, frapper les premiers-nés. 

Joug, au sens de servitude, comme dans : porter, imposer le joug, 
briser, rompre le joug 1 , joug de fer, joug qui s'appesantit. 

Jour, dans : le jour du sabbat, jour d'affliction, de tribulation, de 
vengeance, de colère, ions les jours de la vie. 

Loi, dans : la loi de Dieu, de Moise, les labiés de la loi, le livre de 
la loi, transgresser la loi. 

Maison, au sens de : temple, famille, race, descendance, dans : la 
maison de Dieu, dû Seigneur, maison de prière, maison de Jacob, de 
David, d'Israël, et aussi : maison d'esclavage. 

Monde (adj.), immonde, au sens de : pur, impur selon le rite, dans: 
les animaux mondes, immondes. 

Nation, peuple, dans : le peuple d'Israël , le peuple saint, la nution 
sainte. 

Œuvre(s), dans : les œuvres de Dieu, Dieu bénit l'œuvre de ses mains, 
rendre à chacun selon ses œuvres ; et au sens d'idole, culte des idoles, 
dans : les oeuvres des mains de U homme, adorer les œuvres de ses mains. 

Pain, avec sou sens propre, (iaus : pain azyme, pain d'affliction, de 
misère, de proposition, pain du ciel, Ranger son pain à la sueur de son 
front, l'homme ne vit pas seulement de pain ; au sens figuré d'épreuves 
envoyées par Dieu, dans : pain de douleur, de larmes, de tribu- 
lation. 

Saint, dans les expressions : le saint d'Israël, mon, ton saint nom, 
saint à Dira, la montagne sainte, alliance sainte, lieu saint, le saint 
des saints, le temple saint, l'huile sainte, l'huile de sa iule onction. 

Terre, en parlant de pays ou ^univers, dans : la terre d'Egypte, 'le 
Canaan, terre d'esclavage, de misère, tons les rois, tous les royaumes, 
tous les peuples de la terre, la terre des vivants. 

Voie, au sens de vertu, piété, idolâtrie, dans : la bonne, la mauvaise 
voie, voie d'inii/uilé, les voies des justes, des méchants, marcher dans 
les voies de..., tonte chair avait corrompu su voie, garder les voies, 
marcher dans les voies de Dieu. 



III. 

CARACTÉRISTIQUE DES EXPRESSIONS BIBLIQUES. 

Elles se divisent, d'après leur sens ou leur forme grammati- 
cale, en trois catégories : 1° expressions textuelles ; 2° exprès- 
sions refaites ; 3° expressions imitées. 



1 En face de b# ""DIU, le latin dit : exuere, excutere, depellere, repellere, dejicere, 
■juçjum, et aussi set vile, turpe jugutn, en face de bT"12 î?3\ 



L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 27 

I. Les expressions textuelles comprennent : 
1° Toutes celles qui, se rapportant à Dieu, sont : 

a) ou des appellations bibliques de Dieu : 

l'Éternel; le Dieu des Dieux; le Dieu de nos pères, le Dieu 
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; le Dieu des armées ; Dieu de 
majesté, de gloire, de vérité, de vengeance ; Dieu fort, Dieu 
jaloux, Dieu miséricordieux, Dieu vivant. 

b) soit des images de la grandeur, de là justice, de la bonié, de 
la colère divines ; 

La gloire, la majesté, la splendeur, le trône de Dieu, 
l'esprit de Dieu; les voies, les œuvres de Dieu, 
les jugements de Dieu; Dieu frappe et il guérit, 
la miséricorde, la bénédiction de Dieu; Dieu a béni l'œuvre de 
mes mains, 
la colère, la vengeance, la verge, le fléau de Dieu. 

c) soit des termes de piété, et quelques exclamations pieuses : 
Aimer, bénir, chercher, craindre, louer Dieu, 

croire, espérer en Dieu ; crier à Dieu; invoquer, chanter, bé- 
nir le nom de Dieu, 

marcher dans la loi, dans la crainte, à la lumière, dans les voies 
de Dieu; répandre son âme devant Dieu. 

Seigneur Dieu ! Béni soit le Seigneur ! Dieu te bénisse ! Vive 
Dieu ! 

Dieu soit avec vous ! Dieu vous garde ! Dieu m'est témoin ! 

d) soit le vocabulaire de 1' 'anthropomorphisme biblique. 

La voix, la parole, la bouche, la l'ace, l'œil, le doigt, la main, le 
bras de Dieu. 

Dieu détourne sa face, appesantit sa main, Dieu parle, Dieu 
marche devant nous, combat pour nous. 

2° Celles qui concernent la liturgie juive : 

L'arche d'alliance ; le jour du sabbat ; les pains azymes ; la fête 
de Pâque, le livre de la Loi; les tables d'alliance de la Loi, le 
saint des saints, pains, table de proposition ; 

3° Celles qui ont trait aux institutions politiques des Juifs. 

Les anciens d'Israël, les princes du peuple, de la Synagogue, le 
royaume de Juda, d'Israël. 

4° Celles qui sont tirées de leurs mœurs pastorales : 

Le pasteur et son troupeau ; brebis perdue, égarée ; le fruit des 
entrailles ; servir de pâture aux oiseaux du ciel et aux bêtes de 
la terre. 

5° Celles qui répondent au besoin constant, en hébreu, de tra- 
duire 1 ! 'absi? action par un terme concret, ou une image : t 

idée de vie : le livre des vivants, la terre des vivants ; 



28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

idée de mort, effacer du livre des vivants ; les portes, l'ombre, 
la main de la mort; dormir son sommeil, du sommeil éternel, dor- 
mir dans la mort, dans la tombe, dans la poussière ; 

idée de deuil, se vêtir de sac, déchirer ses vêtements, se cou- 
vrir la tête de cendre ; 

idée ft épreuves douloureuses : boire le calice, boire le calice 
jusqu'à la lie ; abreuver de larmes, de fiel, d'amertume; la coupe 
de douleur, le pain de douleur. 

idée de la toute-puissance divine : briser les portes d'airain ; 
la terre est son marchepied ; l'univers est rempli de sa gloire. 

idée de châtiment céleste : la verge de sa colère ; la coupe de 
sa fureur; charbons de feu. 

idée de protection divine : l'ombre de ses ailes, de son bras ; 
la coupe de salut. 

60 des phrases sentencieuses : 

Tu n'es que poussière, et tu retourneras à la poussière ; 

grand chasseur devant l'Éternel ; tu mangeras ton pain à la 
sueur de ton front ; aimer son prochain comme soi-même ; 

s'appuyer sur un roseau ; savoir tout depuis le cèdre jusqu'à 
l'hysope. 

rien de nouveau sous le soleil ; chaque chose a son temps ; celui 
qui sème le vent, moissonnera la tempête. 

•7° Des comparaisons, souvent prises à la vie pastorale : 

Aussi nombreux que les étoiles du ciel et le sable de la mer ; 
sécher comme l'herbe ; comme une brebis sans pasteur; comme 
des loups ravissants ; comme le chien retourne à son vomisse- 
ment ; conserver comme la prunelle de son œil ; boire l'iniquité 
comme l'eau. 

8° Quelques expressions poétiques, où domine le terme con- 
cret : 

Fils de Jacob, d'Israël, fils de l'homme, la fille de mon peuple; 
maison d'Israël, de servitude ; lumière d'Israël; les sentiers delà 
mer, la face de l'abîme ; les fondements de la terre ; vallée de 
larmes ; terre de misère; pain de larmes, d'affliction; lit de dou- 
leur; creuset de malheur; soleil de justice. 

9° Des souvenirs historiques : Dieu a créé le ciel et la terre ; 
Dieu a créé l'homme à son image; Dieu a formé l'homme du 
limon de la terre ; la colombe revint portant dans son bec un 
rameau d'olivier ; la femme de Loth changée en statue de sel ; la 
destruction de Sodome ; la sortie d'Egypte ; la colonne de nuée, 
de feu ; le veau d'or; la verge d'Aron ; la sagesse de Salomon, la 
vigne de Naboth. 

10° Quelques constructions grammaticales, comme : 



L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 29 

1° Le génitif de qualification : Dieu de vérité, de gloire, de 
vengeance, pour : le vrai Dieu, Dieu glorieux, Dieu vengeur ; 

2° Le génitif déterminatif: arbre de vie, coupe de salut, esprit 
de vertige, pierre d'achoppement, pour dire : source de vie, 
assistance divine, moment d'égarement, occasion de péché ; 

3° Construction du superlatif hébreu : le Dieu des Dieux, le 
saint des saints, vanité des vanités, pour dire '.Dieu suprême, 
la partie la plus sainte du temple, suprême vanité ; 

4° Enfin, certaines locutions comme : croire, espérer en Dieu, 
un prêtre selon son cœur, faire miséricorde, trouver grâce de- 
vant les yeux de quelqu'un, etc. 

K. Les expressions refaites rappellent ou résument un fait, 
une parole de l'Ecriture en termes empruntés, tous ou en partie, 
au texte, dans des constructions plus ou moins libres, qui aboutis- 
sent souvent à de véritables gallicismes : Adam et Eve, Caïn et 
Abel, la tour de Babel, V arche de Noé, les dix plaies d'Egypte, 
la mort des premiers nés, Vânesse de Balaam, Moïse sur le 
Sinaï, Jonas dans la baleine, Daniel dans la fosse aux lions, 
manger du fruit défendu; Caïn, quas4u fait de ton frère ? C'est 
la tour de Babel, être le bouc émissaire, pauvre comme Job, 
adorer le veau d'or; nous sommes tous de la côte d'Adam ; fort 
comme Samson ; c'est notre Benjamin. 

III. Les expressions imitées introduisent en français, à l'aide 
de la proposition de entre deux noms, la construction essentiel- 
lement hébraïque de l'état construit, avec son double rapport de 
qualificatif ou de déterminatif '* : Dieu de majesté, de vengeance, 
fils d'iniquité, homme de sang, devenant père de jugement et de 
venjances, gens d'iniquité, gens de sainteté, femme de sanc; et 
d'autre part, arbre de vie, fontaine de sapience, coupe de salut, 
verge de discipline aboutissant par un double système de synony- 
mie, qui remplace l'un des deux termes par un équivalent, à arbre 
d'orgueil, fontaine de miséricorde, de piété. 



1 L'état construit exprimant le superlatif absolu par la répétition, après un subs- 
tantif de ce même substantif au pluriel, B^ïlbNn "H^N, d^WUJ ""tttfJ n'a été imité, en 
français, qu'après le xv e siècle, le brave des braves, le dernier des derniers. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



IV. 



HISTORIQUE DES MOTS ET DES EXPRESSIONS BIBLIQUES. 

Après avoir déterminé, à l'aide d'une caractéristique, les mots 
et les expressions empruntés à l'Ancien Testament, il reste à 
suivre l'histoire de leur introduction dans la langue française. 

On a vu que, par le latin d'Église, l'élément biblique commence 
à pénétrer en roman dès le iv e siècle, et, qu'au vm e , plus d'un 
terme de la Vulgate a pris place dans le vocabulaire. Nos plus 
anciens textes attestent aussi la présence dans notre langue, dès 
ses origines, de quelques termes bibliques. Mais comment donner 
une idée plus exacte de la richesse de cet apport, au xn e siècle, 
qu'en faisant le relevé de tous les nêologismes — mots, expres- 
sions, hébraïsmes — qu'ont mis en circulation les deux Psautiers 
français d'Oxford et de Cambridge? C'est là qu'on rencontre les 
premiers exemples de : 



abominable 

abomination 

abominer 

cèdre 

christ (adj.) 

compunctiun 

consummaciun 

consummer 

contriciun 

diluvie 

escandle 

esprit 



exterminer 

génération 

glorier 

glorifier 

jejunie 

juste 

humilier 

lac 

luminarie 

magnefier 

ministre 

ministrer 



miséricorde 

mortifier 

oblation 

opprobre 

prévaricacion 

prévarier 

primices 

proïsme 

prochain 

sacerdote 

sacrefier 

sacrefise 



saintifier 

saintification 

saintifiement 

saintuarie 

tabernacle 

testament 

tribulation 

tribuler, tribler 

unicorne 

vanité 

vivifier 

ysope. 



La maison, la gloire, la loi, le trône, la parole tic Dieu. 
crier à Dieu, chercher, craindre, bénir Dieu, 
invoquer, louer, chanter, bénir, glorifier le nom de Dieu, 
abreuver de délices, sonder les cœurs et les reins, 
la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse, 
relui //ni sème dons la douJeui', moissonnera dons la joie, 
Dieu de majesté, de gloire, de ré rite, de vengeance, Roi de gloire, pa- 
role de vérité, chair de pestilence, esprit de tempête, opprobre des 
humains. 



La traduction des Quatre Livres des Rois apporte aussi sa 
part des mots nouveaux et d'expressions, et les écrits pieux de 



L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 31 

l'époque, la Paraphrase des Évangiles de la quinzain* de 
Pâques, la traduction des Dialogues de salit Grégoire, et des 
Sermons de Morice de Sully et de saint Bernard donnent une 
première consécration aux termes bibliques les plus usités. 

Au xm e siècle, la lutte va s'engager entre les partisans et les 
adversaires de ces néologismes, et la Bible de V Université de 
Paris offre un mélange bizarre de mots nouveaux et de mots de 
langue usuelle qui en sont les équivalents. C'est ainsi qu'on y 
rencontre successivement alliance et convenant ; arche et huche ; 
iniquité et félonie ; miséricorde et merci ; opprobre et reproche; 
sabbat et samedi; scandale et esclandre ; tenter et essayer. 
L'unité du vocabulaire biblique «ne se constitue que dans la Bible 
historiale de Ouiard Desmoulins (1295) et elle reste si bien éta- 
blie jusqu'à la fin du xv e siècle, que ni les protestations du tra- 
ducteur du Psautier lorrain (1305), ni les timidités de la Bible 
de Raoul de Presles (1382) ne compromettent l'œuvre des nova- 
teurs. Enfin la Bible de Jean de Rély (1487) témoigne, dans ses 
seize éditions, du progrès définitif de la langue biblique. 

C'est aussi du xm e siècle, grâce au nombre toujours plus grand 
d'ouvrages d'inspiration religieuse, que se développe la série des 
expressions refailes dont on entrevoit les premières tentatives 
dès le x e siècle. C'est sous l'influence des théologiens et surtout 
de YHlstoria scholastlca de Comestor que naissent toutes ces 
expressions qui rappellent les plus importants faits historiques de 
l'Ancien Testament, comme : Dieu a créé la femme d'une côte 
d Adam, le fruit défendu, le meurtre d Abel, vivre autant que 
Mat husalem, Joseph vendu par ses frères, voir la terre promise, 
la captivité de Babylone. 

Toutefois, la prolixité naïve de la vieille langue s'accommode 
mieux de la périphrase. La formule brève, l'allusion rapide sous 
forme de gallicismes sont de création moderne ; le moyen âge 
n'a fait que leur ouvrir la voie. 

Quant aux expressions imitées, toutes de ce type uniforme 
d'hébraïsme usuel désigné sous le nom d'état construit, et rendu 
d'une façon si exacte et si française par la proposition de entre 
deux substantifs , elles commencent à apparaître à la fin du 
xn e siècle. Mais c'est surtout du xm e siècle que date leur éton- 
nante fortune, quand la langue mystique va créer tout un riche 
répertoire d'appellations nouvelles en l'honneur du Christ et de 
la Vierge. Sur le modèle de Roi de gloire, parole de vérité, 
arbre de vie, les auteurs pieux créent des expressions comme : 
Père de gloire, Roi de paix, de concorde, de douceur, de misé- 
ricorde, Roi de Paradis, Reine de gloire, Dame de Paradis, 



32 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lumière de vérité, fontaine de miséricorde, hysope d'humilité, 
cèdre de sapience, fruit de vie. 

Si ce vocabulaire mystique ne se conserve pas tout entier, la 
tournure hébraïque, du moins, restera bien vivante, mais en 
s'écartant de plus en plus de sa valeur primitive. 

Tel est, en raccourci, le rôle de l'Ancien Testament dans la for- 
mation de notre langue. 

Pour les mots, l'évolution est complète. Entre le ix e et le 
xvi e siècle, ils ont conquis dans le lexique une place que bien 
peu perdront ; et beaucoup, par contre, ont si bien pénétré dans 
l'usage, qu'à peine reconnaît-on, aujourd'hui, la marque de leur 
origine. 

Pour les expressions — plus nombreuses encore que les mots 
— la question est plus complexe. Sans parler de celles que leur 
caractère strictement liturgique laisse comme en marge de la 
langue, le moyen âge a tiré de l'Ancien Testament toute sa phra- 
séologie dévote et mystique, plus d'uue tournure poétique, 
quelques-unes de ces hardies métaphores qui tranchent si vive- 
ment sur le fond plus terne de l'élément classique, des images, 
des comparaisons, des sentences, une part de souvenirs histo- 
riques, et même plusieurs de ses idiotismes. 

L'apport de l'Ancien Testament à notre vieille langue est donc 
considérable et méritait une étude particulière. Nous avons 
essayé, sans épuiser la question, d'en traiter les points essentiels, 
et d'en faire ressortir l'intérêt. Des recherches du même ordre 
restent à faire sur le xvi e siècle et les temps modernes. Il serait 
original aussi de les voir s'étendre à d'autres langues, et de pou- 
voir, un jour, établir en une vaste synthèse quelle part revient, 
encore aujourd'hui, à la Bible dans l'expression de la pensée 
humaine. 

J. Trénel. 



MANUSCRITS DU RADAR ZEKÈNIM 

RECUEIL DE COMMENTAIRES EXÉGÉTIQUES 
DE RABBINS DE LA FRANCE SEPTENTRIONALE 



M. Ad. Neubauer, dans une lettre 1 , a rendu compte rapide- 
ment, entre autres, d'un ms. de la Bodléienne (Or. 604)* conte- 
nant un commentaire du Pentateuque ns-ût "Win qui est l'œuvre 
d'un Français. Sa courte description a été largement utilisée 
par les historiens de la littérature juive 3 . Comme le ms. cite un 
assez grand nombre d'explications dues à des rabbins français, 
j'ai voulu l'examiner et, pour cela, l'ai fait copier par M. I. Last. 

J'ai pu faire immédiatement une constatation qui n'a pas en- 
core été signalée, à ma connaissance, c'est que cet ouvrage est 
absolument identique au n° 232 delà Bibliothèque nationale, 'rçmfi 
Vit'T riDiit ^mb ttwfri. La ressemblance est si grande que dans 
les deux mss. se remarquent les mêmes déplacements de para- 
graphes avec la note b^b «plus haut », indiquant que ces pas- 
sages ont été omis à tort. La seule différence appréciable est la 
suppression, dans le ms. de Paris, des gloses françaises et des 
noms de localités servant de patronymiques. Le fait s'explique, 
d'ailleurs, sans peine : le copiste était de la France méridionale et 
il n'a trouvé aucun intérêt à reproduire ces termes de langue 
d'oil. 

Le Catalogue des mss. de Paris va-t-il nous éclairer sur Tétat 
civil de cet ouvrage ? Oui, sèmble-t-il, car, à l'en croire, il aurait 
été publié à Livourne en 1*783 dans le recueil intitulé Daat Zekè- 
nim. Malheureusement, sous cette forme, l'affirmation est fausse; 

1 Md. Zeitsehrift de Geiger, IX, p. 217. 

* 270 du Catalogue Neubauer. 

3 Particulièrement par M. Gross, dans sa (rallia Judaica. 

T. XLIX, n° 97, % 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il y a bien, en beaucoup de passages, identité entre le ms. et ce 
commentaire, mais cela tient uniquement à ce que les recueils 
exégétiques des xtii 6 et xiv e siècles ne craignent pas d'exploiter 
leurs devanciers. En réalité, le ms. et l'édition représentent deux 
ouvrages distincts. L'erreur du Catalogue des mss. de la Natio- 
nale est due à un correcteur bien intentionné : on avait proba- 
blement écrit d'abord Hadar Zekènim ; mais comme ce livre est 
assez rare et moins répandu que le Daat Zekènim, quelqu'un des 
auteurs du Catalogue a cru bon de rectifier cette prétendue er- 
reur. Quoi qu'il en soit, il est incontestable que le ms. de Paris et, 
par conséquent, celui de la Bodléienne sont deux exemplaires du 
commentaire qui a paru en 1840 à Livourne sous le titre de 
Hadar Zekènim *. C'est ce qu'avait deviné, pour le ms. de la 
Bodl., M. Berliner, qui, en jugeant d'après la description de Neu- 
bauer, a supposé que « le Hadar Zekènim provient de ce ms. ou 
d'un autre recueil analogue* ». Ces mots ont inspiré au jeune et 
savant bibliothécaire de Francfort, M. A. Freimann, l'idée de 
comparer le commentaire imprimé avec le n° 112 de la Biblio- 
thèque municipale de cette ville et d'en constater l'identité 3 . 
. La conjecture de M. Berliner n'était pas exprimée avec assez 
de netteté, car voici ce qu'elle a donné à croire à M. Ad. Poz- 
nanski, qui dans son Schiloh, paru tout récemment, a eu l'occa- 
sion de parler du Hadar Zekènim et du ms. de la Bodléienne : 
« Le recueil de Tossafot Hadar Zekènim est tiré en grande partie 
des Hiddousché Sarfat (le ms. en question). » Bien mieux, M. Ad. 
Poznanski s'appuie sur les divergences des deux textes pour 
établir leurs dates respectives de composition (p. 153). Les Hid- 
dousché Sarfat attendant l'arrivée du Messie en 5143 = 1383 
et le Hadar Zekènim en 5163 = 1403, il en résulte que le premier 
a été rédigé antérieurement à l'année 1383 et le second postérieu- 
rement, mais avant 1403. Or, les deux textes sont conçus dans 
les mêmes termes. M. Ad. Poznanski a été victime de la conci- 
sion des notes de Neubauer. La même aventure lui est arrivée à 
propos de l'interprétation de Gen., xlix, 10 4 . Il reproduit d'abord 
l'explication des Hiddousché Sarfat, puis celle du Hadar Zekè- 
nim, qui en est censément différente,— alors qu'ici encore l'iden- 
tité est absolue — uniquement parce que Neubauer a tronqué le 
passage. 

1 Ce titre, comme celui de Daat Zekènim, est de l'éditeur. Il embrasse, d'ailleurs, 
deux ouvrages distincts : 1° le commentaire du Rosch, 2° celui qui nous intéresse en 
ce moment. Pour la commodité de l'exposition, on réservera ce titre à nos Tossafot. 

* Zeitsckrift fur hebr. Bibliographie, 1900, p. 149. 

* lbid. 

4 Belege, p, xxv» 



MANUSCRITS DU HADAR ZEKÈNIM 35 

Entre le ms. de la Bodléienne et l'imprimé les divergences sont 
extrêmement rares. C'est à peine si par-ci par-là on observe dans 
l'un ou dans l'autre une lacune insignifiante. Tout au plus l'édi- 
teur a-t-il parfois omis par prudence les passages qui visent trop 
nettement le christianisme. 

Ainsi, f° 1&, l'édition porte : « On peut par là répondre aux Mi- 
nim : si à propos du deuxième jour de la création, il n'est pas 
dit : « Dieu vit que c'était bien » , c'est parce que le monde, en 
majorité, devait périr à cause de l'eau. » L'éditeur a supprimé 
les mots : « qu'on appelle baptême dans la langue vulgaire ». Le 
môme mot est reproduit dans le ms. Opp. 31 d'Oxford *. On sait 
que le trait est emprunté à une réplique de Nathan l'Official 2 ou 
de Joseph Bechor Schor, si le ms. Warner 27 de Le3'de est bien 
de cet auteur 3 . 

17 &, sur Gen., xxxvn, 35 : « Je descendrai vers mon fils dans 
le Scheol. Ceci a donné lieu aux Minim d'affirmer que même les 
justes descendaient dans la Géhenne jusqu'à l'arrivée. » La lacune 
est ici visible : on a éliminé les mots « de Jésus le Nazaréen», qui 
figurent dans le ms. Cette opinion des chrétiens est relevée aussi 
dans le Paanéah Raza, p. 20, au nom du Gan. 

F 23, sur Gen., xlviii, 18, manque dans l'édition tout le pas- 
sage suivant : 

rraii-n msn ^nia npy ma* v$m t^op 8|0v 'nb ïnt* fi» batû 
p t-nrayb 1133 i" N nttibs ,«aa p t**b tpv *ib -ien *&tt tai«373 "ib 
r<b tnbran om \\dî !-it "pata *n*T a sa ^ny^ p^irrt ipy^ inaan 
r^tbtt irrw -i^-iti is»tt bim nw Int *ianb Tsians c^b« ïpb Tiaiisna 

: tnnrt 

Un Min demanda à Joseph Cara : Comment se fait-il que Jacob 
ait fait le sigae de la croix (en croisant ses bras sur les têtes d'Eph- 
raïm et de Manassé) ? Cara répondit : a Aussi Joseph lui dit-il : Ce 
n'est pas bien, mon père; c'est-à-dire il ne convient pas de faire cela, et 
Jacob lui répliqua : Je le sais, mon fils, je le sais ; je sais qu'il ne faut 
pas le faire, mais Dieu me garde d'avoir eu ce dessein, j'ai seulement 
voulu montrer que celui-ci surpasserait son frère et que sa postérité 
serait abondante en peuples. » 

Cette réponse de Joseph Cara est rapportée aussi par Joseph le 
Zélateur 4 . 

« Voir Neubauer, Jild. Zeitschrift, IX, p. 215. 

* Voir Zadoc Kahn, Revue, III, p. 30. Texte dans Mimizrah oumimaarab, Berlin, 
1899, 4e fascicule, p. 18. 

* Voir Steinschneider, Cat. de Leyde, p. 114. 

* Mimitrah, ib., p. 24. Cf. Monatsschrift, 1881, p. 22. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

F 23, sur Gen., xlix, 10. Bien que le passage ait déjà été pu- 
blié par M. Ad. Poznanski, dans son Schiloh, il ne sera pas mau- 
vais de le reproduire ici, ne fût-ce que pour montrer l'identité du 
ms. de la Bodléienne et celui-ci de Francfort. 

L'éditeur du Hadar Zekènim a supprimé tout ce qui suit : 

***a p tan îiaiban i^tt nou: 'jaiaï) t=p3^b " rniiûn nn 
STnrptt aau: mo^ r*o 'ïïinuî bTiaYî t]N tonb a^uinb uî-n mus» 
p uïnsb "pis "natia?! n^"> la^m s-jb-na î^m ^a i? 'ijn pp-inai 
rrpTC» naibtt- no "nt-no -inab irrnnb rmma naiban moi t^tb 
'pnis *jm3 b? s^ba ^u: *-pa rpoa t^au: iu:i t=mp rrnm "jba 
f-mb uns3 ^33 ^an iuji ...tMa" 1 *a ^ nn^b rwnb mo*» Kb naib 
'tnba 'ai -j? "îai anu: nw ab n'*t nnab ns-ina nvnb tid^ r^b 
/HYobJû ib muji tn mia» ^b» iD^rn inb^io Na 1 15 iy w\ nbnyb 
rtp*»© f<n"> rs ir S&nu:^ ba b* ^ib»*» «bu: anu: moi r^b n't 
tzî-o-np nb^i taau:n nii ma r-nab» npbro tau:u: taaun 'znba 
ba»i ûau: f^ai nb^u: "pa '-iu:-> y-i« bu: pbwa irsaiû n^a mb ï — tt 
ï^ï'n .rroban rrpbrOT nrwb -ib^sa 'aiba tra* nnp"> ibi taipa 
t^bm?2 D^na ir^m *jau: obun ma» 'mpo rta aau: mo^ t**b 
■nw «b naib nst*n "n^n iu:-» la^m nVai V 3 * 3 ppinai r^ua 

.nb"»u3 Nn* 1 ta n* lai-ot 
j^a^ nwri nofim -iu^ ;an3 i«d «np rp"n "nnb tt-in "pa bau: 
im» Su: r-nan "na^na ■pv pa ^mia naN ib a^u:n ibi irbiiD 
r-îb-'ù: Nnî -o 13) n^ban paa' ppinai r-mmâ taaië mo" î ab' pios 
•m:&o np -mi /îû^a in tb'iâ èî âb ni3\i iuj&na Nxam nbi 
tzi^j rnpi 'jto D^in^m ï-nrrn ^sioi ibi nb^u: «^ }u r-na"<n 
ima^i nnn^n mNT'u: mais î^rn^ 'wibo feâw" i©-»" ï^5Z7am 

F 67, sur Deut., xi, 26. Dans les lignes qui suivent, l'édition 
n'a pas les mots que je mets entre crochets : 

1 ûs^yb nT r-nba ^in?: n>3b tabiusa 'nn ^riD '-i n« bsu: ^n» l^a 
r-i^aa ib rrum t"^?: m»n ^b ^«n î"2 "jiyn iba«5 Sna bu:a -irrp 
n"3pr7 rnsii t<73 , '" , p 133 pi«u5 ca">bam mnuîNi ûiTabst nu:y l'Msi 
)n*yi2 fy S«nuîi iu:3>u: 13© n^an bax mt>a bu: nsu: 'y a cana 
m«naa iasm T»n bN^u:^ [«naiBWn t=^u:^pn bai ^nirisn nuî^ paa] 
p "172a ^a^sb ïriiai^b nbaipai nn^p T"3>b [im^api "juji by] QiN-aan 

.ympi Ti"iwS nnbaa û^mu) 

Un Mio demanda à R. Nathan fils de Meschoullam : Pourquoi votre 
exil actuel se prolonge-t-il plus que celui de Babel, qui a duré 
soixante-dix ans, et cela à cause de l'idolâtrie, qui est le plus grave 

1 Dans l'édition, à tort, DaSI^a. 



MANUSCRITS DU HADAR ZEKÈNIM 37 

péché? Il lui répondit : « Pendant le premier temple, les Israélites 
firent des idoles, des aschéra et des sottises qui ne sont pas durables ; 
aussi Dieu les a-t-il punis par un exil qui n'a été que de soixante-dix 
ans. Mais sous le second temple, ils ont fait des divinités d'eux- 
mêmes [comme Jésus le Nazaréen, les Saints et les Apôtres], qui 
étaient Israélites-, ils ont détourné les prophéties de leur véritable 
sens, en les rapportant [à Jésus, et ont fait de celui-ci] une divinité 
durable, acceptée de ses fidèles. Voilà pourquoi ils restent si long- 
temps en exil. 

Ce dialogue est reproduit avec plus ou moins de fidélité dans le 
Paanêah Raza , p. 59, par Berliner, Pdètat Soferim, p. 34, 
d'après le ms. 252 de Munich. 

Ib., sur Deut., xm, 9. Après les mots : 

mBtustt ■»** s-ro^tt imab ywarob Twa pia bai 

il faut ajouter : "nïtlMi W 1 itta « A plus forte raison ne faut-il 
pas écouter celui qui se sert de la magie [comme Jésus le Na- 
zaréen] ' . » 
F° ^6, sur Deut., xxxn, 21. L'édition porte : 

D^3tt *r b*ia U3"mnb î-ktdi rra tos nta .a? aba ûônpa- ^ao 
&n d^ita arpa^oat: baan diptt baa banu^b û^ts» dn© ntna tm 

•swia bstt 

C'est aussi la leçon du ms. de Paris, sauf que le nom de ©"nnft 
(== Bechor Schor) y manque. Le ms. d'Oxford lit : 

Le ms. Opp. 31, f° 35 &, d'après Neubauer : 

(ttwsip^ï-n lire) ro^Bip tp urbTTiprr iba û3> aba daoapa ^ao 

.d^wiattrt iba do-tfaa bss *ua i$n (sic) nu»b [sic) d^-is^rj 

Enfin, le Daat Zekènim : ain uîB-«p^-i d-'ba-inïi b*tt) ïisn:n . . . 
...^rw 2 . 

Ces textes se comprennent mieux quand on les compare à celui 
de Joseph le Zélateur : * 

fcaarnanai aayun ->Bb ib nEan ina 'irt d* naina i^tô-i l'na hn 
rnpn b;a ima *p wran ,aatt a^aitun "Dàia ^ob nab b^witt» ans 
lab s-hb* pi •)37372 snnaa îmaoaon ^îtttp nwa m 73 sim Ninia 

1 Cf. Paanéah Raza, ad loc. 

* C'est ce texte qu'a cité Zunz, ^«r Geschichte, p. 181. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ta y Nbn ta&rspN -^to BîWafta ^aïoya bs abri ^iNsp fan 'au> 
i5m« 'îàShifà i-rn aa» nnv Saa -na Wfl &to tao^a» bss nié 

.yt* nnn 

Le frère Garin, controversant avec R. Nathan, lui dit : « C'est eu rai- 
son de voire méchanceté et de votre infériorité que vous nous êtes 
soumis, car nous sommes plus considérés que vous». R. Nathan ré- 
pondit : « Telle est la règle de Dieu, il rémunère mesure pour me- 
sure. Nous l'avons offensé par un être qui lui était inférieur, ainsi 
a-t-il agi à notre égard, car il est écrit : Ils m'ont offensé par un non- 
Dieu ; ils m'ont courroucé par leurs vanités; moi je les outragerai 
par un non-peuple, je les irriterai par une nation stupide. S'il y 
avait une nation plus sotte que la vôtre, il nous y soumettrait 1 .» 

Dans l'édition et les mss. de Paris et de Francfort, Dieu punit 
Israël au moyen des a^Utt (ceux qui rejettent), qui partout persé- 
cutent les Juifs et qui dans leurs différents ordres sont plus mé- 
prisés que n'importe quelle nation. Dans le ras. d'Oxford, il est 
parlé des Jacopins et des d*natt. Ce nom qui est synonyme d'en- 
nemi, dans Isaïe, lxvi, 5, a peut-être été choisi parce qu'il res- 
semble à celui de mendiants. 

Les Jacopins — ou Jacobins — appartiennent à l'ordre des Do- 
minicains, ou prêcheurs. Dans le ms. Opp. 31, et avec plus de 
raison, on réunit les Gordeliers (lire îo^TTipïi), nom français des 
Franciscains, et les Jacopins. Ces deux ordres sont ensuite syn- 
thétisés sous le titre de trwtt» « les pestiférés », qui rappelle mo- 
nachus, moine. Dans le Daat Zekènim Cordeliers est traduit en 
hébreu, ainsi que dans le livre de Joseph le Zélateur 2 . 

Or, les ordres prêcheurs ne sont nés qu'en 1215 et le nom de 
Jacopins ne saurait être antérieur à Tannée 1218, où les Domi- 
nicains s'établirent à Paris et reçurent le nom de Jacopins parce 
que leur couvent était situé rue Saint-Jacques ; quant aux Cor- 
deliers, ils ne furent institués par François d'Assise que vers 
1223. Il est donc impossible que Bechor Schor les ait connus, lui 
qui a fleuri vers le milieu du xn° siècle. Il faut donc rayer ce nom 
dans le Hadar Zekènim ; aussi bien est-il absent des autres 
textes. C'est là un des rares exemples de variantes offertes par 
l'édition. 

Remarquable est encore l'identité d'orthographe pour les noms 
propres dans le ms. de la Bodléienne et l'imprimé. 

1 Nipttïl t|OT '0, Berlin, 1903, p. 11. (Tirage à part du Festschrift zum 70. Ge- 
hurtstage A..Berliner y s.) 

» Mimitrah ib. t p. 24 ; Zunz, Zur Geschichte, p. 181. 



MANUSCRITS DU HADAR ZEKÈNIM 39 

Même manière de désigner certains auteurs uniquement par 
leurs initiales. Ainsi tf^iri (3, 5&, 29 &), V^Ti (18, 38, 516), d""fj 
(16, 18, 18 b, 20 &, 22 6, 23, 25 6, 26, 30, 39 b). Ces acrostiches sont 
des énigmes. Pour &"'*%% qu'on serait tenté de lire ait: &ify un 
passage correspondant du Minhat Yehouda donne Isaac. Pour 
œ"-nîi, toute donnée nous fait défaut. Quant à d"nti , dont le 
grand-père s'appelait David (24 6), Neubauer y voit Menahem de 
Joigny, sans doute parce qu'en un endroit (sur Ex., i, 10) ces deux 
autorités sont mentionnées à peu de lignes de distance. Mais cette 
circonstance seule suffirait à détruire cette hypothèse. A quoi 
bon, au reste, recourir à des suppositions ? Toutes les fois que le 
Hadar Zekènim mentionne le d^îi, le Daat Zekènim met en toutes 
lettres Moïse l (sur Gen., xxv, 6; xxx, 41 ; xxxvm, 26; xlviii, 1, 
22 ; Ex., i, 10, 15; îv, 29; xn, 37; xin, 17, etc.) 2 . On serait tenté 
d'identifier ce Moïse avec Moïse de Paris, mais, sur Gen., xxxvm, 5, 
l'explication de Moïse de Paris, reproduite par Berliner, l'auteur du 
Daat Zekènim dit l'avoir recueillie de la bouche de son maître. Or 
jamais il n'accolle cette épithète au nom de Moïse. Zunz, qui en 
rédigeant son Zur Geschichle (1845) ignorait l'existence du Ha- 
dar Zekènim, publié en 1840, mais qui avait rencontré l'abrévia- 
tion ù^ïi dans le Minhat Yehouda, dit que c'est peut-être Moïse 
de Coucy (p. 82) ; puis, relevant le nom de Moïse dans le Daat 
Zekènim, il ajoute que c'est vraisemblablement Moïse de Coucy. 
Le ms. du Minhat Yehouda que possède l'Alliance israélite uni- 
verselle, et dont il sera encore question plus loin, confirme en- 
tièrement la supposition de Zunz : en un grand nombre de 
passages où l'imprimé porte Moïse de Coucy, ce ms. se sert de 
l'abréviation inin. 

Voici maintenant la liste des noms propres cités dans le Hadar 
Zekènim, et dont l'orthographe est conforme à celle du ms. de la 
Bodléienne 3 . 

Cette nomenclature ne fera pas tout à fait double emploi avec 
celles qu'ont dressées Neubauer et Berliner et qui sont incom- 
plètes et parfois inexactes. N'y entreront pas les noms de Raschi, 

1 Ce Moïse est souvent cité aussi dans le Paanéah Rata. 

* La même abréviation est employée clans un supercommentaire sur Raschi, ms.de 
Cambridge, n° 36 (Cat. p. 66), alternant avec le nom de Moïse [ib.,p. 65). — Ce 
ms. de Cambridge me paraît identique au n<> 173 de la Bibl. Nation, de Paris. — 
Le ms. de Hambourg u° 46 l'ait également alterner cette abréviation et le nom de 
Moïse. 

* Il faudrait comparer à ce point de vue notre ms. avec le u« 32 de la Bibl. de 
Vienne (Cat., p. 35), qui mentionne beaucoup de ces noms. 



40 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Joseph Cara, Samuel b. Méir (Raschbam), R. Tarn, Joseph Bechor 
Schor, Abraham ibn Ezra, Juda Hasid, Baruch b. Isaac. Je suis 
l'ordre des pages. 

F ' 1 b et 44 b : Joseph l'Official. Ce titre est écrit à tort, la 
première fois, dans le ms. et l'édition, b&ODMKb. Dans le livre de 
cet auteur (voir Revue, III, p. 30), l'explication donnée ici, p. 1 &, 
est attribuée à son père Nathan l'Official. Elle se lit aussi dans le 
ms. Opp. 31. Sur cet auteur, voir l'étude si nourrie de M. Zadoc 
Kahn {Revue, I, p. 222, et III, p. 1). 

F os 1b et 10 : Jacob, le trésorier de Montreuil (b^nantttt). Le 
ms. de la Bodléienne a : Jacob de Montreuil, celui de Paris, Ja- 
cob le trésorier. A mon avis, Neubauera eu raison d'identifier ce 
y^YiûTO avec Montreuil, sans spécifier lequel, car il y a nombre 
de localités de ce nom dans la France de langue d'oil ; rien que 
dans la banlieue de Paris il y en a deux. M. Gross a préféré y 
voir Monteux sur la foi du Minhat Yehouda, qui porte, dans les 
passages correspondants, b"»tan». Mais, outre que notre leçon serait 
inexplicable si l'original avait été b">t3"itt, il y a une raison majeure 
qui s'oppose à cette identification, c'est que jamais le Hadar Ze- 
kènim ne cite de rabbins provençaux. Il y a plus, un ms. du 
Minhat Yehouda a lui aussi b^naitt» *atttt apyi 'nrt. En effet, ce 
nom se lit dans les mêmes passages du ms. du Gan que possédait 
Eliézer Aschkenazi. Dukes a décrit ce ms. et relevé les noms in- 
téressants qui y paraissent 1 . Or, que l'on compare sa liste à celle des 
auteurs mentionnés dans le Minhat Yehouda * et l'on sera surpris 
de la quasi identité. Et quelques-uns de ces commentateurs ne 
sont pas les premiers venus, de ceux qu'on rencontre dans tous 
les recueils de Tossafot sur le Pentateuque. On y trouve, entre 
autres, Elhanan, fils de mon maître Isaac, dans son ouvrage sur 
le calendrier ; Méir Gochab ; mon maître le saint Salomon de 
Dreux ; mon maître Eliakim au nom d'Aron de Châlon ; Aron de 
Canterbury; Joseph de Lincoln; Berachia le Ponctuateur; Yeho- 
sifia le prosélyte. Il est particulièrement remarquable que l'auteur 
du Gan et celui du Minhat Yehouda, qui est Juda b. Eliézer, 
disent mon maître pour les mêmes personnes, et surtout pour 
Eliakim, dont le nom revient sans cesse dans le Minhat Yehouda. 
Ces circonstances m'avaient suggéré l'idée que le ms. décrit par 
Dukes n'était qu'une autre recension du Minhat Yehouda. Cette 
hypothèse est devenue pour moi une certitude, grâce à la publi- 
cation du Catalogue du British Muséum. Qu'est devenu le ms. 
d'Aschkenazi ? C'est ce qu'on ignorait jusqu'ici. Or, dans le Ca- 

1 Ozar Nechmad, II, p. 161. 

* Voir Zunz, Zur Geachichte, p. 97. 



MANUSCRITS DU HADAR ZEKEN1M 41 

talogue du British Muséum, M. Margoliouth décrit ainsi le 
n° 190 : « trfiba p. Ce ras., qui n'est pas le Gan cité par le Minhat 
Yehouda, le Paanéah Raza, etc. présente une très étroite ressem- 
blance avec le Minhat Yehouda. C'est une autre recension de cet 
ouvrage. On y trouve cités Aron et Benjamin de Canterbury, Be- 
rachia Hanakdan, Joseph de Lincoln. » Enfin, voici qui est dé- 
cisif: Dukes dit que le ms. du Gan porte la date de 363 (1403) ; or 
telle est précisément celle du ms. du British Muséum. Il n'y a 
donc pas le moindre doute que cet exemplaire est celui qui appar- 
tenait à Aschkenazi et que ce Gan Elohim — et non pas Gan — 
est une recension du Minhat Yehouda différente de celle qui a été 
imprimée avec le Daat Zekènim. Ce Gan Elohim est probablement 
de la même famille que le ms. du Minhat Yehouda (n° 174) de la 
Bibliothèque de l'Alliance israélite, qui est également une recen- 
sion de l'ouvrage différente de l'imprimé ' . 

9 b : Joseph de ■ , b^^5. Dans le même passage du Minhat Ye- 
houda, I, 23 2 , il y a ib^ra La différence peut être due à l'inattention 
d'un copiste ou de l'imprimeur. Znnz y voyait Saulieu ; Neubauer 
Sailly (commune du département de la Haute-Marne) ; M. Gross 
se range du côté de Zunz. 

13 b : Isaac fils d'ABRAHAM, en abrégé a":m (32 b, 61), ou 
fcnrm (41 &, 51 b). C'est le célèbre chef d'école de Dampierre (voir 
Gross, p. 168), mentionné pour ses explications exégétiques dans 
le Daat Zekènim et le Minhat Yehouda. 

Ib. Salomon de tD^nu. Ce commentateur ne figure pas dans la 
liste de Neubauer ni dans celle de Berliner, probablement parce 
que ces auteurs ont pris ce Salomon de Tirana pour Raschi. 
Cette supposition semble corroborée par le témoignage du Min- 
hat Yehouda, qui, sur Gen., xxvm, 17 (p. 28b), attribue à ce 
Salomon ce que dit expressément Raschi : w"~\ '-pdid nïï bnN 
■p unsb iD"-i pm 'pbra "wa ïiète rpTi^tt *m np^m ©"iina». 
Mais, si au lieu de considérer isolément cette phrase, on étudie 
l'ensemble du passage, on voit que ce Salomon est un commenta- 
teur de Raschi, et que plus loin il est désigné simplement par 
l'épithète « le saint », == « le martyr » ; tout porte donc à y voir 
Salomon le martyr de Dreux. Cette hypothèse est confirmée par le 
ms. du Minhat Yehouda de la Bibl. Nation. (n° 168), où se lisent 
ces mots, à la place de ceux de l'imprimé : mro >hN^^ nrvDin ^&o 
. . ."-ip^ra -ï"ims b"n -©N-nTO izmprr rrabiB 'ai aœn « Moi le scribe j'ai 
trouvé écrit au nom de Salomon le martyr de Dreux : ce que dit 

1 Je reviendrai prochainement sur ce ms., écrit par un copiste italien, quia sup- 
primé le plus souvent les noms d'origine des commentateurs cités. 
* Je cite l'édition de Varsovie. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Raschi. . . » Dans le ms. du Minhat Yehouda de l'Alliance israélite 
le passage est ainsi conçu : Wi ^nastt 'énrra r\"w 'i "niE Dien 
*)p*3 Wflart T?ra *an'» "WitDb « J'ai trouvé au nom de mon maître 
Salomon le martyr de Dreux : ce que dit Raschi... ». En 
outre, sur Gen., vin, 6 (p. Sb), le Minhat Yehouda reproduit une 
réponse faite par le même ^riûtt u>"n à une objection de Joseph 
de ivr^p (que Gross corrige en ytt->p, Chartres) *. Ici il ne peut 
s'agir de Raschi. C'est probablement ce qui avait déterminé Zunz 
à chercher une autre solution : ce serait ici, comme dans le pas- 
sage susmentionné, Salomon le saint de Dreux. Zunz, comme 
presque toujours, avait bien deviné, car le ms. du Minhat Yehouda 
de la Bibl. Nat. porte ici îiHTto (faute visible pour /fc ï&), et celui de 
l'Alliance ^"nTO, forme qui explique celle de «wna. 

Il est assez curieux que dans notre ms. du Hadar Zekènim 
de même que dans l'édition du Minhat Yehouda, toutes les fois que 
le nom de ce commentateur est écrit, celui de sa ville d'origine 
est orthographié ©Tha, tandis que lorsqu'il est appelé simple- 
ment : le martyr de Dreux, la localité s'appelle tttrm (f ° 9 36, 43 &* 
et 52 b du Hadar Zekènim). Dans le Paanéah Raza, ms. de Munich, 
ti 50, un Juda Cohen cite une explication de Salomon de tûum-rj, 
qui est probablement le même rabbin. 

F 18 : Joseph de Jérusalem. Zunz a déjà identifié ce commen- 
tateur avec Joseph b. Baruch (p. 89), qui est Joseph b. Baruch de 
Clisson, d'après Gross (p. 595). C'est probablement le même rab- 
bin qui, f° 62, est encore cité par Aron. 

Ib. : Jacob de Pont-Audemer, mentionné également dans le 
Gan Elohim. Voir encore Gross, p. 441. Il faut ajouter que le 
même commentateur est cité dans le Paanéah ms. de Munich, n° 50 
(voir Steinschneider, Catalogue de Munich, p. 34). 

F°18& : Isaac d'EvREUX . «tivémd v nn. Le même commentateur 
est encore mentionné f° 'i9 b ; mais dans le passage correspon- 
dant du Minhat Yehouda on lit : Moïse d'Evreux. Voir sur ces 
deux rabbins, Gross, p. 40-41. 

F 0s 24 b et 29 b : Menahem de Joigny, ■>riN\ Les deux passages 
sont également dans le Daat Zekènim ; là, la première fois, le nom 
de ville est écrit : ^aï, la seconde : :na. Voir Gross, p. 251. 

F° 25 : David, grand-père de D"nrt. C'est peut-être le même 
commentateur que le David mentionné, 25 b (= Minhat Yehouda) 
et 32 b. Le Daat Zekènim rapporte une explication d'un certain 
David, qui la tenait de Joseph Cara. Serait-ce aussi le même? 

1 A tort, car le ms. de la Bibi. Nat. a 'p^pfà « de Chinon ». 

2 En ce passage, au lieu de 12)*1pn le ms. de la Bodl. a par erreur UJipn, et 
l'édition offre le même lapsus. 



MANUSCRITS DU HADAR ZEKÈN1M 43 

F* 26 : Benjamin. Au f° 57 est rapportée une controverse qu'il 
eut avec un apostat. Zunz (p. 88) ne cherche pas à identifier cet 
auteur. 

F os 36, 38 b, 41 : Moïse b. Maïmon. Pour la dernière citation, le 
Daat Zekènim, dans le passage correspondant, écrit à tort Nah- 
manide, mais le Minhat Yehouda a bien Rambam. 

F 32 : Méir fils de Senior. Voir Gross, p. 41. 

F 32 b : Obadia fils de Samuel, cité par le Gan. C'est peut- 
être le même que l'Obadia mentionné 74 b. 

Ib. et 42 : Jacob de Ghinon. Voir Gross, p. 579, qui ne dit pas 
qu'il fut exégète. 

F°35&. Achselrad, écrit dans le ms. *r6u3aa. Dans l'édition, 
69 &, il y a bien t*6^D3N. Mais le passage correspondant manque 
dans le ms. de la Bodléienne, parce que tout un feuillet a disparu. 
Le ms. de Paris n'a pas ce nom. Le morceau du f° 35 & est repro- 
duit dans le Paanéah Raza ms. de Munich (Steinschneider, p. 34) 
avec cette note : au nom de R. Joseph Tob Elem, qui le tenait de 
Achselrad te aaTibtusa. Ce Tob Elem n'est évidemment pas le rab- 
bin de ce nom qui a vécu au milieu du xi e siècle ; c'est probable- 
ment celui qui fut en correspondance avec Simha b. Samuel, de 
Spire, au commencement du xm e siècle. Comme le fait remarquer 
M. Berliner, le nom d' Achselrad fut encore porté par un de ceux 
qui subirent le martyre à Francfort en 1241 J . Ajoutons que plus 
tard un membre de cette famille s'était transporté d'Allemagne en 
Italie. On lit, en effet, danslems.de Cambridge, n° 40(Catal.,p. 85): 
'Vtt'T -rom amb^a ntrraa Ynrra *»i» itdk 'it&ta ba-ip^n rti« Sb 
tPTttbrtn *p*s "^ki pMflfflfl -trcn "^nana nma ^wnv *p u^lffe» 
&rrr>oa8 tt^WS. Un certain Bénédetto (ou Bénédit) Acseldra d'Alle- 
magne avait entendu une explication de Joseph Colon, le célèbre 
rabbin italien. 

Ib. (= Daat Zekènim) et 38 & : Baruch. Zunz ne cherche pas à 
l'identifier (p. 88). 

F ' 36, 61, 61 & et 62 & : Aron, mentionné dans le Gan. D'après 
Neubauer, ce serait le grand-père de l'auteur de cet ouvrage, qui 
porte justement le nom d'Aron. La conjecture aurait besoin d'être 
corroborée, car au f° 57 & le Hadar Zekènim cite une explication 
rapportée par Aron au nom de Baruch b. Isaac. Or si c'était le 
grand-père de l'auteur du Gan, il serait bien antérieur à ce der- 
nier rabbin. Il faudrait, dans ce cas, supposer l'existence de deux 
Aron. 

F 37 b : Jacob d'ORLÉA^s ; voir Gross, p. 36. 

1 Salleld, Das Martyrologium d«s Nûrnberger Memorbuches, p. 125. 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

F # 39 : Moïse de Pont-Audemer. M. Gross dit que ce rabbin 
n'est pas autrement connu. 
Ib. et 67 : Juda de Gorbbil; voir Gross, p. 561. 
Ib. : Vardimas de Dreux ; voir Gross, p. 178. 
F 39 & : Obadia I'EspaGinol ; voirGeiger. Parchandata , partie 
hébr., p. 41. 

F° 44 : Joseph de Chartres, iBssip. Neubauer a imprimé à tort 
«513*13, orthographe que M. Gross a cru nécessaire de reproduire, 
p. 603. 
F° 45 (= Daat Zekènim) : Nissim (le Gaon). 
F 46 et "70 b : Nathan fils de Joseph. C'est Nathan l'Qfficial, 
voir Revue. I, p. 240. Zunz, p. 84, dit que dans un commentaire 
ms. qu'il possède se trouve, à propos deDeutér., xxm, 8, une ré- 
ponse de Nathan l'Official. C'est sans le moindre doute le même 
passage. 
F 48 b : Yehiel de Paris, appelé f° 58 : notre maître. 
Ib. : Moïse de Coucy. (Voir plus haut, p. 39). Les interpré- 
tations de ce rabbin. trtstBB, constituent le fonds principal du 
Minhat Yehouda. 

F 53 et 55 b : Samson fils de Samson. C'est probablement celui 
dont il reste un commentaire ms. sur le Pentateuque (ms. Rossi, 
1098). D'après Zunz (p. 84), Lonzano a connu ce commentaire et 
en cite un passage à propos d'Ex., xvm, 19, où il se réfère à l'opi- 
nion de son père Samson. 

F 54 : Juda fils dlsAAc; c'est probablement sir Léon de Paris; 
voir Gross, p. 519. 

F 57 b : Sir Elias Biget, rs^n iBfirbN *nû. Le dernier nom n'est 
vraisemblablement pas celui d'une localité, comme le croit M. Ber- 
liner. Peut-être faut-il le corriger en s^ra = Beniet, nom assez 
fréquent chez les Juifs de Bourgogne. 

F 58. Un Samuel controverse avec un apostat du nom de a^ma 
(tf^bma dans l'édition), Oiselet ou Josselet. 
F° 59 : Joseph. 

F 62 : Aron cite l'opinion de Joseph fils de Baruch. Voir plus 
haut, s. v. Joseph de Jérusalem. Un Isaac fils de Baruch est 
mentionné f° 75 et dans le passage correspondant du Paanéah 
Raza, p. 65. 

F° 67 : Nathan fils de Meschoullam, qui controverse avec un 
chrétien. C'est Nathan II d'Etampes, voir Revue, I, p. 238. 

Ib. : Moïse de Brienne. Dans l'édition il y a par erreur ndyid, 
mais les mss. de Paris (f° 1716) et de Francfort ont la leçon exacte 
fccnn. Il est cité aussi dans le ms. de Vienne, n° 32. 
F 74 : Matatia de Bray, î-wmafc irnn» l"«n. M. Berliner tra- 



' MANUSCRITS DU HADAR ZEKÈNIM 45 

duit ces mots par le prosélyte Matatia de Bray. L'erreur est 
étrange chez un savant aussi scrupuleux que M. Berliner ». Si *fxn 
avait le sens de prosélyte, au lieu de précéder le nom qu'il quali- 
fie, il le suivrait. En outre, le ms. de la Bodléienne , comme 
l'édition, porte *)"an *et non ism; c'est une abréviation pour 'n *\wn 
« le célèbre ». Ce Matatia était si peu un prosélyte qu'il avait pour 
père, comme son frère Eliab, le Tosafiste Isaac de Bray, mort 
martyr en 1190. Après le terrible massacre de cette année, les 
deux frères, qui y avaient échappé, se réfugièrent à Paris, où on 
les trouve en 1204 au Petit-Châtelet. Matatia est désigné sous le 
nom de Deodatus, traduction exacte du mot hébreu *. C'est parce 
qu'ils sont à Paris à cette date qu'ils donnent dans cette ville 
quittance d'une terre et d'une maison sises à Aubervilliers et ven- 
dues par Jean de Fontenet au chapitre Saint- Victor à Paris. Ils 
signent cet acte en hébreu : Matatia fils du martyr Isaac, Eliab fils 
du martyr Isaac \ — Il ne saurait donc y avoir le moindre doute 
sur leur parenté avec le célèbre rabbin de Bray. Ils sont appelés 
dans l'acte latin Deodatus judeus de Braia et Elias frater ejus, 
comme dans le texte de 1204 publié par M. Delisle. Ce Dieudonné 
et Hély de Bray sont devenus en 1221 Juifs de Provins et sont 
créanciers de Thibaut IV, comte de Champagne 4 . 

Un autre commentateur originaire de Bray, Menahem, est men- 
tionné dans le ms. Opp. 31, dont il a été déjà parlé plusieurs fois. 
C'est peut-être dans le même massacre qu'il trouva la. mort ; de 
là le titre de martyr que donnent les Tossafot à un certain Me- 
nahem, suivant l'ingénieuse hypothèse de M. Zadoc Kahn (Revue, 
III, p. 7). 

L'identification de la ville où Philippe-Auguste intervint pour 
châtier les Israélites et où il fit périr dans le feu quatre-vingts 
d'entre eux a donné lieu à des discussions. Déjà le continuateur 
de Dom Bouquet, Recueil des Historiens de France, XVII, 
p. 769, voit une « erreur de transcription » dans le mot Braia, 
dont se sert Rigord. Bray-sur-Seine appartenait à la comtesse de 
Champagne, et il ne peut s'agir dans ce récit que d'Agnès, dame 
de Braisnes, comtesse de Dreux. Il faut donc corriger Bray en 

1 La même erreur a été commise par le copiste du ms. de Hambourg, qui a écrit : 
ï"Pnn72 'H "lin- Ces contusions ne sont pas rares : le scribe du ms du Minhat Ye- 
houda de l'Alliance n'a-t-il pas mis 'n'a'p'n « le Saint bénf soit-il (= Dieu] », la 
première ibis qu'il avait à transcrire le titre de c martyr >, porté par Salomon de 
Dreux ! 

* Leopold Delisle, Catalogue des Actes de Philippe- Auguste, p. 509. 

3 Revue, IX, p. 64. Les lettres qui suivent le nom du défunt '3'73'n sont les ini- 
tiales de nins inma» ^ïin. 

k Boutiot, Histoire de la ville de Troyes, I, p. 287. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Bresnes. C'est aussi l'aVis de M. d'Arbois de Jubainville, Histoire 
des Comtes de Champagne, IV, p. 72. Tel n'est pas celui de F. De- 
laborde, l'éditeur de Rigord dans la collection de la Société de 
l'Histoire de France : « Les historiens ne sont pas d'accord sur 
l'identification de ce nom de lieu (Braia), bien qu'il soit bien clai- 
rement désigné dans la Philippide (de Guillaume le Breton), 
I, 745 : 

Terra Briensis habet castelhim nomine Braiam 
In qua Judeos plures comitisa Brenensis 
More suo nummos dantes ad fenus habebat. 

Il s'agit donc de Brie-Comte-Robert et la comtesse dont il est 
question est Agnès de Baudement, dame de Braisne, comtesse de 
Dreux, ainsi que le dit l'abbé Lebeuf (Histoire du diocèse de 
Paris, XIV, 101). » Ces deux hypothèses se heurtent à ce fait que 
Braia ne saurait être, au point de vue linguistique, ni Brie, ni 
Braisnes. Or la leçon Braia est attestée non seulement par Ri- 
gord et Guillaume le Breton, mais encore par tous les docu- 
ments où figurent les fils d'Isaac, mort dans le massacre de Bray. 

Ib. : Jacob delà ville de îa^b^-ia. Neubauer, suivi par M. Gross, 
voit avec raison dans cette orthographe une corruption d'Orléans. 

L'identité du ms. de laBodléienne et de l'édition est encore par- 
faite — sauf en un cas — pour les gloses françaises qui émaillent 
le commentaire. Ces gloses n'ont jamais été relevées. Si Darmes- 
teter,qui a connu la lettre de Neubauer », avait parcouru le Hadar 
Zekènim, il n'aurait pas manqué de les étudier. 

Genèse, xn, 3 : wmi, •paas B"3 , rra> , NK, é seront entés. Cette 
ingénieuse explication, empruntée à Eléazar b. Pedat [Yebamot, 
23 a), rapproche ce verbe [auniphal) du même verbe employé dans 
la Mischna (au hiphil) avec le sens de « greffer, enter ». 

/ô.j xiv, 23 : Depuis un fil jusqu'à une courroie de sandale, 
« c'est-à-dire depuis l'épée jusqu'à Vespron », éperon. Cette glose 
se trouve aussi dans les trauiD d'Isaac b. Héhaber R. Hayyim, ms, 
de la Bodléienne, Opp. Add., f° 127. 

Ib., xxiv, 13 : je me tiens à la source d'eau. « Or c'est seule- 
ment par la suite qu'Eliézer se rendit à la source. C'est pourquoi 
le mot veut dire ici à la vue an'aba. » 

Ib., xxv, 25 : le premier sortit "Wia, « c'est-à-dire homme 
complet, avec des poils •pfc'naa ahomés » (comme si ^iei» venait 
de la racine ûto, homme). 

R$Uques scientifiques, I, p. 180. 



MANUSCRITS DU HADAR ZEKÈNIM \1 

Ib., 30 : « de ce rouge rouge » = très rouge j|^tmp. Dans 
Lévit., xin, 49, Raschi rend pnpm par très vert TTWia. 

Ib., xxvi, 29. Dans la fable du lion et de la cigogne, ma* «a 
tta'im "pmpt» « grue ». Le mot revient f° 68. Il est déjà donné par 
Raschi, Jérém., vin, 9. 

Ib., xxix, 17 : les yeux de Léa étaient faibles. « Raschbam tra- 
duit ce mot par ffiT»'ïTn ». Rosin le rend par verts yeux. Mais 
j'ai peine â admettre cette explication, car l'auteur ajoute : « et 
des yeux noirs ne sont pas faibles comme les blancs ». 

II)., xxx, 32. « ûin signifie d'après Raschbam n'uîTi rose ». 
C'est la traduction de Raschi : roux. 

Ib., 42. « trDrj^n signifie ^3"% hiverné ; elles sont revêtues 
de laine, parce qu'elles se sont développées en hiver. » 

Ib., 41. « nrr&ip'D d'après ^"n signifie wmtta amoroses 
(amoureuses). Cf. "ittjs:n rmiup i^Din (Gen., xliv, 30). » 

Ib., xxxii, 14. « D'aucuns disent que Jacob donna à Esaù un 
oiseau qu'on appelle m^'aiDiBN, espervier (épervier) et que les sei- 
gneurs et les chevaliers portent sur leur main ». Cet épervier re- 
vient à propos de Deut., xiv, 14; là il figure aussi dans le passage 
correspondant du Daat Zekènim. 

Ib., xxxv, 22. « n::ttm veut dire Npnp^ma édécouchq, comme 
uniû, qui signifie à la fois enraciner et déraciner » ». Par erreur, 
l'édition a NDip^ma é décousa, et le Minhat Yehouda apipma, qui 
n'est qu'une faute de copiste ou d'impression 2 . Le Minhat Yehouda 
invoque encore l'exemple de nitinb « enlever les cendres » laorna 
■nb TD^o qu'il faut lire é déencenzer lui. Ce système d'interpréta- 
tion paraît avoir été en vogue dans l'école française. Déjà Me- 
nahem b. Helbo rend a^p">T (I Rois, xvi, 14) par é désaprochat, 
c'est-à-dire éloigna 3 . 

Ib., xxxvn, 28. Même passage que dans le Daat Zekènim sur les 
esterlins et le marc. 

Exode, vu, 11 : par leur sorcellerie ï^tttfDiapDN enchonlement, 
enchantement. 

Ib., xv, 26 : car je suis ton médecin, «■pfcp'sriD \'tû ton phuzi- 
cien, Bechor Schor ». 

Ib., xx, 5. « i«p veut dire awiiV" j alose (jaloux) 4 . Je vous aime 
tant que je ne veux pas que vous soyez les serviteurs d'autres que 
moi. » 

1 Même glose dans le Glossaire de Parme, ms. de Rossi 60, écrit en 1279. Voir 
A. Darmesteter, Reliques scientifiques, I, p. 141. 

* Le passage manque dans le ms. de l'Alliance. 

* Voir Poznanski, Fragments de l'exégène biblique de Menahem bar Helbo, p. 25. 

* Dans le ms. Warner 27 de Leyde, U)V2Jk« Voir Catal. Steinschneider, p. 114, 



48 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ib., xxi, 32. Long paragraphe sur la valeur des monnaies, qui 
est aussi dans le Minhat Yehouda, II, 31 b. L'once asttnN est le 
1/8 du marc. Maintenant la monnaie d'or que nous appelons kW» 
ti&'yn ne vaut que dix deniers tournois «"«witt (par erreur 
©*»û*Tta dans l'édition). M. Brandin dit à propos de ces mots (Re- 
vue, XLII, p. 57) : « Le mot astitt non identifié par V Histoire lit- 
téraire doit être lu moze == masse et non maille (?). » Mais c'est 
le mot tànij2 qui est rendu — et exactement — par maille. Dans le 
Glossaire de Parme (n° 60), ce mot traduit rtffnDp. 

Ib., xxiv, 10. « *tod est la même chose que saphir *pbé«d. Il y a 

diverses sortes de saphirs ; les uns sont rouges , d'autres sont 

appelés Nu^a grenête (grenate), grenat, fcttWttfir jagonce, pierre 
de couleur rouge, non foncée, ou rm, rubi (rubis), d'après le 
Gan. » 

Ib., xxv, 5 : yoa ^y. « C'était un bois précieux et léger sem- 
blable à celui qu'on appelle tm'ïatt et dont on fait des gobelets. » 
Dans le Daat Zekènim on lit an'itt. Raschi parle de coupes de 
verre nommées wn» madrins, Gen., xliv, 2. Voici ce qu'on lit 
à l'article madré dans Godefroy * : madré, maddre, maadre, 
masdre , mazre , masre, masere, madère, magdere, semble 
avoir désigné soit une matière précieuse que l'on croit être l'agate 
onyx, soit des imitations de cette matière en bois veiné. « Nous 
ne pensons pas , dit M. Douet d'Arcq (Bibl. de l'École des 
Chartes, 1854, p. 186) que le madré soit un bois et cela pour deux 
raisons principales, l'une qu'on trouve des autels portatifs en 
madré et l'on sait que la liturgie défendait de les faire en d'autres 
substances qu'en pierre ; l'autre que la coupe de saint Louis, qui 
nous est restée, et qui est dite dans les anciens inventaires être 
de madré, a été reconnue pour être une agate onyx. Nous avions 
conjecturé qu'il avait pu y avoir deux espèces de madré. L'un, le 
madré véritable et original, aurait, suivant nous, désigné diffé- 
rentes espèces de pierres translucides ou autres, telle que l'agate 
et le jaspe, et ce serait là le madré qui paraît sur les tables royales 
et princières; l'autre madré, celui que l'on trouve en usage dans 
les tavernes, dans les couvents et ailleurs, aurait été une imita- 
tion plus ou moins grossière de ces pierres jaspées ou veinées. » 
La forme madrins de Raschi s'emploie uniquement pour les 
coupes à boire. 

Ib., 10 : ils feront l'arche. « C'était comme nos boîtes qu'on 
appelle w'iDirp coffres, et qui sont sans pieds. » Raschi dit escrins. 
Ib., xxxn, 4 : il le façonna avec le burin, «'o^na griffe. 

1 Dictionnaire de l'ancienne langue française, s. v. 



MANUSCRITS DU HADAR ZEKEN1M 49 

Ib., xxxiv, T : supportant (pardonnant), amsiu) souffront, souf- 
frant. Dans l'édition ©annsitt). Dans le Glossaire de Parme, nwzîb 
(Gen., xxxvi, 7) est rendu aussi par -p^diidn à souffrir* 

Lévit., xiv, 31 : « nsan signifie kw^k e terdra (et il essuiera, 
nettoiera), qui a le sens de nettoyer ». La même explication se lit, 
mais sans la glose, dans le Daat Zekènim. Dans le Glossaire de 
Parme, n° 2780, snsaaK est rendu aussi par ■nrTWH e terdrai. Je 
ne sais pas pourquoi Darmesteter a fait suivre cette glose d'un 
point d'interrogation (il)., p. 136) : elle est des plus limpides. 

Ib., xix, 20: «izy«b nsTia nnsu) doit s'interpréter comme iiasa tpn 
m»b, il a abandonné son âme à la mort (Juges, v, 18), et se tra- 
duire ici iwavw'naK anbondonnée, abandonnée. 

Nombres, xi, 5 : ï-atri. « Certains traduisentce mot par yaawvmp 
croissans. Dans la suite on spécifiera que c'étaient des oignons 
et des concombres. » L'explication est de Bechor Schor (éd. Neu- 
mann, p. 22) et se retrouve dans le Daat Zekènim. Dans Bechor 
Schor la leçon awa-itt^p est fautive ; la variante Kii'a'MJ-np cres- 
cence est la bonne ; elle est confirmée par celle du Daat Zekènim, 
nbwnp. 

Ib. : les oignons, etc. : « Pourquoi justement ces mets?... On 
peut dire que cela sert comme assaisonnement, de même que 
©Vian» ra'^b^a ailes (pluriel de ailet, ail), moutardes. » 

Ib., xn, 6 : rwron. « Ce mot signifie Twvrça miroueir, miroir. » 

Ib., xxiv, 4 : "v-mi wn» — X^v^vb la vision. 

Deut., xiv, 14 : tous les corbeaux suivant leurs espèces. « Celui 
que nous appelons b^rrnp corbeil n'est pas celui qui est visé 
dans ce verset. » Même observation avec la même glose dans le 
Daat Zekènim et le Minliat Yehouda, III, 9. 

Ib., 15. abiPN, aigle. Pareillement dans le Daat Zekènim et le 
Minhat Yehouda, ib., qui invoque Moïse de Coucy. 

Ib., 18 : vp'ûy. « On se trompe en traduisant ce mot par 
à'obKta talpe (taupe), car c'est un animal rampant, et ici il s'agit 
d'oiseaux. Aussi faut-il le rendre par ■mizmKp, chauvesouri 
(chauve-souris). » Raschi traduit ainsi nttiaan, mais il a la forme 
plus ancienne chalve-souris. 

Que si le ms. et l'imprimé offrent toujours les mêmes gloses, 
par contre, sur Exode, xvn, 9, le ms. de la Bodléienne porte : 
'*ba an^aa Tmpra rranbaa û^ra-iara oa tnp»a na^n npb « Il prit 
la verge à la place de l'étendard qu'on porte à la guerre et qu'on 
appelle bannière. » Tandis que dans l'édition, la glose est "pnaiD 
findon (est-ce fanon"!). 

Enfin, pour vider la question de l'identité du ms. de la Bod- 
léienne et de l'édition, il faut remarquer que la note mise entre 

T. XLIX, N° 97. 4 



90 REVUE DES ETUDES JUIVES 

parenthèses dans l'imprimé (f° 50) et qui semble l'œuvre d'un 
copiste, se trouve également dans le ms. : ^a» arnart twbi T^r^i 
ûnb trOTib ditti mnyb SŒ3>1 rramb *p£n mfcattt m pnosnrc nwn '•* 

Geiger, dans son Parschandata, a montré l'intérêt qu'offrent 
ces exégètes juifs de la France septentrionale dont le Hadar 
Zekènim a conservé des spécimens de toute espèce. Le sujet mé- 
riterait une nouvelle étude, aujourd'hui que les matériaux sont 
devenus plus abondants. Certainement vers la fin de son existence 
l'école française a versé dans un abus lamentable, le jeu puéril 
des guematria, et cela sous l'influence de l'Allemagne, mais à 
côté de ces taches, que d'observations fines, d'explications ingé- 
nieuses et spirituelles, et par-dessus tout, quelle candeur et quelle 
bonne foi ! Les difficultés qu'ils trouvent dans le texte sacré, ces 
commentateurs ne cherchent pas à les dissimuler, et s'ils n'ar- 
rivent pas à les résoudre, ils ne craignent pas d'avouer leur im- 
puissance. Ils jurent par Raschi, mais ils le discutent librement, 
ne cachant pas ses contradictions, ni ses obscurités ; quelle que 
soit leur vénération pour leurs devanciers, ils ne s'en font pas les 
serfs. Un autre trait les distingue : comme les poètes et les enlu- 
mineurs du moyen âge, qui habillaient à la française les héros de 
la guerre de Troie ou les compagnons d'Alexandre, ils interprè- 
tent la Bible par les mœurs et usages de leur temps. 

Mais pour cette étude un travail préparatoire serait né- 
cessaire : ce serait la publication méthodique, non de tous les 
commentaires encore inédits, qui ont le tort de trop se répéter, 
mais des parties originales des divers recueils. De la sorte il se- 
rait enfin possible d'inventorier le bagage de chacun des commen- 
tateurs. Ce serait comme un Yalliout de l'exégèse des rabbins de 
la France du Nord. L'entreprise n'est pas au-dessus des forces 
humaines; il faudra à l'éditeur visiter toutes les bibliothèques 
publiques, mais il sera bien payé de ses peines par le service qu'il 
aura rendu à la science. 

Israël Lévi. 



DOCUMENTS 



SUR LES 



MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL 

SOUS PHILIPPE IV 



SUITE 



L'ordre dans lequel les documents sont reliés dans le dossier 
officiel de l'Inquisition n'est pas chronologique, mais probablement 
dépend de la date à laquelle ils sont parvenus au Saint-Office. 

Cependant l'ordre que nous proposons pouvant ne pas être 
exact, — l'attribution d'une date à des documents non datés est 
forcément toujours plus ou moins hypothétique — nous ajoutons 
le tableau suivant. Les chiffres romains représentant l'ordre du 
dossier et les chiffres arabes celui que nous avons préféré : 



I 


1 


XI 


4 


XXI 


20 


II 


2 


XII 


5 


XXII 


21 


III 


10 


XIII 


6 


XXIII 


24 


IV 


9 


XIV 


7 


XXIV 


25 


V 


15 


XV 


8 


XXV 


26 


VI 


16 


XVI 


12 


XXVI 


27 


VII 


3 


XVII 


13 


XXVII 


28 


VIII 


23 


XVIII 


14 


XXVIII 


23 


IX 


4 


XIX 


17 


XXIX 


29 


X 


19 


XX 


18 







Nos documents présentent un intérêt historique général, en 
tant qu'ils jettent quelque lumière sur la situation économique du 

1 Voir plus haut, p. 1. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

temps, sur le grand commerce de l'Espagne avec les Indes et la 
concurrence croissante des marchands Hollandais. Mais leur prin- 
cipal attrait consiste dans la révélation inconsciente de l'aversion 
réciproque de l'Espagne et du Portugal, de l'Inquisition et des 
Cortès, du confesseur royal et de l'inquisiteur général. 

L'ordre chronologique des événements, concernant les Juifs et 
sur lesquels le dossier nous renseigne, est le suivant. 

Henri III, disait-on, avait été empoisonné par son médecin juif 
Diego de la Casas (4, p. 8). 

Philippe II d'Espagne demande au roi Sébastien de Portugal 
d'exiler les Juifs et de ne pas accepter de subvention des néo- 
chrétiens (5, ibid.). 

Un pardon qui leur est accordé coïncide avec la perte des ga- 
lions de Louis de Cordoue (5, p. 10). 

En 1606 les Juifs payent au roi 1,800,000 cruzados par voie de 
collecte sur une fortune établie de 60 millions de ducats. 

Philippe III est averti que les Juifs sont maintenant trop 
pauvres pour payer une subvention , même s'ils l'ont promise 
(tf>.,p. 9). 

Philippe III refuse de leur permettre de quitter le pays, de peur 
qu'ils n'emportent de l'argent en barres, n'enrichissent la Hol- 
lande et n'aident les hérétiques à ruiner les Indes orientales (7, 
p. 13, et 5, p. 10). 

Les Juifs sollicitent un pardon général, et le nonce papal s'y 
oppose (5, p. 10). 

En mai 1621, Philippe ordonne à son confesseur de convo- 
quer les ministres à une réunion pour examiner la question 

(6,».). 
Le Conseil de l'Inquisition portugaise est consulté (7, ib.) et, le 

5 septembre 1622, se prononce contre le pardon des délinquants et 

contre la permission d'abandonner le pays : les Juifs doivent être 

punis in loco (7, p. 13). 

18 novembre 1622. Philippe IV ordonne à la junte de se réunir 
dans la maison du Conseil de Portugal pour examiner les de- 
mandes des Juifs et leur offre d'avancer 180,000 ducats (8, 
p. 58). 

En fin de compte, le Roi fait ce que les Juifs sollicitent; ils ne 
doivent donc pas être molestés quand ils désirent abandonner le 
royaume. En reconnaissance, ils achètent des rentes pour 
240,000 ducats, malgré la dureté des temps (10, p. 14). 

Sept ans s'écoulent et les Juifs trouvent que, malgré la permis- 
sion du Roi, on leur suscite toute sorte de difficultés pour les em- 
pêcher de partir. 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 53 

Le ministre des finances portugais dom Louis de Silva donne, à 
la fin, un ordre formel pour les empêcher de quitter le Portugal et 
d'emporter leurs biens. 

Avril 1630. Les Juifs envoient une pétition au Roi et se plaignent 
de l'ordre de dom Louis de Silva. 

30 juin 1630. Le Roi ordonne à une junte de se réunir pour 
examiner cette pétition. Cette junte se compose du confesseur, 
du duc de Villa Hermosa, de l'évêque de Malaga et de sept autres 
hauts dignitaires (17, p. 66). 

1*7 septembre 1630. Cette junte déclare que Yexeat ne devrait 
pas être refusé (14, p. 68). 

27 septembre 1630. Le confesseur se montre hostile au mémo- 
randum des Juifs (c'est probablement la pièce numérotée 10 dans 
notre sommaire) et déclare qu'il a reçu une députation juive qui 
lui a demandé de consulter l'Inquisiteur général portugais sur la 
matière. Mais le confesseur pense que l'Inquisiteur général a été 
« soudoyé » par les Juifs! 

Vers cette époque Don Pedro Fernandez de Figueroa propose 
un système économique gigantesque pour tondre les Juifs en in- 
tervenant dans leur commerce maritime avec les Indes orientales 
et occidentales. Le Roi soumet ce projet au confesseur, qui ce- 
pendant considère qu'il n'est pas exécutable (18, p. 69) ; mais le 
Roi ordonne qu'il soit soumis à l'examen d'une junte (24 no- 
vembre 1630), composée du confesseur, de l'évêque de Malaga et 
de Dom Francisco de Melo (20, p. 81). 

L'inquisiteur général, en même temps, paraît avoir été con- 
sulté, et l'année suivante — entre le 26 février et le 5 mars — il 
se déclare en faveur de l'expulsion des Juifs (22, p. 94). 

5 mars 1631. Les prélats portugais assemblées à Tomar sont 
d'avis qu'ils ne devront pas être expulsés en masse (23). 

26 mars 1631. Philippe IV ordonne au confesseur déformer une 
autre junte pour examiner l'offre des Juifs de donner une large 
subvention. 

Mai 1631 . Le Pape réclame le droit d'intervenir dans la ques- 
tion des Juifs. 

25 mars 1632. Le Roi, mécontent de l'avis défavorable aux Juifs 
qu'il a reçu, accorde le pardon aux Juifs et ordonne de réunir 
une dernière junte pour s'occuper de la question (28). 

1 er janvier 1633. Le confesseur s'oppose à l'expulsion générale 
des Juifs et reprend les arguments qui ont été exposés dans le 
rapportn°23(29). 

Quels étaient les Juifs ou Marranes qui se sont intéressés à la 
cause commune, c'est ce qui n'est pas clairement défini ; mais ils 



54 REVUE DES ETUDES JUIVES 

paraissent avoir compris parmi eux Melchior Gomez de Elvas, 
Ruy Diaz Angel (8, p. 55) et Manuel Ruiz de Elvas (8, p. 80). Dans 
tout le dossier, les Juifs et les judéo-chrétiens sont appelés « jû- 
dios » (p. 86), « nombres de la nac-ion » (p. 8), « los de la nacion 
hebrœa » (p. 69), « la gente de la nacion de Portugal » (p. 63), 
« los nombres de negocios de Portugal » (p. 77) et « los de la na- 
cion de Portugal » (p. 103). 

Deux des Juifs, nommés Duarte Fernandez et son frère Fer- 
nando Lopez, figurent dans le dossier, pour des motifs purement 
personnels (8, p. 79 et 80). Les deux frères s'adressent au Roi déjà 
en 1622 en vue d'obtenir le payement d'une créance que feu leur 
père avait sur les terres de l'infante Dona Maria de Portugal pour 
les arrérages de son traitement de 53,000 reis par an. Le Roi s'in- 
téresse personnellement à leur cause et écrit (Philippe IV aimait à 
écrire) qu'on doit s'en occuper « con misericordia » , mais ce n'est 
pas avant le 14 novembre 1630 qu'ils ont reçu une promesse de 
satisfaction, après qu'au moins deux juntes eurent examiné leur 
aïïaire. 

Ajoutons qu'il y a au British Muséum deux mss. qui complètent 
notre dossier. Add. 28462 (Gayangos, III, 347) est un grand traité 
de 300 pages sur les Juifs de Portugal, écrit pour la junte des 
prélats dans le couvent de Thomar. Le titre de cet in-folio est : 
Tratàdo sobre la gente de la Nacion hebrea de Portugal, of- 
frecido a los prelados que concurrieron en el conrento de Tho- 
mar por los Doctores que a aquellajunta fueron llamados. L'au- 
teur en est Fray Andres de Sancto Thomas. Il contient nombre 
de pièces justificatives ; la première est une lettre du roi Joâo au 
pape Clément VII, du 3 septembre 1534, et la dernière une copie 
italienne de « Ultima Informacâo que derâo agora os Judeus, tem 
dia, mes, sem o anno, foi dada em Roma », signé, le 19 juillet 
1629, par Gaspar Alvarez de Lousada. 

Le second ms. est coté Egerton 344 (Gayangos, II, 228) ; il ren- 
ferme des documents semblables aux nôtres pour les années qui 
manquent dans nos pièces, du 9 février 1618 au 15 septembre 
1626 *.. En réalité, le ms. n'est que la partie manquante de notre 
dossier. 

A Lisbonne, selon M. Cardozo de Béthencourt, se trouve la con- 
trepartie portugaise de notre dossier, dans les archives de l'Inqui- 
sition de Portugal. 

Elkan Adler. 

1 II y a aussi au British Muséum d'autres mss. qui concernent les Juifs de Por- 
tugal du dix-septième siècle : Add. 1G167, pour 1671-1759.— Add. 15193, pour 1674. 
— Add. 15200, pour 1679. 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 55 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



i 

Exposé des requêtes présentées par les négociants de Portugal et déve- 
loppées par une personne non indiquée par le document. 

Excelentisimo Senor, 

Los hombres de negocios Portugueses de la nacion han tratado 
conmigo de hazer un servicio a su M d (Majestad) muy considérable y 
pretenden que su M d solo les haga justicia y ponga el remedio conve- 
niente al servicio de Dios, de su M d y de esta Gorona. 

Y porque V. E. con piedad christiana me signifiée que si la pre- 
tension de los susodichos era el perdon gênerai, como el que se con- 
cediô los anos pasados, por brève de Clémente 8°, no se podia admitir 
por ser en ofeusa de la Religion, que es la que su M d en primer lugar 
tiene y deve tener delante de los ojos, me ha pareeido significar à 
V. E. su intento para que entendido su Mg d le maude ver y examinar 
tomando en él la resolucion que mas convenga al servicio de Dios y 
sobre todo ajustadamente à las leyes de la conciencia y justicia y 
para esto representan lo siguiente : 

Que en la forma y modo de procéder en las Inquisiciones de Por- 
tugal se les hazen grandes injusticias, de que resultan muy notables 
estragos de todo aquel Reyno, refiriendo grande numéro de casos que 
si fuesen ciertos sin duda piden remedios fuertes que no los refiero, 
porque he entendido que sobre esto han dado otros memoriales. 

Que su pretension es que, pues su Mg d escriuio sobre esto al 
Inquisidor gênerai de Portugal, por carta que le despacho el Padre 
Gonfesor para que el susodicho informase sobre tudo, se le buelba 
à escribir, mandândole le invie con brevedad este despacho paraque 
se reconozca mejor el fundamento que tienen sus quexas y se tome 
resolucion con mas firmeça. 

Que vado este informe del dicho Inquisidor gênerai su Mg d se sirva 
de mandar que las causas que estan pendientes de los presos de las 
Inquisiciones de Portugal se sustancien, sentencien y fenezcan dentro 
de un aîio y que las détermine el dicho Inquisidor que con asistencia 
de personas religiosas, graves, doctas y ancianas, aunque sean del 
mismo Reyno seùaladas par su Mg d o por el mismo Inquisidor gê- 
nerai de Portugal. 

Que el sustanciar los pleitos y sentenciarlos aya de ser segun el 
orden, estilo y leyes con que se goviernan las Inquisiciones de Gas- 
tilla, de que no se puede dudar ser justisimo y santisimo y que esto 
mismo se guarde para adelante. 



56 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Que los que padecieren sin culpa de los dichos presos, guardada la 
dicha forma, como estos seran absueltos, los que parecieren cul- 
pados, guardada la dicha forma, sean castigados como merecieren sus 
culpas, segun y derecho ley. 

Que por quanto deseau dar eotera satisfaccion en materia de Reli- 
gion, no solo piden el castigo de los que han apostatado y apostataren, 
sino que sin excusa salgan desterrados, no solo de los Reynos de la 
Corona de Portugal, sino de todos los Reynos y Senorios de su Mg d 
con pena de la vida si quebrantaren el destierro. 

Dizen que parque la maior parte de los daïios que padecen tienen 
por cierto son causados del interés de los ministros Portugueses, 
quieren servir à su Mg d con el donativo de ducados de 

plata doble para augmento y caudol de la compania y que de las 
ganancias y intereses dellos se pague el situado de las très Inquisi- 
ciones de Portugal, salarios de Jnquisidores, officiales y demas 
ministros, quedando todo loque resultare del fisco y bienes confis- 
cados libre para su Mg d y desto creen que resultaria que en las 
dichas Inquisiciones de Portugal se proeediese mas ajustadamente, 
reconociéndose que de las confiscaciones no abian de tener interes, 
pues todo abia de quedar libre para su Mg d . 

Dizen que hacièndoles su Mg d Ja merced que piden y justicia que 
representan quieren servirle con Donativo de ducados, que por 

no lo tener ajustado se dexa en blanco y estos puestos en plata doble 
en Flandes, 6 en Italia, 6 âdonde su Mg d fuere servido y pagados en 
très anos 6, quatro cada ano mil ducados y todo esto ultra 

de los mil ducados del donativo para la Compania de la India 

ô para lo que su Mg d se sirviere de que ha de salir el situado de las 
Inquisiciones de Portugal, como esta dicho. 

Piden que su Mg d mande ver estas pretensiones à los Theologos, 
que fuere servido, para que no se exeda ni faite en un minuto de 
lo que importa al augmento de la Religion y à su maior y mas 
segura conservacion. 

Dizen que con esta forma se ocurre à los danos siguientes que 
viene a padecer esta Corona, que son muy considérables y dignos de 
remedio, que à causa de las extorsiones que padecen en Portugal en 
las personas y haziendas, se han pasado y pasan muchos à vivir û 
Olanda, Francia y otras Provinciasde Italia, conque cada dia va cre- 
ciendo el comercio y la riqueza que él produce en Reynos estranos 
y acavândose el de estos Reynos, deseando, como desean todos bol- 
verse à ellos con sus risqueças y thesoros y juntamente las de los 
Estrangeros por séries notario ser maior la ganancia del comercio en 
esta Corona, que cada dia falta por falta de caudal. 

Que con esto tendràn facil efecto las companias y sin ello vienen â 
ser imposibles, pues toda la riqueça se ha reducido à ellos y todo el 
comercio y trato. 

Que con esto les falta la maior riqueça à los Olandeses y se queda 
en vasallos de V. Mag d . 

Que siendo la plaça de Lisboa la maior en riqueça y créditos de 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 57 

toda Europa, los escândalos sucedidos han sido causa que los dichos 
nombres de uegocios pasen, como han pasado, sus riqueças à Olanda, 
Francia, Florencia, Veuecia y otras del Norte, conque estàn ricas, y 
pobres las destos Reynos, y que parece conveniente reducirlos à 
Portugal, conque en las Provincias extraîias faltaria el comercio, y 
las fuerças que se sustentan con las riqueças y vasallos de su Mg' 1 
fugitivos y que descan reducirse a su patria y casas. 

Ponderan lo mucho que su Mg d y Real hazienda pierde porque un 
bnmbre, verbi gratia, que emplea en mercaderias de Toledo mil du- 
cados para la India, como es costumbre, paga délias a su Mg (1 de 
derecho otros mil ducados en dos afios, porque iendo à Lisboa para 
embarcar para la India, paga diez par ciento à los puertos de Por- 
tugal y diez en los de Gastilla, y en la Alfandiga de Lisboa à 20 por 
ciento, y embarcandose para la India 3 por 100, que de Lisboa para 
esta corte 6 otras parles de Castilla por tierra 40 por 100 y en la 
India i\ por ciento y de buelta à Lisboa 23 por ciento, alcabalas y 
otros derecbos 3 por ciento. 

Que los empleos en ias plaças de la India, Indias y Brasil iràn cre- 
ciendo y creciendo los derechos de la Real hazienda, tanto que el que 
empleare 100 mil ducados, en dos anos dora 145 mil y assi dizen ser 
convenienle conservar los hombres de negocios y tratos, pues dellos 
pende la riqueça de los Principes y Reynos. 

Que conservândose en estos Reynos, las plaças del Norte no seran 
frequentadas. 

Que por no se poner remedio en esto, viene el Olandes a ser senor 
de todo lo que sale destos Reynos, porque como en Espaîia no ay 
posibilidad para los seguros de las mercaderias que van à las Indias, 
y à la India, Rio de la Plata, Brasil, Gabo Verde, Islas de los Azores 
y costas de Espana a levante y à las demas partes del comercio ul- 
tramarino, saben los Olandeses por horas todo lo que pasa y sale 
destos Reynos par la orden signiente : 

Despacha un mercader une encomienda para el Brasil, y para ase- 
gurarla es necessario imbiar â Olanda y plaças del Norte à hazer el 
seguro y para ser hecho en forma ha de dezir el nombre del navio 
y maestre del, a donde va, y en que tiempo a de partir, y que es lo 
que lleva, y por este camino save el enemigo todo lo que pasa en 
Espana y conforme esto arma y tiene noticia de todos los navios, 
donde van y loque llevan, y despachan vageles prevenidos à donde 
saben que los otros van con sus mercaderias, y asi se las lleva 
todas y con las riqueças que continuamente roba, sustenta la guerra 
y si esto se remediase, le irian faltando los fuerças. 

Que para esto, es forçoso disponer las cosas de manera que los 
dichos hombres de negocios se buelban à sus casas con todas sus 
riqueças y que no sean maltratados sin causa y sin faltar à la 
Religion catôlica, en que desean vivir y morir, que solo sean casti- 
gados los que apostataren. 

Que se haga ley expresa para que ninguna persona de qualquier 
calidad que sea, so pena de caso maior, pueda hazer seguro fuera de 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

las plaças de Espafia y que los que dieren taies avisos tengan pena 
de confiscacion para el fisco Real de todas sus baziendas, y que 
mnguna carta de negocio mercantil se pueda imbiar à Flandes, Italia, 
Francia, sin quedar copiada para que en todo tiempo se pueda saber 
loque se escrive, quedando la dicha copia en libro pûblico del lugar 
à donde se escriviere. 



II 

Suppliques des Juifs au Roi. 

Senor, 
La gente del Reyno de Portugal, postrada a los pies de V. Mg d con 
la humildad y aeatamiento que deve, représenta su miseria, y la 
extrema perseeucion que padece en aquel Reyno. = Y es que abien" 
dole V. Mg d becho merced de mandar derogar la probibicion que te- 
nian de salir del Reyno y vender sus bienes raizes, causé en el 
pueblo tanto sentimiento el verlos libres de aquella esclavitud que 
trataron de su ultima Ruina; y para ello se valieron de la occasion 
del sacrilegio, que se cometio en la Iglesia de santa Engracia en el 
burto de la Custodia del Santissimo Sacramento, impuiaudo a esta 
gente el delicto, de cuyo Authorno constô, ni de indicio, o presump- 
cion alguna contra ella; antes ay mucbos, que persuaden no aver 
sido complice en aquella maldad; la quai voz popular, que impuso 
este crime a la gente como sujeto de su odio, faborecieron los Predi- 
cadores Apostolicos en los pulpitos, concitanto el pueblo a que en- 
sengrantasse en ella los manos; y los ministros de la Justicia, ba- 
ziendo prisiones de gente de esta qualidad, por el dicho delicto, 
sin prueba, ni occasion légitima, mas que la qualidad del genero, = 
De que resultô motin contra ella assi en Goimbra (onde los estu- 
diantes se levantaron y echaron ignominiosamente de las escuelas 
los, que tenian alguna Raza de la nacion, y le entraron en las casas y 
los afrentaroû) como en otras partes del Reyno, y principalmente en 
la ciudad de Lisboa, onde llegaron â armas y ubo muertes y heridas, 
y estubo en terminos de una mortandad universal, sin que por esta 
causa ubiesse uoa persona castigada, 6, presa, siendo cierto que la 
omission del castigo en delicto tan atroz (que trae motin y Rébellion) 
es consentirlo y formentarlo = En este estado vive aquella gente (si 
vida puede llamarse lo que se passa entre tanta alrenta, ignominia y 
peligro) no puede salir de sus casas, el pueblo desenfrenado en ellas 
la persigue, cada uno con esta voz afrenta a su Inimigo, y los que 
obligados desta Infamia pretenden salirsse del Reyno son opprimidos 
por los caminos, y qualesquiera ministros los impiden y prenden, 
de manera que en el Reyno son perseguidos con opprobios y muertes, 
en los caminos, son impedidos para que no puedan evitar el mal — 
Cuyo Remedio solo tienen librado en el Pio y Justo Zelo de V. Mag' 1 
que como Rey y Seîior, en quien Resplandece, sobre todas las Vir- 
tudes, la de la Justicia, acuda à defender la con que se quexan estos 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 59 

miseros vassallos, castigando con rigor las Injurias que se le hazen 
para exemplo, y para que no se diga que debaxo del felice Imperio 
de V. Mag d padecen los vassallos de V. Mag d agravios publicos sin 
remedio — y mandando, que se apure brevemente la verdad vel de- 
licto, que se le imputo, y no hallândose culpada (como no lo esta) se 
le Restituya su opinion con demostracion publica. 



III 

Senor, 
La Gente del Reyno de Portugal dice, que abiendo V. Mg (l mandado 
publicar en primero de deziembre proximo passado una cedula Real 
en derogacion de la que les prohibia salir del dicho Reyno y vender 
sus bienes Raizes, pretendiendo para ello deliberado acuerdo de los 
ministros de mayor satisfaction de una y otra Corona, y concur- 
riendo el servicio que hizieron de comprar dozientos y quarenta mil 
de Principal de Juro a la Real Hazienda en tiempos tan apretados y 
para necesidades publicas précisas; el Consejo de hazienda de aquel 
Reyno proveyo agora un autto, cuva copia se ofïrece; por el quai con 
pretexto de dezir que sacan oro y plaia les pone taies impedimentos 
a la salida, que la haze impossible, o afrentosa y infâme, porque or- 
dena, que a ninguna persona a que llama de la nacion se dé despacho 
para salir del Reyno sin intervencion de cierto ministro para ello 
nombrado, y se registren en Libro a parte con sus nombres y de sus 
padres, y del lugar donde salen, y para donde van; y en los lugares 
del Reyno ordena a las Justicias otras deligencias mas afrentosas, y 
manda privar los Guardas de las Aduauas que tubieren alguna Raça; 
con lo quai derechamente se offende la cedula de V. Mag d ; que dan- 
dole licencia para que se puedan ir libremente como los otros vas- 
sallos de V. Mag d este autto les quita esta libertad, y no les permitte 
la salida sino con modo particular distincto de los otros vasallos; y 
les obliga a una nota afrentosa de registrarsse en libro aparté con 
confession propia de ser de generacion Infecta-, cosa tan dura, que 
nadie que tenga bonrra lo admittira, y antes passarâ por la misera 
esclavitud de no salirse del Reyno ; y siendo assi que la principal 
causa que les obligé a procurar esta cedula fue quitar ia différencia 
de una y otra gente, por este autto quedan sujetos a différencia mas 
notoria, pues podiendo de antes salir con una licencia impetrada se- 
cretamente, agora no lo pueden hazer sin un Registro publico =* Ni 
el pretexto del Autto io justifica, antes convence la intencion con que 
se hizo de afrentar esta gente y eludir la merced que V. Mg d quiso 
hazerie, porque la saca de oro y plata no se évita con el Registro 
particular del despacho, pues nadie despacha cosas vedadas, y que 
no pueden sacarsse sin pena de la vida; ni la prohibicion de la saca 
del oro y plata, y vedado, es particular contra esta gente, sino gênerai 
y absoluta a qualquiera persona, y assi no era necessario particula- 
risai, quando fuesse conveniente apretar la prohibicion de la saca, 
y no bastara la pena que tiene por las leyes de aquel Reyno (que es 



60 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de muerte natural y confiscacion de todos los bienes) la quai es 
efficaz sin ser Decessaria nueba orden particular contra esta gente, 
sino tuera el fin que se prétende de su Infamia, y afrenta, como lo 
tiene mostrado el procedimiento que contra ella se ha tenido en aquel 
Reyno despues que V. Mg d le hizo esta merced de que en otro mémo- 
rial dan cuenta. — Y parque les parecio a los ministros, que no séria 
efficaz el Rigor del dicho Autto para impedir el uso de la Libertad, 
que V. Mg d concedia a la dicha gente, aîiadieron otro, con que total- 
mente an quebrantado la dicha cedula Real, y passado adelante, 
porque en effeto se prohibiô por orden del Govierno, que no se 
diesse despacho a persona alguna de la dicha nacion para salirsse 
fuera del Reyno, y (loque mas admira) que en el Gonsulado no se 
despachasse hazienda alguna suya, que embiassen para fuera aunque 
fuesse para las conquistas, privândoles del comercio comun, y a 
V. Mg d de sus derechos, cosa inaudita de que no ay exemplo, ni 
puede aver causa que lo justifique, pues todo lo que desla gente se 
puede pretender tiene otros medios, y no es necessario recorrer a 
este tan violento contra las Leyes Naturales y Civiles, y contra la 
palabra y cedula Real, que hà tan pocos dias se ha publicado. En 
consideracion de loqual, Postrada a los pies de V. Meg d . Représenta 
su miseria y supplica humildemente a V. Mg d se sirva ampararla y 
defenderla de tan misera oppresion ; Y en especiai mande Revocar 
los dichos Autos, y que se cumpla la cedula enteramente, no se 
admittiendo distincion en la libertad de salirsse, ni en la forma del 
despacho que se les diere, y para la prohibicion de saca de oro y plata 
se hagan las mas Rigurosas leyes que fuere possible como sean gé- 
nérales sin excepcion de personas y Recibira merced. 

IV 

Ordres du Conseiller d'État Luis da Silva, défendant la sortie des Juifs 
de Portugal (avril et mai 4 630). 

Treslado de huma certidaô que veo dos officiaes d'alf a d'Elvas com o 
tresllado do registro de nu mandado do Gonselho da Fazenda que se 
passou para as alfandegas e se registou no livro dos registos da dita 
alf a d'Elvas. 

Luis da Silva do consello destado del Rey Nosso Senhor e vedor da 
sua fazenda ett a faço saber aos que este virem que por qoanto setem 
por emformaçao que a gente de nasam Ebrea que se vay deste Reino 
em vertude da provizao que sua Magestade pera isso lhe passou levam 
délie suas fazendas em dinheiro, ouro, pratta e outras cousas defesas, 
e vedadas contra forma das ordenacoes, e da dita provizao, ao que 
convem que se atalhe com todos os meios possiveis pello danno que 
disso rezulta a fazenda de sua Magestade e a este Reino e em conside- 
raçao disto, se asento com parecer do governo délie que a gente da 
dita naçao quando se sair de este Reino con suas fazendas avendo de 
ser pellos portos de mar o naô possao fazer senao pellas desta cidade, 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 61 

Setubal, Faro, Lagos, Porto eViana, havendo de ser pellos da terra o 
fasao ir os que viverem nos lugares das comarcas de Alentejo pellas 
alfandegas de Serpa, Moura e Elvas Campo Major, e Aronches e as 
de Campo Dourique por Mertolla e do Algarve por Grasto Marina e os 
da Beira por Gastello Branco e AJmeida e os de tras os Montes por 
Freixo et Miranda e os de entre Douro e Minho por Monsam Vallença 
Caminha, cuja ordem se tem emcarregado aos juizes de cada hua das 
villas e lugares asima nomeadas e aos officiaes das alfandegas délies. 
E porque convem que esta ordem se guarde emviolavelmente mando 
a todos os corregedores, provedores, ouvidores, juizes de fora e mais 
justiças das cidades, villas et lugares deste Reino e aos juizes e 
officiaes das mais alfandegas, assy dos portos sequs como molhados 
que aqui nao vao nomeados nao consintaoque par ellas passe nenhua 
genteda dita naçam nem se registe fazendas suas, salvo pellas partes 
asima nomeadas e consedidas pera com efeito cada hïï em vossa jur- 
diçao fazeis que asi se cumpra e guarde emteiramente ordenando aos 
alcaides das saquas que nellas ouver tenhao grande vegia na passagem 
desta gente, e em suas fazendas nos caminhos e estradas poronde 
podem passar, e descaminhar e o lo mesmo emcarregareis aos mais 
officiaes de justiça fiquando pera este effeito a cada hû de vos o tresl- 
îado deste e o propio tornareis ao caminheiro que volo prezentar ser- 
rado e sellado pera que ho levé aos julgadores a que toqua passando 
sertidaô nos costas délie de como se vos prezentou e o mesmo tresl- 
lado flquara nas alfandegas que neste nao vam nomeados e fiquao 
proebidas a passagem desta gente da nasam. E a mesma sertidam 
passara o ultimo julgador oujuiz d'Alfandega a que for prezentado 
o quai o tornara com sua sertidam a eratreg ar tambem serrado ao 
dito caminheiro remetendo ao conselhoda fazenda pera que se saiba 
nelle que se fiqua executando. Antonio de Bairos o fes em Lisboa a 
treze de abril de seis centose trinta. Sebastiao Perestrello o fes escre- 
ver. Luis da Silva. Fica registado este mandado no Livro dos 
registos desta alfandega d'Elvas por serteza se passou sertidaô em 
Elvas seis de majo seis centos e trinta. Alvaro Pegado, o quai tresl- 
lado de mandado atras e asima escrito eu Fellipe Roiz que ora sirvo 
de escrivao dalfandega desta cidade deluas por el Rey nosso Senhor 
fis treladar de outro tresllado que esta registado no livro dos registos 
desta alfandega a folhas setenta et sete, com o quai este bem e fiel- 
mente consertei com o feitor desta alfandega, em Elvas oje seis dias 
do mes de majo de mil e seis cento e trinta annos. Fellipe Roiz, con- 
sertado comigo feitor. Agostinho Mendez, pagou nada. 

Este tresllado concorda com outro treslado de hum mandado do 
conselho da fazenda. 

Autre copie d'un document identique de dom Luïz de Silva. 

Treslado de hua certidaô que veo dos officiaes d'alf a d'Elvas com 
o treslado do Registro de hïï mandado do Conselho da Fazenda que se 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

passou para sa alf as e se registou no livro dos registos da dita alf a 
d'Elvas. 

Luis da Silva do conselho destado del Rey nosso Senkor e vedor de 
sua fazenda ett a faço saber aos que este virem que por quauto se tem 
por emformasam que a gente de nasam ebrea que se vay deste Reino 
em vertude da provizam que sua Magestade pera isso lhe pasou 
levain délie suas fazendas en dinheiro, ouro, prala e outras cousas 
defesas e vedadas comtra forma das hordenaçois e da dita provizao 
ao que comvem se atalhe corn todos os meios posiveis pello dano que 
disso rezulta a fazenda de S. Mag d e bem deste Reino e en conside- 
rasam desto se asentou e com parecer do governo délie que a gente da 
dita nasam que viver nos lugares das comarqas d'Alemtejo quamdo se 
salirem délies com sus fazendas o nau posam fazer senao pelas alfan- 
degas de Elvas, Serpa, Moura, Gampo mayor, e Aromchez; pello quai 
mando aos juizes de fora das ditas partes emcarregem aos alcaides 
das sacas que residem nas alfandegas,da vegia desta gente e fazendas 
e ao despacho de hua e outra couza,asistam os mesmos juizes de fora 
com muita especulasam e superentendam na boa vegia e guarda de 
todas as ditas couzas nas pasagems por onde se podem desemca- 
minhar e fasam ver todos os fardos, caixas e todo mais que despa- 
cliarem para que o nam posam ocultar, fazendo tambem dar busca 
em suas pesoas para que o despacho de todas as ditas fazendas que 
se despacharem nas mesmas alfandegas corra com toda a interesa e 
verdade fazendo guardar as ps.utas por onde se fazem os despachos 
délias e aprov.isam que asima se fas mensao que lhe foi possada. 

Porque a mayoria que ha de creser nos direitos com a saida desta 
gente por rezam das fazendas que levam se entende sera de muita 
comsiderasam, fareis fazer hum liuro separado em cada huas das 
ditas alfandegas o quai sera numerado e rublicado por vos comseu 
principio e enseramente; en elle se lamçaram os direitos das fazendas 
que assy dasespacharem. 

E avendo nas ditas alfandegas ou fora délias aigus gardas da dita 
nasam ebrea, as suspendereis e poreis en seu lugar pesoas de com- 
fiança Gristaos velhos que com cuidado e diligencia vigiem as ditas 
fazendas e fasam vir os directos délias em boa arreeadasao e com 
cada hum dos juizes de ditas alfandegas e mais oficiaes délias ases- 
tireis ao despacho dos ditos directos e os farcis carregar no dito 
livro separado, e sem vossa asistencia se nao podera dar despacho a 
nenhua pesoa da nasam, no quai livro se l'ara hû titollo separado em 
que se déclare o nome da pesoa e do pai, mai, filhos, criados e 
criadas que esta gente levar e o lugar donde salirem e o para onde 
va m. 

E para que venha a notisia de toda esta gente, o que por este se 
ordena se pregara na cabesa de cada hua da ditas comarqas e o fareis 
registar nas ditas alfandegas ficando vos o treslado délie para o cum- 
prais e faeses comprir imteiramente como se nelle comtem, pello 
muito que comvem ao serviço de S. M lla e boa arecadasam de sua 
fazenda pasando sertidam ; nas costas deste de como vos foi prezen- 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 63 

tado e tornandoo ao caminheiro que volo entregar serrado e selado 
para que o levé ao juiz de fora que toquar e o deradeiro que o receber 
o tornara a emtregar e outrosy serado ao dito caminheiro pera que 
o torne a trazer ao Gomselho da fazenda e se saiba que se fiqa execu- 
tando o que se nelle contem. Antonio de Bairos a fes em Lisboa a 
treze de abril de mil seis cemtos e trinta annos. Sebastiam Perestrello 
o fes escrever. Luis da Silva. — O quai treslado do mandado atras 
e asima escrito Eu Felipe Roiz que ora sirvo de escrivao d'alfaodega 
desta cidade de Elvas por el Rey nosso Senhor o fiz tresladar de outro 
treslado que fiqua registado no livro dos registos desta alfandeiga. 
Ao quai em todo e por todo me reporto bem e fielmente corn outro 
oficial aqui asinado em Elvas oje seis dias do mes de mayo de mil 
seis centos e trinta annos; o asiney em razo Felipe Roiz, comsertado 
comigo feitor : Agostinho Mendez. Pagou nada. 

Esse treslados concorda com outro treslado autentico que se tres- 
ladou mandado do proprio mandado do Gonselho da fazenda. 



V 
Requête des nouveaux-chrétiens portugais demeurant en Espagne. 

Los hombres de negosios portuguezes que Reziden en Espanha 
dizem que en diferentes ocasciones an reprezentado a Vuestra Ma- 
jestad las aflisiones coq que biben los de Portugal y el mizerable estado 
a que a llegado aqel Reiuo causado de las continuas preziones que se 
asen porel Sauto oQssio en tanto numéro de personas que apenas ay 
siudad, villa o lugar que no este despoblado siendo ocasion bastante 
prenderse a uno para de alli rezultar la prision de hun pueblo entero 
sin que qede persona aun que sea constetuido en dinidad a quien 
pudiesse toqar un atomo desta sangre que no le alqanse el raio délia 
cundieudo sus centellas aun asta esta Gorona de Gastilla. 

Y aun que en tanta confusion y multitud de prisiones se puede 
prezumir que muchos culpados con malas entenciones an denun- 
siado falssamente de otros por odios que les tienen y por enbidia de 
verlos ricosy verse ellos en priziones afligidos y lo que mas es por 
contestar con la culpa que les inponen y que no mueran por deme- 
nutos paresiendoles que culpando a todos asertaran con él que los 
aeu sô y por otras diferentes causas.— Y Vuestra Magestad con su santo 
zelo y acostumbrada piedad a dezeado remediar tantos maies asta 
aora no se a podido consegir el remedio antes bien a llegado esta ma- 
teria a estado queviendo los dichos onbres de negosios de aquel reino 
las carceles y prisiones del Santo Offisio llenas y que el que paresse 
tener mas segura su consensia esta sujeto a una miseria tan grande 
dexando mugeres yjos y casas y otros sus tratos y negosiasiones 
con que acaban de consumir sus asiendas y si alguna les queda en 
otros Reinos la dexan estar alla asta que se pasen a ellos con que 
serian acabando ya de estinguir tanto numéro de familias y tanta 



64 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cantidad de riquezas con que en otros tiempos iloresio Portugal. Y 
fiualmente esta esto ia tan en los fines que ni los de Portugal se fian 
unos de otros ni de los que estan eu Gastilla, y viendo esta descon- 
fiança los que estan fuera de Espanha asen lo mismo de suerte que el 
credito se a estingido a todos los onbres de negosiôs portugeses de 
quoal quera estado que sean asi dentro de Espanna como fuera délia. 
Y siendo anssi que ellos an sido y son la gente mas util para el Co- 
mersio y aumento de la Real azienda de Vuestra Magestad, que ha 
tenido ningun Prinsipe del mundo como la experiensia a mostrado y 
muestra ya enbiando a la Iudia oriental infinitas nabes cargadas de 
mercadorias, con cuios derechos entradas y salidas se sustentan las 
armadas y se enriqese el Reino con la saqua délias para otras 
partes, ya sustentando el Brazil y fabriqando los engenios deque se 
sacaba el asuqar pera toda la Europa.Ya sustentando el Gomersio de 
Angola, Gabo-verdey otras conqistas de quessesaqavan para Vuestra 
Magestad tantos derechos y a las Indias davan esclavos para el ser- 
vissio délias ; yatravesando y comersiando desde Espanha en todo el 
mûndo ; y ultimamente siendo oi en Portugal y Gastilla los que acuden 
al trato de la mercanssia y a los arrendamientos de las Reaies Rentas 
de Vuestra Magestad y a los asientos que se asen para fuera del 
Reino y siendo los que con verdad, lealtad y puntualidad tratan sus 
negosiôs como se verifiquabien pues las provinsias donde estan nin- 
guno a sido traidor a V. Mg d ni en los jornadas que isieron los Olan- 
deses al Brazil ni a los Yndias orientales ni osidentales les acompan- 
haron ni dieron ayuda ni an sido onbres facinorosos y reboltosos, ni 
castigados par taies. 

Oi se alla Espanûa sin la maior parte de los dichos onbres de ne- 
gosias perdido el comersio de las Indias y de las conquistas, sin 
socorro para el Brazil y su restauracion porque los demas dellos estan 
consumidos y acabados y juntamente sus asiendas y los que teniaD 
algun dinero de que no qerian uzar por via de la merqancia, dandolo 
a los que usavan dello a depozito y ganancia lo an retirado y retiran 
fuera d'Espanna donde lo dan con mucho menos premio, de todo lo 
qoal viene a resultar estar el comersio de Espanna tan miserabel y 
enflaquesido como oi se reconose. Y otras Provincias que recojen y 
faborecen a los que salen de Portugal con tantas aûisiones y mise- 
rias, ricasy poderosascon elutil que saqandesu trato y negosiasion, 
Sirva de exemplo el Reino de Fransia adonde en Ruan, Burdeos, 
Nantes y otros lugares ai enfinitos Portugeses riquisimos y que en- 
riquesen aqel Reino por el grande comersio i navegasion que tienen 
para otras partes y todos viven christianamente y son queridos y 
estimados del Rei, de la nobleza y naturales. Y en los estados del 
Duque de Florencia se ve io mismo aun con maior exeso, y en las 
demas partes y probincias donde viven y asisten porque reconosen 
de coanta utilidad y aprovechamiento son pora el comersio. 

Este es, Senhor ; el miseravel estado en que oi se allan los onbres 
de negosiôs portugeses que residen en Espanna y qe desean conti- 
nuar mediante el comersio sus negosiasiones y servir a Vuestra Ma- 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 65 

jestad y enriquezer su monarquia el coal reprezentan a Vuestra 
Magestad paraque como duenho e senhor de todo mirando por ella y 
por ellos y atajando tantos maies por via del mejor y mas brève 
remedio que pareciere uzando de losque an uzado los sumos Pontifices 
y los Rees predesesores de Vuestra Magestad auu en casos menos 
apertados y de la beninidad que de su Real pecho se espéra. 

Asi lo supliqan a Vuestra Magestad y que este mémorial se commu- 
nique con el Eoquizidor gênerai de Portugal y con las personas 
mas doctas y pias de aqel Reino y que sea con la brevedad posivel 
para que el remedio llege a tiempo que pueda sertir efecto e R[eci- 
beran] M[erced]. 

VI 
Dn Peiro Fernandez de Figueroa au Roi. — Sans date. 

Seîior, 

Lo que los de la nacion Hebrea pueden hazer sin dispendio suyo ni 
de su hazienda y que sera grande serviciode V. Mag d , es lo siguiente, 
con que totalmente cesara el comercio de los Olandeses a las Indias 
orientales y occidentales. 

Lo primero que assi como V. Mg (l mando que todos los ministros 
Reaies declarasen par escrito sus haziendas, assi tan bien sera cosa 
acertada que todos los hombres de negocios hebreos declaren tambien 
loque tienen assi bienes de rayces como mercadurias dinero plata y 
oro en Portugal Gastilla y otras partes, porque en el afio 606 ofre- 
ciendo ellos cierta cantidad por cierta pretension |ue tenian de li- 
bertades y onrras se taotearon ellos mesmos y solo en el Reyno de 
Portugal, se hallô que poseyan mas de sesenta millones, como todo 
constara siendo necesario y savido lo que oy poseen como dicho va, 
de la quiuta parte de loque tuvieren se les mandara hagan dos cajas 
para que de la una se hagan bajeles convinientes para la guerra y 
comercio con los pertrechos necesarios y de ella se paguen tambien 
soldados y marineros y demas oficiales, y de lo que resultare de los 
fletes que se ganaren se vayan hechando en ella para la conser- 
vacion y aumento de los dichos bajeles y paga de soldados y demas 
oficiales. 

Y de la otra mitad se haga otra caja aparté parael trato y comercio 
de las mercadurias con que ayan de tratar para las, Yndias orientales 
y occidentales Brasil y costa de Guinea y rescatar las drogas y mas 
hazienda de las dichas partes por esquadras como les fuere ordenado, 
y buelban a Espana y paguen sus derechos con comodidad y de alli 
los repartan dichos bajeles de mercadurias al norte y Estreeho como 
de antes se solia hazer. 

Y por cada qualquiera bajel que de Olanda y otra qualquiera parte 
enemiga salière al comercio se les mandara hazer doblados bajeles, y 
para este dicho comercio la segunda caja estara siempre prevenida 
en su poder de ellos con tanta o mas cantidad quanto fuere el valor 

T. XLIX, n° 97. 5 



66 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de las haziendas empleadas para que siempre esté el caudal en pie y 
el dicho comercio no faite. 

Y como se aya de sacar de cada uno de les Hebreos lo que prorrata 
les cupiere de lo susodicho assi tambien se les dara lo que les tocare 
prorrata de las gauancias. Y siempre la quinta parle de las dichas 
gauancias se metera en la dicha caja del comercio para que siempre 
esté proveyda como esta dicho, y con esto no podran continuar el 
comercio en las dichas parles orientales y occidentales y miraran lo 
que les conviene, que como aca en Espaïîa tengan tan grande caja y 
tan bien proveyda y tanta caotidad de bajeles cesara lotalmente su 
comercio con los enemigos y se aumeutarael de Espaîia, todo loqual 
tendra efelo con facilidad assi por las penas que V. Mag d les mandara 
poner y se avran de executar en casoque falten, como tambien por el 
grande ynteres que se les seguira de tan grande compania; y esto a 
de ser siempre en pie que se pierda que se gane procurando vayan 
en aumento. 

Y en estos bajeles los soldados y capitanes an de ser christianos 
biejos parque con el tiempo se hagan capaces del dicho trato y co- 
mercio y V. Mag d sea servido con seguridad. 

Y para que con mas ferbor acudan los dichos soldados y capitanes 
al servicio de V. Mag d sera bien onrrarlos a cada uno conforme a su 
calidad y servicios. 

Y advierto que en las cajas y cassas de la contratacion conviene 
les ponga V. Mag d en los Puertos maritimos christianos viejos de sa- 
tisfacion que les sirvan de superinteudentes en las dichas caias y sus 
libros assi paru los derechos de V. Mag d como para la queuta y razon 
de los ynteresados y con esto estaran los Puertos de Espaùa llenos 
de bajeles del trato y comercio assi destos como de otros muchos 
forasteros y las aduanas valdran mucho mas de lo que hasta aqui. 

Podria ser que ellos pidiesen termino para responder a titulo de lo 
comunicar unos con otros para con esta occasion avisar a las partes 
del norte y conformarse en lo que deben hazer y para evitar esto se 
les deve dar tiempo limilado con que no puedan tener la correspon- 
dencia. 

Y caso que volunturiamente movidos de las mercedes que V. Mag (1 
les ofrece no lo quisieren hazer siendo tan justincado soy de parecer 
puedan ser compelidos a ello en la forma referida, con que V. Mag d 
los tendra sujetos y sus Reynos seguros, y con grandes fuerças qui- 
tando juntamente los de sus enemigos de V. Mag d a quien deseo 
siempre prospère. 

Dn Pedro Fernandez de Figueroa. 

VII 

Carta del Confessor al Rey. 

Seïïor, 
El Nuncio de Su Santidad dice haber entendido que los Gristianos 
nuevos de Portugal hacen instancia a Vuestra Magestad por alcanzar 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 67 

un perdon gênerai y aun que el zelo tan grande de la pureza de la 
Religion câtolica que reconoce en Vuestra Magestad, le asegure de 
que ha de cerrar los oidos â lo que la experiencia de los perdones 
générales concedidos ya por los Sumos Pontifices Clémente VII, 
Paulo III y Clémente VIII, ha mostrado no ser de algun fruto, autes 
servir â la propagacion de la Secta Judaica, por ser que su conocida 
perfidia esta muy agena de siaceras conversiones. 

En todo caso, sûplica à Vuestra Magestad que si en algun tiempo 
se tratare de perdon, se sirva de remitir â su Paternidad todo el négo- 
cia, como hicieron siempre los gloriosos Progenidores de Vuestra 
Magestad, para que la Sede Apostôlica, cuya sola es la potestad 
légitima en estas materias, con la madurez y acuerdo que suele, 
tome la resolucion que fuere mas conveniente al servicio de Dios, 
de la Religion, que tambien es el blanco de los intentos de Vuestra 
Magestad. 

VIII 
Parecer del Inquisidor General. 

Respondiendo derechamente a la propuesto en que se preguula si 
conviene que sean desterrados deste Reyno de Portugal y de los 
demas sujetos à V. Mag d los chrislianos nuevos que salieren conven- 
cidos de Judaismo, o condenarlos por véhémente sospechosos, 
digo summariamente doscosas. 

La primera que digo es, que conviene seau desterrados deste 
Reyno y de los demas sujetos a V. Mag d todos los christianos nuevos 
que fueren convencidos de Judaismo y juzgados por apostatas de 
nuestra Santa Fe auu que se ayan reconciliado con la Iglesia y se 
muestren arrepentidos, y esto por quatro raçones. 

La primera raçon es, porque la prudencia natural esta ditando en 
régla comun que aya separacion de los *delinquentes adonde puede 
aver corrupcion y contagio despues de couocido el mal, como lo 
prueba Alexandro 3°, cap.relatum : Ne Clerici vel Monachi ; Hono- 
rio 3, cap. Ea que de statu Mouachorum ; Innoceutio 3°, cap. Cum 
in Ecclesiis de maiorit et obed. ; Origines, Homil. 5 in Josue ; 
S. Hieron, cap. 5 ad Galatas, et Cassiano, lib. 4 Institutionis, cap. 16 ; 
y como en esta conformidad hablo el Emperador Constantino Magno 
en aquel edicto que hiço contra los hereges que refiere Baronnio, 
tomo 3, anno 316. Manifiestamente se infiere que tambien estos 
hereges convencidos deben ser desterrados pues la experiencia ha 
mostrado que los otros Christianos nuevos se fian mas dellos por 
entender que ya no tienen remedio de se tornar a acusar ni des- 
cubrirlos a ellos siendo complices. 

La segunda raçon es porque siempre la Iglessia Cathôlica se porto 
en esta forma contra los hereges y apostatas, pruevase esto manifies- 
tamente. Lo Primero porque los Apostoles luego en la primitiva 
Iglessia ordenaron que los Hereges fuesen hechados de las Ciudades 



«8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

y Reynos ya convertidos si hubiesse fuerça para ello corao refiere San 
Clémente, lib. 6 Gonstitutionuui Apostolicarum, cap. 18, y todos los 
sanctos en esta conformidad rogaron y persuadieron a los Principes 
y Magistrados Catholicos que executassen esta doctrina y tradicion. 
La 2 a porque los summos Pontifices y concilios determinaron lo 
mismo como consta del cap. de Leguribus. 32. qe. 9 y del Goncilio 
6 Toledano, cap. 5. el quai despues de aprovar lo hecho por el Rey 
Chintilla de Espafia, manda que ningun Rey de Espaùa pueda 
entrar en posesion de trono y ceptro Real sin primero jurar de 
hechar fnera de su R< yno todos aquellos que no fueren calôlicos 
como consta de las palabras que luego se juntan a la ultima refor- 
macion que refiere Guillelmo Roceeo lib.de Iustarepubliceeaucloritate 
in Reges impios, cap. 3. n° 9. consonam promulgamus Deoque placi- 
turam sententiam ut quisquis deinceps regni sortitus fuerit apicem 
nouante ascendat regiam sedem quam inter reliquas conditiones sacra- 
mento pollicitus fuerit, quod non sinet in Regno suo degere eum, qui 
non sit Catholicus, quod si Rex ipse timerator hvjus extiterit premissi, 
sit anathema. 

Lo tercero, porque los Emperadores Romanos y todas las demas 
Repûblicas que se goviernan por principios del derecho comun fuerou 
en correspondencia de la Iglessia siguiendo la misma disposicion 
como se ve en el Côdigo Theodosiano sub tit° De hereticis, leg. 29, 30, 
32, 33 y 34 y mas tergamenle lo muestra San Agustin, thomo 1, lib. 2 
contra duas Espitolas Gaudentii; Sulpitius, lib. 2 Historiée sacrée ; 
Arcepharus,lib.10,cap. 8; Opormelius,lib. De religionibus variis non 
admitendis, cap. 15; Baronnius, thomo 5, anno 394 et 400. Por donde 
manifiestamente se concluye que si todos estos sanctos Pontifices 
y Emperadores fueran vives y se hallaran présentes en esta ocasion 
votàran y determiuàran que fuesen desterrados todos los Christianos 
nuevos que fueren convencidos de heregia y apostasia en los Reynos 
de Portugal. 

Es verdad que aigunos hombres doctos advierten que esta raçon 
procède solamente en aquellos hereges y apostatasque perseverando 
en su incredulidad, y que por consiguiente no ha lugar en los 
Christianos nuevos que se arrepienten y confiesan sus culpas 
reconciliandose con la Iglessia. Pero esta respuesta no suelta el 
argumento. Lo primero porque es cierto que los Judios convencidos 
se quedan hereges y apostalas de coraçon de la misma manera que 
antes lo eran, y que fingen reducirse por evitar la muerte y fuego 
en que avian de ser condenados en caso que den muestras de perse- 
verancia en sus errores, pues viviendo toda su vida Judios y judai- 
cando aun en las dentro de las propias càrceles subitamente dicen que 
mudan de parecer sin aver tenido nueva instruccion ni nueva satis- 
facion de las dudas que tuvieron contra los fuudamentos y mysterios 
de nuestra fe, y aun que Dios por extraordiuaria ilustracion pueda 
subitamente mudar los coraçones destos hombres, no vemos hasta 
aora nombre de la nacion que llegase a este punto y diesse mejores 
muestras de si de lo que ténia dado en olros tiempos. 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 69 

Lo segundo porque muchos destos despues de salir de la Inqui- 
sicion huyen para otros Reynos y alla se descubren por Judios, y 
uno o dos que se dejan permanecer en Portugal, sera porque estan 
empenados con casa, hijos, parientes y comodidades, y recelan la 
ventura que pueden correr si se fueran a vivir eutre Extrangeros 
fuera de la patria en quenacieron, y supuesto esto tan fuera esta de 
perder la fuerça, la raçon arriva dicha, en esta calidad de nombres 
que eu ellos reciven mayor eficacia, pues es cierto que mucho mas 
perjudiciabes son los hereges fingidos y dissimulados quelos hereges 
descuviertos, y quanto mas se ha de procurar la expulsion destos 
que de los otros manifiestos como supone el Emperador Archadio en 
aquella su celebrada Epistola que pone Marcos Diâcono in Actis 9. 
Porphirii Episc. y de que en parte siguiendo su parecer emano el 
edito que refiere Baronio, thom. 8, anno 399. § doctores. 

La tercera raçon es porque los Christianos * en este Reyno tienen 
crecido tanto en materia de Judaismo y Apostasia que hacen presun- 
cion la mayor parte deilos de ser Judios y Apostatas, y dicen en 
consequeucia hombres muy vertuosos y muy doctos que es necesario» 
pralicarse en ellos el remedio de una universal expulsion como se 
pracicô en los Moriscos de Espana con resoluciou aprovada con 
hombres eminentes en letras, decretada por los tribunales deSuMag fl 
y confirmada por autoridad del summo Pontifice para evitar los 
sacrilegios y pecados con que de continuo provocan la Justicia 
divina contra el Reyno, y los peligros temporales de lebantamiento 
y motin en principios de raçon de estado. Y supuesto que las cosas 
estan en estos terminos todo hombre prudente y entero botara, que 
por lo menos estos convencidos vayan fuera del Reyno, y se vaya la 
Repûblica aliviando del mal que se descubre sin certidumbre de 
venir a mejorarse. tti 

La Quarta raçon es porque la experiencia ha mostrado que los 
Christianos nuevos no se mejoran con los nuevos perdones que Su 
Santidad y su Mag d les han dado preteudiendo mejorarlos por via de 
blandura y misericordia, por donde haciendo discurso en principios 
de raçou natural, theologia y derecho positivo parece lance forçoso 
acrecentar el rigor y castigos en deliuquentes para que la mayor 
vexacion de entendimiento y la mayor pena les haga mas dificultuosos 
los delitos, y supuesto esto la primera cossa que entra en conoequencia 
es la pena de destierro despues de las ordinarias que se hanpracticado 
hasla aora sin eftectos, pues aun que se podia pasar adelante sin 
se cometer injusticia con pena de muerte como se da en el crimen de 
lessa Mag d humana y tiene mucho mayor lugar en el crimen de lésa 
Mag d divina, conforme a la doctrina del cap. Urgentis de hères. 

Contra esta resolucion puede aver très argurr.entos, el primero si 
digeren algunas personas que puede aver entre estos christianos 
nuevos convencidos de Judaismo y aposiasia algunos hombres que 
se conviriieron de coraçon y que la caridad bien ordenada pide 

1 11 faut lire : Christianos Nuevos. 



70 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que eslos no sean desterrados pues se les aplica la pena sin funda- 
mento y quedan en peligro de tornar a perbertirse yendo a partes 
adonde aya Judios, y se permite el Judaismo, y lo primero porque la 
pena del destierro se da a delictos mucho mas levés que el de el 
Judaismo y apostasia sin nueva especie de injusticia aun que los 
delinquentes se arrepientan muy de coraçon de averlos cometido, y 
hagan peniteucia delante de Dios y de los nombres porque si esta 
pena de destierro cave en el delicto de Judaismo y apostasia sin 
cometerse injusticia en los delinquentes convencidos claramente se 
infiere que tambien do se ofïende la caiïdad christania pues el bien 
comun pide que de hecho se de, y siempre fue acto de misericordia 
castigar los que erraron para exemplo, terror y mejoramiento de los 
otros en utilidad comun. Lo segundo porque en las leyes no se mira 
a mas que a aquello que de ordinario sucede como dice sancto 
Thomas, y como los casos extraordiuarios no entran en considera- 
cion tambien deste no se ha de hacer quenta principalmente siendo 
tan raro que nlnguno se atrevera a afirmar que se asegurô de 
alguno despues de reducido. 

El segundo argumento que dicen algunas personas que la Iglesia 
conteniandose con la abjuracion, confiscacion y penitencia ordinaria 
en los reos no pone a estos Judios y apostatas mas pena despues de 
convertidos, y que por lo consiguiente lo mismo sera aora acrecentar 
alguno esta pena de destierro que apartarse de la clemeucia y beni- 
gnidad que en la Iglesia se professa. Pero este argumento tiene 
menos fuerça de la que représenta, lo primero porque lo Iglessia no 
prohibe acrecentarse las penas arbitrarias a estos pénitentes redu- 
cidos quando en algunas circunstancias el delicto se va estendiendo 
y haciendo irrémédiable con los medios ordinarios. Y ademas de 
muchos exemplos que se podian traer conforme a la practica de 
todas las Inquisiciones que siempre acrecentan el castigo encontrando 
casos mas escandalosos, cierto es que en este Reyno se acrecienta la 
pena de galeras a aquellos que notablemente se tardaron en con- 
fesar sus culpas y en redurcirse. Y nunca huvo quien juzgase que 
se procedia con menor piedad de la que conviene. Lo segundo por- 
que nosotros estamos en circunstancias en que con mucha probabi- 
lidad se juzga que estos reducidos perseveran ocultamente en sus 
errores, y siempre la Iglessia prétende hacer expulsion de Judios 
y apostatas disimulados como arriba queda dicho. 

El tercero argumento es decir que lo mismo es acrecentar la pena 
de destierro a los Judios convertidos que poner nueva dificultad a 
sus confesiones, y desfraudar el remedio que las Ioqui«iciones 
tienen para ir descubriendo a aquellos que ocultamente se van per- 
virtiendo y Judaiçando, Pero este argumento lieue t'a c i 1 solucion. Lo 
primero porque si la pena de destierro dificultara la confesion de los 
christianos nuevos y el revelar los complices, tambien la confisca- 
cion de los bienes y las demas penas que la Iuquisicion usa las 
difficultara pues son muy graves y si estas siendo muy graves no 
traen dificultad de consideracion como la experiencia lo tiene mos- 



o LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 71 

trado tambien podemos afirmar con certeza moral que ni la pena del 
destierro acrecentara dificultad de momento. Lo segundo porque es 
cierto que los conveucidos de Judaismo encubren quanto pueden 
algunas personas de quien dépende su remedio despues de aver 
salido por tener los benevolos y por no osar despues parecer de- 
lante dellos si los manifestaren. Y quando viene que en sabiendo 
que de la Inquisicion han de ser desterrados del Reyno sin tener mas 
ocasion de hablar con estas personas y de depender délias pasaran 
por lo peor que les puede suceder y daran en ellos sin reparar y asi 
esta fuera esta pena de destierro de causar impedimento que délia 
propia resuite mayor dificultad. 

Parte Segunda. 

La segunda causa que digo es queconviene y deben ser desterrados 
de Portugal y de los demas Reynos todos los Ghristianos nuevos que 
fueron condenados por véhémentes sospechosos en la fe y esto por 
très raçones. 

La primera es porque por el mismo caso que fueron juzgados y con- 
denados por sospechosos en la fe tiene la Repûblica fundamento para 
se cautelar dellos y preservar la parte sana de su conversacion y 
trato y como esta preservacion y cautela no puede tener efïecto que 
asegure sin hacerse el apartamiento conforme a lo que sintieron los 
sanctos Doctores y Jurisconsultes, la raçon esta pidiendo que la 
separacion se haga por la parte de los delinquentes y que se exécute 
en ellos, y a fuera de que arriba queda referido en el primer discurso 
aqui parece que tienen derechâmente su lugar aquellas palabras del 
Emperador Constantino en el edicto que renere Baronio, thomo 3, 
anno 326, ne quaquam patiemur huius modi malorum contagiones 
longivs serpefe, presertim cv.m longa dilatio faciat, ut sani ac valentes 
pestifero morbo in ficiantur . 

La segunda raçon es porque los reos no pueden salir condenados 
por véhémente sospechosos sin tener alguna probanza contra si y 
aun que esto no baste para la pena ordinaria y rigurosa de la ley 
sin duda debe de bastar para la pena arbitraria y supuesto esto 
luego queda lugar para la pena del destierro pues se da por delicto 
capital como este es, cuando la prueva no llega a ser tan perfecta 
como requière la ley, y parece que en este principio se fundaron los 
Emperadores para mandar desterrar los sospechosos de heregia 
como consta de lo que hallamos ordenado en la Auth. gazaros G. de 
hereticis. 

La Tercera raçon es porque como arriba apunte muchos nombres 
temerosos, prudentes y doctos tienen por conveniente, justa y nece- 
saria la expulsion universal de los Christianos nuevos deste Reyno 
con la sola presuncion que la mayor parte dellos esta inneionada de 
Judaismo y si el parecer destos hombres tiene sufflciente proba- 
bilidad eficazmente se concluye que los Christianos nuevos juzgados 
por véhémente sospechosos deben ser desterrados pues no sola- 



72 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mente estan compreendidos en esta sospecha universal por Jos prin- 
cipes comunes sino tambien por prueva particular y calificada y 
por el mismo caso que ellos se encubren y pretenden mostrar que 
son buenos Christianos merecen que se use con ellos de mayor 
severidad como supone el derecho cap. nosse 3, q e , 4 cap. neque enim, 
44, q e 45. cap. excomunicamus § quia vero de heret. C ad apostolicam 
de simonia, Clément*. -/ a . in prin. Clément, fin de heret. y manifiesta- ■ 
mente lo defiende la glosa C. certe verbo malum 42 q e . 2 a . qta C. si enim 
verbo demones de fenitentia diat. 2*. Contra esta resolucion puede aver 
un argumento y es que parece demasiado rigor poner destierro a la 
sospecha de Judaismo conforme al modo y piedad que la Iglesia 
Cathôlica usa con ios reos; pero este argumento tiene muchos y 
muy buenas soluucones. Lo primero : porque la Iglesia no usa de 
piedad sino con aquellos que muestran por lo menos exteriormente 
arrepentimiento y confesion de sus culpas, y todos en los que salen 
en los cadahalsos juzgados por véhémente sospeehosos son negativos, 
pues si confesaron fueron convencidos por su propio testimonio en 
juicio y por el mismo caso que son negativos son juzgados en conse- 
quencia por impénitentes en el delito que contra ellos se présume y 
por incapaces de que la Iglesa use con ellos de misericordia para 
templar la pena que por otro camino merecen conforme a la calidad 
de la prueva. Lo segundo porque como en la expulsion destos hombres 
véhémente sospeehosos concurre no solamente consideracion de 
pena sino tambien consideracion de provecho comun de la Republica 
portuguesa, siempre queda justificado el rigor aun que por otra via 
pareciere demasiado conforme a los principios de la ley tercera § sed 
ex senatus consulto ff. ad C. corneliam, de sicar. C. si quis abor- 
cionis ff. de pœnis cap. precipue u q e . 3. qta cap. nemo 32. q e 4. que 
pondero Tyraq de pénis temporalibus causa 44 ?i° 53., Carrer inpraxe 
tractatu de homicidio n° 27. Menochio de arbitrar. casu 358. n° 4, lib. 2, 
pues es cierto que el bien comun se ha de sustentar aun que con 
detrimento de los particulares. 

Obispo, Inquisidor General. 

IX 

Mémorial de los Hermanos Fernandez. 
Sin fecha. 

Senor, 
Duarte Fernandez y Fernando Lopez su hermano dizen que abien- 
dose dado mémorial a V. Mag d por parte de los legatarios de la In- 
fanta Dofïa Maria sobre cierlos pretenciones que tenian coutra los 
offîciales de la heredad de la dicha senora y otras personas, remitliô 
V. Mg d a ciertos oidores en Portugal que lo viessen y informassen ; 
con cuya informacion sin las partes ser oidas se hizo consulta del 
Consejo de Portugal, la quai se remittio a una Junta del Padre Con- 
fessor y el Duque de Villahermosa, y Mendo de Mota de Valadares, 



LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 73 

de lo quai teniendo noticia el dicho Duarte Fernandez acudio con 
mémorial a V. Mag d que se remiltiô a la misma Juuta a tiempo que 
ya el negocio estava consu'tado a V. Mg d y do hubo lugar de verse y 
considerarse sus razoaes autes de liazerse la cousulta, de lo quai 
resulto que abiendo V. Mg d ordenado que, fuessen oidos en justicia 
los offîciales a quien se pedian salarios por decir los abian Uevado 
injustamente se ha enbiado al Reino orden en Garta de V. Mag d para 
cobrarse de Alvaro Fernandez, thesorero que fue de la dicha hazenda 
(padre de los dichos Duarte Fernandez y Fernando Lopes) el salario 
de sincoenta y très mil reis cada ano que dicen aver recibido por 
espaeio de veinte y très anos por cierta cobrança de juros, y que el 
.dicho Fernando Lopez sera compellido a cobrar a su costa los juros 
que la dicha senora Infanta tiene en Ja Gorona de Gastilla los sinco 
anos proximos passados que dicen no aberse cobrado, haziendo por 
su cuenta la reduccion de la moneda de vellon a plata, con funda- 
mento deque esta obli^acion le toca por los gajes que rendio con el 
dicho officio, en la quai reduccion estan notoriamente agraviados por 
nu ser oidos con las razones de su justicia y derecho, porque los 
salarios de los sincoenta y très mil reis por ano que dizeu recibio su 
padre, no los recibia en tanta quantidad ni en tantos anos, y hubo 
para ello justo titulo y cedulas de los testamentarios ; y siendo asi 
que V. Mg d manda oir en justicia a los offîciales sobre los salarios 
que se le repiten, y en esta generalidad entra el dicho salario que 
se pide al thesorero, que es officiai de aquella hazienda, y assi sin ser 
oido y convencido no puede ser executado, y la cobrança de los juros 
en los cinco anos proximos no estubo a cargo del dicho Fernandez 
Lopez, ni haze por su cuenta la reduccion de vellon a plata conforme 
al asiento célébra do con el y su padre como mostrara evidentemente 
siendo oido judicialmente, y tambien esta pretenoion respeto a los 
salarios que dizen aber Uevado por la cobrança de los dichos juros, a 
que quieren anadir esta obligacion de la reduccion a plata, y assi se 
comprehende en la clausula que manda oir los offîciales en razon de 
sus salarios, y de lo que se le pide por los que an recibido : y porque 
V. Mg d no es servido que nadiesea condenado en materia de tanta 
importancia sin ser oido y defendido legitimamente, supplican a 
V. Mag d mande que sobre las dichas pretensiones, que mandan exe- 
cutarse, sean oidos delante de Jueses rectos y sin sospechas, y que 
mientras no fueren convencidos par sentencia, no sean executados, 
remitiendo el nombramiento de los Jueses al Regidor de la Justicia, 
o al governador del Reino para que sean quales conviene a la causa 
y Recibiràn Merced, y porque este negocio se a visto en la dicha 
Junta del P. Gonfessor, Duque de Villahermosa y Mendo de Mota, 
supplican a V. Mag d se le remitta este mémorial para que consulten 
a V. Mag d lo que pareciere. 

(A suivre,) 



LES 

MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 

DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L'ALLIANCE ISRAÉLITE 



La bibliothèque de l'Alliance israélite, ouverte au public, est 
devenue plus accessible aux travailleurs que par le passé et occupe 
un vaste emplacement à l'École normale israélite orientale. 

Cette collection de 20,000 volumes, à laquelle est jointe la bi- 
bliothèque du consistoire israélite de Paris, est unique en France. 

Elle est divisée en deux grandes sections: 1° Hebraica, ou 
textes hébreux seuls, dont le catalogue est classé suivant les 
titres ; 2° Judaica, livres en toutes langues sur la littérature et 
l'histoire juives, dont le catalogue est classé par noms d'auteurs. 
Il faut avoir vu ces livres de près pour admirer le dévouement 
scientifique d'Isidore Loeb, qui, malgré ses occupations multiples, 
trouvait encore le temps de veiller à l'accroissement de cette bi- 
bliothèque. On sait qu'elle a eu pour noyau la collection modeste 
de Salomon Munk, acquise par L. M. Rothschild et offerte à l'Al- 
liance israélite. Depuis lors, elle s'est accrue par l'accession de 
toutes les œuvres modernes touchant le judaïsme , ainsi que 
d'anciennes éditions et de manuscrits, dont dix- sept avaient ap- 
partenu à S. D. Luzzatto. 

Les catalogues de tous ces livres ont été rédigés par Isidore 
Loeb, Israël Lévi, Moïse Bloch, Armand Bloch, I. Broydé, Ju- 
lien Weill , etc. En tête figurent deux cent trente manuscrits , 
dont rénumération peut intéresser nos lecteurs. Seulement, 
pour classer les fiches de ce dernier inventaire spécial, quelle 
règle faut-il suivre? Sur place, les numéros se suivent sans mé- 
thode, selon l'arrivée des volumes sur les rayons. Gomme les 
mss. signés sont bien moins nombreux que les anonymes, et que, 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 75 

selon l'usage, les titres sont plus significatifs que les noms d'au- 
teurs, nous avons adopté ici la succession des titres par ordre 
alphabétique, sauf renvois complémentaires. A la suite viendra 
un index des noms d'auteurs avec référence aux titres, lesquels 
ont été munis de numéros d'ordre, puisqu'il y fallait distinguer les 
ouvrages similaires, tels que Mahzor, Tefilla, etc. En outre, 
comme avec les mss. on avait placé — à tort ou à raison — deux 
incunables, il a paru bon de mettre d'autres incunables à la fin de 
la série des manuscrits. 

Hebraiga. 

[N. B. — Il n'est pas tenu compte du mot Séfer, 'O, ni de l'ar- 
ticle S.] 

N° 82. in m bot* 'o. Oraison funèbre composée par Jacob, fils de 
Salomon Sarfati, sur la mort de ses deux filles, enlevées par la peste 
noire à Jérusalem, le 28 Heschwan 156 (12 novembre 1395). 

Copie faite par Isidore Goldblum, en 1892, sur l'original, qui se 
trouvée la Bibliothèque nationale sous le n°733. Voir Revue, XXX, 52. 

In-4° de 32 fT., papier, écriture Raschi. 

bsn npaa 'o. Voir 'b« 'n pis, ni (q° 478). 

ÎS° 83. Recueil comprenant quinze articles *, dont le premier est re- 
latif à bfiwmaN, savoir : 

I. 'amriN pmfci 'pi nbttJta ans osia , lettre de Don Isaac Abra- 
vanel, adressée à Yehiel de Pise, au sujet de persécutions exercées 
contre les Juifs à Pise et à Argilla (Turquie), en l'année 1472. — 
Cette lettre a été publiée par Ad. Neubauer dans le recueil Ozar 
Nechmad, t. II, 1855, p. 65 et suiv. 

II. ■rç-ijaba ^ïbsb D^jan ^nai ^ba i«n nxrb'n n*i:w, fragment de 
lettre sans nom de destinataire. 

III. &W "i ÉjOT n"nnb ip-iNT rmm 'nn nbia nrs, lettre de Juda 
Zarqo à Joseph ben Yahia (1494-1539); incomplète. 

IV. rPtriN nn^N, dont le commencement manque Cette lettre est 
signée Hayyim fnbN ; elle est suivie de quelques réflexions intitulées 
ï"M3Tin, dont il n'y a que le commencement. 

V. V-it-ib "aaaT n^in ps rmsï -T'nrron \r& ïito n"nb trm a"i 
p"cb 'd"2-Û b*lb« '3 /m-O S|Û"P(14 août 1569). 

VI. a"tttt5 *jd^ n"n -pn "j tr^wi n"nï-ib ■p-n* gjbtf mun ûto 1. 
Vil. r:"o np^ "j rron n"-",!-! bw mis sp*p 'n arts. 

VIII. 3iii tpv T-in mNsnb np^ "j m:an -i"nrt?3 ûnna trna 'i. 

IX. unit: n"nn ba mna ^"nb ftS^bE anâ. 

X. b"T np^ 'i rrwn n"nb lâ^riâ "fi ûïIjTd Ynttb ûtis Y'\ 

1 La série de titres formant la première page est écrite au milieu d'une double guir- 
lande de fleurs ornée de têtes d'enfants et porte la date 21l3 ÛU5 = 357 (1597) ; 
mais l'écriture semble du dernier siècle. 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(V à X, poésies de Moïse Cohen, venu de Zante, et de Hanania b. 
Yakar, avec lettre de Joseph Garoub, destinataire de deux de ces 
poésies.) 

XI. T»aan baiera 'n b** fiaw ?8tt *n maN, « Lettre de R. Haï Gaon à 
R. Samuel Naguid » ; réponse à la question de ce dernier au sujet de 
l'élude de la philosophie. 

XII. va» ■nùa'Wtt na^an otié 'a pnar 'nb bbn 'n arott, lettre 
connue de Hillel de Vérone à R. Isaac b. Mardochée, surnommé 
Maestro Gaïo ; incomplète. 

XIII. D13N^S31ï5a ,, T WDK1 btf lî^TÛN p^pl72i-I Wb» '") m*N ,1ÎT>b« anStt 
OTT^Eaioai». Lettre d'Elie Lévita à Sébastien Munster, datée de Venise 
5291 (1531). Cette lettre a été imprimée avec le commentaire de 
Kimhi sur Amos, à Baie, en 1531. 

XIV. rast vàwb irnûE maniû^ nariz^ ma». Copie de la lettre écrite 
par la communauté d'Amsterdam à Sabbataï Cewi, l'an ttrPîn = 426 
(166(>), avec vingt-quatre signatures, dont six sont en hébreu et dix- 
huit en portugais. 

XV. ■^■>o" , tt !-p3^ '-i bu frorp "j n^bu: 'a m „n"n nbiara ma» 
b"T. Lettre d'un rabbin de Lisbonne à R. Isaïe Messini, écrite à Larlhe 
l'an ù"i (1480); inachevée. — Contrairement à ce titre, la suscrip- 
tion de la lettre porte *>3"»125^73 avec îzî (non 0), et le nom est suivi de 
l'eulogie y"" 1 qui s'emploie pour les vivants. 

ln-4°de 61 pages, papier ; diverses écritures : orientale, italienne et 
judéo-allemande. Les pp. 11-12, 21-24, 27-28, 33-34, 37-40 et 45-48 
sont en blanc. 

N° 161. nto 'a masî-n mrnpbîn pnnbN nrutnaan "nnaa. Livre 
de prières pour le jour de la destruction du Temple (9 Ab), suivi 
d'une paraphrase arabe du texte de Jérémie (vin, 13-23, et ix), que 
l'on récite dans les synagogues le même jour (masn). 
. In-4°de19 ff., papier; écriture carrée orientale. 

N° 163. I ; NnoBT Nrr»N, Haggada de Pâque, en arabe, ponctuée 
d'après le système babylonien et le système palestinien alternative- 
ment, suivie du ban "ppn et des rmîiTN, ensemble 9 ff. 

II : mba» lab©, Cantique des Cant., Ruth et Ecclésiaste, avec ver- 
sion chaldéenne et le commentaire de Raschi. — A la fin ttbiarr '0 
^mjbfiO, en 5 ff., portant cette suscription : WD "^N jn^O. 

In-8° de 58 ff., vélin ; écriture carrée pour le texte et le Targoum, 
le reste en Raschi. 

N° 1. [rmaN], titre faclice d'un recueil de dissertations diverses, 
d'exégèse, de littérature liturgique et de poésies satiriques. 

F° 1 b : ûnsttn pa TO^aa noiN» rtbxanttn ma« "pa^n. F° la : -naa? 
ana ba nb»at» '** "t»tdj. — F° 2# : mnawn rvnwn. — F 43 a : ma*»na 
D^raa pnp^b. — F 44# : rnniDtt ncom nns ma>atattn mb . — 
F° 45 a : ann 'a nra •Vdh vay* wnn. — F° 51 a : ta^apib» D^mn. — 
F° 53 £ : C|o-i^ n-psas b* na^p. — F* 54 a : 'paa ^inanaio 'n by T©, — 
F° 57 « : Poésies signées El'raïm 'et Isaac Luzzatto. — F 57 b : bip 
naioa mbnb lanaia !Wap maibn. — F. 58 a. Autre poésie signée 
Isaac Luzzatto. —F 60 b. Epitaphe de Menahem Morpurgo par Abra- 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 77 

ham Morpurgo son petit-fils. — F 61 b. ûnanatt û'HTnmaï'T b*. — 
F 62 b. Nouvelles poésies et épithalames par Efraïm Luzzatto ; une 
pièce a été composée à l'occasion des fiançailles de sou frère Mena- 
hem avec sa nièce Malka (Regina\ fille de son frère Moïse Zérah, le 
lundi delà section loledot 528 (14 novembre 1767); une autre, pour 
les fiançailles d'une autre nièce, Hanna, fille du même avec Moïse 
Sarzi, ^2t1«iïJ, de Sano, la veille de la section lekh-lekha 532 (18 oc- 
tobre 1771). 

F 66 #. Epithalames d'Abraham Morpurgo pour les fiançailles de 
sa fille Malka avec Abr. Reggio, sans date. 

F 70 a, Une note anonyme de l'un des auteurs parle de son séjour 
passager à Trieste le 7 Schebat 536 (28 janvier 1776). 

In-12 de 75 ff. dont 8 blancs (ff. 10-14 et 73-75), papier ; écriture cur- 
sive italienne. 

N° 2. miaat, même titre factice qu'au n° 1 . Recueil de 345 et 
63 modèles de lettres pour écrire à toutes sortes de personnes, se- 
lon les circonstances, ainsi que des en-tête ou « en-dos » , ">3a 
fi^anarr, f° s 7 b et s a. 

. F° 108 b et suiv. Lettres signées tran^a mm. — F 121-2. Lettres 
de Menahem et d'Azriel Karaï, écrivant de Crémone à leur père 
l'an 341 (1581). — F° 129-133. Moïse Basola, fils de Mardochée, écrit à 
son élève Bojadnaà Fano. — F 134-175. Extraits mTDibTttfTO (?) 

Iri-4°de 163 ff., papier, écriture cursive italienne, 

•pmafcO ^nn bi* nnatf. Voir û-nan ntt^ba de Profiat Duran (n° 105). 

yHim û^n i"-inb nmiN nnaa. Voir b^aanaa V (n° 83). 

—y\à* ^Nn 'n'nn^N. Voir ibid. XI. 

N° 84. DND on" 1 maN. Renseignements sur l'histoire des Juifs de 
Fez, par Abner Israël Sarfati. Ecrit en 1879. 

Petit in-4° de 58 ff., papier ; caractères Raschi. 

Le même ouvrage (sous le même numéro), avec de nombreux chan- 
gements, additions et suppressions. Gr. in-4° de 54 ff., papier glacé; 
écriture carrée. 

■^as Tiatfîb irriB73 m*w na^D^ nia». Voir b«aana« XIV (n° 83). 

STrooti b? nia«. Voir mmson m^ra ni (n° 55). 

N° 3. I (Profiai Duran) asms TTOOTOM nbuîUî riDiTaNn "pa* hy rrùto 
BWn imaaia a^ia mi bania^a mi-® D^asb ïmaana sa^ana •nao'wab 
hiaarj tonmoi "natiari iss^a û^BNTan man buab. Lettre de Profiat 
Duran à Bonet BongorD. La copie a été achevée à Venise le di- 
manche 7 Tisri 5371 (24 septembre 1610) ; 65 ff., plus 5 ff. blancs. 

II : lb*<n naïaa. Prophétie de « la fille de Nahum, père de R. Pin- 
has » ou Satanow, achevé le dimanche 19 Heschwan 372 (26 octobre 
1611) 31 ff. 

III : tzpasab i"i)3-i -pn-joN -iTJO^iï nbiauj nai?aai paa> by n-iac* 
fepmïmn ba> nam oncaia b^nbiaaN i-ibia>?ab nana rman -ma* "itttfJ 
js ba» ia*»©m a^b r<ap nu:» msana rrabis '-in oann naiiom nwp 
laTiai vrmn. Lettre d'Astruc Ramoch (?) sur la foi juive à En Saltiel 
Bonafous, avec réplique de Salomon Bonfed ; la copie a été achevée 
à Venise le mardi 27 Heschwan 372 (3 novembre 1611) ; 11 ff. 



78 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

In-12 de 112 ff . , papier; écriture italienne. « Proprieta Olper ». 

N° 164. ttHpïi maN 'o. Considérations morales sur les rapports 
de l'homme avec la femme ; œuvre attribuée à Moïse Nahmanide. 

In-8° de 21 fï'., papier ; écriture rabbiuique espagnole. 

...ntp "i 1VJ "i nna». Voir bawmdN XV (u° 83). 

N° 85. HVÏÏ2 bïitf. Traité de grammaire hébraïque, par Aaron Moïse, 
fils de Hirsch, de Greidin (imprimé à Zalkowo en 1765). Copie ache- 
vée le 15 Ab 1804 à Hambourg par Méir Gettschlik de Strasbourg. 

ln-8° de 139 fi°., papier; écriture judéo-allemande. 

N° 86. d^Ti mnitlN. Homélies sabbatiques sur la Cabbale, par 
Hayyim Vital; 21 chapitres en deux volumes. Fait partie du yy 'o 
d^n du même auteur, contenant 100 chapitres (imprimé à Gorilz 
en 1753). Très défectueux à la fin. 

In-4° de 194 ff., papier ; écriture orientale. 

N° 76. CIOT 1 nvistiN. Commentaire sur le Pentateuque, par Joseph 
de Milhaud (dfcob^fc) Moscato Carpentras (imprimé à Livourne, 1783, 
in-4°). 

In-4° de 57 ff., papier; écriture rabbinique. 

N° $7. I : !TïiN!i 'o, livre de Dinim attribué à Raschi, imprimé en 
partie dans le OTns, incomplet au commencement. M. Steinschneider, 
dans Benjacob, s. v., observe que les mss. de cet ouvrage, savoir ce- 
lui d'Oxford (Uri, n° 286) et celui de la biblioth. Hayyim Michel à Ham- 
bourg (n° 174), sont défectueux. 

II : F os 153-174. Commentaire sur le chap. Hélek {Sanhédrin, XI) par 
Moïse Maïmonide. 

Iû-4° de 174 ff., vélin ; écriture carrée. 

iwnuîb nrirtîN. Voir t^nooi «maa I (n°i63). 

mn^att 'o. Voir irûii t]D"Pll (n° 81). 

N° 4. I : laanb d*nsN txz^r: +tfy d"m*aîi *3a nbN. Premières poé- 
sies du médecin Efraïm Luzzatto, adressées d'Italie à un ami de 
Londres (ïTttlb manm d^aai^wi...). Comme la présente copie porte 
au bas du titre les mots « Londini, 1768 » (ce qui est aussi l'année 
de l'édition), elle a été écrite du vivant de l'auteur, mort à Lusana 
en 1792. 

il : pnsr n"»d d^nn i-pu: bb-o ^m nso t^in pnar rrnbnn hb« 
0"O*ttNO *idd ttî^N "îaNitib. Poésies d'Isaac Luzzatto, copiées sur le ms. 
autographe de l'auteur, le 14 février 1759. La première poésie est da- 
tée du 14 Kislew519(13 décembre 1758). 

F 61. Une énigme en vers, illustrée d'un dessin qui représente uu 
cahier ouvert ; devant, a droite, une main tenant une plume. — F 65. 
Poème italien de Métastase, avec version hébraïque rimée en 
regard. — F 67. Epitaphe pour la tombe de Mardochée b. Gersom 
Lévi, mort à Trieste en 1784. 

A la fin, 8 pages écrites par S. D. Luzzatto, avec corrections du 
même, plus 8 sonnets de l'auteur. 

Au verso du dernier feuillet, on lit ces mots : « Laureati 4 Mag- 
gio 4 717, Raphaël Luzzati [sic), Hebreus Romanus excellentissimi 
Domini Isach Hebnei, phil. et medicinae doctoris filius. — 27 Maggio 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 79 

4751, Isach Luzzatti. — 1 Maggio 4797, Raphaël Luzzato. — 24 Gen- 
najo4 836, Isach Luzzatti. 
In-4 2 de 94 ff., papier; écriture cursive italienne. 
W»MFl «imbat. Voir 'ba 'n ^pns IV (n° 178). 
c^rva NcbN. Voir Uii. II. 

N° 5. "^fiW^iDbN. Astronomie, résumé de l'Almageste par Mohamed 
el-Kathir el T Fargani, traduit de l'arabe en hébreu par Jacob Anatolio, 
avec figures coloriées dans le texte, plaDisphères et roses des vents, 
ainsi que des notes marginales. —De Rossi, dans son Meor 'Enaïm, 
ch. xxv, le nomme lafcWnsbN n^iDn ; parfois on le nomme rmic" 1 
'sbtf naiDn (Mss. : à Vienne, n° 176 ; au Vatican quatre exemplaires; 
biblioth. Hayyim Michel à Hambourg, n° 48-9 ; à Florence, n° 286 ; à 
Munich, n° 246). 
In-4° de 426 ff., papier ; écriture rabbinique orientale. 
N° 153. "PïnnbN 'o. Poésies religieuses, partie en hébreu, partie en 
arabe, anonymes, sauf la poésie D3"ntt)N, qui est de Juda Mizrahi. Ru- 
briques et fleurettes en rouge. 
In-4° de 4 4 ff., vélin ; écriture carrée orientale. 
/ N° 88. 'npn ba. Variantes de la Bible fournies par le Talmud et par 
les Midraschim. 
In-4° de 10 ff. , papier; écriture rabbinique. 

N° 89. nûtt) "nttN. Ode pour le mariage d'Abraham b. Israël avec 
Bella, fille de Yohanan, 1779, à Amsterdam, par Salomon Frenkel. 
Gr. in-8° de 9 ff., papier fécriture carrée. 

N° 90. m *$$. Homélies sur le Pentateuque par Hayyim fils d'Isaac 
Raphaël Alphaudéry, écrites en Heschwan 518 (novembre 1757). — 
L'édition de C<onstantinople, 498 (1738) a, de plus, des consultations 
adressées à Jacques et à Elie Alphandéry. 

In-4° de 70 ff., dont 2 fï. déchirées, papier ; écriture rabbinique ita- 
lienne. 

N° 91. bllDtfJtfïT 'o. Décisions rituéliques par Abraham b. Isaac de 
Montpellier (ms. plus complet que l'édition Auerbach, Halber- 
stadt, 1867). 
In-4° de 135 ff., papier; écriture rabbinique italienne. 
N° 70 ypaba n&u (en caractères arabes). Partie de commentaire sur 
l'abrégé de droit malékite de Khalil ibn Ishak, connu sous le nom 
d'abrégé "îfcnêj? de Sidi-Khalil. Le texte a été publié par la Société 
asiatique (nouv. édition 1898). 

Le présent volume du commentaire, contenant seulement le « cha- 
pitre des ventes », a été copié par Mohamed ibn Ab l er-Rahman ibn 
Mohammed ibn Ali ibn Nadjta'i ibn Osman al-Vasiri, en l'année 1050 
de l'Hégire (1640), vraisemblablement au Maroc, selon une note qu'à 
bien voulu nous fournir M. Blochet, qui ajoute : Cet exemplaire ms. 
a fait partie d'un Wakf. 
In-fol. de 469 ff., papier; lettres arabes. 

N° 92. ^b^Ott tko. Commentaire sur les Proverbes par Menahem, 
fils de Salomon Meïri. 
In-4° de 202 ff., papier ; caractères Raschi. 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

'Dnbn nns "pttTD bra TiNa. Voir n-m-ûîi IV (n<> 189. 

N° 93. bfintttf) bu: 12^1 ma. Réponses et décisions de Samuel La- 
niado, père de Raphaël Salomon, rabbin de Damas, auteur d'ou- 
vrages imprimés à Gonstantinople en 1777 (cf. Benjacob, p. 122, 
n°57#;p. 296, n° 488 ; p. 481, n° 785). Ces consultations donnent 
les opinions de R. Abr. Zeebi, A. Alousch, Sedaka Houcin, Moïse 
ibn Habib, R. Farhi, R. I. Algazi, I. Gassin, R. Aloschno Naoud, Er- 
gas Maliserno, M. Bonan, Gerson Hacohen, Moïse, rabbin de Bagdad, 
et Rabbi I. Israël « Ab-beth-din d'Assour », tous contemporains de 
l'auteur. —Le titre du ms. a été refait par Elie Sasson de Damas, 
en 1881. 

In-4° de 471 ff., écritures rabbiniques diverses, toutes orientales. 

N° 6. miM ma . Philosophie , psychologie et morale [par Iehiel 
ben Iekoutiel b. Benjamin ha-Rôfé]. — Transcrit à Lemberg en 1862. 

In-8° de 70 ff., papier ; écriture Raschi. 

N° 94. nttbiD •pjttiû ma 'o. Dissertations sur le rituel des règles de 
deuil et de pénitence, et homélies sur des sections de la Genèse, par 
Simon Salomon Nagrin, de Jérusalem, signataire des diverses pièces, 
sauf des deux dernières. — A la fin, f. 200 : nnON nVott no. 

In-4° de 206 ff., papier, écriture orientale. 

N° 95. nnû "TOa. Gommenlaire sur le Pentateuque par Joseph 
Bechor Schor. La présente copie, faite sur le ms. de Munich, n° 52, par 
Menasché Grossberg, commence au Lévitique (la Genèse et l'Exode 
ont paru en 1856 et une partie des Nombres en 1903) 

In-8° de 238 ff. , papier; caractères cursifs judéo-allemands. 

D-murt b*a. Gomment, sur le Pentateuque. Voir-^lpîn (n° 16). 

■prm 'm ^na 'n n\apa. Voir ^n ^a ^nD^a» *mo (n° 35). 

N° 7. I : rmarr 'o. Polémique contre le christianisme, par Joseph 
Kimhi. Copie moderne, titre d'un ms. transcrit lui-même sur l'édi- 
tion du nain nttnbtt 'O (qui a paru à Gonstantinople en 1510). 

Il : i&oo-n '-in *nma mpbman ybo 'ob rm^pï-r, f° 16 b. — C'était le 
n e 57 des mss. de S. D. Luzzatto, selon sa propre liste. Voir ses lettres, 
édition Graber, lettre 406. 

In-4° de 18 ff., papier; écriture Raschi. 

N° 162. bnnr; nrma 'O. Traité de géomancie et d'astrologie par un 
anonyme, attribué à un ancien Gaon. Copie faite à Amsterdam en 
1738. Titre écrit dans un cadre imprimé de feuillages et fleurs. — 
Pour un ms. analogue de Berlin, voir le recueil Meassef, année 5545, 
p. 46. 

In-4° de 34 ff., papier; écriture Raschi. Relié en soie gris clair, avec 
fleurs brodées et orné de rubans Pompadour. 

N° 8. na» ma. Livre de Cabbale, par Joseph b. Abraham Gikatilla 
(impr. àHanau, 1615, fol.). Titre orné d'arabesques; la dernière page 
estduu papier et d'une écriture qui diffèientdu reste. 

In-4° de 24 1 ff., papier ; écriture espagnole. 

N° 130. tpT "nan. Histoire des rabbins à partir des Saboraïm jus- 
qu'à l'époque de la rédaction de cet ouvrage, c'est-à-dire jusqu'à 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HEBREUX 81 

l'année 4 606, par Joseph, fils d'Isaac Sambari ; second vol. écrit au 
Caire. La fin manque. L'ouvrage a été édité en partie par Neubauer 
(Med.jew. Càronicles, I, p. M 5-162) et par Berliner. 
Iu-4° de 190 ff., papier; écriture rabbinique. 

N° 96. ûibia ©"nn. Homélies et consultations par Salomon Schalom, 
rabbin d'Amsterdam. — A la suite, explication de divers passages du 
Talmud et des Midraschim. 
In-4° de 214 ff., papier ; caractères rabbiniques orientaux. 
ii:i23rt bab û^ro dte** biD mœnu "W. Voir û^jt^d III (n° 42). 
ïrtrniu wt. Voir, ibid., IV. 
np^ai rra-ro *vn. Voir rmran mabïi IV (n° 42). 
073^*7. Voir nocb mro ntna (n° 27). 
D^ira tWH. Voir ï-nnzsn irûbïi V (n° 10). 

N° 159. [tûm]. Deux prédications pour les sections sabbatiques 
mirnn et a«m, en arabe. Anonyme, sans titre. 
In-4° de 25 ff., papier; écriture orientale. 
mtt)m. Voir riaittn rnabri III (n° 10). 

N° 89. îmntt b'9 miZ3-n. Homélies sur la Bible, par Salomon Azubi, 
rabbin français du xiv e siècle, en trois volumes. Au milieu du t. III, 
5 feuillets sont en Diane. Au fol. 20 a de ce même volume, un ano- 
nyme raconte avoir passé à Garpentras les grandes solennités de 
l'an 5387 (= 1626), ce qui sert à dater cette copie. 

In«4° de : 1o 313 ff., 2° 243 -f- 276 ff., 3° 209 + 234 ff., papier; écri- 
ture cursive italienne. 

N° 97. m» U3 rflDTi. Liste d'interprétations allégoriques des noms 
propres, données par le Talmud et les Midraschim, avec indications : 
1° de l'ordre du Talmud B., 2» de la Mekhilta, 3° du Talmud jé- 
rus., 4° du Midrasch rabba, 5° du Tanhouma, 6° de la Pesikta. 
In-4° de 10 ff., papier; écriture judéo-allemande. 
imyb&« nVntt. Rituel de la Habdala, en arabe. Voir ï^nnaa 
f<nosn fin (n° 163). 
nos ba> tTtttt. Voir nbsn '0 (n os 57 et 58). 

N° 59. npbnrr. Prières pour allumer les lumières du vendredi soir, 
ainsi que les rites à observer pour la nbn, la mu et les couches, avec 
indications en italien. Écrit par Isaac Luzzatto, le 17 mars 1806. 

In-4o de 24 ff., papier ; quelques mouillures; écriture carrée avec 
points-voyelles. 
rnsyrairs. Voir ïibsn 'o (n° 58j. 

mr»wp ûm airob û^rt. Voir m-psort mms XIII (n° 55). 
N° 191. rrobr-î. Diverses règles religieuses, sous forme de consulta- 
tions, avec quelques gloses italiennes. 
In-4° de 68 ff., plus 8 fï. blancs à la fin ; papier ; écriture Raschi. 
b""8 v-nrw -paon w» np-^a mabrt. Voir s-mion mabrr VI 
(n°l0). 

N° 9. ï-iïiDti nw bab û^v^ mbbrt. Règles de liturgie pour toute 
l'année ; titre factice. Fol. 1, 2 et 3: ordre des Selihot selon les divers 
jeûnes. 

T. XLIX, n° 97. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

In-4 6 de 119 ff'., outre 14 ff. blancs en tète; papier; écriture an- 
cienne allemande. 

V I65. ;n"j^nomDbn.|. Règles sur la Schehila, en arabe, carac- 
tères hébreux; ms. provenant du Yémen. Mutilé au commencement 
et à la fin. Divisé par cahiers de 10 ff. chacun. Il manque les 7 pre- 
miers cahiers, le 1 er feuillet du 8° cahier et du 11 e ; le dernier feuillet 
du 14« cahier et le dernier du 24 e . Le 23 e cahier est celui qui est in- 
diqué 24 e par la réclame. Les cahiers 15 et 16 ont chacun 11 IL ; le 
21 e n'en a que 9. 

In-4 de 167 ff., plus 9 ff. appartenant au commencement et à la fin ; 
papier ; écriture carrée. 

No 166. îTOiTO rrfcbïT Texte et commentaire des ÏTîpTnB rvobfi de 
Maïmonide dans ITTin TOM, suivi des mp^3 par Moïse T"bD et par 
R. Jacob ; écrit par Benjamin b. Abraham Motel et terminé le mardi 
3 Sivan 1627; incomplet. — L'ordre des chapitres diffère des éditions 
imprimées. — A la fin, un poème en quatre colonnes, sur le même 
sujet, signé : David b. Salomon Vital. 

In-4° de 102 ff., ainsi paginés : 11-18, 18-42, 59, 26-94 -f (1 et) 28 ff. 
d'un autre ms., papier ; écriture Raschi pour le texte, tenture orien- 
tale pour le commentaire. 

N° 10. I, fol. 1 à 3 : miian rrobîx Règles de pénitence. — II, f° 39 
à 48 : "pau "wn /ta ib npbpn bsÙJïl *lp'*l?Q\ traité de morale attribué 
a Haï Gaon. — III, f. 49 à 80 : muw, homélies. — IV, f. 81 à 108 : 
rrp^m nçaTr.3 "^"O, règles de l'abatage des animaux. — V, f. 109 à 129 : 
û^iffl ÛW. Règles diverses. — VI, f. 127 à 131 : ÎO^a rrp-H3 rrobrr 
T3D^N ynN72 b^N "nnttN pÈOtt, Règles pour l'examen des animaux 
pour la consommation, par un Allemand nommé Euel (?). — Ms. 
donné à S. D. Luzzatto par son élève Moïse Konian le 13 Eloul 604 
(1844) ; formait le n° 66 de la liste de ses mss. Voir ses Lettres, édit. 
Grâber, lettre 406. 

In-4° de 131 ff., papier ; diverses écritures rabbiniques. 

N°11. nviMBïi 'D. Les Haphtarot d'après le rite italien, suivies 
d'un feuillet final du Cantique des Cantiques, des textes complets des 
Lamentations et d'Esther. Puis l'on trouve une partie du Mahzor de 
Rosch Haschana et les Pioutim du Sabbat Schouba. — Ecrit par 
Yekoutiel b. Abraham. 

In-fol. de 87 ff., vélin ; écriture carrée. 

n&n 'a m-jDï-i. Voir .onrûN (n° 161). 

rwpbmDrj ?bo 'ob nvi-pn. Voir rman 'o IL 

N° 125. mùttlbfT, ce qui a été omis par Samuel Schoulam dans son 
édition du porm 'o. Cf. MfcUttia H» (ms. n° 197), dont la première par- 
tie est semblable au présent numéro. 

In-4° de 71 p., papier ; écriture rabbinique. 

N° 99. ÏTûlîl 'O- Controverse entre un croyant et un hérétique. Cet 
ouvrage anonyme est attribué par M. Steinschneider {Hebr. Biblio- 
graphie, XVII, 86) à Mardochée fils de Yehosiiia, l'auteur du pnrw 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HEBREUX 83 

Î13172N (1270). Copié par Isidore Goldblum sur le ms. de la Biblio- 
thèque nationale Vittorio-Emanuele à Rome, n° 53. Cf. ci-après 
ri2i73N p*nn73, n°ii3. 

Ia-4° de 42 p., papier; écriture Raschi. 

N° 221. SpWi Û3> tasinrrD'n. Dialogue entre l'âme et le corps ex- 
trait du Tabkemoni, 13 e séance; copié par J. Blumeokranz sur le 
ms. de la Bibliothèque nationale de Paris, n° 222, 2° (f. 188 et suiv.). 

Petit in-4» de 6 ff. et 2 ff . blancs; papier; écriture allemande. 

■^pnNî . Lettre de Zarqui à Joseph b. Bahya (1494-1539). Voir 
bawrrDN IV (83). 

N° 147. mrufc ^nat. Les traités talmudiques Zebahim et Mena- 
hôt\ le commencement et la fin manquent (ce volume provient de la 
biblioth. Raphaël N. Rabinowitz). 

In-4°de 150 ff., vélin (vieux); caractères carrés. 

N° 216. t^plii -para ^"-lïto *ja Hyi rT'snb "-p-^ majttfi ï-jt 
■pfctt. Martyre de Raphaël Lévy à Boulay en 1669, raconté en judéo- 
allemand. Ecrit eu 535 (1775) par Elhanan fils de Mayer Hadamard. 
Titre encadré de dessins et de portraits. 

In-12 de 14 fï., papier; écriture cursive allemande; rubriques (dates) 
en lettres carrées. 

îs° 195. 'ïlb lyiDïi itï. Ms. sans titre (désigné par le commence- 
ment), qui traite de la Cabbale pratique ; les premières pages sont 
enluminées (a appartenu à M. Gersou, rabbin de Dijon). Ce volume, 
daté de 570 (1810) a probablement été écrit par le cabbaliste R. Elie, 
que cite le commentaire de Moïse Botarel sur le Séfer Yecira (voir 
Benjacob, s. v.). 

In-8° de 172 ff., papier; caractères rabbiniques espagnols. 

mEiaan idit. Voir rmnp (159). 

ïtb^b nrrvaT. Voir ïibsn 'o (n° 58). 

N° 233. banizi^ niTMî. Psaumes copiés sur l'édition de Vienne , 
1805. Préface et traduction Mendelssohn avec planches d'instruments 
de musique. 

Gt. in-8°, papier ; judéo-allemand. 

N° 80. pipTH 'o. Manuel à l'usage des censeurs chrétiens, chargés 
de la censure des livres juifs Ce ms. provient du grand rabbin Mor- 
tara, qui, dans une note écrite de sa main au verso du premier feuil- 
let, s'exprime ainsi : 

« Questo prezioso Ms. con correzioni ed aggiunte dell' autore apos- 
tato Domenico Gerosolymitano, Censore per la S. Inquisizione in 
Mantova, fu da me illustrato nel periodico ^PlsTEïT, corredato anche di 
note del célèbre Sleinsclmeider, anno 1862. ». — Les deux feuillets 
d'Index des livres cités sont d'un écriture postérieure au reste. 

In-4° de 207 fi'., papier; écriture rabbinique italienne. 

N° 168. ■p-nrwb 'btt by biaaia m *Wïn. Novelles sur les chap. 
ix, x, et xi du traité Sanhédrin, par David Bonfils. Incomplet de la fin. 

In-4° de 23 ff., papier; écriture Raschi. 

N° 100. K'^Pnïl iiimn. Novelles de Salomon b. Adret sur le tr. 



84 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Kiddouschin (l'édition priaceps est deConstantinople, 1517). — Un pre- 
mier possesseur signe: Mardochée fils de Tobia Halévi ; le dernier: 
OwND (?) rsttNor; -pyxn. 
In-fol. de 132ff., papier ; écriture rabbin, espagnole. 
N° 155. twnn. Notes sur le Talmud, principalement sur les Tos- 
safot, par un anonyme. Le commencement manque. 
In-4° de 139 ff., papier ; écriture cursive orientale. 
N° 167. Même titre. Discussions sur les traités du Talmud babli 
Houllin et Pesahim, ainsi réparties : 16 — f- 35 fï". sur le 1 er chap. 
de Houllin ; le reste sur le tr. Pesahim. 

In-4° de 72 ff., dont 4 blancs; vélin; petite écriture carrée ; la pre- 
mière page en lettres orientales. 
D^3 wm. Voir rriamsn VU (n° 189). 

N° 101. ïiDisnrï rnn. Abrégé des Consultations du tû"fin, par Moïse 
fils de Moïse Bruxelles ('?). Copie faite l'an 1471 par Jacob b. Josué 
Prontina d'Espagne. Dans Benjacob, s. v., M. Steinschneider rappelle 
que le ms. Halberstam n° 65 est une copie de ce texte composé par 
Vidal Bonet Lunel (cf. Yeschurun y YÏII, 199). —Au commencement et 
à la fin quelques pages sont endommagées. 
In-4° de 112 fï., papier ; caractères rabbiniques. 
/ N° 13. HjITON piTîi. Polémique contre le christianisme par Isaac b. 
Abraham, de Troki, caraïte du xvi e siècle. Le ms. est semblable à 
l'édition d'Amsterdam, 1705; il manque 4 ff. ; par contre, le ms. con- 
tient un Index et, de plus, dans la première partie, des arguments 
qui ne se trouvent pas dans la première édition. Au verso du dernier 
feuillet il y a une concordance (dite Rapporto) des chapitres entre l'é- 
dition précitée et ce ms. En tête, une n?o*ipn, signée Joseph b. Mor- 
dekhaï. Ce vol. semble avoir été apporté d'Egypte (?), et il a été 
offert à S. D. Luzzatto en 1852, « comme hommage par David b. Joab 
Pillitz, de Wesprim. » 
In-12 de 135 ff., papier ; écriture rabbinique orientale. 
N° 14. I : "OlpTn. Commentaire littéral et mystique, avec super- 
commentaire sur Raschi, sur le Pentateuque, à partir de la fin de la 
section Toledot jusqu'à celle de Ki-Thabo, par Hizkia b. Manoah 
(édit. princeps, Crémone, 1519, 4°). 

II (p. 132) : û'maïi hyi. Commentaire sur le Pentateuque, à partir 
de la section Wayyéschéb jusqu'à celle de Massé, par Jacob b. Ascher. 
Ce volume formait le n° 53 dans la liste des mss. de S. D. Luz- 
zatto, selon sa lettre 406, dans l'édition de ses Lettres par Gràber. 
In-4° de 155 ff., papier; incomplet ; nombreux trous > écriture ita- 
lienne. 

Is To 188. û^pnsïi ^1X2. Influence des saisons sur le tempérament; 
chap. ni-xiv. Le reste manque. 
In- 4° de 20 ff"., papier ; écriture espagnole. 

N° 102. 1ÏTOK *J\ Recueil des Aggadoth et des Midraschim qui sont 
disséminés dans le baott^ "py, par Elie b. Menahem Raba, en 2 vo- 
lumes (reliés ensemble) ; le second a pour sous-titre : "îrrÔN D"D. — 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HEBREUX 85 

Ecrit le 18kislew 348 (18 décem. 1587), à r*np. — Titre enguirlandé ; 
au verso, armoirie ayant dans l'écu un lionceau au bas d'un coteau, 
avec étoile au chef. 

In-4° de 126 et 96 ff. ; papier ; écriture rabbinique italienne. 

N° 169. *pD^DT\ Chronique juive dite de Joseph ben Gorion. Édi- 
tion princeps, incomplète à la fin ; il n'y a que 125 ff. au lieu de 136; 
ce vol., pet. in-fol., est sans lieu ni date, mais l'on sait qu'il provient 
de l'imprimerie des Conat à Manloue, entre 1476 et 1479 ; caractères 
carrés, papier. Les ff. 102 à 109 sont retournés. 

N° 81. "poti tp"P. Recueil entièrement écrit de la main de Joseph 
ha-Gohen b. Josué b. Méir, contenant les œuvres suivantes : 

I : nviy mbiaii mttt 'D. « Géographie de Jean Boemus », traduite 
en hébreu. 

II : îiWWMÎl 'o. « Le livre de l'Inde », traduit sur un ms. es- 
pagnol. 

III : O'Wlp ITjNOID '0 « Livre de Fernand Cortez ». (Voir Joseph 
Haccohen par Isid. Loeb, Revue, XVI, 28 et s.) 

Ecrit à Bologne (?) l'an 301 (1541). 

In-4° de 312 ff., papier; écriture Raschi. 

N° 69. IT^" 1 '0. Commentaire arabe de Saadia sur le livre Yecira. 
Copié par Béer Goldberg, 1° en 4 853, 2° en 1867, à Oxford, sur le ms. 
Pococke 256. Uri 370 (n° nouv. 1533). Édité par M. Lambert. 

In-4° de 145 pages, papier; caractères cursifs allemands. 

N° 170. Idem. Copié à Paris, en 1871, par Abraham Rosner. 

In-4° de 92 p., papier ; écriture cursive judéo-allemande (relié avec 
'T25"> -»tM de J. Gurland). 

N° 189. I: mavDïr. Livre des méditations ou commentaire cab- 
balistique du Rituel par Moïse Zacut ; 1 89 ff. (cité comme ms. de Joseph 
Almanzi, par Benjacob, s. v.). 

II : Pièces, recettes cabbalistiques, et règles de conduite pour le 
Mohel ; 10 ff. 

III : rs73nb72 nytûa ïimbo. Seliha composée pendant le siège de Ca- 
sale, par Joseph Segré ; 2 ff. 

IV : iiaabn t-ik iitots b>£> nan ; 4 ff. 

V : û^aaiiû no, par Moïse Zacut ; 4 3 ff. 

VI : dviBiEîi snoftD HDD b"»bb nmbo, par Râpa Porto; 6 ff. Voir 
Appendice. 

VII : û^aniNïi û^n iU3in. Piout pour la circoncision, 1 f. — Cf. ci- 
après TITO III (n° 152). 

In-4° de 225 ff., papier ; écriture cursive italienne. 

N° 138. irô. Texte arabe de l'ouvrage théologique connu sous le 
nom de Kozari, par Juda Halévy. — Dans Y Orient (I, 4 36), S. Munk a 
restitué le titre arabe, qui manque dans l'original (ms. à la Bodléienue, 
n° 1228), d'où la présente copie a été tirée par B. Goldberg, en 1863, 
en deux parties. 

4 re partie, in-4° (2 e section), 20 ff. ; 2 e partie, in-8° (3 e section), 75 ff., 
papier; écriture judéo-allemande. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

N° 45. I : ù"nan rwbD «La confusion des nations ». Controverse re- 
ligieuse en douze chapitres, par Profiat Duran (1 391-14 10). — Ce pre- 
mier ouvrage est transcrit par Isaac Gazés, D^Tp. 

II : rpma&o »nn Vn rnAK, Lettre célèbre. — Ce second ouvrage 
paraît avoir été transcrit par S. D. Luzzatto. Dans le Catalogue des 
mss. de ce dernier, notre volume figure sous len°62; voir Lettres de 
S. D. L., édit.'Gràber, n° 406. 

In-12 de 59 ff., papier; écriture italienne. 

N° 105. Autre exemplaire de l'œuvre de Profiat Duran. Copie du 
ms. écrit par Jacob Haï Héfeç, à Vérone, faite par Salomon Reggio 
en 1831. V ir Lettres de S. D. L., lettre km. 

In-4° de 28 ff., papier ; écriture Raschi. 

N° 16. mnwrj b^i pinpnr; ^bbs 'D. Règles de grammaire hé- 
braïque, par Elischa Berakhia, fils d'Abraham Menahem "OfiT'Wh, 
Rezigniani. Écrit à Sandiano en 1764. Incomplet. 

In-24 de 42 ff. , papier; écriture carrée, avec explications en 
italien. 

N° 106. bNTO" 1 noss. Traduction hébraïque de l'ouvrage de Zunz, 
Die gottesdienstlichen Vortrage der Juden, faite par Joseph Karo, avec 
des notes et des additions par Zuuz. — La traduction, commencée en 
1832 et achevée en 1834, a été revue par Zunz en '1 835 ; voir p. 2 une 
note du rabbin Philipp Blocb, de Posen, écrite en 1892, servant de 
préface. 

In-4° de 361 p., papier; écriture judéo-allemande. 

irrba û-d. Voir "irrôis T (u° 102). 

N° 12. mbpba 'pans ">bN rrWïlba a*ttp« Ethique et philosophie 
connue sous le nom de Devoirs des cœurs maabïl pitih, par Bahya b. 
Joseph ibn Pakouda. Texte arabe (en caractères hébreux), copié par 
B. Goldberg à Paris, sur le ms. hébreu de Paris, n° 756, avec com- 
mentaire marginal hébreu sur quelques pages qui contiennent aussi 
le texte de Bahya en caractères arabes. 

In-4°, 2 vol. ; le premier manque, le second a 30 et 1 ff., papier; 
écriture cursive judéo-allemande. 

N° 156. ïïriftbbN SNrû» Traité de médecine, en arabe (caractères 
hébreux) ; anonyme. 

Petit in-8° ds 63 ff., vélin ; écriture orientale. 
N y 66 pMSiixb» nab^N nNnD- Traité de morale par Salomon ibn 
G aUrol 5 texte arabe du UJDiïi mia "ppri, copié sur le ms. d'Oxford, 
Bodléïenne, fonds Uri n° 358 ; n° nouveau, 1422, 2 e partie. 

In 4° de'i08 ff., papier; calligraphie arabe, avec citations bibliques 
m caiactères carrés. 

N° 160. "pbNnrrobN n&nON t]U33 SKrù. « Révélation des secrets des 
rusés », par Abdarrahim Addamaski, connu sous le nom d'Edjau- 
bari. Texte arabe, caract. hébreux. 

In-4<> de 100 ff.,|vélin ; écriture orientale. 

yro v '"ib Maria nn^. Voir batta-na XI (n* 83). 

ipnaï ïmrr 'nrt nbï) arû. Voir ibid., III. 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HEBREUX 87 

N° 4 07. d-oro. Modèles de lettres hébraïques, d'un calligraphe ano- 
nyme. Les sommaires en marge de chaque lettre sont en plus petits 
caractères que le reste, sauf pour les trente lettres formant l'Appen- 
dice, sur les 20 derniers feuillets. 

In-4° de 200 ff., les ff. 61-62 sont blancs ; papier; belle écriture cur- 
siverabbinique. 

N° 4 49. Idem. Lettres, contrats de mariage, décisions de diverses 
communautés italiennes, du xvm e siècle. 
In. 4° en 2 vol. de 234 et 306 ff., papier ; écrit, italienne. 
N° 139. I : rtavp. Explication de la Ketouba (contrat de mariage), 
par Joseph fils de Ganzio Guerschon. En tête, une pièce de dix vers 
englobant les dix Sefirot. 

II : nï»!D3.n ""DIT. Deux récits en 110 et 90 tercets, sur la catas- 
trophe arrivée à Turin et au Piémont, dans les années 1630 et 4631 , 
par le même auteur. 
In-4° de 20 + 21 ff. , papier ; écriture cursive italienne. 
N° 108. mb. Règles et tableaux pour établir soi-même un calen- 
drier hébreu, écrit en 1536 à Metz; anonyme. Cercles mobiles. Une 
note finale signale la réforme grégorienne de 1582; en raison de 
quoi, en 1603, le Gaon Zeqlin de Metz a établi un tableau de concor- 
dance nouvelle. 

In-4<> de 40 ff. , papier; écriture rabbinique. 
mb de 1465. Voir û^BTQ (n° 42). 

N° 4 7. trbinan aminEn» nribiTarr mb. Table des molad par grands 
cycles solaires (de 28 ans). Autour et en marge des tableaux, les ex- 
plications sur les règles du calendrier. 
In-4° de 4 ff., vélin ; écriture rabbinique ; encre rouge et noire. 
N° 226 (à la suite d'une édition des Psaumes, n° 4350). fiBJiBiïi b^b 
!m-i. Rituel de la soirée de Hoschana rabba, composé de plusieurs 
séries de Psaumes, coupées par des Pioutim, avec les formules N3?am 
et "insni. 
In-46 de 27 ff., papier; écriture carrée. 

N° 64. tnàhïBrt nsoa nawa pa* wp '-i -nm^ û^ipb. Extraits d'Ibn 
Djanah, copiés par S. D. Luzzatto sur les D^ïJlpb de R. Daniel, pour 
servir de commentaire sur les livres d'ibn Ezra et de Ralbag. 
In-4° de 5ft\, papier; écriture rabbinique italienne. 
N°4 8. snpbvi N-Dtt -nsiO» n»sa. Fragments d'une introduction 
au Yalkout, concernant le Deutéronome, xi, 26-29, ou la bénédic- 
tion au mont Garizim et la malédiction au mont Ebal, avec com- 
mentaire; anonyme. Volume offert à S. D. Luzzatto par un de ses 
élèves, Joseph Gohn Zédek, de Lemberg, l'an 598 (1838). 

In-12 de 4 7 ff. (les ff. 4 à 13 et le f. 17 en blanc), papier ; écriture 
cursive italienne. 

N° 20. W m biann mnttKfc-. Polémique contre le christianisme; 
anonyme. 

Dans l'Appendice ci-après, on trouvera deux textes italiens, tirés 
de ce ms. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

In-4° de 61 ff. (numérotés en haut à droite, en commençant au 
dernier f., et en bas à gauche correctement); papier; écriture cur- 
sive italienne. 

N° 109. û^yil) Ni 273 'o. Introduction aux ouvrages cabbalistiques 
de Hayyim Vital. Copie faite sur le ms. criginal par Ascher Pa- 
pours de Jérusalem. Défectueux à la fin (imprimé à Goritz, en 1783, 
in-4°) . 

In-4° de 182 fi., papier; écriture judéo-allemande. 

N° 194. ttbAtt. Meguilla du Pourim de Saragosse. Copie envoyée le 
J mai 1901 par Gabriel Arié, de Smyrne, sur l'original apportée 
Smyrne par des familles juives venues de la Morée. 

In-4° de 4 pp. ; papier ; écriture carrée. 

N° 44. û^-ino nb}?2. Supercommentaire sur le commentaire d'Abra- 
ham ibn-Ezra sur le Pentateuque, par Samuel Motot iils de Saadia, 
avec un commentaire sur Ibn-Ezra par Joseph ibn-Caspi. A la fin, 
un poème en dix distiques, ayant pour refrain les mots Vab» Nb *o, 
accompagné d'une transcription légèrement différente du même mor- 
ceau par S. D. Luzzatto. — Dans la liste des mss. de ce dernier, c'est 
le n° 55. Voir ses Lettres, édit. Grâber, lettre 406. 

In-4° de 90 ff., papier; écriture cursive italienne. 

m batt (Cantique, Lamentations, Esther). Voir irnooft (n° 11), et cf. 
ci-après mbao iiîbtt) (n° 163). 

-PN72 "i D^nn 'o nb}£. Voir w^ba 'n ^pnc VIII (n° 178). 

N° 77. û!"H2K p73. 1° Dialogue sur la religion entre Juifs et chré- 
tiens, 2° controverses avec les Mahométans, par Abraham Farissol. 
Copié par Samuel y>72n l'an 5391 (1631). 

In-4° de 93 ff., vélin; écriture rabbinique. 

Autre exemplaire : petit-fol., de 84 ff., papier; écriture italienne. 
Biblioth. « S. S. » (Senior Sachs?). 

N° 78. IT^it lu 1 *» ïT-ïia N3N «THE. Midrasch sur Esther. Volume 
copié sur deux mss.,1° le ms. Additional 15402 du British Muséum, 
2° un ms. du Jews Collège à Londres, en 1878, par Léon Schloss- 
berg; il offre des variantes intéressantes. Ce Midrasch est imprimé 
dans le Beth ha- Midrasch de Jellinek (I, p. 1 et suiv.), et la présente 
copie a de nombreuses corrections au crayon faites d'après cette 
édition. 

In-4° de 41 ff., papier; écriture judéo-allemande. 

rm tûTtta. Voir m-neoii m»iû VI (n° 55). 

M. SCHWA.B. 

(A suivre.) 



LES JUIFS DANS LA REPUBLIQUE DE SAN-MARIN 

DU XIV e AU XVII e SIÈCLES 

(suite et fin M 



LVIII. 

S. Marin, 7 octobre 1554. 

Délibération du Souverain Conseil. 

Die 7octobris 1554. 

Del costituire uno procuratore in nome del comune che vadi in 
Àncona et in nome del comune reeerchi li heredj di salamone buona- 
uentura Hebrej gia bancherj quj in sanmarino che infra uno certo 
termino da prefigersi debbano venire a fare il bancho quj o uero re- 
nuntino le loro ragione altramente si li protesti chel detto comune 
ne pigliara uno loro non obstante alcuni loro ordinj 

Sopra il mandar in Ancona constituirno in sindioo e procuratore 
atmarino de andrea..... 

(Arch. gov. Atti del Cons. Princ. b. B. 4, c. 125 r.) 

LIX. 

S. Marin, 13 décembre 1554. 

Délibérations du Souverain Conseil. 

Die 13 decembris1554. 

Del condur uno Hebreo in banchero quj et se deue mandar uno 
in ancona a recerchare al banchero gia che soleua tenere qui... 

Del Hebreo che si mandi e scriua al Gouernatore di Ancona, che 
operj chel detto hebreo [venga] a fare detto banco o vero dia licentia 
al comune che proueda de unaltro. 

(Arch. gov. b. B. 4, c. 125.) 

1. Voir t. XL VIII, p. 241. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

LX. 

S. Marin, 20 avril 1555. 
Die 20 aprilis 1555. 

... 2 — et quanto si habbia da far che il Giudeo ricerca la risolu- 
tione di quanto gia lj fu parlato di uenire quivj. — 

(Arch. Gov. b. B. 4, c. 137,) 

LXI. 

Rimini, 4 octobre 1556. 

Le juif Musetto de Recanati écrit aux Capitaines-régents au sujet 
des intérêts permis aux étrangers dans l'Etat de S. Marin. 

(Arch. gov. Gart. alla Regg. 1556.) 

t LXII. 

S. Marin, 27 décembre 1557. 

Délibérations du Souverain Conseil. 

Die 27 decembris 1557. 

De la prouisione da farsi sopra li hebrej babitantj et da habitare 
per lauenire in questo luoco. . . 

De li Hebrej fu data tutta 1 autorita allj capitanj et consiglio de li 
dodicj a prouedere e rimediare como a loro pareranno espediente 
alla salute del comune e pace e quiète. 

(Arch. gov. b. B. 4, c. 211 r.) 

LXIII. 

San Marin, 2 janvier 1558. 

Délibérations du Souverain Conseil. 

Die 2 a Januarij 1558. 

Del hebreo che ha el bancho qui che costi da Riminj sono comparsi 

a fare se per vigore di certe sententie date in Riminj contra di 

lui 

...Sopra le cose del Hebreo ellessero Bartolomeo belluzzo M. Gioi 
Ant° lunardello ser Inocentio brancuto ser Ant° de p° Girolamo Gia- 
nino ser anlonio brancuto et ser senibaldo che insieme con li signori 
capitanj prouedano consiglino o remedeno aile cose precennate per 
interesse del comune ed di lo hebreo secondo occoreranno alla gior- 
nata... 

(Arch. gov. Atti del Cons. Princ, b. B. 4, c. 212.) 

LXIV. 

S. Mariu. 3 janvier 1558. 

Sopra lo hebreo. 

Die 3 a Juanarij 4558. 

Item fu concluso che musetto hebreo quai tene bancho e presta con 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 91 

pegnj o altro modo in sanmarino : che si per caso gia da li hominj 
deputatj a condurre uno banchere in detta terra li fasse stato pro- 
messo o data parola chel potesse prestare in modo alcuno non altrj 
mentj informatj de li ordinj de la sede appostolica in che hora si li 
notifichi che detto conseglio non intende preterir li ordinj de la sede 
apostolica intorno a dettj ordinj del prestare, et sopra questo si cosa 
alcuna li fusse stata promessa o dato parole... .. se reuocano et per 
reuocato hauere uogliano, et pronuntiano. Et ellessero ser Antonio 
tosino et ser Inocentio brancuto che debbano chiamare lo hebreo et 
in timarlj tutte le predette cose e poj referire a detto conseglio e s 1 ' 
capitanj 

LXV. 

S. Marin, 5 janvier 1558. 

Convention verbale entre le juif Musetto et les Députés 
de la Régence. 

Die 5 Januarij 1558. 

Li predetti s 1 " Antonio et s r Inocentio deputatj fecero chiamare detto 
Musetto hebreo banchere in la casa del comune del pianello. Et ad 
esso personalmente notificorno tutto quello che si era resoluto in con- 
seglio et che esso hebreo non potesse ne deuesse in prestare con pe- 
gnio ne senza pegnio si non quanto li e concesso da la sede apposto- 
lica et che perconto alcuno non intendono tollerare altrimenti et si 
cosa alcuna li fusse stato permesso contra dicta concessione de la 
sede apostolica et nunc reuocano et pro reuocata hauerlo pronut- 
tiano. 

Il quai Musetto rispose volere tare quanto piace a detta comunita 
et osseruare quanto il era stato intimato 

(Arch. gov. Atti. del Cons. Princ, b. B. 4, c. 212.) 

LXVI. 

S. Marin, 3 «mars 1558. 

Délibérations du Souverain Conseil. 

Die 3 Martij 1558. 

De li trauaglj del Hebreo che tene banco in san Marino molestato 

da diuerse persone 

Sopra le cose del hebreo che li huominj gia deputati prouedano 

loro. 

(Arch. gov. Atti del Cons. Princ, b. A. 4 ; c. 215 r.Y 

LXVII. 

S. Marin, 25 avril 1558. 

Élection d'un Comité qui s'occupe des a ff aires « del Hebreo ». 

Die 25 Aprilis 1558. 

...Sopra le cose del Hebreo fu elletti quatrj hominj cio e m. p° 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

paulo bonello, ser Vincentio Gombertino, ser Antonio Tontino ser 
Innocentio Brancuto li quali habino d'acordare et acomodare detto 
hebreo al présente ...... 

(Arch. gov. Atti del Cons. Princ, b. B. 4, c. 118 r.) 

LXVIII. 

S. Marin, 8 novembre 1558. 

Délibération du Souverain Conseil. 
Die octaua mensis nouembris 1558. . . 

...Item fu proposto per li detli S r > Capni de le cose de Musetto 
hebreo banchero de San Marino. 

(Arch. gov. Atti del Cons. Princ, b. B. 4, c. 234 r.) 

LXIX. 

Rome, 4 juin 1559. 

Anastasio Tenerucci et Pier Paolo Bonelli écrivent aux Capitaines- 
régents au sujet d'une affaire d'indemnité réclamée par un pauvre Juif. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1559.) 

LXX. 

Rome, 11 juin 1559. 

Pier Paolo Bonelli s'occupe encore, en écrivant aux Capitaines- 
régents, du pauvre juif « Mosetto » et cite à ce sujet l'autorité de 
Maestro Anastasio Tenerucci. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1559.) 

LXXI. 

S. Marin, 24 novembre 1560. 

Délibération du Souverain Conseil. 

Adi 24 nouembre 1560. 

Item che per pagare il signor Podesta et restituire li dinarj a Mu- 
sette hebreo se ne pigli doue nesonno et che si facci pagare le con- 
demnationi alli condemnati et le compositioni alli composti nel libro 
del camerlengo et si facci li conti de maestro Cesare depositario de la 
fabrica per li deputati et che li dinari si ritroua hauere in mano si 
diano in mano al Camerlengo accio possi pagare il signor Podesta et 
altrj creditori a la Comunita. .. 

(Arch. gov. Atti del Cons. Princ, b. C. 5, c. 51 r.) 

LXXII. 

S. Marin, 31 décembre 1560. 

Comparition du juif Musetto d la séance du Souverain Conseil. 

Adi 31 di décembre 1560. 

Comparse in detto conseglio Musetto Ebreo banchiero di sanma- 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 93 

rino e disse esser stato qui gia qualchi anni et che uorrà sapere se la 

comunità si volesse seruire più di lui, et con quali capitoli e condi- 

tioni. . . 

(Arch. gov. Atti del Cons. Priuc, b. C. 5, c. 53 r.) 

LXXIII. 

S. Marin, 13 janvier 1561. 
Adi 13 di genaro 1561. 

Item che era comparse- nel conseglio Musetto Ebreo Banchiere di 
sanmarino el quale addimandaua di uoler sapere se per l'auuenire 
haueua più da seruire la nostra communità, o nô, et con che modo, e 
capitoli, il che medesimamente era stato rimesso al detlo conseglio. 

[Ibid., c. 55 r.) 

LXXIV. 

S. Marin, 27, mars 1561. 

Appointement du juif Musetto comme banquier de la République. 

Adi 27 di marzo1561. 

Gonuocatj et chohadunatj de comissione et mandato del supra 
detto S or Cap pierleone de fabitio in casa del habitatione del Mag Cj et 
egregio messer Inocenzio de cagli honorando signor podesta de la 
terra di san marino li infrascriptj hominj elletj dal gênerai conseglio 
de li LX a riformare et afare nouj capitoli et conuentione cum mu- 
setto hebreo da racanati banchiere al présente di San Marino cioe ser 
euangelista sabatino ser Vincentio gombertino messer Claudio Bel- 
luzi Francesco di s. Sebastiaao Corne di taie elletione ne consta nel 
présente libro per mano di me noctaro infrascripto fu proposto dal 
detto s or capitano che era tempo di licentiare o uero refermare detto 
musetto ma che era meglio refermarlo quando uolesse stare et im- 
prestare per il douere et pagare datio coaueniente et che li pareua 
bene si mandasse per detto musetto et se intendesse quel tanto uo- 
leua fare et cosi fu di comune consenso di tuttj mandato per detto 
musetto il quele a detto signor podesta capitano et hominj presento 
una patente del reverendissimo Camerlengo nella quai li era tollerato 
che potesse imprestare a vintj per cento tanto con pignio quanto 
senza pegno et che adomandaua di potere imprestare nel modo li era 
tollerato in detta patente o uero bolla et che pagaria il datio che fussi 
honesto confermandoli nel resto li capitoli che altre uolte gli erano 
stati concessi à luj mentre che non ci poteua stare et che si troueria 
in altro luoco. 

Il che essendo stato discusso et maturamente considerato da li 
prefati signori et hominj fu concluso et ordinato da tuttj loro che 
detto musetto si refermasse et fu refermato con tolerarli quel tanto 
li toléra la santa Romana Chiesia Cioe che possi imprestare a vinti 
per cento tanto a terrierj quanto a forestierj tanto con pegno quanto 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

senza pegno pagando pero di datio alla Gomunita di San Marino o 
uero al suo Camerlengo liuere sesanta di dinarj per ciascheduno 
anno arequisitioue de li siguori Capitani secondo il tempo corera 
incomiuciaudo al di primo de april 1561 et comissero a mi Vicenzo 
gombertinj li facessi li soi capitoli per quel tempo li pareua aluj con 
li sopradettj pattj et conuentionj et altri si contengono nellj soi Capi- 
toli altre uolte fattolj. 

(Arch. gov., b. C. 5, c. 65.) 

LXXV. 

Pesaro, 3 janvier 1568. 

Le duc d'Urbin écrit aux Capitaines-régents au sujet du signe 
distinclif obligatoire pour les Juifs et de son opinion que l'Évêque 
(de Montefeltro) admette le même signe en usage dans l'État d'Urbin. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1568.) 

LXXVI. 

Pesaro, 4 février 1568. 

Le duc d'Urbin informe les Capitaines-régents qu'il a obtenu de 
Tévêque de Montefeltro la concession que les Juifs de S. Marin se 
servent du même signe qui est en usage dans l'État d'Urbin. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1568.) 



LXXVII. 

S. Marin, 29 avril 1601. 

Décret à l'égard des Juifs Salvator et Amédée, banquiers 
à S- Marin. 

In Causa Hebreorum per fiscum contra eos mota, ex eo quod nul- 
lum signum gestabant, quod eos a Christianis distingueret, ut def- 
ferre tenebant. Decreuerunt, et ordinauerunt quod Hebrei predicti 
ex ista omissione in preteritum soluant fîsco nomine poene scuta 
decem auri. Declarando, quod in futurum Hebrei omues, maiores 
infantiae hic moram trahentes, uel se per maius spatium unius diei 
detinentes teneant deffere signum glauci coloris assutum, tam in et 
super Pallijs, ac etiam in alijs vestimentis sub Pallio, siue sagum, 
siue diploidam defferant in loco patenti à latere, et non sub aliqua 
plica Pallij ; et hoc sub peua scutorum duorum auri pro quolibet et 
qualibet uice, qua vale signum prout supra non defferre reperli fue- 
rint, et ita decreuerunt et ordinauerunt. . . 

Fuit notificatum dictum Decretum Amadeo, et Saluatori Hebreis 
nummularijs terre S. Marini. 

Die 29 aprilis 160L 



LES JUIFS DANS LA REPUBLIQUE DE SAN-MARIN 95 

Fuit confirmatum dictum decretum ut iu Lib : Propositaruoi fol. 
\ 1 4 sub Rog : D : Sebastiani Honofrij . 

Ex lib : j Propositar : fol. 124 sub die 21 Juuij 1594. Rog : D. Jo. 
Fontei de [. . .] 

(Arch. Gov. b. 29, c. 8 r.) 

LXXVIII. 

S. Marin, 17 nov. 1608. 

Notification aux débiteurs des fils et héritiers de feu Salomon, juif 
de Recanati et banquier de la République de St. Marin. 

(Arch. Gov. b. 73, Bandi.) 

LXXIX. 

Rome, .... 1603. 

Copie d'un càirograpâe du Pape Clément VIII, moyennant lequel la Ré- 
publique de S. Marin est autorisée à jouir des avantages d'un « banco > 
juif. 

... Possi esercitarsi, et ritenersi aperto publicamente in detta 
Terra di S, Marino un Banco d'Hebrei, corne in Roma, e nella nostra 
città d'Ancona liberamente senza incorso di pena alcuna, impedi- 
mento, o altra licenza. . . 

(Arch. Gov. b. Gozi, c. 36, n. X.) 

LXXX. 

S. Marin, 17 novembre 1610. 

Notiticatious aux débiteurs du banquier juif Ercole Ariete, de S. 

Marin. 

(Arch. Gov. b. 73, Bandi.) 

LXXXI. 

S. Marin, 23 octobre 1613. 

Notification aux débiteurs du banquier Isaac, Juif. 

(Arch. Gov. b. 73. Bandi.) 

LXXII. 

S. Marin, 19 novembre 1614. 

Notification par les Capitaines-régents aux débiteurs du banquier 
lsaac et autres. 

D'ordine dell' Ill mi ss ri Gap* délia Rep a San Marino et ad Instantia di 
Isach del quondam Saluatore hebreo Banchiere ed altri. 
Si notiffica à tutti quelli che hanno pegni al banco di Isach lus- 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tante impegnati da doi anni in qua cioè ; terrieri, et da dicedotto 
niesi in qua ; forastieri debbano fra termine di doi mesi d'incomin- 
ciarsi dal présente giorno andare à riscoterli, altrimente dicti lor 
pegni seranno persi et recaderanno al dicto Banchiere conforme alli 
capituli et se ue fosse persona alcuna che uolesse uedere se ui ê 
suoi pegni uaga a trouare il Gancelliere del banco che li mostrera la 
lista dateli di dicti pegni da dicto hebreo. 

Datato de) Palazzo questo di 19 novembre 1614. 

Francesco de Pierfrancisci Cancelliero. 

(Arch. Gov. b. 73, Bandi.) 

LXXXIÎI. 

S. Marin, 3 novembre 1652. 

Décret qui exempte des taxes les banquiers juifs de S. Marin. 

Fû parimente ordinato, che gli Hebrei Banchieri, che saranno pro 
tempore da qui auanti debbano far li bolettini a tutti quelli, che im- 
pegnaranno sotto pêne di scudi diece ciascheduna uolta che trasgre- 
diranno : E che tutti gli Hebrei dà doi Anni in su paghino la solita 
risposta al Publico non ostante qualsiuoglia priuilegio, e che sijno 
esenti solamente li Banchieri, lor famiglia attuale, e quelli che di 
continuo stanno alla Lor Tauola. 

(Arch. Gov. Ex cod : Libro (propositarum) fol. 162 
rogitu D. Octauij gianini sub die 3 Nouem- 
bris 1652.) 

LXXXIV. 

S. Marin, 27 février 1653. 

Enregistrement d'un décret du Souverain Conseil, d'ordre des Capitaines- 
régents. 

D'ordine degli 111™ Ss» Capitani in essecutione del Decreto dell' 
Ill m0 General Gonsiglio Principe, Fû fatto precetto a Daniel Gagli e 
Gompagni Hebrei banchieri, che uisto il présente ; e doppo l'essecu- 
tione non habbino ardire, ne presumino sotto qualsiuoglia pretesto 
far pegni di ueruna sorte tanto à terrieri, quanto ad altri sudditi, e 
forastieri, senza farli il bolettino nel quale sia notato la quantita del 
denaro, qualita, equantita délia roba, che sempegna egiorno, mese, 
et Anno et nonosiante che il tutto habbino registrato al libro del 
Banco, sotto pêne di scudi diece per ciascheduno, e a ciascheduna 
uolta, e ciaschedun Bolettino (sia) d'applicarsi alla Caméra Illustris- 
sima, eciô senz'altra requisitoria, e citatione, uolendo che il tutto 
s'habbi qui per espretio. In fede. 

Datj in S. Marino li 27 febraro 1653. 

Lorenzo Scaglioni Cancelliere. 

(Arch. Gov. b. 29, c. 37.) 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 97 

LXXXV. 

Cinq lettres non datées. 

a. 

Le moine Giov. Antonio di Lugo écrit aux Capitaines-régents au 
sujet d'un crédit du Juif Isepo (xv e siècle). 



L'évêque de Forli recommande aux Capitaines-régents le Juif Be- 
nedicto, prisonnier à S. Marin (Forli, 24 mai 14... (82?) 



Le Gonfaloniere et le Priore de la ville de Fano écrivent aux Capi- 
taines-régents au sujet d'un Giacomino, tailleur de Fano, qui a volé 
et donné comme gages au Juif Léon de Fossombrone certains vête- 
ments appartenant à Don Giovanni, porteur de la lettre, qui de* 
mande justice (xv e siècle). 

d. 

Giovanni da Montone se plaint aux Capitaines-régents de ce que lui 
et le Juif Musetto ont été insultés et menacés par les habitants du 
Borgo (xv e siècle). 



Francesco de* Prefettù Podestà du Montefeltro, renseigne les Capitaines- 
récents sur un complot organisé par le Juif Saul (XV e siècle). 

Spectabiles et egregij viri patres venerabiles. Auisoue cbio ho 
sentito depiu luochi chelsecerca de fare contra de uoi per uia de 
tractate delquale saul giudeo ne e capo et guida, elquale me e dicto 
ha la casa in luocho chel suo catiuo pensiero elporria mandare aesse- 
cutione. Et per questo ue prego uoliate prouedere per modo uoi ue 
rendiate salui. Et se per me sepo fare cosa de uostro piacere coman- 
dateme chio el faro debona uoglia, Racomandome a noi. 

In montecerignone die octaua Aprelis. 

Francescho de prefecti potesta de montefeltro. 

(Au verso.) Spectabilibus viris Capitanis Consiliaribus terre sancti 
Marinj patribus honorandis, etc. 

Arch. gov. Cart. alla Regg. lett. s. u. t.) 



T. XLIX, n° 97. 



LETTRES DE MENASSEH BEN ISRAËL 

À ISAAC VOSSIUS 

(1651-1655) 



Fils de Portugais, rabbin en Hollande, auteur d'ouvrages en 
hébreu, en latin, en portugais et en espagnol, ami plus ou moins 
intime d'artistes tels que Rembrandt et de savants tels que Hugo 
Grotius et Daniel Pin et, chargé de mission par les Juifs auprès du 
protecteur Cronrwell, Menasseh ben Israël est une personnalité 
d'un intérêt universel. 

Au cosmopolitisme de ses œuvres, il joint celui de sa naissance, 
car il vint au monde en France, à La Rochelle l , pendant le sé- 
jour, — d'ailleurs très passager, — qu'y firent ses parents, fuyant 
l'Inquisition de Portugal. 

Je ne me propose pas de donner ici la biographie de Menasseh 
ben Israël 2 , mais je crois nécessaire de fournir quelques renseigne- 
ments pour l'intelligence des documents qui vont être reproduits. 

1 Archives de la ville d'Amsterdam, D. T. en B. 669, f° 95 vo : Acte de mariage 
de Menasseh hen Israël, du 15 août 162.3. 

2 On consultera avec profit les ouvrages suivants : — Vie de M. b. Isr. dans la 
traduction de son De Termino Vitœ, publiée par Tho. Pocock, sous le titre : Ofthe 
terni ofthe Life (London, 1699, in-12 ; 1700 et 1709, -8») ; — Jo. Christoph Wolf, 
Bibliotheca hebrœa, t. III, p. 703-710, et IV, pp. 901-903 (Hambourg, 1715-1733, 
4°); — D. Barbosa Macbado, Bibliotheca lusitana, t. III, pp. 457-459 (Lisboa, 
1741-1759, in-l°) ; — Rodriguez de Castro, Bibliotheca Bspanola, t. 1, pp. 550-560 
(Madrid, 1781, (°) ; — A.-J.van lier Aa, Bibliographisch woordenboek der Nederland, 
t. Xll, pp. 121-1'-.') Haarienr, 1832-70, 8°), à utiliser avec précaution ; — M. Kay- 
serling, Menasse ben Israël (Berlin, 1861, 8°), c'est ce qu'il y a encore de plus com- 
plet sur le sujet; — Sam. Back, Entstehungsgeschichte der portug. Gemeinde in Am- 
sterdam und R. Menasse ben Israël (Frank!', a. M., 1883, in-8° de 19 pp.), plaquette 
de vulgarisation ; — H. Adler, A homage to Menasseh ben Israël, pp. 25 et sq. du 1. 1 
(1893-4) des Transactions of the Jewiih Historical Society of England ; — J. M. Hil- 
lesum, Menasseh ben Israël, tirage à part de Amsterdamsche Jaarboekje voor 4899, 
in-8° de 29 pp. ; — Lucien Wolf, Menasseh ben Israel's Mission to Oliver Cromioell 
(London, 1901, in-4°), contenant la réimpression de diverses plaquettes de Menasseh 
ben Israël et une excellente introduction ; — etc., etc. 



LETTRES DE MENASSEH BEN ISKAEL 99 



I. — Les lettres de Menasseh. 

Notre rabbin fut en relations épistolaires avec un nombre con- 
sidérable de personnages, qui le consultaient volontiers sur des 
points d'exégèse. Il répondait assez hâtivement, toujours pressé 
par ses occupations et par ses embarras pécuniaires. 

Nous savons, par lui-même ?', qu'il avait mis en réserve « plus 
de trois cents lettres écrites à divers érudits, — mays de 500 
epistolas escritas a varios letrados. » 

Il nous apprend, en 1648, qu'il n'envoie pas moins de « quatre à 
six lettres par semaine », dont il n'a môme plus le temps de con- 
server des copies 2 . 

Or, de toute cette correspondance, il ne reste presque rien de 
connu. Si l'on défalque les dédicaces et préfaces, on cite à peine 
une quinzaine d'autres lettres, pour la plupart inédites. 

Celles que l'on trouvera plus loin ont été signalées aux érudits, 
il y a près de cent cinquante ans 3 . Depuis ce temps, l'attention, a 
été rappeléesur ces pièces, explicitement, par M. Steinschneider * f 
et, implicitement, par M. Kayserling 5 . Enfin, M. J.-M. Hille- 
sum, l'obligeant conservateur de la Bibliothèque Rosenthaliana 
à Amsterdam, a publié une traduction hollandaise 6 des deux 
premières lettres. 

Les originaux, en espagnol, — se trouvent à la bibliothèque des 
Remontrants d'Amsterdam ', dans la correspondance d'Isaac Vos- 



1 Thesouro dos dinim, préface de la dernière partie (Amsterdam, 5470 [pour 5407], 
in-8.). 

" l Lettre du 51 janvier 1648 faisant partie de la riche collection de M. E. N. Adler, 
de Londres, qui l'a publiée dans Jewish Quarterly Review, de juillet 1904, pp. 562 et 
suiv. — M. Adler a donné une traduction anglaise généralement bonne, mais que 
déparent quelques erreurs regrettables, provenant d'une mauvaise lecture d'un ou 
deux passages du texte espagnol. 

3 (Arckenholtz), Mémoires concernant la reine Christine de Suède, t. I, pp. 303-304 
(Amsterd. et Leipzig, 1751-60, in-4 # ). — Le passage concernant ces lettres se trouve 
1. 1, pp. 314-316 de l'édit. allem., Historische Merkmiïrdigkeiten die Koniginn Chris- 
tina von Schweden (Ibidem, même date, in-4°). 

4 Catalogus Ubrorum kebrœor, in Biblioth. Bodleiana, col. 1647-1648. 

5 Manasse ben Israël und die Kônigin Christina von Schioeden, Hebraische Biblio- 
graphie, Il (1859), p. 112. 

6 Loc. cit., pp. 19-25. 

7 Cette bibliothèque est déposée dans celle de l'Université d'Amsterdam, mais con- 
serve, m'a-t-on dit, son autonomie. La secte protestante de Remonstrants a compté 
parmi ses membres de Hollande des personnages très illustres. Il est regrettable que 
nous n'ayons encore, pour apprécier la richesse de ces collections, que l'espèce d'in- 
ventaire, paru, en 1877, sous le titre de Catalogus der Booken en Handschriften van 
de Bibliotheek der /iemonstrantsche Gemeente te Amsterdam, in-8*. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sius, sons la cote III, e. 9, n os 31, 37, 76 et 193. J'ai été autorisé à 
les confronter seulement avec la copie dont je me suis servi et qui 
provient d'un recueil conservé à la Bibliothèque de l'Université 
de Leyde 1 , sous le cote : 11 Burin, ms., f os 250, 254, 292 v° et 
362 v°. 

Le manuscrit de Leyde est d'une grande exactitude ; il était, 
sans doute, destiné à faire partie de la splendide publication de 
Burman 2 . 

Les lettres de Menasseh ben Israël présentent deux particula- 
rités caractéristiques : écriture très fine due à la myopie de leur 
auteur, dates généralement en portugais lorsque le texte même est 
en espagnol 3 . 

M. J.-M. Hillesum projetant de faire imprimer le texte des deux 
lettres dont il a publié la traduction hollandaise, je crois devoir, 
par bonne confraternité, me limiter à n'en produire qu'une analyse, 
d'ailleurs assez complète. Je donne le texte des deux autres pièces 
tout à fait inédites. 

Il me semble utile de présenter, au préalable, quelques notes et 
observations. 

1° Lettre du 40 janvier 4654 . — Menasseh annonce l'envoi à la 
reine Christine de vers espagnols et hébreux qu'il a composés en 
l'honneur de cette princesse. Il s'agit, sans doute, d'une plaquette 
qui ligure dans sa bibliographie, mais dont on ne connaît pas 
d'exemplaire, soit au British Muséum, soit à la Bibliothèque Natio- 
nale à Paris, soit à la Bibliothèque Montezinos au séminaire Por- 
tugais Ets Haim d'Amsterdam, D'après Fùrst * et d'après M. Kay- 
serling 3 , cette pièce, plus que rare, a pour titre : Oracion a 
Su Magestad la Reina de Suecia. 

Le Conciliador, — dont la fin parut en 1651, — ne fut jamais 
dédié à la reine Christine . 

Le « livre de grande valeur, traitant de l'immortalité de l'âme», 
que Menasseh proposait de dédier à Sa Majesté, est le nftvn -©o 
tr«n, in-4° imprimé à Amsterdam en Kislew 5412 (— 1651); il fut 
dédié à l'empereur Ferdinand III. 

1 On ne saurait trop louer ceux qui facilitent les recherches des travailleurs étran- 
gers : M. le D r P. Molhuijsen, conservateur des manuscrits à la Bibliothèque de 
Leyde, mérite, à cet égard, les plus grands éloges pour son affabilité et son obli- 
geance. 

2 Sylloges Epistolarum a viris illustribus scriptarum torni qulnque, collecti et digeiti 
per Petrum Burmanum (Leidœ, 1727, in-4°). 

3 C'est aussi le cas de la lettre publiée par M. Elkan N. Adler, dans laquelle on 
trouve : ultimo de jan[ei]ro pour : ultimo de enero ; je l'ai constaté sur l'original. 

* Bibliotheca Judaica, t. II, 355, où la pièce est dite : en portugais, ce qui est une 
erreur. 

5 Bibliotheca Espanola-portugueza-judaica^ p. 69. 



LETTRES DE MENASSEH BEN ISRAËL 101 

2° Lettre du 40 mars 4651 . — L'ouvrage, signalé par l'auteur 
même comme introuvable, a pour titre complet : De creatione pro- 
blemata XXX (Amstelodami, typis auctoris. 1635, pet. 8°). Les 
exemplaires n'en sont pas communs l , mais il y en a de plus rares 
encore et qui ont un titre 2 un peu différent : De creatione pro- 
blemata triginta (Amstelodami, J. Janssonius, 1636, pet. 8°). Je 
n'ai vu qu'un seul exemplaire de cette prétendue édition de 1636 3 , 
pour laquelle on a simplement réimprimé la page de titre. 

L'édition du Conciliador en un seul tome ne parut pas. 

L'Atlas auquel travailla notre rabbin est, je présume, une tra- 
duction partielle du Nieuwen Atlas ofte Werelt beschrijvinge. Le 
I er tome parut, en 1658 seulement, chez Joannes Janssonius, à 
Amsterdam. C'est une œuvre considérable, tant au point de vue 
matériel (9 vol. gr. in-f°), qu'au point de vue scientifique. Le nom 
de Menasseh ben Israël n'y figure pas, si je ne me trompe. C'était, 
pour lui, un labeur nécessité par le manque d'argent, sa situation 
étant alors très précaire . 

Aucun biographe de Menasseh ne paraît avoir su qu'il coopéra 
à la publication de Y Atlas. 

La Biblwtheca Rabbinica, la grande Bible en espagnol et l'édi- 
tion du Talmud restèrent à l'état de projets. 

Menasseh se plaint d'avoir perdu sa fortune au Brésil et en 
Pologne. 

L'affaire du Brésil remontait loin, comme on va le constater. 

Au mois de mars 1639, Menasseh était hakam de Neve Salom, 
synagogue qui allait disparaître, quelques jours après, dans l'union 
des trois kehiloth d'Amsterdam. 11 recevait des honoraires annuels 
de 200 florins 4 , et devait, par suite de la fusion des synagogues, se 
trouver réduit à 150 florins 5 . Il prit ses mesures en conséquence. 

1 J'en ai eu trois exemplaires entre les mains : Collection Israël Solomons, à 
Londres; Bibliothèque Montezinos au Sémin. Portugais Ets Haim d'Amsterdam, 22. 
J. 65 ; British Muséum, 697. b. 24. 

* Le nombre 30 y est en lettres et non en chiffres. 

3 Bibliothèque Rosenthaliana à Amsterdam, 31, H. 20. — M. le baron de Rosen- 
thal, consul de Portugal à Amsterdam, fils du fondateur de cette importante collection 
judaïque, donne un bel exemple de générosité et d'amour des lettres : après avoir 
offert sa bibliothèque à l'Université d'Amsterdam, il continue à l'enrichir, chaque jour, 
par de nombreuses et coûteuses acquisitions. 

. k Archives de la Communauté portugaise d'Amsterdam: Neve Salom {comptes des 
G ibaym de 5576 â 5599), comptes de 5394 : Por selario ao Kakaô Menase benYs- 
rael, deste anno, tl. 200. — Qu'il me soit permis de témoigner ici mon extrême gra- 
titude envers M. J. Vita Israël, à qui je suis redevable d'avoir pu consulter ces ar- 
chives, pendant sa présidence du Mahamad. Je remercie également pour sa grande 
obligeance, le sympathique secrétaire en chef, M. J. Mendes da Costa. 

5 D. H. de Castro, De synagoque der Portug.-hraeUet. Gemeente te Amsterdam, 
p. 15 (Amsterd., 1875, in-8°). 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans une sorte de lettre-postface à Beverovicius 4 , il s'exprime 
ainsi : 

« Comme les salaires de notre synagogue ne sont pas du tout bril- 
lants, j'ai envoyé mon frère Ephraïm Soeiro au Brésil, pour [voir] si, 
grâce à des opérations commerciales, quelque étincelle de meilleure 
fortune vient, par hasard, à briller, afin que je puisse me livrer plus 
librement aux études religieuses. » 

L'étincelle ne brilla pas : les affaires du Brésil entraînèrent la 
ruine de Menasseh et celle de beaucoup d'autres Juifs d'Amster- 
dam. Les communautés Israélites du Brésil disparurent même, à 
la reprise de ce pays par les Portugais. 

3° Lettre du 2 février i632. — Il y a lieu de rappeler que le 
Conciliador ne fut pas réédité à cette époque. 

Le livre sur l'Immortalité de l'âme, ou D^n ntttz» 'û, ne possède 
presque jamais la dédicace à l'Empereur. Quant à l'argument en 
latin, c'est une rareté bibliographique; il est intitulé : Argumentum 
operis De animœ immortalitate, 8 pp. in-4°, sans lieu ni date 5 . 

Le b&niz^ mptt Hoc est, Spes IsraelU (Amstelodami, 1650, pet. 8°) 
fut, en effet, traduit en anglais dès son apparition 3 . Une seconde 
édition fut publiée peu de temps après 4 . Cet ouvrage suscita de 
très intéressantes polémiques. 

4° Lettre du 8 février 165Ô. — On sera peut-être étonné de 
voir un tel écart de dates entre la troisième lettre et la quatrième. 
Cela s'explique par le fait qu'Isaac Vossius alla en Hollande en 
1652 et qu'il y resta presque jusqu'à la fin de 1653; survint ensuite 
l'abdication de Christine de Suède. 

D'autre part, on sait, par une lettre du même Vossius 5 , que Sa 
Majesté n'avait pas encore reçu, en 1654, certains livres envoyés 



1 De termino mt#, pp. 236-237 (Amstelod,, 1639, in-12). « Quia vero stipendia 
nostrœ synagogse non admodum sunt luculenta, fratrem Ephraim Soeiro in Brasiliam 
misi, si forte per eum ex nlercatura melior quajdam facula illucescat, ut liberius divi- 
nis literis incumbere queam. » 

* J'ai examiné un exemplaire du British Muséum, 525, 1. 14(5). 

3 The hope of Israël : loritten by Menasseh ben Israël, an Hebrew divine and philo- 
sopher. Newly extant y and printed at Amsterdam, and dedicatcd by the Author to the 
High Court the Parliament of Snyland, and to the Concell of State. Travslated into 
Eriglish, and pnbhshed by Authority (London, by K. I., for Hannah Allen, 1650, 
pet. in-8 ). — Coté 701. a. 34, au British Muséum. 

* The hope of Israël... Whereunto are added Some Discourses upon the point ofthe 
conversion of the Jewes. By Moses Wall, The second édition (London, K. I., 1651, i >. 
Coté E. 650(1), au Biiiish Muséum. — Il existe des exemplaires (Brit. Mus. 482, 
b. 3) avec la date de 16;i'2. 

5 Pétri Burmani Sylloges Epistolarum, t. III, pp. 676-677 : Isaac Vossius, Nicolao 
Heinsio. 



LETTRES DE MENASSEH BEN ISRAËL 103 

par Menasseh ben Israël. Cela justifie, en partie, le peu d'empres- 
sement que l'on mit à payer notre rabbin. 

Le commentaire de la Bible, annoncé par Menasseh, est resté 
inédit. 

Son voyage à Anvers eut lieu après le 12 août 1654, date de 
l'arrivée delà reine de Suède dans cette ville *. Il s'y trouvait alors 
une colonie assez importante de Juifs Portugais, qui, vu la rigueur 
des lois, vivaient officiellement comme catholiques, mais qui ve- 
naient se marier judaïquement en Hollande et même s'y faire cir- 
concire, ainsi que je l'ai constaté aux archives d'Anvers et d'Ams- 
terdam*. 



IL — Les correspondants de Menasseh. 

Il me reste à dire quelques mots des personnages cités dans les 
lettres ou à propos des lettres de Menasseh ben Israël. 

1° Isaac Vossius, fils de Gérard de Vos, appartenait à une famille 
dont presque tous les membres furent de grands érudits 3 . 11 naquit 
à Leyde en 1618, voyagea en France et en Italie à la recherche de 
manuscrits, fut bibliothécaire de la ville d'Amsterdam, professeur 
de grec et bibliothécaire de la reine Christine (1649), pensionnaire 
du roi de France (1663). Il mourut à Londres, le 21 février 1689. 
Il était humaniste, controversiste, géographe et exégète. Sa biblio- 
thèque fait partie de celle de l'Université de Leyde. Sa correspon- 
dance est conservée à la Bibliothèque des Remontrants d'Ams- 
terdam. 

En avril 5415 (== 1655), Menasseh ben Israël dédia à Isaac Vos- 
sius un de ses ouvrages, illustré par Rembrandt 4 . 

1 Arckenholtz, loc. cit., t. I, p. 453. — La Reine descendit chez le Juif Gérard 
Salian, de même qu'elle demeura chez son agent, le Juif portugais Teixeira, pendant 
son séjour à Hambourg, en juillet 1654 (ibid.^ t. I, p. 450). La maison d'Abraham 
Senior Teixeira était, d'ailleurs, la propriété de la Reine, ainsi qu'on peut le constater 
par un passage du testament de Sarah Teixeira d'Andrade, veuve du dit Abra- 
ham. — Ce testament (en portugais) est actuellement au pouvoir de M. Teixeira 
d'Andrade, avocat à Amsterdam et trésorier de Ets Haïm, qui a bien voulu me le 
communiquer. 

a Sur les conseils de M. Kayserling et grâce à l'appui de M. le grand-rabbin 
A. Bloch et de M. F. Philippson, de Bruxelles, j'ai pu recueillir de très curieux 
renseignements sur le Judaïsme secret en Belgique au xvn e siècle. Ce sera l'objet 
d'une prochaine publication. 

1 Le Catalogtis der Boeken en Handschr . van de Biblioth. der Bemonstr. Grem. tt 
Amsterdam contient, à la fin, un bon tableau généalogique : Vussiorum et Juniorum 
stemma. La mère d'Isaac Vossius était de la famille Junius. 

k TVyp** *pî8 Pieder gloriosa o de la estatua de Nebuchadnesar (Amsterdam, 5415, 
in- 12). 



104 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2° Michel Le Blon, que Menasseh chargea de ses livres pour la 
Suède, fut un graveur de quelque mérite et un ciseleur remar- 
quable. Il était né à Francfort-sur-le-Mein, vers 1590, et mourut à 
Amsterdam en 1656. On connaît de lui une centaine de planches et 
de ciselures ». 

3° Jean Adler Salvius, qui avait étudié le droit, la théologie et 
la médecine, fut l'un des plénipotentiaires de la Suède au congrès 
de Westphalie. Arckenholtz 2 donne de curieux renseignements 
sur cet homme politique. En 1638, David Cohen de Lara lui dédia 
son TTi TO. 

4* Beverovicius ou, plutôt, Jan van Beverwijck était un des 
meilleurs amis de Menasseh, qui écrivit pour lui un de ses livres 3 . 
Né à Dordrecht, le 11 novembre 1594, Beverwijck étudia dans les 
universités de Leyde, de Montpellier et de Padoue ; il était doc- 
teur en médecine. Il prit une part importante dans l'administra- 
tion de sa ville natale, où il mourut le 16 janvier 164'/. Le savant 
Daniel Heinsius rédigea, pour lui, une épitaphe curieuse que 
terminent ces vers : 

Scriptis superstes ipse post mortem sibi, 
Dordrechti Apollo et sEsculapius jacet 4 . 

La vérité m'oblige à constater cependant que ses écrits n'ont pas 
une très grande importance 5 . 



III. — Analyse de la première lettre de Menasseh ben Israël . 

Il a été si vivement frappé par le caractère grandiose du portrait 
de la Reine (Christine) qu'il a écrit, pour Sa Majesté, quelques vers 
espagnols et « un sonnet hébraïque des plus élégants ». L'une des 
beautés de ce sonnet consiste dans le rapprochement des mots nuîp 
arc, et nûp plume applicable « à cette princesse, uuique au monde, 
« qui tient, dans la main droite, un arc très heureux, en sa qualité de 
« reine, et qui a une plume, dans la main gauche, en sa qualité de 
« grande savante 7 ». 

1 Ch. Le Blanc, Manuel de l'Amateur d'estampes, t. Il, p. 517 (Paris, 1888-1890, 
8°), v» Le Blond, orthographe qui n'était pas celle de l'artiste. 

* Loc. cit., t. I, passim. 

3 De termino vitœ. Amstelodami, 1639, in-12. 

k Se survivant à soi-même par ses écrits, ci-gît l'Apollon et FEsculape de Dor- 
drecht. » 

5 L'original est in-4° de 2 IL de 235 mm. x 163. 11 commence : La i'ama que res- 
poude. . . — Le destinataire Vossius était à Stockholm. 

« Cf. Var der Aa, Biogr. Woordenb. der Nederl., 11, pp. 500-502. 

7 Je ne voudrais pas manquer de respect à la mémoire de Menasseh ben Israël, 



LETTRES DE MENASSEH BEN ISRAËL 405 

Il a remis des exemplaires de cette œuvre à « Michael le Blum '», 
son « ami »; l'un est pour le vice-chaacelier Salvius. 

Le même Le Blon est chargé de transmettre à la Reine les œuvres 
de Menasseh. 

S'il pouvait obtenir la faveur de Sa Majesté, Menasseh lui dédierait 
soit les quatre parties du Conciliador* , soit « ud livre de grande qualité 
sur l'Immortalité de l'âme ». 

Gomme Vossius est bibliothécaire à Stockholm, Menasseh l'avise 
qu'il a occasion d'avoir des livres hébraïques très rares, par l'intermé- 
diaire d'une personne qu'il a envoyée en Pologne. 

Use chargera volontiers d'achats pour sa Majesté, si elle désire aug- 
menter sa bibliothèque. 

Dalé 3 , d'Amsterdam, 10 janvier 1654. 



IV. — Analyse de la seconde lettre 4 . 

Remercîments à Vossius pour avoir déposé, « sur les divins autels 
de Sa Sérénissime Majesté, l'humble et pauvre offrande » de Menasseh. 
Elle été favorablement acceptée ; c'est une « preuve de la grandeur 
d'âme de Sa Sérénissime Majesté, car c'est le propre de la Divinité 
de ne pas mépriser les petits ». 

Suituu éloge fantastique de la Reine. 

Il a envoyé ses œuvres à Sa Majesté, sauf les Problemata de creatione, 
dont il n'a pu trouver d'exemplaire. M. Le Blum a annoncé que ces 
livres sont arrivés. 

Sur avis de Vossius, Menasseh est prêt à publier son Conciliator en 
latin 5 . Il vient d'achever la traduction espagnole des quatre tomes de 
« l'Atlas de Jan Jans », et il a du temps pour s'occuper du service de 
la Reine. 

Il pourrait notamment procurer des livres hébraïques et même, si 
Sa Majesté veut le charger de lui faire une collection de ce genre d'ou- 
vrages, il publiera, sous forme de catalogue de la Bibliothèque royale, 
la Bibliotheca Rabinica qu'il écrit. « C'est un livre après lequel sou- 
pire toute la Chrétienté, parce que, non seulement, on y traite delà 
vie des auteurs, mais aussi du sujet qu'ils traitent, avec mon opinion 
critique. » 

mais je trouve que l'enthousiasme l'aveugle ; pourquoi met-il la plume dans la main 
t/auche de sa majesté ? 

1 Le Blon. 

2 Conciliator (pour le premier volume) ou Conciliador. — Francfort et Amsterdam, 
1612,5041 (pour 5401 =1641), 5410 (.— 1650) et 5411 (= 1651), 4 vol. in-4». 

3 11 y aJan[ei]ro, en portugais, pour Enero. 

* L'original est de 2 pp. in-l'° de 335 mm. X 1^5 : il commence : No puedo enca- 
recer con palabras. . . — Le destinataire Vossius était a Stockholm. 

5 L'ouvrage avait paru en espagnol, une version latine du premier volume fut pu- 
bliée par Dionysius Vossius, trère d'Isaac (FrancL, 1633, 4°). 



106 RKVUE DES ETUDES JUIVES 

Des ouvrages, dont la publication serait digne de la Reine, sont : une 
Bible espagnole, — il faut quatre ans pour l'écrire, — et un Talmud. 

Menasseh ajoute : « Je n'ai pas les moyens nécessaires pour les sus- 
dites œuvres, car ma lortuue a péri, comme vous le savez, au Brésil 
et en Pologne, avec mon fils. » 

Daté, d'Amsterdam, 10 mars 1631. 



V. — Texte et traduction de la troisième lettre. 



Texte espagnol l . 

Muy noble e mag[nifi]co S[eno]r, Dilatasse mas de lo que pensaua- 
mos la Venida de Vmd a esta tierra, e assi buelvo a escrevir esto, pa- 
ra revocarle a la memoria, mis cosas. Y en primero lugar quisiera 
saber, si la serenissima Reyna recibiô mis obras, que le remeti por 
Michael le Blum, q[ue] no he tenido hasta agora aviso. Despues desto 
hago saber a Vmd, como Blaw* se dispone a imprirnir agora mi Conci- 
liador, el quai tengo tencion de dedicar a la serinissima Reyna ; Vmd, 
verà y examinarà primero la dedicatoria. Ell[ibr]ode la immortalidad 
del Aima, escrito en la lengua Hebraica, dediqué al Emperador Fer- 
dinando III. El argum[en]to incluso hize eu la latina. La obra Spes 
Israelis q[ue] dedique al Parlam[en]to de Inglaterra, se traduxo e 
imprimio en la lengua Inglesa, y espero tener en brève remuneracion 
libéral. Aotes de dar a lus la Bibliotheca Rabinica, tengo en pensa- 
miento, ver la Alemanha ' e Italia y llegar hasta Venezia, para no 
quedar déficiente la obra, y tener noticia de mas libros. Por lo quai 
estimaria llevar alguua commission de la serenissima Reyna, para 
comprarle algunas cosas raras, q[ue] le podria aver de buen precio. 
Suplico a Vmd, q[ue] con el favor q[ue] siempre me ha hecho me re- 
comieude a su Magestad q[ue] Dios g[uarjde e quedaré como siempre 
agradecido a Vmd. cujos successos seau siempre felices, como le de- 
sea el mayor amigo y servidor. 

Amsterdam, 2 de Feu ro 1652. Menasseh ben Israël. 

Traduction. 

Très noble et magnifique Monsieur, 

Votre venue en ce pays tarde plus que nous ne pensions, c'est pour- 
quoi je vous écris de nouveau pour vous rappeler mes affaires. 
Je voudrais d'abord savoir si la Sérénissime Reine a reçu mes 

1 L'original est 1 ff. in-4» oblong. de lo5 mm. X 215, avec le cachet de Menasseh 
ben Israël. — Le destinataire était à Stockholm. 

2 J. B1»U. 

3 Forme portugaise pour Alemania. 



LETTRES DE MENASSEH BEN ISRAËL 107 

œuvres que je lui ai remises par Michel Le Blum, car, jusqu'ici, je 
n'ai pas été avisé. 

Je vous fais savoir, ensuite, que Blaw ! se dispose à imprimer main- 
tenant mon ConcUiador que j'ai l'intention de dédier à la Sérénissime 
Reine. Vous verrez et examinerez, au préalable, la dédicace. 

J'ai dédié à l'Empereur Ferdinand III le livre de l'Immortalité de 
l'âme, écrit en hébreu. J'ai fait en latin Y Argument ci-inclus. 

L'ouvrage Spes Jsrae/is, que j'ai dédié au Parlement d'Angleterre, a 
été traduit et imprimé en langue anglaise. J'espère avoir bientôt une 
rémunération généreuse. 

Avant de publier la Bibliotheca Jiabbinica, y ai l'idée de voir l'Alle- 
magne et l'Italie, et d'aller jusqu'à Venise, pour que l'œuvre ne soit 
pas incomplète et pour avoir connaissance de plus de livres. 

En conséquence, j'estimerais avoir quelque commission de la Séré- 
nissime Reine, pour lui acheter des raretés que je pourrais lui obte- 
nir à bon prix. 

Avec la faveur que vous m'avez toujours témoignée, je vous prie de 
me recommander à Sa Majesté, que Dieu garde. Je vous resterai, 
comme toujours, reconnaissant. 

Que vos affaires soient toujours heureuses comme vous le souhaite 
votre plus grand ami et serviteur. 

Amsterdam, 2 fév. 1652. Menasseh ben Israël. 



VI. — Texte et traduction de la quatrième lettre. 



Texte espagnol*. 

Nobilissimo y doctissimo S[eîio]r. 

No me parece por la aficion q[ue] Vmd nos ha tenido siempre, ser 
necess[aii]o la présente lembrançe ;1 : pero se tambienq[ue] los divier- 
timientos magnificos, divierten los de menos calidad y peso. Bien sabe 
Vmd. con q[uan]to animo me emplee siempre en procurar agradar a 
su Mag[esta]d, en aquello q[ue] pudo llegar la esphera de mi talento 
humilde, tambien quanto tiempo se ha dilat.ado, la satisfacion dessos 
l[ibr]os S cierto q[uel me costô la falta desse socorro, otro tanto quan- 
to ellos valen. Obligome la necessidad a escrevir a su Magestad con 
un nuevo Panegirieo, suplicandole me concediesse aquellos l[ibr]os 
p[ar]a el comento de vna Biblia Hespanhola q[ue] doy a luz. SabeDios 
con quanto sentimiento lo ne hecho, mas la necessidad me obligé. Y 

1 J. Blseu, imprimeur a Amsterdam. 

i L'original est une page in-l<> de 215 mm. X 190. Il est adressé à Vossius, à 
Bruxelles. 

3 Pour lembrança, mot d'ailleurs portugais et non espagnol. 

4 Que Menasseh habia mandado a Suecia. 



408 REVUE DES ETUDES JUIVES 

por qfue] estando en Araberes 15 dias como Vmd sabe, su Magestad 
me dixo q[ue] informasse a Vmd que luego satisfaria, le suplico por 
la m[erce]d q[ ue] siempre me ha heeho me valga en ocasion tan ur- 
gente, hablandoa su îvJ[agesta]d para q[ue] me honre y socorra, q[ue] 
he 1 cierto, q[ue] si Vmd se lo recordare no dexara por su benignidad 
de fasorecerme y Dios le prospère a Vmd, y g[uar]de con summas 
felicidades. Amen. 

De Amsterdam 8, Intimo amigo y servidor 

de feu r0 1655. Menasseh ben Israël. 

Traduction. 

Très noble et très savant Monsieur, 

Etant donné l'affection que vous avez toujours eue pour nous, le 
présent rappel ne me paraît pas nécessaire, mais je sais que les di- 
vertissements magnifiques distraient des gens de moindre qualité et 
de moindre poids. 

Vous savez bien avec quel zèle je me suis toujours employé à cher- 
cher à être agréable à Sa Majesté, en tout ce qu'a pu comprendre la 
sphère de mon humble talent. 

[Vous savez] aussi combien a tardé le règlement de ces livres \ Il 
est certain que le manque de ce secours m'a coûté autant que la valeur 
des livres. 

La nécessité m'a contraint à écrire à Sa Majesté un nouveau Pané- 
gyrique, la suppliant de me concéder [le paiement de] ces livres pour 
le Commentaire d'une Bible espagnole que je publie. Dieu sait avec 
quel regret, je l'ai fait, mais le besoin m'y a obligé. 

Pendant que j'ai été 15 jours à Anvers, comme vous le savez, Sa 
Majesté m'a dit de vous informer que le paiement serait fait de suite. 

Je vous supplie, par la faveur que vous m'avez toujours témoignée, 
de m'être utile en une occasion aussi urgente, et de parler à Sa Ma- 
jesté pour qu'EUe me fasse honneur et me vienne en aide. Il est cer- 
tain que si vous le Lui rappelez, elle ne manquera pas, vu sa bonté, 
de me favoriser. 

Que Dieu vous accorde la prospérité et vous garde avec les plus 
grands bonheurs. Amen. 

[Votre] ami intime et serviteur 

D'Amsterdam, 8 fév r . 1655. Menasseh ben Israël. 



VII. — Fin des rêves. 

Si la reine Christine provoqua de vives admirations, elle causa 
aussi de bien violents désenchantements : on n'ignore pas que le 

1 Textuel : pour es ; le mot he est portugais. 
1 11 s'agit de livres envoyés en Suède. 



LETTRES DE MENASSEH BEN ISRAËL 109 

grand philosophe Descartes en mourut de dépit. Menasseh ben 
Israël faillit subir le même sort : pour qui sait lire entre les lignes 
la lettre de 1655 est pleine d'amertume. 

Peu de temps après, notre rabbin partit pour l'Angleterre, où il 
venait tenter, auprès de Cromwell, le rétablissement officiel de la 
synagogue britannique. 

Ses démarches n'eurent pas de succès immédiat l , mais il laissa, 
à Londres, des souvenirs de science et de tolérance qui contri- 
buèrent certainement à la faveur dont le Judaïsme a joui plus tard 
en Angleterre. 

Menasseh, découragé par sa lutte incessante contre l'adversité 
pécuniaire et par l'évanouissement des beaux rêves que son ardente 
imagination de Portugais lui avait si souvent suggérés, rentra en 
Hollande pour mourir à Middelburg, le 14 kislev 5418 (= lôôl). 

Sa tombe, relevée en 1880 par D. Henriques de Castro, se trouve 
au cimetière des Juifs Portugais à Ouderkerk, près d'Amsterdam. 
En plus d'autres mentions, elle porte cette belle épitaphe que nous 
reproduisons textuellement : 

NO MURIO. POR. QEN. EL. CIELO 
VIVE. CON. SVPREMA GLORIA 
Y. SV. PLVMA. A SV. MEMORIA 
IN. MORTAL. DEXA EN EL SVELO. 

« Il ne mourut pas, car il vit au ciel dans la suprême gloire et 
sa plume laisse sa mémoire immortelle sur la terre. » 

Cardozo de Bethengourt. 

Amsterdam, juin 1904. 
1 Menasseh ben Israël, Vindicia judcuorum, pp. 38-39 [London], R. I., 1656, ia-4°. 



LES JUIFS EN BRETAGNE 



Loire-Inférieure. 

Depuis les études que la Revue des Études juives a publiées sur 
les Juifs de Nantes et sur les Juifs de Bretagne au xvm e siècle, 
nous avons, au cours de nouvelles recherches, trouvé divers do- 
cuments inédits qui nous ont paru mériter d'être publiés, bien 
qu'ils n'offrent entre eux aucun lien historique. 

C'est d'abord, dans l'ordre chronologique, l'existence à Nantes 
d'un cimetière spécial aux Juifs en 1231, mentionnée dans un in- 
ventaire de titres produits à l'appui des droits réels et honori- 
fiques du prieuré de Saint-Cyr. Un tènement voisin du mur de 
ville et d'un cellier sur l'emplacement duquel fut élevée la nou- 
velle église de Saint-Cyr (depuis Saint -Léonard) — tènement 
vulgairement appelé Saut-des-Chiens — fut vendu en 1231 par 
Guillaume, carnifeœ, à Théodore, Juif de Rennes, et à tous les 
Juifs nantais pour y faire un cimetière exclusivement destiné à 
leur ensevelissement. Par malheur, nous n'avons pas le titre tout 
entier, l'inventaire en question n'en donne qu'une analyse dont 
nous sommes bien forcé de nous contenter * . Il en résulte que le 
vendeur s'était réservé pour lui et les siens la moitié des revenus 
de cette tenue et le droit d'y creuser, moyennant 12 deniers par 
fosse, toutes celles qui seraient nécessaires à l'inhumation des 
Juifs de Nantes. Le second titre, inventorié plus sommairement 
encore, se réfère de toute évidence au même contrat. 

Les registres des miseurs (receveurs municipaux) de Nantes 
pour les années 1473-1475 portent le paiement à André Rolland 
d'une somme de 12 livres pour avoir fait faire, sur Tordre de la 
communauté de ville, les <* faintes du mystère » du Juif de Pa- 
ris*. La plupart des mystères bretons représentaient dus sujets 

1 Archiv. départ, de la Loire-Inférieure, II 378. Voir Pièces justificatives. 
* Archives communales de Nantes, CC 250. 



LES JUIFS EN BRETAGiNE ill 

empruntés à l'Ancien Testament : La Création du Monde, Moïse, 
Jacob, la destruction de Jérusalem 1 . Evidemment le Juif de 
Paris avait un caractère plus moderne, de par son titre même, 
mais nous en ignorons le sujet précis. C'était peut-être le miracle 
de la rue des Billettes. 

Quant â André Rolland, c'était sans doute quelque imprésario 
de l'époque, entrepreneur de spectacles, et même poète à ses mo- 
ments perdus, ainsi qu'en témoigne une quittance en vers qui 
existe dans les archives de Nantes de 1475 : 

Je André Rolland certifie 
Avoir receu, je vous afï'ye 
D'Amaury Main, très honneste homme 
Et miseur de Nantes, la somme 
De trente soulz en beau poyemant 
Quels il me bailla seurement ; 
Dout les bourgeoys me firent don, 
Jhesus leur ouctroit vroy pardon. 
En may ce fut sans nul ce jour 
Sans faillir quatriesme jour, 
Mil quatre cens soixante et dix 
Et cinq auxi, cella je dis : 
Tesmoing de mon manuel signe, 
Lequel j'ai mis icy en signe 
Qu'il est vérité, je conclus 
Et ainsin je n'en parle plus. 

Il convient encore de noter : 

1° A la date du 23 janvier 1753 le baptême en l'église Saint- 
Nicolas de Nantes d'un Juif, Hayman Isaac, né à Londres, âgé 
d'environ soixante-onze ans et qui reçut le prénom chrétien de 
Patrice *, 

2° A la date du 30 mars 1782, l'abjuration en l'église d'Abbaretz 
(Loire-Inférieure) et le baptême de Gabriel Mareix, Juif, fils de 
Mareix Gabriel et de Anne Ezéchiel, négociants à Presbourg 
(Haute-Hongrie) et qui reçut les prénoms d'Esprit- Ange-Louis 3 . 

Le 28 janvier 1792, un archer de la ville de Nantes avait arrêté 
à la Bourse un marchand juif, Bernard Lion, vingt-huit ans, ori- 
ginaire d'Arlkechem (sic) près de Francfort sous la prévention de 
tentative de vol. 

Bernard Lion fut également interrogé sur la provenance de ga- 
lons d'argent et de damas à fleurs, qui semblaient être d'anciens 

1 Le Collectionneur Breton, t. III, 1863, Les Mystères, par Georges de Cadoudal. 

* Arch. communales de Nantes, GG. 255, t'° 15 v°. Pièces justif. II. 

* Arch. départementales de la Loire- Inférieure, E., p. 218. Pièces justifie. III. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ornements d'église. Il répondit qu'ils lui avaient été donnés par 
un de ses coreligionnaires Louis Maurice de passage à Nantes 
pour « lui permettre de s'en faire une espèce de scapulaire qu'il 
porte sur l'estomac, conformément à la loi de leur religion ». 

L'interrogatoire est signé par Bernard Lion en caractères 
hébraïques ' . 

Nous n'avons pas trouvé les pièces indiquant quelle fut la solu- 
tion de cette procédure, mais il ne semble pas qu'il existait alors 
d'antisémitisme à Nantes, à en juger par les lignes suivantes que 
la Feuille Nantaise du 8 floréal an VI e publiait à sa quatrième 
page 2 : 

On dit que les Juifs de l'Archipel ont été ravis jusqu'à l'enthou- 
siasme, quand ils ont appris que les enfants de Jacob en France sont 
traités comme nos frères et que plusieurs d'entre eux sont parvenus 
à des grades éminents dans le civil et dans le militaire et qu'ils ont 
pris beaucoup d'amour pour notre révolution. Cet enthousiasme 
est l'effet naturel de leur avilissement dans ce pays et beaucoup 
d'autres. Pour nous, Français libres et dignes de l'être, nous ne pour- 
rons nous étonner que du contraire, et nous préférerons à coup sûr 
à la législature et dans toutes les fonctions publiques, un Juif 
probe, ferme, instruit et patriote à un catholique, un protestant, un 
déiste et un athée, à qui ces qualités seront étrangères. 



Finistère. 

Nous avons publié précédemment 3 les documents administra- 
tifs qui, dans la Loire-Inférieure et l'Ille-et- Vilaine, signalèrent 
l'application des décrets du 17 mars 1808 relatifs à l'organisation 
du culte israélite. A Brest, le maire, sur les ordres qui lui avaient 
été transmis par l'autorité supérieure, avait invité les Juifs domi- 
ciliés dans cette commune à se présenter à la préfecture du Finis- 
tère pour y prendre patente. 

Des lettres de Carné, sous-préfet de Brest, que nous publions 
plus loin 4 , il résulte : 

1° Qu'il y avait alors une petite communauté à Brest ; 

2° Que les cérémonies du culte y étaient pratiquées chez Brick- 
mann, commissaire délégué par le Consistoire de Paris ; 

1 Archives municipales de Nantes. Pièces justifie, IV '. 

* Ce journal fondé en 1784 se publie encore à Nantes aujourd'hui sous le titre de 
Phare de la Loire . 

3 Revue, t. XVII, Les Juifs de Nantes, et t. XXXIUI, Les Juifs en Bretagne au 
XVIII* siècle. 

4 Archives communales de Brest. Pièces Justificatives, V. 



LES JUIFS EN BRETAGNE 113 

3° Qu'il y avait des dissidents, qui, sans avoir tous fait acte d'ab- 
juration, prétendaient cependant être traités comme non-Juifs ; 

4° Que l'autorité préfectorale s'y refusa, tant qu'ils n'auraient 
pas adopté une religion nouvelle. 

Bernard Lion — qui paraît être Lion aîné — ne serait-il pas le 
même que celui dont il est question dans le procès-verbal de po- 
lice de Nantes du 28 janvier 1792 ' ? 

Y avait-il eu des Juifs à Morlaix? Les renseignements que nous 
avions pris auprès de personnalités érudites de cette ville per- 
mettaient de répondre négativement à cette question. 

Cependant nous connaissons une protestation des marchands 
de Morlaix contre la permission accordée le 16 décembre 1744 à 
deux Juifs de Bordeaux, Israël Dalpuget et Moïse Petit, par l'in- 
tendant Pontcarré de Viarmes, d'étaler et de vendre aux foires 
publiques du royaume. Peut-être n'était-ce qu'une protestation 
préventive, faite avant l'arrivée de ces marchands à Morlaix et 
dans le but de les détourner du voyage. Mais voici que nous trou- 
vons dans la Légende du Mineur 2 une mention digne d'être si- 
gnalée. La scène se passe là où s'élève aujourd'hui la petite et 
pittoresque ville du Huelgoat, dans la Cornouaille du Nord. Là 
demeurait Yan Kaër, un Kakou, c'est-à-dire un caqueux, sorte de 
lépreux qui fabriquait des cordes : 

Quand l'année était bonne, quand les Juifs de Saint-Michel et de 
Morlaix donnaient à Yan Kaër un prix raisonnable de sa corde, il 
vivait tant bien que mal, lui et sa couvée. . . 

Vint un hiver plus rude. Les Juifs de Morlaix ne commandèrent 
pas de corde. . . 

Yan Kaër s'en fut vers Morlaix. Il arriva chez le Juif le plus 
fameux de la ville qui, par hasard, avait invité ses coreligionnaires à 
manger en cachette un cochon de lait. . . 

Yan voyait les Juifs de Morlaix s'enrichir à vue d'oeil. 

Ces citations prises dans la Légende du Mineur affirmeraient, 
au contraire, tout au moins comme une tradition, l'existence de 
Juifs, et même de Juifs nombreux et riches, à Morlaix et Saint- 
Michel, sans doute Saint-Michel-en-Grève, canton de Plestin, 
arrondissement de Lannion (Côtes-du-Nord), plutôt que Saint- 
Michel de Plénan, arrondissement de Dinan, qui est plus éloigné 
de Morlaix. Il nous a paru bon de recueillir cette légende. 

1 Voir plus haut. 

" La Légende du Mineur de P. Saintive publiée dans le Lannionnais des 27 dé- 
cembre 1862 et 3 janvier 1863 et dans le Collectionneur breton (1863, n» 2, 96. 
Nantes, place du Commerce, n* 1). 

T. XLIX, n° 97. 8 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



CÔTES-DU-NORD. 

Le premier acte que nous trouvons, en date à Lamballe de jan- 
vier 1234, a trait à un emprunt contracté par Rolland de Ilillion 
(miles, chevalier), avec le concours de sa femme, d'une somme 
de plus de 60 livres de monnaie courante destinée à s'acquitter 
d'une dette à l'égard des Juifs. C'était l'abbaye de Saint-Aubin 
qui prêtait la somme à Rolland l . 

Le second, en date du mois de mai 1243, du jeudi d'avant la 
Pentecôte, concerne un fouage extraordinaire prélevé, en vue de 
l'expulsion des Juifs de Penthièvre, sur leurs hommes par l'abbé 
et le couvent de Saint- Aubin-des -Bois (ordre de Citeaux). Cette 
pièce a été publiée, mais inexactement, par Geslin de Bourgogne 
et Barthélémy 2 . Aussi croyons-nous devoir la rétablir, après 
l'avoir collationnée sur l'original aux archives des Côtes- du- 
Nord. 

D'une notice du chanoine Legendre, procureur du chapitre et 
de la fabrique de l'église cathédrale de Tréguier, nous extrayons 
les lignes suivantes : 

« On échangea en 1*745 avec un Juif beaucoup de vieilles 
chappes et tuniques avec une étoffe qu'il nous donna en échange 
et dont je suis chargé. Je sçay de science certaine que ce Juif le 
même jour estima que le gain qu'il faisait était de 600 livres. » 



Ille-et- Vilaine. 

A signaler un arrêt du Parlement de Bretagne ordonnant qu'un 
livre intitulé : Chronique des Rois d'Angleterre, écrit selon le 
style des anciens historiens juifs par un « prêtre de la même 
nation », Nathan-Ben-Saddi et publié à Londres en 1750, serait 
lacéré et brûlé par la main du bourreau, comme impie, blasphé- 
matoire et injurieux à l'autorité royale s . 

Cette exécution eut lieu le 31 janvier à Rennes sur la place du 
palais. 

Rien ne prouve, d'ailleurs, que l'auteur de ce livre fût un 

1 Geslin de Bourgogne et de Barthélémy, Anciens évêckés de Bretagne. Saint- 
Brieuc, 1864, 1. 111, p. 81. 

s Même ouvrage, t. III, p. 101. Pièces justificatives, VI. 

a Archives départementales des Côtes-du-Nord , série B. 8. Pièces justifica- 
tive*, VU. 



LES JUIFS EN BRETAGNE 115 

« prêtre » juif. Il était assez fréquent alors de signer d'un nom et 
d'un titre supposés les pamphlets dirigés contre les puissants du 
jour. 

Léon Brunschvicg. 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



i. 

« Item un autre titre en latin sellé et daté de l'an 1231, portant 
qu'un nommé Guillelmus, carnifex, vend à Deodonato, redonesiju- 
deo, et omnibus Judeis nannetensibus omne tenementum suum de 
Saltu Canum, situm juxta murum ville, ad cimiterium Judeorum 
faciendum et sepeliendum Judeos, ouquel tènement demeurera tous- 
jours le vendeur et les siens et seront luy et les Juifs par moitié 
des fruits d'iceluy et fera les fosses pour les enterrer et aura 12 de- 
niers par chacune ; ledit contrat fait devant le prévost de Nantes 
et approprié par bannyes selon la coustume du pays. » 

(Arch. de la Loire- Inférieure, H 378. Prieuré des Moûtiers et de St- 
Cyr de Nantes. Inventaire de 1593, f° 13 v°.) 



« Autre titre en latin de l'an 1231 concernant vendicion d'un tène- 
ment apellé Saltu Canum, près le mur de la ville et ce à un Juif, pour 
y faire un cymetière à enterrer les Juifs. » 

{Ibidem. Autre inventaire de la même époque, non daté, f° 1 r°.) 

II. 

Registres des paroisses GG. 255, f° 15 v°. 

Paroisse Saint-Nicolas. 

Le vingt-trois janvier mil sept cent cinquante trois a été baptisé en 
cette église par nous docteur, ancien professeur de théologie et rec- 
teur de cette paroisse, un Juif nommé Hayman Isaac né dans la ville 
de Londres, royaume d'Angleterre, âgé d'environ soixante-onze ans. 
On lui a imposé le nom de Patrice. Ont été parain noble et discret 






116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

messire Daniel Byrne, prêtre et supérieur de la Communauté des 
prêtres irlandois, et maraiue d llc Marie Ursule de la Ghevière du pont 
Louët non mariée qui signent avec nous. 

Monique Lynch, 

Byrne, 

Marie Ursule de La. Ghevière du tont Louet. 

(Brelet de La Rivellerie). 



III. 

Le trente du mois de mars, mil sept cens quatre-vingt deux, vu 
la permission et consentement de monseigneur Jean-Augustin de 
Frétât de Sara, évêque de Nantes, en datte du deux du présent mois, 
je soussigné recteur d'Abbaretz ai reçu l'acte d'abjuration, et solen- 
nellement baptisé Gabriel Mareix, juif, fils de Mareix Gabriel et de 
Anne Ezechiel, négotiants à Presbourg en Ilaute-HoDgrie; le dit 
Gabriel Mareix présenté à l'église et tenu sur les sacrés fonts par 
messire, Esprit Ange Albert de Berthou, chevalier, et demoiselle 
Louise Mahé, ses parain et maraine qui signent et lui ont imposé 
les noms d'Esprit-Ange-Louis ; la cérémonie en présence des sous- 
signés. 

Suivent les signatures. 

IV. 

28 janvier 1792. 

L'an 1792, le 28 janvier, 9 heures du soir, nous Barthélémy Ger- 
main Marcé, juge de paix de la section de Saint-Pierre et officier de 
police de sûreté de la ville de Nantes, avons procédé à l'interroga- 
toire d'un particulier arrêté ce jour à 2 heures de l'après-midi à la 
Bourse par le sieur Houdin, archer et garde de ville. 

Interrogé de ses nom, surnom, âge, profession, lieu de naissance 
et demeure. 

Répond avoir nom Bernard Lion, vingt-huit ans, marchand, natif 
d'Arlkechem (Altkirchen) près Francfort, demeurant chez Ganille, 
marchand de couvertures , rue Contrescarpe , paroisse Saint- 
Nicolas. 

— N'était-il pas à la Bourse à 2 heures de l'après-midi? 

— Oui. 

— N'a-t-il pas mis la main dans la poche d'un négociant pour lui 
voler son portefeuille? 

— Non. 

— N'avait-il pas autour de lui, en forme de ceinture, une étole de 
damas à fleurs? et n'avait-il pas dans ses poches deux bouts de ga- 
lons d'argent qui paroissent avoir été précédemment sur des orne- 
ments d'église? D'où lui provenaient ces effets? 



LES JUIFS EN BRETAGNE 117 

— Louis Maurice, Juif, marchand, demeurant chez le sieur Niglet, 
tailleur d'habits, rue Saint-Nicolas, chez lequel lui interrogé prend 
aussi sa pension, reçut hier au soir un ballot contenant des orne- 
ments d'église que ses garçons lui ont apportés des Sables-d'Olonne, 
où ils les avaient échangés contre des marchandises avec un négo- 
ciant de ce pays-là ; que le sieur Morice donna à lui interrogé l'étole 
et les deux galons pour faire une espèce de scapulaire qu'il porte sur 
l'estomac, conformément à la loi de leur religion ; que lorsqu'il a été 
arrêté à la Bourse il avait ces effets dans sa poche et non autour de 
lui en forme de ceinture. 

Lui représente une étole de Damas à fleurs et deux morceaux de 
galons d'argent et interpellé de déclarer s'il le reconnaît 

A dit les reconnaître pour être les effets dont il vient de parler. 

Attendu qu'il est près de 10 heures du soir, avons renvoyé à demain 
la continuation du présent et néanmoins ordonné que le dit Bernard 
Lion sera conduit dans la maison de détention et a signé avec nous 
et le greffier. 

Marcé. i5ab •vanyn Tellot. 



L'an 1792, le 29 janvier. 

Interrogé combien il y a de temps qu'il est en cette ville et à quoi 
il y est occupé. 

Bépond qu'il y est depuis environ un an et demi et qu'il s'y est 
occupé à vendre ses marchandises tantôt en ville, tantôt dans les 
campagnes des environs et qu'il a été souvent à Paimbœuf, Le Groi- 
sic et autres endroits du bas de la rivière, qu'il est aussi allé aux 
Sables-d'Olonne. 

Interrogé s'il connaît quelque marchand aux Sables d'Olonne. 

Répond qu'il connaît plusieurs personnes sans savoir leurs noms. 

Interrogé s'il connaît les marchands des Sables d'Olonne avec qui 
Louis Morice fait commerce. 

Répond qu'il ne connaît que les commis du sieur Louis Morice 
dont l'un s'appelle Hess et l'autre Serf, mais qu'il ne connaît pas les 
négociants desquels ils ont eu les ornements d'église qu'ils ont ap- 
portés au dit Morice. 

Interrogé de qui il achète les marchandises avec lesquelles il fait 
commerce et en quoi consistent ces marchandises. 

Répond que les marchandises de son commerce sont des cal- 
moucks, des velours coton, prunelle, mouchoirs et toutes espèces 
de marchandises et qu'il les achète chez les sieurs Belloc, Bernard, 
Jacob et des petits marchands de mouchoirs qui vont dans les rues. 

Interrogé s'il a encore des marchandises et où elles sont. 

Répond qu'il eu a encore un peu et qu'elles sont dans sa demeure 
chez le sieur Ganille, qu'il a encore acheté des marchandises chez le 
sieur Galton, marchand, demeurant au Cheval-Blanc. 



118 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Interrogé quelle espèce de marchandises il achetait chez le sieur 
Belloc. 

Répond qu'il achetait des gilets, des calmoucks, des prunelles et 
autres marchandises, que ce monsieur est un marchand de drap qui 
demeure rue de la Poissonnerie. 

(Suit la formule.) 

... Et a sigué en hébreu suivant ce qu'il nous a dit. 

Marcé. Tellot. "pb WW 

Ordre d'assigner Louis Morice et ses garçons Hess et Serf à com- 
paraître le 30 janvier à 3 heures pour faire leurs déclarations. 

Marcé. 

V. 

Brest, le 29 mai 1810. 

Le sous-préfet de Brest à M. V auditeur au Conseil d'État, préfet 
du Finistère. 

Monsieur le Préfet, 

Le maire de Brest m'annonce par sa lettre du 28 de ce mois qu'il 
a prévenu les Israélites domiciliés- dans cette commune, de se 
présenter sous un mois à votre préfecture pour y prendre une 
patente. 

Les sieurs Lion et Brunswick, associés et marchands de celte ville 
ayant boutique et magasins ouverts, ont observé qu'ils ne pro- 
fessent plus la religion juive, qu'ils- ont épousé des catholiques et 
que leurs enfans sont élevés dans la religion de leurs mères ; qu'ils 
ne reconnaissent pas le Consistoire de Paris et qu'ils n'assistent pas 
aux cérémonies du culte hébraïque qui sont exercées chez le sieur 
Brickman. 

Ils n'ont pas fait abjuration : mais ils n'ont et ne veulent avoir 
aucune communication avec les autres Juifs. Le sieur Lyon cadet 
est dans le même cas. Le sieur Bernard a fait abjuration. M. le 
Maire pense qu'il ne doit plus considérer ce dernier comme Juif et 
il m'invite à vous demander vos ordres à l'égard des trois premiers 
et quelle conduite il doit tenir à leur égard, au cas qu'ils se refusent 
à prendre des patentes. 

J'ai l'honneur de vous saluer avec un respectueux attache- 
ment. 

Gar^é. 

En note. Ils sont Juifs aussi longtemps qu'ils n'ont point fait abju- 
ration et adopté une autre religion. Faire exécuter la loi. 



LES JUIFS EN BRETAGNE 119 



Brest, le 29 mai 1810. 

Le sous-préfet de Brest à M. le Préfet du Finistère, auditeur au 
Conseil d'État. 

Monsieur le Préfet, 

Le maire de Brest en m'annonçant par sa lettre du 28 de ce mois, 
que les Israélites domiciliés à Brest vont se procurer les certificats 
dont ils ont besoin pour obteuir de vous une patente, observe que 
l'article 7 titre 2 du décret du 17 mars 1808 porte que le Conseil mu- 
nicipal délivrera à cnaque Juif, etc., en conséquence ce magistrat 
vous prie de l'autoriser à réunir le Conseil à cette fin. Ce même ar- 
ticle : que chaque Juif présentera un certificat du Consistoire de la 
Synagogue dans la conscription de laquelle il habite attestant, etc. ; 
il n'y a pas de Consistoire à Brest, les Juifs y domiciliés dépendent 
de la synagogue de Paris, laquelle a nommé le sieur Brickmanu, son 
commissaire dans le département du Finistère, le maire demande, si 
son certificat peut remplacer celui du Consistoire de Paris auquel 
probablement les Israélites du Finistère sont inconnus? 

J'ai l'honneur de vous saluer avec un respectueux attachement. 

Carné. 

En marge. Donner l'autorisation, iL faut s'en tenir à la lettre de 
la loi. 

VI. 

Abbaye de St-Aubin des Bois (Chartes). 
Fouace extraordinaire pour l'expulsion des Juifs. 

1243. Universis Christi fidelibus ad quos présentes littere perve- 
nerint, Petrus de Charurent, miles, allocatus domini Hugonis Le- 
bruum, militis in Britannia, salutem in domino. Noverint universi 
quod Abbas et conventus Sancti Albini, Cist. Ord., Brioc. dioc. foua- 
gium hominum suorum Brioceusis diocesis nobis persolverunt ; 
nec dictum fouagium a dictis abbate et conventu per consuetudinem 
habuimus, nec illud de cetero de consuetudine repetemus. Sed dic- 
tum fouagium habuimus ab ipsis pro judeis a terra Pentheurie re- 
movendis. Et tenemur dictis abbati et conventui tradere cartulam 
domini Hugcnis Lebruum super premissis. 

Et ut hoc ratum et stabile permaneat... présentes litteras sigillo nos- 
tro dictis ablati et conventui dedimus roboratas, in hujus rei teslimo- 
nium et munimen! Datum die Jovis proxima ante Pentecosthen, anno 
domini M CC° quadragesimo tercio, mense Maii. 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



VII. 

Arrêt de la Cour, rendu sur les remontrances et conclusions de 
M. le Proc. gén. du Roi qui ordonne que le livre qui a pour titre 
Chroniques des Rois d'Angleterre, écrite selon le style des auciens 
historiens juifs, par Nathan Ben-Saddi, prêtre de la même nation, 
à Londres 1750 sera lacéré et brûlé par l'exécuteur de la Haute- 
Justice. 

Du 30 janv. 1750. 
Ext. desReg. du Parlement. 
Le P. G. du Roi entré à la Cour a dit : 

Messieurs. Je viens vous déférer un livre qui a pour titre Chro- 
nique , etc.. L'auteur de cet ouvrage affecte d'imiter le stile des 
livres sacrés et d'eu copier des passages entiers avec des applica- 
tions à la fois impies et ironiques. Les mystères et les cérémonies 
delà religion y sont traités ^erreurs et de mensonges ; on n'y parle 
qu'avec un mépris inouï de la majesté royale, et les ministres de 
l'église n'y paraissent qu'avec l'odieuse qualification de séducteurs. 
Enfin, l'impiété et le blasphème s'y montrent avec tant de scandale 
et d'impudence que, malgré la juste liberté de mon ministère, je rou- 
girais de répéter les expressions de cet ouvrage scandaleux. — A 
ces causes, le P. G. du Roi a requis qu'il y soit pourvu sur ses con- 
clusions qu'il a laissées par écrit sur le bureau; sur ce ouï le rapport 
de M e Armand Charles Robin d'Estréans, conseiller doyen de la Cour 
et tout considéré. 

La Cour faisant droit..., etc. Ordonue que le livre qui a pour 
titre..., etc. sera lacéré et brûlé par la Haute-Justice dans la place 
du palais, comme impie, blasphématoire et injurieux à l'autorité 
royale, fait défense à tous libraires, etc. 
Faite en Parlement à Rennes, le 30 janvier 1750. 

Signé : Le Clavier. 

Le 31 janvier 1750, à la levée de la Cour en exécution du susdit 
arrêt, le libellé mentionné a été lacéré et jette au feu par l'exécuteur 
delà Haute Justice en la place du palais, en présence de nous 
M 6 J.-M. Le Clavier, Ecuier, S r de la Pajotière, Conseiller du Roi, 
greffier en chef civil du parlement, assisté de deux huissiers de la 
Cour. 

Signé : Le Clavier. 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 



Notre excellent et regretté ami Léon Kahn s'était voué, dans 
les dernières années si fécondes de sa vie, à l'étude de l'histoire 
des Juifs de Paris au xvm e siècle. Son travail sur les Juifs de 
Paris sons la Révolution est une œuvre qui restera. Il avait été 
précédé de monographies sur les Juifs de Paris sous Louis XV 
(Paris, 1892), et les Juifs de Paris au XVIIP siècle (Paris, 1894). 
Ces dernières études étaient fondées sur les rapports des inspec- 
teurs de police déposés dans les archives de la lieutenance géné- 
rale de police à la Bastille. Avant sa mort Léon Kahn nous avait 
demandé d'insérer dans notre Revue l'un de ces rapports, celui 
de Buhot, qui porte sur les Juifs de Paris de 1755 à 1759. Sa 
veuve ayant bien voulu nous remettre ces pièces, nous nous fai- 
sons un pieux devoir de réaliser le vœu de notre ami. Inutile de 
dire l'intérêt de ces documents, étant donné le rôle hors pair joué 
par cette poignée de Juifs, lors delà Révolution. Pour le com- 
mentaire de ces pièces, le lecteur pourra s'en référer aux deux 
études mentionnées plus haut. 

Voici le plan suivant lequel nous publions ces documents. Au 
lieu de reproduire intégralement ces notes, qui se répètent en 
grande partie, nous indiquons à propos de chaque nom les rap- 
ports dans lesquels les personnes visées figurent par la suite. A 
partir du deuxième rapport, par conséquent, ne sont relevés que 
les noms nouveaux. 

Israël Lévi. 



Etat des Juifs à Paris d'après les rapports de Buhot, inspec- 
teur de police, des 13 juin 1755, 2 janvier 1756, 16 juillet 
1756, 4 décembre 1756, 30 décembre 1757, 30 juin 1758, 
29 décembre 1758 et 6 juillet 1759. 

Abraham Vidal, de Bordeaux, 13 juin 1755 : demeure rue du Paon, 
chez une fruitière. Commerce en soyeries Son passe-port est du 
27 septembre 1754 pour un an. Bonne conduite» Il est encore à Paris 



122 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le 2 janvier 1756, le 16 juillet 1756, en décembre 1756, le 30 dé- 
cembre 1757. Le 30 juin 1758 il est au Temple pour banque- 
route de 200,000 francs depuis trois mois. Le 29 décembre 1758, il 
est encore au Temple. Le 6 juillet 1759, il demeure rue des Grands- 
Augustins, chez M. Duvivier, procureur au Grand Conseil. A arrangé 
sa faillite, occasionnée par son inconduite, en en payant le quart- 

Cerf Israël, de Herlingen, près Metz, 13 juin 1755 : demeure rue Maubué, 
chez Lecouteux. Donne à manger à ses camarades. Est connu du 
magistrat. Bonne conduite. Est encore à Paris le 2 janvier 1756; 
n'a point de passe-port; est en prison pour dettes. Le 16 juillet 1756, 
il doit écrire aux Syndics de la Communauté de Metz pour avoir 
un certificat et ensuite obtenir un passe-port. Décembre 1756 : il n'a 
jamais eu de passe-port quoiqu'il lui ait e'té notifié de la part du 
magistrat de s'en pourvoir. Le 30 décembre 1757, il a un passeport 
du 12 juin 1757 pour six mois; se comporte bien. Figure encore sur 
les états des 30 juin 1758, 29 décembre 1758, 6 juillet 1759. 

Manuel de Léon, avec une fille et un garçon nommé Raphaël de Léon, de 
Salamanque (Espagne), 18 juin 1755 : demeure rue Mazarine, chez 
un potier déterre; fabrique du chocolat; n'a point de passe-port; est 
connu du magistrat. Figure encore sur les états des 2 janvier 1756, 
16 juillet 1756 (bonne conduite), décembre 1756. 30 décembre 1757 : 
n'a point de passe-port. « M. Berryer l'a exempté de la loy générale; 
c'est un honneste homme, pour lequel on a beaucoup de considé- 
ration. «30 juin 1758 : M. le comte de Saint-Pl. a décidé qu'ils n'en 
n'avaient pas besoin. » Il est encore à Paris le 29 décembre 1758 et 
le 6 juillet 1759 ; le père est honnête homme et les ministres ont 
décidé qu'ils n'ont pas besoin de passe-port. 

Salomon Benjamin, d'Amsterdam, et Cerf Benjamin, son fils, et sa femme, 
13 juin 1755 : il demeure rue Sainte- Anne, chez Henrion, tailleur. 
A la manufacture de tabac, à la tête de laquelle il est par ordre de 
MM. les fermiers généraux. Le magistrat a décidé qu'il n'avait pas 
besoin de passe-port (honneste homme). 2 janvier 1756 : il demeure 
rue Saint-Nicaise. 30 décembre 1757 : rue Sainte-Anne, chez Henrion. 
tailleur. M. Berryer a décidé qu'il n'avait pas besoin de passe-port. 
Le 30 juin 1758, le 29 décembre 1758 et le 6 juillet 1759, il demeure 
encore rue Saint-Nicaise « honnestes gens ». « C'est un des plus 
honnestes hommes du monde. » 

Rosette, veuve Benjamin, de Manheim, 13 juin 1755 : demeure rue Beau- 
bourg, donne à manger aux Juifs. A son passe-port du 1 er avril 1754 
pour un an. Bonne conduite. Figure sur les états des 2 janvier 1756 
et 16 juillet 1756. Décembre 1756 : a été exilée une fois et vit avec 
Azuré Mayer. Du 30 décembre 1757 : a été cy devant exilée hors du 
royaume; l'envoyé de Palatin luy a fait avoir son rappel; elle se 
comporte assez bien. Du 30 juin 1758 : se comporte bien. 

David Péreire et Rodrigue Péreire, son frère, Espagnols, 13 juin 1755 : 
demeurent quay de la Vallée, hôtel d'Auvergne. Sont à Paris pour 
apprendre à parler aux muets. Connus du ministère et du magistrat. 
Du 2 janvier 1756 : demeurent quay des Augustins, David Péreire et 
son frère Jacob (?). 6 juillet 1759 : demeurent rue Saint-André-des- 
Arts, chez le Comte Serrurier; honnêtes gens qui ont du mérite; 
n*ont pas de passe-port. 

Lazare Dalsace, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue du Petit-Lyon, 



LES JUIFS DE PARIS DE 175b A 1759 123 

chez un orfèvre. Commerce en bijouterie. A son passe-port du 
22 janvier 1755 pour six mois. Connu du magistrat. Figure sur l'état 
du 2 janvier 1756. 16 juillet 1756 : demeure rue des Boucheries. 
Passe-port du 30 avril pour six mois. Est au Fort l'Evêque pour 
dettes. Décembre 1756 : demeure rue du Petit-Lyon. Toujours au 
Fort l'Evêque. 30 décembre 1757, il se comporte assez bien, mais il 
n'est cependant pas toujours exact à payer les dettes qu'il contracte. 
30 juin 1758: rue des Boucheries-Saint-Germain, chez Chapotin, 
marchand de vins, ne fait point parler de luy. « Il faut qu'il fasse 
renouveler son passe-port et le luy dire. » 29 décembre 1758 : il n'y 
a point de plainte contre luy. 6 juillet 1759': se comporte bien; 
passe-port du 5 juillet 1758 pour six mois; « il serait bon néanmoins 
qu'il se mît en règle », 

Israël Bernard de Valabreque, d'Avignon, 13 juin 1755 : demeure rue 
Mazarine, faisant la fonction de Conseiller secrétaire à la Biblio- 
thèque du Roy; est connu du magistrat. Figure sur l'état du 2 jan- 
vier 1756. Du 16 juillet 1756 : n'a pas de passe-port. Bonne conduite. 
Décembre 1756, 30 juin 1758 : demeure rue de Seine, vis-à-vis celle 
du Colombier. 11 passe pour usurier dans les affaires qu'il fait. Figure 
au 29 décembre 1758. 6 juillet 1759 : est interprète à la Bibliothèque 
du Hoy et a un commerce eu soyeries. 

Jacob Goldchmit, de Nancy, 13 juin 1755 : demeure rue Beaubourg, chez 
Huet, huissier. Commerce de joaillerie et la Banque. Passe-port du 
17 février 1754 pour six mois. Bonne conduite. Figure aux états des 
16 juillet 1756, décembre 1756, 30 décembre 1757. 30 juin 1758 : 
demeure rue de la Ferronnerie, chez le Pâtissier. 

David Léon Hambourg, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue du Poirier, 
chez Beaujoin. Commerce de clinquailleries. N'a point de passe- 
port. Ambulant. (Ne paraît pas dans les années suivantes.) 

Michel Franc, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue Geofïroy-Langevin, 
chez Gaspard. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 3 mars 
17?>5 pour trois mois. Bonne conduite. Au 2 janvier 1756, demeure 
rue Maubué; au 16 juillet 1756, rue Jean-Pain-Mollet. 

Jokel, de Creuznac, près Mayence, 13 juin 1755 : demeure rue Maubué, 
chez Crosnier, menuizier. Commerce en clinquailleries. Passe-port 
du 28 septembre 1754 pour six mois. Bonne conduite. 2 janvier 1756: 
passe-port du 22 septembre 1755 pour six mois. Figure au 16 juillet 
1756. 30 décembre 1757 : brocanteur ambulant. 30 juin 1758 : de- 
meure rue Saint-Martin, chez la veuve Morlet. Figure aux états des 
29 décembre 1758 et 6 juillet 1759. 

Goudchaux (Gaudecha.ux en 56), de Nancy , 13 juin 1755 : au Temple. 
Exilé à Nancy le 19 mars 1754 et rappelé par un ordre du Roy du 
20 novembre de la même année. Ne se corrige pas, est toujours un 
mauvais sujet. 2 janvier 1756 : demeure au Temple. Commerce en 
bijouteries. Protégé de Madame la Duchesse d'Orléans. 16 juillet 
1756: « Petit maître connu du magistral, c'est le protégé de Madame 
la Duchesse d'Orléans. » 

Israël Moy^e et Michel Motse, son fils, de Metz, 12 juin 1755 : demeure 
rue Maubué, chez un grenetier. Commerce en clinquailleries. Passe- 
port du 19 février 1754 pour trois mois. 2 janvier 1756 : bonne répu- 
tation. 16 juillet 1756 : rue Saint-Martin, chez la veuve Morlet. 
Décembre 1756 : commerce en bijouterie. Figure au 30 décembre 1757. 



424 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Vidal père, et rils, de Bordeaux, 13 juin 1755: demeurent rue Saint-André- 
des-Arts, chez Pourardin. Commerce en soyeries et bijouteries. 
Passe-port du 18 avril 1754 pour un an. Bonne conduite. 30 juin 
1758 : « N'ont pas une excellente conduite ny re'putation. » 29 dé- 
cembre 1758: chez la dame Michon. Brocanteur. Figure à l'état du 
6 juillet 1759. 
Aron Roget, de Bordeaux, 13 juin 1755 : demeure rue Maçon, hôtel 
d'Anjou. Commerce en soyeries. Passe-port du 14 mai 1754 pour un 
au. Bonne conduite. 2 janvier 1756 : demeure rue Saint-André-des- 
Arts. 16 juillet 1756 : rue de l'Hirondelle, au Cheval noir. Bonne re'- 
putation. 
Nathan de Morhange, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue de l'Echelle. 
Commerce en bijouteries. Passe-port du 31 mars 1754 pour six mois. 
Connu du magistrat, l'igure aux états des 2 janvier 1756, 16 juillet 
1756, décembre 1756. Décembre 1757 : fait la Banque. Il a fait autre- 
fois beaucoup de bruit dans Paris pour les différentes affaires qu'il 
a eues. Il est fort tranquille à présent. Il s'est rendu quelquefois 
utile. 30 juin 1758 : il n'y a pas de plainte contre luy. 
Noël Vidal, de Bordeaux, 13 juin 1855 : demeure Cul-de-Sac du Paon. 
Commerce en soyeries. Passe-port du 27 novembre 1754 pour un 
an. Bonne conduite. 6 juillet 1759: demeure quai de la Vallée, chez 
Duvivier, procureur au Grand Conseil. Est frère d'Abraham Vidal 
et son associé. 
Israël Isaag, de Bischeim en Alsace, 13 juin 1755 : demeure rue Beau- 
bourg, chez Duhanga, chirurgien. Commerce en clinquailleries. 
Passe-port du 28 février 1755 pour trois mois. Bonne conduite. 
2 janvier 1756: demeure rue Saint-Martin. 
Moyse Oppenheim, de Presbourg en Allemagne, 13 juin 1755 : demeure 
rue Geoffroy-Langevin, chez Gaspard. Commerce en clinquailleries. 
Compris dans le passe-port de Samuel Oppenheim, son frère. Bonne 
réputation. Figure à l'état du 16 juillet 1756. 29 décembre 1758: de- 
meure rue Saint-Martin, chez Duchais, marchand mercier. N'a pas 
de passe-port de la Cour. 
Samuel Oppenheim, de Presbourg, 13 juin 1755: demeure rue Geoffroy- 
Langevin. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 15 mars 1755 
pour trois mois. Bonne réputation. 16 février 1756 : demeure rue 
Maubué, chez Crosnier. De'cembre 1756 : demeure rue Geoffroy- 
Langevin. Commerce en bijouterie. 29 décembre 1758 : chez Gaspard. 
Philippe Samuel, d'Haltenat, 13 juin 1755: demeure rue Geoffroy-Lan- 
gevin, au Pilier vert. Commerce en pierreries. Passe-port du 26 mars 
1755 pour six mois. Bonne conduite. 30 décembre 1757 : « Philippe 
Samuel et Abraham Salomon, chez Ancelin, font le métier de gra- 
veurs ; ce sont de très habiles graveurs en pierres et qui ont une très 
bonne conduite. » 6 juillet 1759 : « Honnestes gens qui ont beaucoup 
de talent. » 
Isaac Nathan, de Franconie, 13 juin 1755 : demeure rue Maubué, chez 
Legouteux. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 14 décembre 
1754 pour six mois. Bonne réputation. 16 juillet 1756: chez Paradis, 
Polonais. 
Jacob de Paul père, de Bordeaux, 13 juin 1755 : demeure rue Saiut-André- 
des-Arts. Commerce en soyeries. Passe-port du 16 février 1755 pour 
six mois. Bonne conduite- Figure sur les états des 2 janvier 1756, 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 125 

16 juillet 1756 (chez le serrurier), décembre 1756, 3 ) décembre 
1757 (chez Lecomte), 30 juin 1758 (avec Jacob de Paul fils et Léa de 
Paul fille), 29 décembre 1758, 6 juillet 1759. 
Falk Michel, de Londres, 13 juin 1755 : demeure rue des Ménétriers, 
chez Girard. Commerce en clinquailleries. N'a point de passe-port. 
Ambulant. 
Mardoghé Ravel fils, d'Avignon, 13 juin 1755: demeure rue de l'Hiron- 
delle ; compris dans le passe-port de son père. Commerce en soyeries. 
Bonne conduite. 29 de'cembre 1758 : petit-maître portant souvent 
l'épée. 6 juillet 1759 : demeure hôtel de la Salamanque. Petit-maître 
et libertin. 
Salomon Jacob Hadmart, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue des Cor- 
deliers, chez la veuve Cochart. Commerce en soyeries. Passe-port 
du 4 décembre 1754 pour six mois. Bonne conduite. Figure au 2 jan- 
vier 1756, décembre 1756 : commerce en friperie. 30 de'cembre 1757: 
commerce en friperie. 30 juin 1758: demeure rue de la Parchemi- 
nerie, chez le marchand de tabac. Commerce en soyerie et mercerie. 
30 juin 1758 : demeure chez la D lle Lyot, commerce en mercerie. 
Bonne conduite. 6 juillet 1759 : n'a pas une excellente re'putation. Son 
frère a fait banqueroute; on croit qu'il ne tardera pas à faire de même. 
Jacob Cerf, de Pologne, 13 juin 1755 : demeure rue Simon-Lefranc, chez 
Jean-Pierre. Commerce en clinquailleries. N'a point de passe-port. 
Ambulant. 
Assur Mayer, de Cologne, 13 juin 1755: demeure rue Beaubourg, chez la 
veuve Benjamin. Employé' pour des affaires connues du Ministre de 
France. Passe-port du 11 septembre 1754 pour un an. Se comporte 
assez bien pour le présent. A e'té arrête' par les frères Legrand et 
Dumont. Figure à l'état du 2 janvier 1756. 16 juillet 1756 : est avec ses 
deux filles Esther et Sara ; son passe-port est expiré. Se comporte bien. 
Décembre 1756 : chez la veuve Benjamin. Passe-port du 10 septembre 
1756 pour quatre mois. Vit en débauche avec la veuve de Salomon 
Benjamin, est un intriguant qui cherche dans les pays e'trangers les 
deltes du Roy pour en solliciter icy le payement. Monsieur Rouille' 
luy a accordé un passe-port pour quatre mois qui expirera le 10 de 
janvier ; il luy a e'té nottifié que ce seroit le dernier qu'il auroit et a 
fait sa soumission par écrit au magistrat de quitter Paris à l'expira- 
tion du susdit passe-port. Mais j'ay appris qu'il se proposoit de se 
réfugier au Temple. 6 juillet 1759: demeure rue Saint-Honoré, au 
caffé de Bourgogne. Assez mauvais sujet. Connu du ministre et du 
magistrat. 
Ory Cahin et Raphaël Ory, de Metz, 13 juin 1755 : demeurent rue Saint- 
Martin, aux 3 perdreaux. Commerce en soyeries. Passe-port du 
21 mars 1755 pour trois mois. Bonne conduite. 2 janvier 1756: Com- 
merce en draperies. 
Isaac Lévy, sa femme et ses enfants, Hollandais, 13 juin 1755: demeurent 
rue des Ménétriers, chez un menuisier. Commerce en clinquailleries. 
Passe-port du 6 mars 1755 pour six mois. A fait banqueroute en 
Angleterre et en Hollande. La conduite qu'il a tenue dans ces pays 
demande qu'on observe de près celle qu'il tient icy ; jusqu'à présent 
il n'a rien fait de répre'hensible. 2 janvier 1755 : « le renvoyer de 
Paris. » Passe-port expiré. Mauvaise réputation, ayant fait banque- 
route en Hollande et en Angleterre. S'est sauvé des prisons 



126 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'Amsterdam. 16 juillet 1756 : demeure rue Transnonain, chez Roland, 
même observation qu'au pre'ce'dent. 

Mardoghé Mayer, de Manheim, 13 juin 1755: demeure rue Beaubourg, 
chez la veuve Benjamin. Commerce en bijouterie. Passe-port du 
28 septembre 1755 pour six mois. 

Mardoghé Jacob, de Nolback, près Sarlouis, 13 juin 1755 : demeure rue 
Saint-Martin, chez la veuve Harbet. Commerce de clinquailleries. 
Passe-port du 15 septembre 1754 pour six mois. Bonne réputation. 
30 de'cembre 1757 : demeure rue Beaucourg, chez Conflans, 30 juin 
1758 : brocanteur. 

Salomon Petit, de Bordeaux, 15 juin 1755: demeure rue de la Vieille- 
Boucherie, chez Aufroy, limonadier. Commerce en soyeries. Passe- 
port du 21 janvier 1755, pour un an. Bonne conduite. De même aux 
états des 2 janvier 1756 et 16 juillet 1756. 30 Décembre 1757: Il a 
été renvoyé de Paris par MM. Berryer pour escroqueries ; il a eu la 
permission d'y revenir- Depuis son retour, il n'est point revenu de 
plaintes contre luy. 29 décembre 1758, bon sujet. Figure à l'état du 
6 juillet 1759. 

Noël de Valabrèg-ue, de Bordeaux, 13 juin 1755: demeure sur le quai de 
la Vallée, à la Tortue. N'a point de passe-port, mais il doit se pour- 
voir au plutôt. Bonne réputation. 

Moyse Perpignan, d'Avignon, 13 juin 1755: demeure rue Saint- André- 
des-Arts, chez Courtibout. Commerce en soyeries. Passe-port du 
15 septembre 1755 pour six mois. Bonne conduite. 16 juillet 1756: 
même rue, chez Aufroy, limonadier. 30 décembre 1757 : quai de la 
Vallée, à la Pomme-d'Or. 

Moyse Sekel, de Vienne, en Autriche, 13 juin 1755: demeure rue Geoffroy- 
Langevin, chez Ancelin. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 
8 février 1755 pour six mois Bonne conduite. 

Isaag Wimphen, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue Simon-le-Franc, chez 
Champion. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 8 février 
1755 pour trois mois. Bonne réputation. Figure à l'état du 2 janvier 
1756. 30 décembre 1757 : brocanteur suspect dont la conduite est 
bonne à observer. 30 juin 1758: demeure rue Simon-Lefranc, au 
Signe-de-la-Croix ; frère de Bernard Wimphen, qui est au Petit- 
Châtelet; il est aussi mauvais sujet que luy; l'obliger à renouveler 
son passe-port. 29 décembre 1758 : demeure rue Geoffroy-Langevin. 
chez Marchand. Commerce en bijouterie, intriguant. Figure à l'état 
du 6 juillet 1759. 

Jacob Moyse, de Francfort, 13 juin 1755: demeure rue Simon-le-Franc, au 
Signe-de-la-Croix. Commerce en clinquailleries, n'a point de passe- 
port, ambulant. 

Isaag Hadmart, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue des Cordeliers, chez 
une sage-femme. Commerce en soyeries. Passe-port du 15 mars 
1754 pour trois mois. Bonne conduite. 16 juillet 1756 : logé rue des Cor- 
deliers, chez la veuve Cochart. Commerce en bijouterie. Bonne répu- 
tation. Figure à l'état de décembre 1756. 

Isaag Brisac, de Metz, 13 juin 1755: demeure rue Maubué, au Signe-de- 
la-Croix. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 19 février 1755, 
pour trois mois. Ambulant. 2 janvier 1756: bonne réputation. 30 dé- 
cembre 1757 : demeure rue Beaubourg, chez Conflans. Figure à 
l'état du 30 juin 1758. 29 décembre 1758 : demeure rue Neuve-Saint- 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 127 

Méry, chez Henry, bouchonnier, brocanteur. Figure à l'état du 
6 juillet 1759. 

Joseph et Samuel Abraham (deux frères), de Hambourg, 13 juin 1755: 
demeurent rue Sainl-Julien-des-Ménétriers, au Soulier d'Hollande. 
Commerce en clinquailleries. Passe-port du 5 février 1755 pour trois 
mois. 2 janvier 1756: demeurent rue Beaubourg, graveurs. Bonne 
réputation. Figurent à l'état du 16 juillet 1756. 

Abraham Kisne, de Francfort, 13 juin 1755: demeure rue Maubué, chez 
Crosnier. A été arrêté de l'ordre du roy et mis au Fort-1'Evêque, le 
10 avril 1755, pour n'avoir pas eu de passe-port, mais en a obtenu un 
depuis 1 . Figure à létat du 2 janvier 1756. Décembre 1756: demeure 
rue Maubué, chez une fruitière. Se comporte bien. 

Jacob Benjamin, d'Amsterdam, 13 juin 1755: demeure rue Maubué, chez 
Crosnier. N'a point de passe-port. Ambulant. 

Israël Dalpuget (l'aîné), de Bordeaux, 13 juin 1755: demeure rue Hau- 
tefeuille, hôtel de Poitiers. Commerce en soyeries. Passe-port du 
21 janvier 1755, pour un an. Bonne conduite. Figure aux états des 
2 janvier 1756 et 16 juillet 1756. 29 décembre 1758 : demeure rue de 
la Boucherie, chez un laitier; il a un passe-port pour un an, qui est 
expiré, et qu'il a envoyé au Ministère pour être renouvelé. 6 juillet 
1759: demeure hôtel de Beaujeu. Il est le seul de la famille des 
Dalpuget. 

Joseph Goudeghaux de Bonne, de Nancy, 13 juin 1755: demeure rue 
Maubué, chez Clément; travaille du métier de bijoutier; il a un 
passe-port de la ville de Nancy. Bonne conduite. 

Mary Jacob, de Broutville, en Alsace, 13 juin 1755: demeure rue Neuve- 
Saint-Médric, chez un cordonnier. Commerce de clinquailleries. 
Passe-port du 10 mai 1755, pour six mois. Bonne conduite. 30 dé- 
cembre 1757: demeure rue Beaubourg, chez Conflans. 

Abraham Philippe, de Fleguin, en Palatinat, 13 juin 1755: demeure rue de 
Touraine, hôtel d'Auvergne. Commerce en clinquailleries. N'a point 
de passe-port. Ambulant. 

Joseph Hadmart, de Metz, 13 juin 1755: demeure rue Saint-Martin, chez 
la veuve Morlet. Commerce en fripperies. Passe-port du 19 janvier 
1755 pour six mois. Bonne conduite. 16 juillet 1756: demeure rue 
des Cordeliers, chez la veuve Cochart. Commerce de bijouteries. 
6 juillet 1759 : demeure rue Geoffroy-Langevin, au Pilier- Vert. Son 
passe-port est envoyé au ministère pour être renouvelé. 

Léon Jacob, de Fùrth, en Allemagne, 13 juin 1755: demeure rue Maubué', 
chez Crosnier. Commerce de clinquailleries. N'a point de passe-port. 
Ambulant. 2 janvier 1756: brocanteur qui court les cafés. «Le ren- 
voyer de Paris ». 30 décembre 1757 : brocanteur ambulant. 

Gompel Wimphen, de Metz, 13 juin 1755: demeure rue Beaubourg, chez 
Constant. Commerce de clinquailleries. N'a point de passe-port. 
Brocanteur. 

Jacob Lévy (L'Evi), de Bischeim, en Alsace, 13 juin 1755: demeure rue 
Saint-Jullien-des-Ménétriers, hôtel Saint-Pierre. Est à Paris pour 
faire la banque. Pa^se-port du 13 janvier 1755 pour trois mois. Bonne 
conduite. Figure aux états des 30 décembre 1757, 30 juin 1758, 29 dé- 
cembre 1758. 6 juillet 1759: son passe-port est expiré. 

Isaag Israël, de Frémingue, en Lorraine, 13 juin 1755: demeure rue 
Maubué, chez Dartois. Commerce eu clinquailleries. Passe-port du 



128 REVUE DES ETUDES JUIVES 

5 février 1755 pour six mois. Bonne conduite. Décembre 1756 : de- 
meure rue Maubuée au Signe-de-la-Croix. Brocanteur. 30 de'cembre 
1757: demeure rue Beaubourg. 

Mayer Jacob, de Fremingue, en Lorraine, 13 juin 1755 : demeure rue 
Maubué, cbez Dartois. Commerce de clinquailleries- Passe-port du 
5 février 1755 pour six mois. Bonne réputation. 2 janvier 1756: de- 
meure rue Saint-Martin. Décembre 1756: rue Geoffroy-Langevin chez 
Gaspard. Ne fait pas parler de luy. Figure à l'état du 30 décembre 1757. 

Salomon Gédéon, de Furth, 13 juin 1755: demeure rue Geoffroy-Langevin, 
chez Ancelin. Commerce en clinquailleries. N'a point de passe-port. 
Brocanteur. 6 juillet 1759 : il a envoyé' son passe-port au ministère 
pour être renouvelé. 

Isaac Joseph, de Londres, ]3 juin 1755 : demeure rue Jean-Pain-Mollet, 
chez Gavel. Commerce en clinquailleries. N'a point de passe-port. 
Brocanteur ambulant. 2 janvier 1756 : il a sa femme avec luy, et il a 
fait deux fois banqueroute à Londres; « le renvoyer de Paris». 

Jacob Feilman, de Daiefer, en Friezlande, 13 juin 1755 : demeure rue 
Maubué, chez Paradis. Commerce en clinquailleries. N'a point de 
passe-port. Ambulant. 2 janvier 1756 : mauvaise réputation dans les 
cafe's ; «le renvoyer de Paris». 

Olry Lambert, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue Saint-Martin, chez la 
veuve Morlet. Commerce en friperies. Passe-port du 15 avril 1755 
pour six mois. Bonne conduite. 2 janvier 1756 : commerce en bijou- 
terie. « Son fils a fait banqueroute à Paris le mois passé, le renvoyer 
de Paris ». 16 juillet 1756 : bonne conduite. Décembre 1756 : ce n'est 
pas un trop bon sujet. 30 de'cembre 1757 « se comporte assez bien à 
présent ». 

Mayer Franc, de Metz, 13 juin 1755, demeure rue Geoffroy-Langevin, 
chez Gaspard. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 28 no- 
vembre 1754 pour trois mois. Bonne re'putation. Figure à l'état du 

2 janvier 1756. 

Aron Samuel Cahin, d'Haltenat, 13 juin 1755: demeure rue Maubué, chez 
Crosnier. Commerce en bijouterie. Passe-port du 21 mai 1755 pour 
six mois. Bonne réputation Figure à l'e'tat du 2 janvier 1756. 

Aron de Castres Bernard, de Bayonne, 13 juin 1755 : demeure rue de 
l'Hirondelle, hôtel de Reims. Commerce en soyeries. Passe-port du 
28 octobre 1754 pour un an. Bonne conduite. 2 janvier 1756: com- 
merce de chocolat. Figure aux états des 16 juillet 1756, décembre 
1756, 30 décembre 1757. 29 décembre 1758 : point de plaintes contre 
luy. 6 juillet 1759: demeure rue du plâtre-Saint-Jacques, hôtel Saint- 
Louis. Point de plaintes contre luy. 

Mayer Vasherman, de Ratisbonne, 13 juin 1755: demeure rue du Bouloi, 
chez Maillet. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 28 dé- 
cembre 1754 pour 6 mois. Bonne réputation 

Léon Ravel, d'Avignon, 13 juin 1755: demeure rue de l'Hirondelle, hôtel 
de Rouen. Commerce en soyeries. Passe-port du 5 février 1755 pour 
six mois. Figure à l'état du 2 janvier 1756. 

Samuel Lévy, de Meilbach, 13 juin 1755: demeure rue Jean-Pain-Mollet, 
chez Gavet, limonadier. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 

3 mars 1755 pour six mois. Bonne re'putation. 16 juillet 1756: de- 
meure rue Maubué, chez Crosnier. 

Samuel Noé, de Londres, 13 juin 1755: demeure rue Galande, à la Magde- 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 129 

leinc N'a point de passe-port, graveur. « Il est fils de Noé Samuel 
qui a fait banqueroute, et il ne promet pas estre meilleur sujet que 
son père ». 

Moyse Oppeniieim, de Francfort, 13 juin 1755: demeure rue Geoffroy 
Langevin, chez Gaspard. Commerce en bijouteries. Compris dans le 
passe-port de son père. Bonne réputation. 2 janvier 1756: demeure 
rue Maubué. 

Lazare Hart, d'Hansbach, 13 juin 1755: demeure sur le Pont-Notre-Dame, 
chez M. Berryer Commerce en clinquailleries. Passe-port du six 
mars 1755 pour six mois. Bonne réputation, 2 janvier 1756: demeure 
rue Saint-Martin. Décembre 1756: rue du Poirier, chez Beaujour, 
brocanteur. 

Isaag Campos, de Bayonne, 13 juin 1755: demeure quai de la vallée, hôtel 
d'Auvergne. Commerce de chocolat. Passe-port du 28 septembre 1755 
pour un an. Bonne conduite. Figure aux états des 2 janvier 1756, 
16 juillet 1756, décembre 1756, 30 décembre 1757. 30 juin 1758 : 
demeure quai des Augustins, hôtel d'Auvergne. Figure à l'état du 

29 décembre 1758. 6 juillet 1759 : « Il n'y a point de plaintes contre 
luy ». 

Mayer Hadmart, de Melz, rue des Cordeliers, chez la veuve Cochart. Com- 
merce en draperies. Passe-port du 28 mai 1755 pour trois mois. 
Bonne conduite. Figure aux états des 16 juillet 1756, décembre 1756 
et 30 décembre 1757. 

Jacob de Paul fils, de Bordeaux, 13 juin 1755: demeure rue Saint-André- 
dcs-Arts, chez Lecomte. Commerce en soyeries. Passe-port du 
1 er octobre 1754 pour un an. Bonne conduite Figure aux états des 
2 janvier 1756, décembre 1756, 30 décembre 1757, 30 juin 1758 (avec 
Jacob de Paul père, et Léa de Paul fille), 6 juillet 1759. 

Salomon Hayem, d'Angleterre, 13 juin 1755 : demeure rue Maubué, à la 
Croix-Blanche, Commerce en clinquaillerie. Passe-port du 28 no- 
vembre 1754 pour six mois. Bonne réputation. Figure à l'état du 
2 janvier 1756. Décembre 1756 : demeure rue Maubué, chez Crosnier, 

30 décembre 1757, rue Simon-Lefranc, chez Laniel, tailleur. Figure à 
l'état du 30 juin. 29 décembre 1758: « Il n'y a pas de plaintes contre 
luy ». Figure à l'état du 6 juillet 1759. 

Mardoghé Bernheim, de Bezonville, en Lorraine, 13 juin 1755 : demeure 
rue des Ménétriers, chez Girard. Commerce de clinquailleries. N'a 
point de passe-port. Ambulant suspect. 16 juillet 1756: demeure rue 
Beaubourg, chez Conflans. Décembre 1756 : rue Saint-Martin, au café 
Génois. 30 décembre 1757: se comporte bien. 30 juin 1758: rue 
Aubry-Bouché, chez Valan, orfèvre. Figure à l'état du 6 juillet 1759. 

Lyon Nathan Cahin, de Metz , 13 juin 1755 : demeure rue Geoffroy- 
Langevin chez Ancelin. Commerce en bijouteries. Passe-port du 9 
avril 1755 pour trois mois. Bonne conduite 2 janvier 1756 : com- 
merce en friperies. 16 juillet 1756 : commerce en bijouteries. 
Figure aux états de décembre 1756, du 30 décembre 1757 et du 
30 juin 1758. 

Abraham Hambourg, de Metz, 13 juin 1755: demeure rue Saint-Martin, 
chez la veuve Morlet. Commerce en soyeries. Passe-port du 11 avril 
1755 pour trois mois. Figure à l'état du 16 juillet 1756. 30 décembre 
1757: brocanteur ambulant. 

Nathan Grodvol, de Metz, 13 juin 1755: demeure rue Geoffroy-Langevin, 
T. XLIX, n° 97. 9 



iaû REVUE DES ETUDES JUIVES 

chez Ancelin. Commerce en clinquaillerie. Passe-port du 14 mars 
1755 pour trois mois. Bonne conduite. Figure aux états du 30 dé- 
cembre 1757 et du 29 décembre 1758. 30 juin 1758 : demeure rue Saint- 
Martin, chez la veuve Talon. 6 juillet 1759: rue Saint-Martin, chez 
Brinette, tailleur (au Gagne-Petit). Se comporte bien. 
Jonathas Gargassonne, de Bordeaux, 13 juin 1755 : demeure rue Maçon, 
hôtel d'Anjou. Commerce en soyeries. Passe-port du 12 mais 1755 
pour un an. Bonne conduite. 2 janvier 1756: demeure rue de l'Hiron- 
delle. 
Lazare Franc, de Metz, 13 juin 1755: demeure rueMaubue', chez Crosnier. 
Commerce en bijouteries. Passe-port du 5 mars 1755 pour trois 
mois. Bonne conduite. 16 juillet 1756: demeure rue et hôtel Mont- 
morency. 
Maver Victor, de Hambourg, 13 juin 1755 : demeure rue Maubué, chez 
Crosnier. Commerce en clinquaillerie. Passe-port du 30 janvier 1755 
pour six mois. Bonne conduite. Figure aux e'tats des 2 janvier 1756, 
décembre 1756, 30 décembre 1757. 30 juin 1758: rue Beaubourg, 
chez Ancelin, brocanteur. « Il n'y a pas de plaintes contre luy : luy 
dire de se mettre en règle pour son passe-port». 
Cerf Wolf, de Furth, 13 juin 1755: demeure rue Bourg-l'Abbé, chez un 
cordonnier. Commerce en clinquailleries. N'a point de passe-port. 
Brocanteur. 
Hertz Worllach, de Londres, 13 juin 1755 : demeure quay de la Ferraille 
« au caffé du midy » ; est à Paris pour apprendre la langue fran- 
çaise ; n'a point de passe-port. Bonne réputation, 
Lévy Cosman, d'Amsterdam, 13 juin 1755 : demeure rue Maubue', chez 
Crosnier. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 5 may 1755 
pour six mois. Bonne réputation. 
Salomon Daguilar, de Bordeaux, 13 juin 1755 : demeure sur le quai de 
lu Vallée, hôtel d'Auvergne. Est à Paris pour se faire faire l'opéra- 
( lion de la fistule. Passe-port du 13 avril 1755 pour un an. Bonne 
conduite. Figure à l'état du 2 janvier 1756. 
Léon Bachrat, de Vienne en Autriche, 13 juin 1755 : demeure rue Mau- 
bué, chez Legouteux. Commerce en clinquailleries. N'a point de 
passe-port. Brocanteur ambulant. 
Daniel Brisac, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue Geoffroy-Langevin, 
chez Gaspard; est à Paris pour y suivre un procès. Passe-port du 
25 avril 1755 pour trois mois. Bonne re'putation. 
Israël Arraham, d'Angleterre, avec Rachel, sa fille, 13 juin 1755: de- 
meure rue Maubué, chez Legouteux. Commerce en clinquailleries. 
N'a point de passe-port. Ambulant. 2 janvier 1756 : bonne conduite. 
29 décembre 1758 : demeure rue Maubué, è la Croix blanche. 
Joseph Cahin, de Metz, 23 juin 1755: demeure rue Maubué, chez Legou- 
teux. Commerce en bijouteries. N'a pas de passe-port, mais il se 
pourvoit au plus tôt pour en obtenir un. Bonne réputation. 16 juillet 
1756 : demeure rue Maubué, au Signe de la Croix. Décembre 1756 : 
brocanteur. 29 décembre 1758 : demeure rue Maubué, chez Le Con- 
tent. Son passe-port est en cours pour le renouveler. 6 juillet 1759 : 
demeure rue Maubué, au Signe de la Croix. 
Israël Salomon, de Londres, 13 juin 1755 : demeure rue Saint-Martin, 
chez la veuve Malet. Commerce en clinquailleries. N'a pas de passe- 
port. Brocanteur. 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 131 

Salomon Mayer, de Hollande, 13 juin 1755 : demeure rue Maubué, chez 
Crosnier. Commerce en clinquailleries. N'a pas de passe-port. Bro- 
canteur. 

Alexandre Léon, de Hambourg, 13 juin 1755 : demeure rue Maubué, chez 
Crosnier. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 12 avril 1755 
pour six mois. Bonne réputation. 2 janvier 1756 : brocanteur. 

Jacob Michel, de Rausbourg, 13 juin 1755 : demeure rue Maubue', chez 
Paradis. Commerce en clinquailleries. N'a pas de passe-port. Bro- 
canteur. 

Heyman Moyse, de Bonn, près de Cologne, 13 juin 1755 : demeure rue 
Simon-Lefranc, au Signe de la Croix Commerce en clinquailleries. 
N'a pas de passe-port, mais il doit s'en pourvoir. Bonne réputation. 

Bernard Wimphen, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue du Poirier, chez 
Bougon. Commerce en clinquailleries. N'a pas de passe-port. Am- 
bulant- 2 janvier 1756 : demeure rue Geoffroy-Laneevin. N'a pas de 
passe-port. Brocanteur. Le renvoyer de Paris. 30 juin 1758 : demeure 
rue Geoffroy-Lange vin, chez Ancelin. Commerce en bijouteries. 
Mauvais sujet ; il est au Petit Châtelet pour dettes. 

Abraham Elie Worms, de Metz, 13 juin 1755 : demeure rue Geoffroy- 
Langevin, chez Gaspard. Commerce en clinquailleries. N'a pas de 
passe-port d'aucuns pays. Ambulant suspect. Décembre 1756 : de- 
meure rue Maubué, chez Crosnier. Brocanteur. 30 de'cembre 1755 : 
demeure rue Beaubourg, chez Conflans. Commerce en quincailleries. 
Passe-port du 26 août 1757 pour trois mois. « Très mauvais sujet et 
cependant il n'est pas revenu de plaintes contre luy. » 30 juin 1758 : 
Il n'y a pas de plaintes contre luy; bonne conduite. 29 décembre 

1758 : demeure rue Quimcampoix, à l'Etoile couronnée. 6 juillet 

1759 : demeure rue Saint- Honoré, chez Cossel, marchand de vins. 
Daniel Manz, de Londres, 13 juin 1755: rue Saint-Denis, chez M. Devaux. 

Est à Paris pour apprendre la langue françoise ; n'a point encore de 
passe-port, mais il doit se pourvoir au plus tôt. Bonne réputation. 
2 janvier 1756: demeure rue Saint-Julien-des-Ménétriers. 

Aron Mendès Quiros, Espagnol, résidant à Bordeaux, 13 juin 1755: de- 
meure rue Traversière. hôtel de Malte. Commerce en soyeries. N'a 
pas encore de passe-port. Bonne réputation 2 janvier 1756 : demeure 
rue de l'Hirondelle. 16 juillet 1756 : rue Traversière, hôtel de Malte. 
30 juin 1758 : rue Bétizy, chez Lavergne, perruquier. 29 décembre 
1758 : rue Saint-Martin, chez la veuve Morlet, se comporte bien. 
6 juillet 1759 : demeure rue Neuve-Guillemin, chez le charon. 

Michel Goudchaux, de Nancy, 13 juin 1755 : demeure rue et hôtel Mo- 
morency, syndic de la communauté des Juifs de la Lorraine. N'a pas 
encore de passe-port. Connu pour honneste homme; il est frère de 
celui qui est réfugié au Temple. 

Leehmann Nedre, de Rosheim (Alsace), 13 juin 1755 : demeure rue et hôtel 
Momorency, est à Paris pour des affaires de justice. N'a pas encore 
de passe-porl. Honneste homme. 

Aron Mayer, de Modzchy, en Alsace, 13 juin 1755: demeure rue et hôtel 
Momorency. Commerce en quallité de munitionnaire à l'armée de 
Bavière. N'a pas encore de passe-port. Honneste homme. 

Aron Moyse, de Londres, 13 juin 1755: demeure rue du Poirier, chez une 
fruitière. Commerce en clinquailleries. N'a pas de certificat d'aucuns 



132 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pays. Ambulant. 6 juillet 1759 (Harlem) : demeure à Ghaillot, chez 
Drioux, à l'Ecu de France. Brocanteur ambulant. 
Mayer Lévy, de Cologne, 13 juin 1755 : demeure rue du Poirier, chez une 
fruitière. Commerce en clinquailleries. N'a pas encore de passe-port. 
Honneste homme et connu comme tel. 



Lazare Brisag, de Metz, 2 janvier 1756: demeure rue Saint-Martin. Com- 
merce en chevaux. N'a point de passe-port. Maquignon. 

Joseph Compert, de Francfort, 2 janvier 175(5 : demeure rue Simon- 
Lefranc. Commerce en bijouteries. Passe-port du 11 juin 1755 pour 
six mois. Bonne réputation, 

Abraham Mendès, Portugais, 2 janvier 1756: demeure quai de la Valle'e, 
hôtel d'Auvergne. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 
16 décembre 1755 pour un an. Bonne conduite. Figure à l'état du 
16 juillet 1756. 6 juillet 1759: demeure quay des Augustins, hôtel 
d'Auvergne. 

Anselme Wolf et Samuel Openheim, son frère, de Presbourg, en Alle- 
magne, 2 janvier 1756 : demeure rue Geoffroy-Langevin. Commerce 
de bijouteries. « Ont perdu leur passe-port; ils sont connus pour 
honnestes gens. » 

Abraham Isaag Lefman, de Hanovre, 2 janvier 1756 : demeure rue Maubué. 
Commerce en clinquailleries. N'a point de passe-port. Brocanteur. 

Joseph Astrug, de Bordeaux, 2 janvier 1756 : demeure rue Dauphine. 
Commerce en soyeries. N'a point de passe-port : le magistrat n'ayant 
pas voulu luy en accorder; le mettre en prison. 30 juin 1758: de- 
meure rue Hautefeuille, hôtel de Beaujeu. N'a pas de passe-port. Il 
n'y a pas de plaintes contre luy. « Pourquoy a-t-il resté depuis ce 
temps sans passe-port? » 6 juillet 1759 : demeure quay des Au- 
gustins, hôtel d'Auvergne. Passe-port du 27 avril 1759 pour un an. 

Marx Jacob, de Brouteville, en Alsace, 2 janvier 1756 : demeure rue 
Maubué. Commerce en ciiuquailleries A un passeport expire en 
date du 28 novembre 1754 pour six mois ; il faut qu'il le fasse renou- 
veler. Bonne réputation. 16 juillet 1756 : demeure rue du Harley. 

Jacob Lévy, de Londres, 2 janvier 1756 : demeure rue Quinquempoix. 
Commerce en clinquailleries Passe-port du 3 janvier 1754, expiré 
pour six mois. Brocanteur. « A renvoyer de Paris. » 

Joseph Worms, de Metz, 2 janvier 1756 : demeure rue Geoffroy-Langevin. 
Commerce en clinquailleries. Passe-port du 31 octobre 1755 pour 
trois mois. Bonne conduite. 16 juillet 1756 : demeure rue Saint- 
Martin, chez la veuve Morlet. 30 juin 1758 : rue Saint-Martin, hôtel 
de Saxe, à la suite de plusieurs affaires qu'il a en cette ville. 
Mauvais sujet, o Luy dire de s»e retirer de Paris. » 29 décembre 1758 : 
à la suite de plusieurs affaires pour des sommes qui luy sont dues. 
Se comporte bien. 

Joseph Elias, de Hambourg, 2 janvier 1756 : demeure rue Maubué. Com- 
merce en clinquailleries. N'a point de passe-port. A Bicestre, de 
l'ordre du Roy. Décembre 1756 : demeure rue Geoffroy-Langevin, 
chez Gaspard, A une assez bonne conduite pour le présent 

Alexandre Jacob, de Guniglauche, en Allemagne, 2 janvier 1756 . de- 
meure rue Maubué. Commerce en clinquailleries. N'a point de passe- 
port. « Il n'y a rien de positif contre luy. » 30 décembre 1757 : 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 133 

demeure rue Maubue', chez Crosnier. Se comporte bien. Figure à 
l'état du 30 juin 1758. 29 décembre 1758 : demeure rué Maubué, au 
Signe de la Croix. Commerce en friperies. Figure à l'état du 6 juillet 
1759. 

Salomon Astrug, de Bordeaux, 2 janvier 1756: demeure rue Saint-André- 
des-Arts. Commerce en soyeries. Passe-port du 7 septembre 1755 
pour un an. Bonne conduite. Figure à l'état du 16 juillet 1756. 
Décembre 1756 : demeure chez Pierre, relieur. 30 décembre 1757, 
rue du Battoir, chez M'" e Morel, frère de Daniel Astruc. « 11 m'est 
recommandé par M. Berryer comme son frère. » Figure à 1 elat du 
30 juin 1758. 29 décembre 1758 : demeure rue Saint-Andre'-des-Arts, 
chez la dame Michou, « petit-maître portant souvent lepée ». 6 juillet 
1759 : « Il est à Bordeaux et a été' mis sur cet état par erreur; il est 
un peu plus mauvais sujet encore que Moyse, son frère, dont est 
parlé cy-dessus. » 

Abraham David, de Berlin, 2 janvier 1756 : demeure rue Maubué. Com- 
merce en clinquailleries. Passe-port du 31 août 1755 pour six mois. 
Bonne conduite. 16 juillet 1756 : demeure rue Maubué, à la Croix 
blanche. Décembre 1756 : rue Beaubourg, chez le sieur Hoga. Bro- 
canteur. 30 décembre 1757 : demeure rue Geoffroy-Lange vin, aux 
Piliers verts. 30 juin 1758 : « Idem pour se mettre en règle. » 

Samuel Lévy, de Meilbach, 2 janvier 1756 : demeure rue Maubué. Com- 
merce en clinquailleries. Passe-port du 5 novembre 1755 pour six 
mois. Brocanteur. De'cembre 1756 : demeure chez Crosnier. Se com- 
porte bien. 

David Daniel, de Metz, 2 janvier 1756 : demeure rue Saint-Martin. Com- 
merce en clinquailleries. Passe- port du 31 octobre 1755 pour trois 
mois. Bjnne conduite. 

Moyse Blieu et Salomon Blieu, son fils, d'Obernay en Alsace, 2 janvier 
1756: demeure rue et hôtel Momorency. Commerce en et 

ont fourny les troupes de l'année de Bavière. Passe-port du 24 oc- 
tobre 1755 pour trois mois. Bonne réputation. Connus du ministre. 
Décembre 1756 : « pour ses affaires avec les affaires » (?) 

Mathéks Samson, d'Ansbacq, 2 janvier 1756 : demeure rue Maubué. Com- 
merce en clinquailleries. Passe-port du 14 octobre 1755 pour six 
mois. Bonne conduite. 

Marc Francfort, de Metz, 2 janvier 1756 : demeure rue Geoffroy-Lange- 
vin. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 31 octobre 1755 pour 
trois mois. Bonne conduite. 16 juillet 1756: demeure rue Beaubourg, 
chez Conflans. Figure à l'état de décembre 1756. 30 décembre 1757 : 
brocanteur ambulant. Figure aux états des 30 juin 1758, 29 décembre 
1758, 6 juillet 1759. 

Jacob de Creianche, de Metz, 2 janvier 1756 : demeure rue Saint Martin. 
Commerce en clinquailleries. Passe-port du 31 octobre 1755 pour 
trois mois. Bonne réputation. Décembre 1756 : demeure rue Saint- 
Martin, chez la veuve Moiiet. 30 décembre 1757, rue des Cordeliers, 
chez la veuve Cochart. 

Léon Zacharie, Polonais, 2 janvier 1756 : demeure rue Maubué. Commerce- 
en clinquailleries. N'a point de passe-port. Mauvaise réputation; «le 
renvoyer de Paris ». 6 juillet 1759 : demeure rue des P. Ch. S. M., 
chez la dame Perrin. 

Moyse Prague, de Prague, 2 janvier,, 1756 : demeure rue Beaubourg. Corn- 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

merce en clinquailleries. N'a point de passe-port. Mauvaise réputa- 
tion ; « le renvoyer de Paris ». 

Jacob Dalpugèt, le jeune, de Bordeaux, 2 janvier 4756 : demeure rue 
Saint-André-des-Arts. Commerce en soyeries. Passe-port du 27 juillet 
1755 pour un an. Prote'gé de M. le comte de Saint-Florentin. 16 juillet 
1756: a fait deux grosses banqueroutes. Décembre 1756 : demeure 
chez Pousardin. 30 décembre 1757 : « et son frère; ils ont fait deux 
banqueroutes qui ont monté à 1500 mille livres, leurs fils et neveu ont 
tous été mis en prison et renvoyés de Paris. M. Berryer leur a permis 
d'y revenir depuis trois mois ». Figurent à l'état du 30 juin 1758. 
29 décembre 1758 : «n'est point revenu de plaintes contre luy ». 
6 juillet 1759 : « Associé de son père et dans le même cas que luy. » 

Israël Simon, de Pologne, 2 janvier 1756 : demeure rue du Poirier. Com- 
merce en clinquailleries. Passe-port du 31 août 1755 pour six mois. 
Bonne conduite. 

Isaac Abraham Paulnau, de Bohême, 2 janvier 1756: demeure rue Maubué. 
Commerce en clinquailleries. Passe-port du 26 septembre 1755 pour 
six mois. Bonne conduite. Commerce en bijouteries. Se comporte 
bien. 30 décembre 1757: rue Maubué, chez Crosnier. 30 juin 1758: 
rue Beaubourg, chez Conflans. 

Israël Jacob et Wulfhairchel, d'Hambourg, 2 janvier 1756 : demeurent 
rue Saint-Martin. Graveurs. Passe-port du 11 novembre 1755 pour 
six mois. Bonne réputation. 

Abraham Moyse, de Suaibacq, en Allemagne, 2 janvier 1756 : demeure rue 
Maubué. Commerce en clinquailleries. N'a point de passe-port. «Bro- 
canteur qui court les caffe's, le renvoyer de Paris». 16 juillet 1756: 
demeure chez Legouteux. Bonne conduite. Figure à l'état de 
décembre 1756. 30 décembre 1757 : brocanteur ambulant. 

Elie Karleback, de Guniglauche, 2 janvier 1756 : demeure rue Maubué', 
faisant métier de boucher pour les Juifs. N'a point de passe-port. Il 
n'y a rien contre luy. 

Josué Petit, de Bordeaux, 2 janvier 1756 : demeure rue Saint-André-des- 
Arts. Commerce en soyeries. Passe-port du 26 novembre 1755 pour 
un an. Protégé de M. le comte de Saint-Florentin. 16 juillet 1756: 
demeure chez Pousardin, a fait deux grosses banqueroutes. 30 juin 

1758 : demeure rue Hautefeuille, hôtel de Poitiers, bonne conduite. 
29 de'cembre 1758 : se comporte bien. Figure à l'état du 6 juillet 1759. 

Samuel Et'HRAiM, de Boulay, en Lorraine, 2 janvier 1756 : demeure rue 
Saint-Martin. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 28 no- 
vembre 1755 pour trois mois. Bonne conduite. 16 juillet 1756: de- 
meure rue Geoffroy-Langevin, chez Gaspard Commerce en clin- 
quailleries. Passe-port du 25 fe'vrier 1756 pour trois mois. 6 juillet 

1759 : demeure rue Maubué. chez Legouteux. 

Borich Alphen, de Metz, 2 janvier 1756 : demeure rue Saint-Martin. Com- 
merce en clinquailleries. Passe-port du "31 octobre 17^5 pour trois 
mois. Bonne réputation. 

Samuel Blin, de Worms, 2 janvier 1756 : demeure rue Saint-Martin. Com- 
merce en clinquailleries. N'a point de passe-port; attend son passe- 
port de la Cour. 

Isaac Drayfous, de Sirentz, en Alsace, 2 janvier 1756 : demeure rue et 
hôtel Momoreucy ; à Paris pour un procès n'a point de passe-port; 
attend son passe-port de la Cour. 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 135 

Jacob Spinosa junior, Portugais, 2 janvier 1756 : demeure rue Greneta. 
Commerce en bijouteries; n'a pas de passe-port; attend son passe, 
port de la Cour. 

Marius Lechman, de Dresde, 2 janvier 1756 : demeure rue Beaubourg. 
Commerce en bijouteries; n'a pas de passe-port; attend son passe- 
port de la Cour. 19 juillet 1756: demeure chez M" Endormie. 

Jacob Lévy, de Strasbourg, 2 janvier 1756 : demeure rue Beaubourg. Com- 
merce en bijouteries et fait la banque. Passe-port du 22 octobre 
1755 pour trois mois. Bonne conduite. 16 juillet 1756 : demeure chez 
M me Benjamin. Décembre 1756 : rue Platrière, chez Mauduit. 

Salomon Cahin de Metz, 2 janvier 1756 : demeure rue Saint-Martin. Com- 
merce en clinquailleries. N'a pas de passe-port; attend son passe- 
port de la Cour. Figure sur l'état de décembre 1756. 30 décembre 
1757 : demeure rue et échelle du Temple. Commerce en friperies. 
30 juin 1758 : demeure chez Masson, marchand de bieire. 29 dé- 
cembre 1758 : demeure rue Geoffroy-Lange vin, chez Naugeot. 6 juillet 
1759 : rue Saint-Martin. « 11 n'y a point de plaintes contre luy. » 

Garçon et Olry Cahin, de Metz, 2 janvier 1756 : demeurent rue et hôtel 
de Momorency. Commerce en bijouteries. N'ont pas encore de passe- 
port, attendent leur passe-port de la Cour. 30 décembre 1757 : se com- 
portent bien. 30 juin 1758 : il n'y a point de plaintes contre eux. 
Passe-port du 20 décembre 1757 pour trois mois expiré; les obliger 
à renouveler leur passe-port. 29 décembre 1758. Passe-port du 
20 novembre 1758 pour trois mois, Brocanteurs. 

David Abraham Léon, de Bayonne, 2 janvier 1756 : demeure rue Beau- 
bourg. Commerce de jouailleries. N'a pas encore de passe-port; 
attend son passe-port de la Cour. 

Joseph Bouver, de Bamberg, 2 janvier 1756 : demeure rue Beaubourg. 
Commerce en jouailleries. N'a pas encore de passe-port; attend son 
passe- port de la Cour, 16 juillet 1765: demeure chez M" ,e Benjamin. 

Anna Hereskshmit, de Berlin, 2 janvier 1756 : demeure rue Jean-Robert. N'a 
point de commerce. N'a point de passe-port. « Les Juifs se plaignent 
de son dérangement et assurent qu'elle racroche tous les soirs rue 
Saint-Martin et pour être plus authorisée par la suite à continuer ce 
commerce, elle veut se faire chrétienne. Faudroit l'arrester racrochant 
et l'amener chez un Commissaire pour constater la débauche. » 

Jacob Moyse, d'Augsbourg, 2 janvier 1756 : demeure rue Maubué. Com- 
merce en bijouteries. N'a pas encore de passe-port ; attend son 
passe-port de la Cour. 

Elie Worms, de Sarlouis, 2 janvier 1756 : demeure rue Jean de l'épine. 
Commerce en bijouteries. N'a pas de passe-port. A Bicestre de l'ordre 
du roy. 16 juillet 1756 : demeure rue Neuve-Saint-Me'ri. Mauvais 
sujet. Est sorti depuis peu de Bicestre où il a été trois fois. « S'il 
reste encore quelque tems icy, le faire remettre à Bicestre. » Dé- 
cembre 1756 : mauvais sujet, a été mis trois fois à Bicestre; pré- 
sentement réfugié au Temple. 
Josué Naquet, d'Avignon, 2 janvier 1756: demeure rue Hautefeuille. 
Commerce en soyeries. Passe-port du 8 mars 1755 pour un an. 
Bonne conduite. 16 juillet 1756, commerce de friperies. 
Aron David et sa femme, de Metz, 2 janvier 1756: demeure rue Geoffroy 
Langevin. Commerce en clinquailleries. N'a pas de passe-port « a 
été retenu à Paris par rapport à sa femme qui est preste dacoucher». 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lambert Compertz, de Metz, 16 juillet 1756: demeure rue et hôtel Morno- 
rency. Commerce de friperies. Passe-port du 23 mars 1756 pour trois 
mois. Bonne conduite. 

Abraham Salomon et Philippe Samuel, d'Altonat, 16 juillet 1756: de- 
meure rue Geoffroy-Langevin, au Pilier-Vert. Ils sont graveurs. 
Passe-port du 26 mars 1756 pour six mois. Bonne réputation. Figure 
dans l'e'tal de décembre 1756. 20 décembre 1757 : « Ce sont de très 
habiles graveurs et qui ont une très bonne conduite ». 30 juin 1758: 
« bons sujets ». 29 décembre 1758 : « honnestes gens ». 6 juillet 1759 : 
« honnestes gens qui ont beaucoup de talent ». 

Moyse Isaag Spir Lévy, de Metz, 16 juillet 1756: demeure rue Beaubourg 
chez M me Benjamin; fait la banque et le commerce de jcuailleries. 
Passe-port du 25 juin 1756 pour trois mois. Bonne réputation. Dé- 
cembre 1756: « honneste homme ». 30 décembre 1757 : demeure rue 
Simon-Lefranc chez Champion. 30 juin 1758: rue Saint-Martin, à la 
Fleur de Lys d'Or. 

Lyon de Paul, de Bordeaux, 16 juillet 1756: demeure rue Saint-André- 
des-Arts, chez le serrurier. Commerce en soyeries. Passe-port du 
4 septembre 1755 pour un an. Bonne conduite. Figure à l'état du 
30 juin 1758. 29 décembre 1758 : « Il n'est point revenu de plaintes 
contre luy. 6 juillet 1759: Bonne conduite. 

Jacob Abraham, de Haufsten, près Mayence, 16 juillet 1756: demeure rue 
Maubue', à la Croix-Blanche. Commerce de clinquailleries. N'a pas de 
passe-port. Ambulant qui n'a jamais eu de passe-port, « bon pour la 
prison ». 

Benjamin Isaac, Allemand, 16 juillet 1756: demeure rue Beaurepaire, chez 
Pontonier. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 15 mai 1756 
pour six mois. Bonne conduite. Décembre 1756: demeure rue Simon- 
Lefranc ; 30 décembre 1757, chez Laniel, tailleur. Se comporte bien. 
30 juin 1758 : brocanteur. Figure sur l'état du 29 décembre 1758. 

Jacob Profat, d'Avignon, 16 juillet 1756: demeure quai de la Ferraille, à 
la Pomme- d'Orr Commerce en soyeries. Passe-port du 8 janvier 
1756 pour six mois. Bonne conduite. Figure sur l'état de décembre 
1756. 

LyonEmanuel Glaugau, de Furth, 16 juillet 1756: demeure rue Geoffroy- 
Langevin, chez Ancelin. Commerce en bijouteries. Passe-port du 
23 juin 1756 pour six mois. Bonne réputation. 

Gaudechaux May, de Metz, 16 juillet 1756 : demeure rue Geoffroy-Lan- 
gevin, chez Ancelin. Commerce de friperies. Passe-port du 31 fé- 
vrier (!) 1756 pour trois mois. Bonne conduite. Décembre 1756: 
brocanteur. 6 juillet 1759: Commerce en clinquaillerie-. 

Jacob Trénel, de Metz, 16 juillet 1756: demeure rue Simon-Lefranc, chez 
Champion. Commerce de bijouteries. Passe-port du 18 mai 1756 
pour trois mois. Bonne conduite. 30 décembre 1757 : demeure rue 
Saint-Martin, chez la veuve Talou. Se comporte bien. 30 juin 1758: 
demeure rue Saint-Martin, chez la veuve Morlet. Il n'y a pas de 
plaintes contre luy. 29 décembre 1758 : demeure rue Saint-Martin, 
chez Brunet, tailleur. 6 juillet 1859: rue aux Ours, au Gagne-Petit. 

Jacob Samuel Cahin, de Metz, 16 juillet 1756 : demeure rue Beaubourg, 
chez Conflans. Commerce en clinquailleries. N'a pas de passe-port. 
Brocanteur ambulant; bon pour la prison. Décembre 1756: se com- 
porte bien. 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 137 

Jacob Astrug, d'Avignon, 16 juillet 1756: demeure rue Dauphine, Aux 
Armes de l'Empereur. Commerce en soyerics. Passe-port du 24 juin 
1756 pour un an. Bonne conduite. Figure sur l'état de décembre 
1756. 

Cerf Aron, de Pologne, 16 juillet 1756: demeure rue Maubué, chez la 
veuve Corsou. Commerce de clinquailleries. Passe-port du 4 février 
1756 pour six mois. Bonne conduite. 

Garçon Limbourg, de Dieuze, eu Lorraine, 16 juillet 1756 : demeure rue 
Geoffroy- Langevin, chez Gaspard. Commerce de clinquailleries. 
Passe-port du 5 mars 1756 pour trois mois. Bonne conduite, dé- 
cembre 1756: demeure rue Maubué, chez Crosnier. 30 décembre 
1757: rue et hôtel Momorency avec Isaac Limbourg. Honnestes gens. 
30 juin 1758: rue Saint-Martin, chez la veuve Morlet. 29 décembre 
1758: «à la suite de plusieurs affaires et procès qu'ils ont en cette 
ville ; il n'y a point de plaintes contre eux ». 

Joseph Aron, de Darmsladt, 16 juillet 1756: demeure rue Maubué', chez 
Crosnier. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 26 septembre 
1755 pour six mois. Bonne conduite Décembre 1756 : brocanteur. 

Salomon Benjamin, d'Amsterdam, 16 juillet 1156: demeure rue Maubué, 
chez Legouteux. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 25 fe'- 
vrier 1756 pour six mois Bonne conduite. Figure dans l'état du 
30 décembre 1757. 30 juin 1758: Passe-port du 23 octobre 1757 
expiré. Brocanteur «■ l'obliger à renouveler son passe-port ». 

Lipmann Nathan, de Franconie, 16 juillet 1756: demeure rue Maubué, 
chez Crosnier. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 28 jan- 
vier 1756 poursixmois. Bonne conduite. Décembre 1756: demeure 
rue Maubué, "au Signe-de-la-Croix. 

Jacob Samuel et Isaac Daniel, d'Amsterdam, 16 juillet 1756 : demeurent 
rue Maubué. Ils sont graveurs. Passe-port du 10 mai 1756 pour six 
mois. Bonne réputation. Décembre 1756 : Jacob Samuel, seul, chez 
Lebrun. 30 décembre 1757, tous deux chez Lebrun, chaudronnier. 
Se comportent bien. 30 juin 1755: Jacob Samuel, seul, rue Simon- 
Lefranc, chez Lauiel. 

Cerf Nathan, de Dersamoutte, en Pologne, 16 juillet 1756: rue Saint- 
Martin, chez la veuve Morlet, fait le commerce de liqueurs; n'a 
point encore de passe-port de la Cour. « On dit du bien de luy »; 
« qu'il se mette en règle ». De'cembre 1756: rue Maubué, chez Le- 
gouteux. Commerce en cliuquaillerie. 

Lyon Cahin, de Metz, 16 juillet 1756: demeure rue Saint-Martin, chez la 
veuve Morlet, « pour y faire des affaires pour le régiment des grena- 
diers de France ». N'a pas de passe-port. Mauvais sujet. Mais il doit 
partir dans peu de jours. « S'il reste, le mettre en prison ». 



M. Ciiaban. En tête de Total de de'cembre 1756. 

« 11 y en a beaucoup qui n'ont point de passe-port, faire mettre en règle 

« ceux qui n'en ont point el se conduisent bien. Chasser les autres 

« ou les faire mettre en prison, 4 janvier 1757. » 
Philippe Coen, de Worms, décembre 1756: demeure rue Maubué, chez 

M mc Corson. Commerce en cliuquaillerie. Passe-port du 2 l février 

1756 pour six mois, expiré. Se comporte bien. 30 décembre 1757 : 



138 REVUE DES ETUDES JUIVES 

demeure chez Crosnier. Passe-port du 25 octobre 1757 pour six 
mois. 

Israël Sazia, de Bordeaux, décembre 187G: demeure rue Saint-André- des- 
Arls. Commerce en soyeries. Passe-porl du 16 septembre 1756 pour 
un an. Se comporte bien. 29 décembre 1758 : demeure chez Le 
Comte, serrurier. «Point de plaintes contre luy». 

Benjamin Cerf, de Londres, décembre 1756: demeure rue Simon-Lefranc, 
chez Laniel, tailleur. Commerce en clinquaillerie. N'a pas de passe- 
port, a e'crit pour s'en pourvoir. Bonne réputation. 30 juin 1758 : 
Passe-port du 12 juillet 1757 pour six mois, expire', « le faire renou- 
veler ». Brocanteur ambulant. Figure sur l'état du 6 juillet 1759. 

Jacob Dalpuget, l'aîné, de Bordeaux, décembre 1756 : demeure rue Saint- 
André-des-Arts, chez Ponsardin. Commerce de soyeries. Passe-port 
du 12 novembre 1756 pour un an et associé de son frère. 30 décembre 
1757 : avec son frère ; ils ont fait deux banqueroutes qui ont monté 
à quinze cent mille livres. Leurs fils et neveu ont tous été mis en prison 
et renvoyés de Pari=. M. Berryer leur a permis d'y revenir depuis 
3 mois. 30 juin 1758: se comportent bien. 29 décembre 1758: il 
n'est point revenu de plaintes contre lui. 6 juillet 1759: se compor- 
tent bien à présent. 

Garçon David, de Bamberg, en Franconie, décembre 1756 : demeure rue 
Saint-Juillen-des-Ménétriers. Commerce en clinquailleries . Passe- 
port du 11 octobre 1756 pour six mois. Se comporte bien. 30 juin 
1758: rue Maubué, chez Crosnier, brocanteur. 

Joseph Olivier, Portugais, 16 décembre 1756: demeure place du Vieux- 
Louvre, chez Vallée, perruquier, pour apprendre la langue françoise. 
Passe-port du 30 septembre 1756 pour un an. Se comporte bien. On 
ne peut luy faire d'autres reproches que de vivre avec la nommée 
Rachel, fille d'Isaac Abraham dont il est parlé cy-dessus. 30 décembre 
1757. Ne commerce point. Se comporte bien. 

Godfried Nathan, d'Hambourg, décembre 1756: demeure rue Saint-Martin, 
chez Girard. Commerce en bijouterie- Passe-port du 1 er juin 1756 
pour six mois. Brocanteur. 30 décembre 1757 : rue des Cinq-Diamants, 
30 juin 1758: à Chaillot, chez la veuve Chappée. 29 décembre 1758 : 
rue Maubuée, chez Crosnier. 6 juillet 1759 : à Chaillot, chez Bétout 
père, brocanteur ambulant. 

Moyse Abraham, d'Altonat, décembre 1756 : demeure rue Maubué chez 
Ancelin. Commerce en clinquailleries. Passe-port du 12 juin 1756 
pour 6 mois. Brocanteur. 

Léon Ory Spir Lévy, de Metz, décembre 1756: demeure rue Geoffroy- 
Langevin, chez Gaspard. Commerce en clinquailleries. N'a pas de 
passe-port d'aucuns pays. Brocanteur. 

Abraham Manuel, de Boresse, près Nuremberg, décembre 1756: demeure 
rue Maubué chez Legouteux. Commerce en clinquailleries. N'a pas 
de passe-port d'aucuns pays. Ambulant. 

Léon Valabrègue, d'Amsterdam, décembre 1756: demeure rue de l'Hiron- 
delle. Commerce en bijouteries. Passe-port du 28 août 1756 pour 
six mois. Se comporte bien. 

David Mendès Dagosta, Portugais, décembre 1756: demeure quai des 
Augustins, hôtel d'Auvergne. Commerce de chocolat. N'a pas de 
passe-port. Depuis six mois qu'il est à Paris il n'a fait encore aucunes 
démarches pour obtenir un . passe-port. 30 décembre 1757: passe- 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 139 

port du 24 mars 1757 pour un an. Se comporte bien. Figure sur 
l'état du 30 juin 1758. 29 décembre 1758 : point de plaintes contre 
luy. 

Raphaël Balabrègue, de Bordeaux, décembre 1756 : demeure rue de l'Hi- 
rondelle, au Cheval-Blanc. Commerce en bijouteries. N'a pas de 
passe-port. Comme !e précédent. 

Isaag Dalpuget, de Bordeaux, décembre 1756: demeure rue Saint- André- 
des-Arts. Commerce en soyeries. Passe-port du 1 er octobre 1756 pour 
un an. Il est le fils d'un des Dalpuget banqueroutier et protégé de 
M- Le Courte de Saint-Florentin, dont il est parlé ci-dessus. 30 dé- 
cembre 1757, chez Ponsardin. Petit-Maître portant l'épée. 30 juin 
1758: avec Seinach David Dalpuget, son frère, rue Pavée, chez 
Barbier, perruquier, petits-maîtres portant l'épée malgré les déffences 
qui leur en ont été faites par le magistrat. 29 décembre 1758 : de- 
meure rue Hautefeuille, hôtel de Beaujeu. 6 juillet 1759: rue de Poi- 
tevin, hôtel de la Marche. 

Mayer Aron, de Metz, décembre 1756 : demeure rue de Montmorency, 
hôtel de Bourgogne, pour vaquer à ses affaires. Il n'a pas de passe- 
port. 

Seligman Nathan, de Mayence, décembre 1756: demeure rue Beaubourg, 
chez la veuve Benjamin ; donne à manger aux juifs. N'a point encore 
de passe-port. Il est le domestique d'Azur Mayer. 30 juin 1758. Bro- 
canteur ambulant ; « luy dire de se mettre en règle pour son passe- 
port ». 

Mayer Worms, décembre 1756 : demeure rue Saint-Martin, chez la veuve 
Morlet. Commerce en clinquailleries. N'a pas encore de passe-port. 
Se comporte bien. 30 décembre 1757 : demeure avec Joseph Worms, 
son fils, rue Saint-Martin, chez Bourgano. Commerce en bijouteries. 
Ce ne sont pas d'excellents sujets, leur conduite est bonne à observer. 

Joseph Mayer, d'Aisace, décembre 1756 : demeure rue Maubué, chez 
Legouteux. Commerce en clinquailleries. N'a point de passe-port 
d'aucuns pays. Brocanteur ambulant. Figure sur l'état du 30 juin 
1758. 

Israël Dalpuget, de Bordeaux, décembre 1756 : demeure rue la vieille- 
Boucherie. Commerce en soyeries. Passe-port du 28 janvier 1756 
pour un an. Bonne réputation. 29 décembre 1758 : chez un laietier 
Il a un passe-port pour un an qui est expiré et qu'il a envoyé au 
ministère pour être renouvelé. 



Lazare Mayer, de Manheim, 30 décembre 1757 : demeure rue Beaubourg, 
chez Conflans. Commerce en bijouteries. Passe-port du 27 septembre 
1757 pour six mois. Brocanteur. 6 juillet 1759: demeure rue Saint- 
Martin, chez Duchesne, vis à-vis Saint-Nieolas. 

Jonas Nathan, d'Allemagne, 30 décembre 1757 : demeure rue Maubué, 
chez Legouteux. Commerce en quincailleries. Passeport du 16 dé- 
cembre 1757 pour six mois. Brocanteur. 

Moyse Astrug, de Bordeaux, 30 décembre 1757 : demeure rue du Batoir, 
chez M mu Morel. Commerce en soyeries. Passe-port du 21 août 1757 
pour un au. « Petit-maître contre lequel cependant il n'y a point de 
plaintes. » 30 juin 1758 : a été arrêté le 28 février dernier pour avoir 



1/iO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

porté l'épée. « Il faudra l'obliger à reprendre un passe-port qui ne 
luy sera accordé qu'à condition de se mieux comporter. » Figure 
sur l'état du 29 décembre 1758. G juillet 1759 : mauvais sujet qui 
ne fait rien à Paris. 

Israël Abraham, d'Angleterre, 30 décembre 1757 : demeure rue Maubué, 
chez Legouteux. Commerce en quincailleries. Passe-port du 17 juillet 
1757 pour six mois. Brocanteur ambulant. 29 décembre 1758 : de- 
meure rue Maubué, à la Croix blanche. 

Jacob Baragh, d'Allemagne, 30 décembre 1757 : demeure rue Maubué, 
chez Lebrun. Commerce en quincailleries. Passe-port du 17 octobre 

1757 pour sis mois. Brocanteur. 30 juin 1758 : demeure rue Geoffroy- 
Langevin. Il est de Bourkenwald, « il n'y a pas de plaintes contre 
luy. v 29 décembre 1758 : demeure rue Saint-Martin, chez la dame 
Perreu, sage-femme. 6 juillet 1759, rue des Petits-Champs-Saint- 
Martin, chez la dame Perreu. 

Joseph Lallemant, du Havre, 30 décembre 1757 : demeure rue des Méné- 
triers, hôtel Saint-Pierre. A Paris pour y recueillir des sommes qui 
luy sont dues. Il a un passe- port du Havre. Bonne réputation. 

David Vidal, d'Avignon, demeure rue Hautefeuille, hôtel de Poitiers. 
Commerce en soyeries. Il a un passe-port d'Avignon. Bonne con- 
duite. 30 juin 1758: n'a pas de passe-port. Il n'y a pas de plaintes 
contre luy, « luy dire de se mettre en régie pour son passe- port ». 

Salomon Bernard Gahin, de Metz, 30 décembre 1757 : demeure rue 
Geoffroy-Langevin, chez Ancelin. Commerce en quincailleries. Passe- 
port du 15 juillet 1757 pour trois mois, expiré depuis le 15 octobre. 
Escrocq et mauvais sujet; part et change de demeure sans faire de 
déclaration. 30 juin 1758 : mauvais sujet Figure dans l'état du 
29 décembre 1758. 6 juillet 1759 : demeure rue du Temple, vis-à- 
vis celle du Foin, chez le marchand de bierre. « Mauvais sujet, ne 
faisant rien à Paris, il serait bon de le renvoyer. » 

Baphael Isaag, dcConstantinople, 30 décembre 1757 : demeure rue Saint- 
Jullien des Ménétriers. Commerce en bijouteries. Passe-port du 
10 may 1757 pour six mois. Se comporte bien. 30 juin 1758 : de- 
meure chez La Croix, n'a pas de passe-port, charlatan empirique. Il 
y a beaucoup de plaintes contre luy. 

Moyse Dalpug-rt, de Bordeaux, 30 décembre 1757 : demeure rue Saint- 
André-des-Arts, chez Ponsardin. Commerce en soyeries. Passe-port 
du 4 octobre 1757 pour un an. Petit-fils d'un des Dalpuget dont il 
est parlé cy-dessus. 30 juin 1758 : demeure rue Poupée, hôtel Saint- 
Pierre; petit-maître portant l'e'pée. Figure dans l'état des 29 dé- 
cembre 1758. 6 juillet 1759 : petit-maître portant l'épée comme ses 
frères et cousins. 

Seinagh David Dalpuget, de Bordeaux, 30 décembre 1757 : demeure rue 
Saint- André-des-Arts, chez Ponsardin. Commerce en soyeries. N'a 
pas encore de pa^se-port. « Idem. » 30 juin 1758 : demeure rue 
Pavée, chez Barbier, perruquier; petit-maître portant l'épée malgré les 
deflences'qui leur en ont été faites par le magistrat, 29 décembre 

1758 : demeure rue Hautefeuille, hôtel de Beaujeu. 6 juillet 1759 : 
rue des Poitevins, hôtel de la Marche. Petit-maître qu'on ne peut pas 
corriger de porter l'épée quoique le magistrat luy ait défendu. Il a 
été mis en prison pour cela et renvoyé de Paris. 

Joseph Henry Raghel, Ferdinant, sou épouse, et Salomon Henri, leur 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 141 

fils, de Livourne, en Italie, 30 décembre 1757 : demeurent rue de la 
Morteïlerie, à l'image Saiut-Jean. Commerce de quincailleries. Passe- 
port du 1 er novembre 1757 pour six mois. Se comporte bien. 29 de'- 
cembre 1758 : demeure quay des Augustins, à l'hôtel d'Auvergne. 
Brocanteur. 
Jacob Israël, de Fûrth, 30 de'cembre 1757 : demeure rue Maubué, chez 
Legouteux. Commerce en quincailleries. Passe-port du 12 novembre 
1757 pour six mois. Brocanteur ambulant. 30 juin 1758 : à Chaillot, 
chez la veuve Chappe'. Bonne réputation. 29 décembre 1758 : demeure 
rue Maubué, chez Crosnier. 6 juillet 1759, chez Legouteux. 
Isaag Marcus et Alexandre Israël, de Bischeim, en Alsace, 30 décembre 
1757: demeurent rue et hôtel Momorency; font le métier de gra- 
veurs ; ils ont un passe-port de la ville de Strasbourg. Se comportent 
bien. 
Daniel Astrug, de Bordeaux. 30 décembre 1757 : demeure quay de la 
Vallée, à la Tortue. Commerce en soyeries. Passe-port du 15 juillet 
1757 p^ur un an. Petit-maître. « M. Berryer. m'a recommandé de 
veiller sur sa conduite. » 30 juin 1758 : demeure quay des Augustins. 
Israël Sazta, d'Avignon, 30 décembre 1757 : demeure quay des Augustins, 
à la Pomme d'or. Commerce en soyeries. Passe-port du 14 octobre 
1757 pour un an. Se comporte bien. 
Isaye de Sazia, 30 juin 1758 : commerce en soyeries et bijouteries. N'a 
pas de passe-port depuis le 24 avril 1753. Se comporte bien. « Pour- 
quoi a-t-il resté depuis ce temps sans passe-port ? » 
Salomon Ravel, de Bordeaux, 30 décembre 1757 : demeure rue Haute-' 
feuille, hôtel de Poitiers. Commerce en soyeries. N'a pas de passe- 
port. « M. Berryer m'a recommande de veiller sur sa conduite. » 
Lange de Paul, de Bordeaux, 30 décembre 1757 : demeure rue Saint- 
André-dcs-Arts, chez Lecomte, serrurier. Commerce en soyeries. 
Passe-port du 28 octobre 1757 pour un an. A fait banqueroute à 
Rouen de 50.000 livres; arresté à Paris et renvoyé en 1753. M. Berryer 
luy a donné il y a trois mois la permission d'y revenir. 30 juin 1758 : 
avec Anne de Perpignan sa femme, il se comporte assés bien à 
présent. 6 juillet 1859 : il a fait banqueroute et a été renvoyé de 
Paris, il se comporte bien à présent. 
Mayer Oppenheim, de Presbourg, en Allemagne, 30 décembre 1757 : de- 
meure rue Saint-Martin, chez M mC Lassalle. Commerce en quin- 
cailleries. Passe-port de la ville de Presbourg. Se comporte bien. 
Lazare Jacob, de Sarlouis, 30 de'cembre 1757 : demeure rue Beaubourg, chez 
Conflans. Commerce en bijouteries. Il a un passe-port de la ville de 
Strasbourg. Brocanteur. 
Moyse L'Evi, de Veicherheim, en Franconie, 30 juin 1758 : demeure rue 
Geoffroy-Langevin, chez Anceîin. Commerce en quincailleries. Passe- 
port du 4 février 1758 pour six mois. Brocanteur. 
Israël Ravel. d'Avignon, 30 juin 1758 : demeure rue de l'Hirondelle, hôtel 
de la salamandre. Commerce en soyeries. N'a pas de passe-port. 
Petit-maître assez mauvais sujet. « L'obliger à un passe-port. «Figure 
sur l'état du 29 décembre 1758. 
Isaag Limbourg, de Dieuze, en Lorraine, 30 juin 1758 : demeure rue Saint- 
Martin, chez la veuve Morlet. Commerce en étoffes et bijouteries. N'a 
pas de passe-port. Honneste homme. 29 décembre 1758 : demeure 
avec Garçon-Limbourg. 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Isaac Petit, de Bordeaux, 30 juin 1758: demeure rue Saint-Séverin, chez 
Cudereaux, limonadier. Commerce en soyeries. N'a pas de passe- 
port. Bonne conduite. 

Salomon Joseph, de Pologne, de Mezerit, 30 juin 1758 : demeure rue 
Maubué, à la Croix blanche. Commerce eu quincailleries. N'a pas de 
passeport. Brocanteur ambulant. Bonne conduite. 

Salomon Jacob Hadamar, de Metz, 30 juin 1758 : demeure rue de la Par- 
cheminerie, chez la dame Lyot. Commerce en merceries. Passe-port 
du 10 mars 1758. Bonne conduite. 29 décembre 1758 : demeure chez 
le marchand de tabac. 6 juillet 1759 : n'a pas une excellente réputa- 
tion; son frère a fait banqueroute, on croit qu'il ne tardera pas à 
faire de même. 

Joseph Dalpuget, de Bordeaux, 30 juin 1758 : demeure rue Saint-André- 
des-Arts, hôtel de Beaujeu. Commerce en soyeries. N'a pas de passe- 
port. Mauvais sujet. « Il est porté cette semaine conformément aux 
ordres du magistrat. » 

David Dai.ascar, d'Amsterdam, 30 juin 1758 : demeure rue Maubue', à la 
Croix blanche. Commerce en quincailleries. N'a pas de passe-port. 
Brocanteur ambulant- Se comporte bien. 

Suzana Limbourg, femme du fils Isaac Limbourg, 30 juin 1758 : donne à 
manger aux juifs. 

Salomon Marc, de Bischeim, près Strasbourg, 30 juin 1758: demeure rue 
Geoffroy-Langevin, chez Ancelin; graveur de sa profession. N'a pas 
de passe-port. Suspect et n'ayant jamais eu de passe-port de la Cour ; 
« luy dire de se mettre en règle dans la quinzaine au plus tard>. 

Mayer Halamard, de Metz, 30 juin 1758: demeure rue Beaubourg, chez 
Conflans. Commerce de bijouteries. Passe-port du 13 mars 1758 pour 
trois mois. Bonne réputation. Figure sur les e'tats des 29 décembre 
1758 et 6 juillet 1759. 

Salomon Cahin (?), de Metz, 30 juin 1858: demeure rue Saint-Martin, 
chez la veuve Moilet. Commerce en quincailleries. Passe-port du 

5 avril 1758 pour trois mois, brocanteur ; « qu'il se mette en règle ». 
Benjamin Naquet, d'Avignon, 30 juin 1758: demeure quai des Grands- 

Augustins, à La Tortue. Commerce en bijouteries. N'a pas de 
passe-port. Se conduit bien. 
Benjamin Lambert, de Metz, 30 juin 1758: demeure rue Saint-Martin, 
chez la veuve lorlet. Commerce en bijouteries. Passe-port du 25 fé- 
vrier 1758 pour trois mois. Se comporte bien. Figure dans l'état du 

6 juillet 1759. 

Isaac Lévi, de Bischeim, près Strasbourg, 30 juin 1758: demeure rue 

Plâtrière, pour apprendre la langue française. Passe-port du 9 fe'vrier 

1758 pour trois mois. Bonne conduite. 
Joseph Petit, de Bordeaux, 30 juin 1758: demeure rue Saint-Se'verin, 

chez Cudreaus. Commerce en soyeries. Passe-port du 28 janvier 

1758 pour un an. Se comporte bien. Figure dans les états des 

29 décembre 1758 et 6 juillet 1759. 
Moyse Lévi, d'Amsterdam, 30 juin 1758: demeure rue Simon-Lefranc, au 

Signe-de-la-Croix. Travaille en crayons. Passe-port du 5 juin 1758 

pour six mois. Il n'y a pas de plaintes contre luy. 
Lévi Mayer, d'Amsterdam, 30 juin 1758: demeure rue Simon-Lefranc, au 

Signe-de-la-Croix, travaille en crayons. Passe-port du 5 juin 1758 

pour six mois. 11 n'y a pas de plaintes contre luy. 



LES JUIFS DE PARIS DE 1755 A 1759 143 

Joseph Santini, de Livourne, en Italie, 30 juin 1758 : demeure rue Maubué, 
chez Dartois. Commerce en quincailleries. N'a pas de passe-port. 
Brocanteur ambulant : « Idem dans 15 e au plus tard ». 

Jacob Degrage, de Metz, 30 juin 1758: demeure rue Geoffroy-Langevin, 
chez Ancelin. Commerce en quincailleries. Passe-port du 31 mars 
1758 pour trois mois. Brocanteur, idem... 6 juillet 1759: demeure 
rue Maubué, chez Crosnier. Il n'y a pas de plaintes contre luy. 

Emanukl Dalpuget, de Bordeaux, 30 juin 1758 : demeure rue Hautefeuille, 
hôtel do Poitiers. Commerce en soyeries. Passe-poit du 16 juin 1758 
pour un an. Se comporte bien. Figure sur les états des 29 décembre 
1758 et 6 juillet 1759. 

Israël Polaque, de Limbourg, 30 juin 1758: demeure rue Maubué, chez 
le Coûteux, * à la suite de plusieurs affaires qu'il a pour fournitures 
de viande qu'il a faites à l'armée du Rhin, a un certificat des muni- 
tionnaires de l'armée en date du 25 mars 1758. Il n'y a pas de 
plaintes contre luy». 

Mayer Aron Brisac, de Metz, 30 juin 1758 : demeure rue Geoffroy- 
Langevin, chez Ancelin. Commerce en quincailleries. N'a aucun 
passe-port. Brocanteur ambulant. « Qu'il se mette en règle». Figure 
dans l'état du 29 décembre 1758. 6 juillet 1759: demeure rue Beau- 
bourg, chez Conflans. 

Josias Lion, d'Arkeim, en Alsace, 30 juin 1758: demeure rue Saint-Martin, 
chez la veuve Morlet. Commerce en quincailleries. N'a pas de passe- 
port de la Cour. Brocanteur ambulant. « Qu'il se mette en règle ». 

Moyse Campos, de Bayonne, 30 juin 1758: demeure rue de la Calande, 
chez Sauvage, tapissier. Commerce en chocolat. A un passe-port 
du lieutenant du Roy de Bayonne. « Quoy qu'il n'y ait point de 
plaintes contre luy, il serait bon qu'il fut en règle ». 29 décembre 
1758 : se comporte bien. Figure dans l'état du 6 juillet 1759. 

Anghel l'Evi, de Francfort, 30 juin 1758 .'demeure rue Saint-Martin, vis- 
à-vis Saint-Julien. Commerce en quincailleries. Passe-port du 5 juin 
1758. Bonne conduite- 6 juillet 1759: demeure chez Desjuin, mar- 
chand papetier. Brocanteur. 

Cosman Léman Moyse Lévi, de Dresde, 30 juin 1758: demeure rue Maza- 
rine, chez la dame Duvivier. Vient proposer l'établissement d'une 
manufacture de Calamande, façon d'Angleterre, imitant les toiles 
peintes. N'a pas de passe-port. On ne le connaît pas encore. Bonne 
conduite. Figure dans les états des 29 décembre 1758 et 6 juillet 
1759. 

Samuel Léman, domestique du ci-dessus, idem, idem, 29 décembre 1758. 

Emanuel Cohen Salomon, de Mersfort, en Hollande, 30 juin 1758: de- 
meure rue Saint-Martin, chez la veuve Morlet. Commerce en bijou- 
teries, a un passe-port du bourgmestre de Mersfort, idem, idem. 
29 décembre 1758: rue Beaubourg, chez Conflans. 6 juillet 1759: 
Brocanteur. 



Vidal père, Vidal fils, de Bordeaux, 29 décembre 1758 : demeurent rue 
Saint-André-des-Arts, chez la dame Michon. Commerçants en soye- 
ries. Passe-port du 15 février 1758 pour un an. Brocanteur. 6 juillet 
1759 : bonne conduite. 



144 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Moyse David, sa femme et 3 enfants, de Bignet, près de Metz, 29 décembre 
1758: demeurent rue Maubue', chez Le Contant. Commerce en quin- 
cailleries. N'a pas de passe-port. Brocanteur. 

Tranelle Cerf, de Francfort, 29 décembre 1758: demeure rue Saint- 
Jullien-des-Ménétriers, chez la dame Perreu, sage-femme. Commerce 
en quincailleries. A un passe-port de la ville de Kenise, en Brabant, 
et point de la Cour. Brocanteur. 6 juillet 1759 : demeure rue des 
Petits-Champs-Saint-Martin, chez la dame Perreu. Brocanteur 
ambulant, qui n'est point en règle. N'a point de passe-port de la 
Cour. 

Aron Ravel, d'Avignon,, 29 décembre 1758: demeure rue Saint- André- des- 
Arts, chez la dame Michon, vient pour le payement des sommes qui 
luy sont dues pour fournitures faites à l'armée du Rhin. A un passe- 
port de M. le comte de Clermont. Se comporte bien. 

Abraham Astrug, de Bordeaux, 29 décembre 1758 : rue Saint-Andre'-des- 
Arts, chez la dame Michon. Commerce en soyeries. A un passe-port 
de la ville de Bordeaux qu'il a envoyé au Mini&tre pour en obtenir 
un de la Cour. Se comporte bien. Figure dans l'état du 6 juillet 
1759. 

Le nommé Delgampo, Portugais, 29 décembre 1758: demeure quai des 
Augustins, hôtel d'Auvergne. Venu pour faire emplette de plusieurs 
marchandises et ensuite s'en retourner. A un passe-port de M. le 
duc de Richelieu du 12 septembre 1758. Est parti. 

Joseph Michel, deMannheim, 29 décembre 1758 : demeure rue Beaubourg, 
chez Cerf Israël. Venu pour faire à manger aux juifs. Passe-port du 
16 octobre 1758 pour six mois. Se comporte bien. 6 juillet 1759: 
point de plaintes contre luy. 

Simon Jacob Hadmart, de Metz, 19 décembre 1758: demeure rue Beau- 
bourg, chez Conflans. Commerce en quincailleries. N'a pas de passe- 
port, doit partir dans peu de jours. 6 juillet 1759 : se comporte bien, 
il serait bon néanmoins qu'il soit en règle. N'a pas de passe-port. 

Ruben Israël, d'Avignon, 29 décembre 1758: demeure quai des Augustins, 
à la Tortue. Commerce en sVyeries. N'a pas de passe-port. Se com- 
porte bien. 

Lyon Emanuel Gloga, de Nuremberg, 29 décembre 1758: demeure rue 
Geoffroy-Langeviu, aux Piliers- Verts. Commerce en bijouteries. Il a 
un passe-port de la ville de Nuremberg qu'il a envoyé' au ministre 
pour en obtenir un de la Cour. Se comporte bien. 

Si^.on de Gueldres, de Dusseldorf, 29 décembre 1758: demeure rue des 
Maçons, hôtel du Tre'sorier ; Rabin, passe-port du 28 octobre 1758 
pour six mois. Aventurier. 

Joseph Cahin, de Metz, 29 décembre 1758: demeure rue Maubue, chez Le 
Contant. Commerce en quincailleries. Son passe-port est en cours 
pour le renouveler. Brocanteur. Figure dans l'état du 6 juillet 1759. 

Samuel Wolf Openheim, de Presbourg, en Allemagne, 29 de'cembre 1758: 
demeure rue Saint-Martin, chez Duchesne, menuisier. Commerce en 
quincailleries. Passe poit du 17 octobre 1758 pour six mois. Bonne 
conduite. 

Jonas Nathan et Rachel sa femme, Anglois, 29 décembre 1758 : demeure 
rue Maubue, à La Croix-Blanche- Commerce en quincailleries. 
Passe-port du 19 juin 1758 pour six mois, qu'il a envoyé en Cour 
pour être renouvelé'. Brocanteur. 



LES JUIFS DE PARIS DE 175o A 1759 145 

Israël Dalpugrt, le jeune, de Bordeaux, 29 décembre 1858: demeure rue 
Hautefeuille, hôtel de Beaujeu. Commerce en soyeries. A un passe- 
port pour un an, en date du 10 juin 1758. Petit-Maître portant 1 i'épée. 
6 juillet 1759: bonne réputation. Il est le seul de la famille des 
Dalpuget. 



Mendes Dagosta, de Bordeaux, 6 juillet 1759 : demeure quai des Augustins, 
hôtel d'Auvergne. Commerce en chocolat. Passe-port du 21 avril 
1758 pour un an, expiré. Bonne conduite. 

Jacob Mayer Hademard, fils du ci-dessus, de Metz, 6 juillet 1759 : de- 
meure rue Beaubourg, chez Conflans. Commerce en mercerie et bi- 
jouterie. Passe-port du 26 mai 1759 pour trois mois. Se comporte 
bien. 

Philippe Moyse, d'Amsterdam, 6 juillet 1759 : demeure rue Beaubourg, 
chez Conflans. Commerce en bijouteries. Passe-port du 4 juin 1759 
pour six mois. Brocanteur. 

Hayan Provençal, du Caire. Egypte, 6 juillet 1759 : demeure quai des 
Hormes, chez Duriel, perruquier. Venu pour se faire traiter de la 
vue et est entre les mains du spécialiste Dariel, occnliste du Roy. 
Bonne conduite, son père a un crédit considérable dans le com- 
merce. Passe-port du 4 fe'vrier 1759 pour six mois. 

David Cohen et Moyse Palombo, son domestique, de Livourne (Italie), 
6 juillet 1759 : demeurent quai des Hormes, chez Duriel, perruquier, 
docteur en médecine. Accompagnent le ci-dessus. Compris dans le 
même passe-port. 

Raphaël Baghi, de Turin, 6 juillet 1759 : demeure rue Taranne, chez 
Pergout, marchand de tabac. Peintre en miniatures. Passe-port du 
4 juin 1759 pour six mois Bonne conduite et beaucoup de talent. 

Joseph Dalsace et Marc son domestique, de Metz, 6 juillet 1759: demeu- 
rent rue Geoffroy-Langevin, chez Ancelin. Vient pour solliciter le 
payement de fournitures qu'il a faites pour l'armée du Rhin. Passe- 
port du 20 mai 1759 pour trois mois. Se comportent bien. 

Aron Lopès, de Bayonne, 6 juillet 1759: demeure rue Mazarine, chez la 
veuve Daugé. Travaille en chocolat. Il n'y a point de plaintes contre 
luy. Il a un passe-port de Bayonne qu'il a envoyé au ministère pour 
en obtenir un de la Cour. 

Joseph Hademard, de Metz, 6 juillet 1759: demeure rue Geoffroy-Langevin, 
au Pilier- Vert. Commerce en quincailleries. Son passe-port est en- 
voyé au ministère pour être renouvelé. Bonne conduite. 

Tobia Baer, de Berlin, 6 juillet 1759: demeure rue Geoffroy-Langevin, au 
Pilier- Vert. Graveur de profession. N'a pas de passe-port. Il vient 
de Metz où il a demeuré longtemps. Il ne fait que passer à Paris. 

Léon Kahn. 



T. XLIX, n° 97. 10 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGETIQUES 



nbniD et nbao (Juges, xii, 6). 

Marquardt (Z.A.W., 1888, p. 151 et suiv.) émet l'opinion que 
les Ephraïmites n'avaient pas le défaut général de prononcer s 
pour ch, mais que le mot spécial nbniû était prononcé par eux 
thibolei, la racine bsn étant attestée par l'araméen. Chose cu- 
rieuse, les anciens traducteurs français (voir Trénel, X Ancien 
Testament et la langue française du moyen âge, p. 13) ont tous 
compris qu'au lieu de prononcer siboleth, les Ephraïmites disaient 
thîbolelh, et Kimhi, a. /., après avoir dit que les Ephraïmites di- 
saient s au lieu de ch et que le mot nbau) n'était qu'un exemple, 
ajoute : « Certains expliquent que (Jephté) a choisi le mot nbaœ 
parce que le fil (nbaiû) du fleuve était à l'endroit que les Ephraï- 
mites traversaient, et ceux-ci prononçaient mal ce mot. Peut-être 
le climat en était-il cause,. de même que les Français du Nord (^©aa 
ncntt) ne savent plus articuler le chin et le prononcent comme le 
tar rafé (Va). » 

Toutefois cette coïncidence nous paraît purement fortuite. Ce 
qui a dû induire les traducteurs français de la Bible à interpréter 
ainsi le passage en question, c'est que les chrétiens et les Juifs, 
tout au moins dans certaines régions; ne prononçaient pas le u5 
ch, comme on le fait maintenant, mais s. On sait que dans les 
transcriptions des mots français en caractères hébreux Y s est 
rendu par u5 (avec un point à droite). Pour trouver une différence 
entre nbnrô et nbns, les traducteurs français ont donc supposé 
que les Ephraïmites zézayaient et au lieu de s disaient th. 



NOTES ET MÉLANGES 147 

Les arguments de Marquardt sont de tout autre nature, mais 
ne nous paraissent pas décisifs. Le principal est que le nom de 
Samarie se retrouve avec t3 chez les Syriens et les Samari- 
tains; or, si les Ephraïmites avaient prononcé le nom de leur 
capitale avec s, les Syriens et les Samaritains auraient écrit 
•p^ittD et non ^v-fiatô. Mais l'orthographe avec io subsistant dans 
l'écriture, des nouveaux-venus dans le pays d'Ephraïm et des 
étrangers pouvaient fort bien prononcer ch. D'une manière gé- 
nérale, on ne peut pas se fonder sur la prononciation étran- 
gère pour déterminer la prononciation indigène. De ce que les 
Hébreux ont écrit ^aspo (Jér., xxxix, 3) pour nasç cela ne prouve 
pas que le u: babylonien se prononçait s. En tout cas, saint Jérôme 
semble avoir déjà compris qu'il s'agissait de la différence entre 
ch et s, puisqu'il a transcrit nbau} par scibolel et nbsD par sibolet. 
Nous pensons donc qu'on doit s'en tenir à l'explication courante 
d'après laquelle les Ephraïmites ne pouvaient pas bien prononcer 
le là, et que leur prononciation rapprochait cette consonne du 
son s, ce qui ne veut pas dire qu'ils aient prononcé tout à fait 
le ni comme le o. 

Mayer Lambert. 



ENCORE UN MOT SUR LE ROI JUIF DE NARBONNE 



D'après le récit de Méir b. Simon, les privilèges dont jouis- 
saient les Juifs à Narbonne étaient la récompense du dévouement 
montré par un de leurs ancêtres à Charlemagne. Alors que l'em- 
pereur, jeté à bas de sa monture et abandonné des siens, allait 
périr, un Juif, qui l'accompagnait, lui offrit son cheval et paya de 
sa vie cet acte chevaleresque 2 . Tout autre est l'explication dont 
Abraham ibn Daud s'est fait l'écho : Charlemagne fait venir de 
Babylonie un descendant de David, qui fonde une école à Nar- 
bonne, et, à ce double titre, devient Nasi, ou roi juif de cette 
ville 3 . La variante qu'offre le roman de Méir n'intéressant pas 
le problème que nous nous étions proposé de résoudre, nous 

1 Voir Bévue, t. XLVIII, p. 197. 
* 2b., p. 205, et t. X, p. 102. 
3 Ib., p. 203. 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

n'avons pas cru nécessaire de l'étudier. Mais on va voir qu'elle 
conduit à une conclusion analogue à celle que nous avons fait va- 
loir : elle est un exemple de plus de la compénétration de tra- 
ditions d'origines diverses. 

Elle a l'ait l'objet d'une étude excellente d'Aronius 1 , et nous 
nous rallions d'autant plus volontiers à l'opinion de cet histo- 
rien remarquable, qu'ignorant d'abord son article, nous étions 
arrivé à peu près à la même explication. L'histoire de Machir, 
que Gharlemagne fait venir d'Asie pour fonder une école 
à Narbonne , a pour pendant une légende analogue dont un 
membre de la famille de Calonymos de Lucques est le héros. 
D'après Éléazar de Worms (xm e siècle), Moïse b. Calonymos b. 
Meschoullam b. Calonymos b. Juda vint de Lucques à Mayence, 
amené par le roi Charles 2 . Salomon Louria (Consultation n° 29) 
rapporte que Moïse l'ancien b. Calonymos se transporta de 
Lucques à Mayence avec le roi Charles en 911. Enfin, d'après 
l' Emek Habacha, c'est de Rome que vient ce rabbin, originaire 
de Lucques , et il s'appelle Calonymos ; il obéit également au 
désir de Charlemagne et devient le fondateur ou plutôt le restau- 
rateur des écoles talmudiques d'Allemagne. 

La tradition narbonnaiseet la tradition allemande sont-elles in- 
dépendantes l'une de l'autre ? C'est peu vraisemblable, dit Aro- 
nius. Or, celle de Narbonne peut revendiquer des droits à la prio- 
rité, car tout au moins les textes qui la mentionnent sont-ils plus 
anciens qu'Eléazar de Worms. Pour Aronius, il n'est pas dou- 
teux que la légende narbonnaise est toute locale et qu'elle a servi 
par la suite à l'invention de celle de Mayence, d'autant plus que, 
d'après une des sources hébraïques, le fait de la transplantation 
de la famille Calonymos à Mayence aurait eu lieu au x e siècle 
seulement. Nous reviendrons plus loin sur cette hypothèse. 

Autre parallélisme : un certain Calonymos est le héros d'un 
acte singulièrement ressemblant à celui qu'invoque xMéir b. Si- 
mon. Après la bataille de Cotrone (13 juillet 982) , l'empereur 
Othon II, abandonné des siens, est sauvé, lui aussi, par un Juif 
— nommé Calonymos* — qui lui donne son cheval (là il est vrai, 
sans payer son dévouement de sa vie). Mais cette fois le fait ne 
nous est pas transmis par une tradition complaisante, dans une 
plaidoirie intéressée : c'est un chroniqueur chrétien ( Thietmar 

1 Karl der Grosse u. Kalonymos ans Lucca, Zeitschrift fur Geschichte der Jnden 
in Deutschland, t. II, p. 82 et suiv. Aronius a reconnu aussi que Baldach veut dire 
Bagdad et que ce trait montre chez Fauteur du Philomène la connaissance de la tra- 
dition juive. 

2 ïtftSrtb £p£?3, 14 ô, qui vient, d'après M. Gross, du mbcn!l '"^D- 



NOTES ET MÉLANGES 149 

Chronic, III, ch. xn) qui raconte le fait ingénument et quoi qu'il 
ait dû lui en coûter. Ici, dit Aronius, les choses s'expliquent: 
si Otlion est abandonné, c'est parce que son armée vient d'être 
défaite, tandis que pour Charlemagne, rien, dans l'histoire lé- 
gendaire du siège de Narbonne, ne ressemble à un insuccès dé- 
générant en panique. 

On a donc simplement déplacé l'histoire de ce Calonymos : de 
l'Italie méridionale le théâtre en a été transporté à Narbonne et 
Charlemagne a été substitué à Othon ; ce qui a sans doute prêté 
à cette transposition, c'est le nom de Calonymos, qui appartient 
justement à la famille des Nasi de cette ville. 

D'après Aronius, cette tradition aura été apportée à Narbonne 
par un membre de la famille des Calonymos de Mayence, car il est 
peu vraisemblable qu'elle y soit parvenue par l'intermédiaire de la 
chronique de Thietmar. Confinée dans un petit cercle de Juifs de 
Narbonne, elle n'a pas été connue de l'auteur du Philomène ni 
d'Abraham ibn Daud. Peut-être, à notre avis, le fait s'explique- 
t-il mieux par l'arrivée tardive du récit allemand. 

Quoi qu'il en soit, voilà une légende locale qui de Narbonne 
passe en Allemagne ; puis une histoire réelle qui de cette région 
émigré à Narbonne pour s'y transposer. 

Vraie pour la migration de l'histoire de Calonymos et Othon ' , 
la thèse d'Aronius nous paraît moins sûre pour la légende de la 
fondation des écoles de Narbonne et de Mayence. Et d'abord les 
deux traditions n'ont pas les mêmes traits; dans l'une, Charlemagne 
demande au calife de Bagdad l'envoi d'un savant, dans l'autre, il 
l'amène avec lui d'Italie ; dans celle-ci, ce rabbin est connu seule- 
ment pour sa science, dans celle-là c'est un descendant de David . 
Ensuite, l'une et l'autre peuvent être nées parallèlement sous l'em- 
pire des mêmes idées : les Juifs, qui n'ignoraient pas tant qu'on le 
croit l'histoire générale, ont dû savoir que Charlemagne avait favo- 
risé les études dans son empire, qu'il y avait fait venir des savants 
renommés ; il devait leur paraître tout naturel qu'il eût également 
présidé à la fondation des deux métropoles rabbiniques de son em- 
pire : ici Narbonne, là Mayence. Et les Juifs devaient d'autant 
plus être enclins à accepter cette vue qu'elle mettait sous la pro- 
tection de ce grand monarque une institution qui leur était chère. 

Encore un mot au sujet du roi juif de Narbonne. Nous avons 
dit (p. 201) que Dumège avait simplement résumé le récit du Phi- 

1 11 ne nous paraît pas cependant nécessaire de supposer que l'histoire ait été ap 
portée à Narbonne par quelqu'un de la famille de Calonymos, car il est remar- 
quable qu'en Allemagne on n'a pas rapproché le nom de Calonymos, sauveur 
d Othon, de celui du fondateur de l'école rabbinique de Mayence. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lomène. Mais, nous a-t-on demandé, d'où viendraient, dans ce cas, 
les renseignements qu'il donne sur les deux beaux moulins con- 
struits par les Juifs de Narbonne, l'un sous le pont vieux, et 
l'autre hors les murs, au lieu dit Mate Pesouls?Ces détails, qui 
ne figu l'eut pas dans le Philomène, n'indiquent-ils pas une autre 
source où ils étaient associés à l'histoire de Charlemagne ? La ré- 
ponse est fort simple : Dumège a tout bonnement utilisé, pour 
écrire ces deux lignes, un diplôme connu de Charles le Simple en 
faveur de l'Église de Saint-Quentin de Narbonne, où il est dit: «per 
nostrse regise authoritatis pra3ceptum concedimus terrain et mo- 
lendina quse sunt subtus pontem ipsius civitatis, quse pertinere 
Judseis videntur, et ipsa molendina qu?e sunt in loco quem vocant 
Mactapedilii similiter ipsis Judaeis pertinentibus (sic) *». L'emprunt 
est manifeste. 

Israël Lévi. 



UN TEXTE DE MONTESQUIEU SUR LE JUDAÏSME 



Les philosophes du xvm e siècle qui se sont faits les apôtres du 
libre examen et de la tolérance n'ont contribué qu'indirectement, 
on le sait, par le retentissement prolongé dans l'opinion publique 
de leurs efforts généraux contre la superstition et le fanatisme, 
à l'amélioration du sort des Juifs. Voltaire les haïssait et les mé- 
prisait. Diderot, cet autre prince de l'opinion, nourrissait à leur 
endroit, comme on l'a rappelé ici même 2 , les préjugés antiques. 
Mais ceux-là mêmes qui ont su le mieux s'en dégager et qui ont 
fait entendre courageusement leur voix en faveur des Juifs n'ont 
guère défendu en eux que les victimes d'une oppression barbare 
et d'une iniquité honteuse à un âge de civilisation et de lumière 
croissante. Leur sympathie n'est allée qu'à des hommes inhumai- 
nement traités : elle a été à peu près refusée à la religion et à la 
culture juives, pour lesquelles on n'avait que du mépris. L'opinion 
reçue au xvm e siècle, c'est que depuis la clôture du canon bi- 
blique, le judaïsme ou plutôt le « rabbinisme » n'a rien ou presque 

1 Vaissète, Hist. générale de Languedoc, t. V, Preuves, p. 134. 
s T. Reinach. Les Juifs dans l'opinion chrétienne aux XVII" et XVIII e siècles, Jte- 
vue, t. VIII, p. 138. 



NOTES ET MÉLANGES 151 

rien produit qui vaille la peine qu'on s'y arrête. On constate que 
la littérature rabbinique a été fort abondante, mais sa quantité 
n'a d'égale que son insignifiance et sa puérilité. Cette opinion, 
qu'expliquent en grande partie l'état de décadence des lettres 
juives en ce temps-là et l'oubli où l'on était tombé chez les Juifs 
eux-mêmes des monuments du passé, est celle des mieux inten- 
tionnés des chrétiens à leur égard. Montesquieu, qui est de 
ce nombre, rend hommage dans ses Lettres persanes à la religion 
juive, « vieux tronc qui a produit deux branches, qui ont couvert 
toute la terre » (le christianisme et le mahométisme) et à la téna- 
cité indomptable de ces Juifs qui ne veulent pas disparaître de la 
scène du monde ; il élève la protestation bien connue contre l'In- 
quisition dans son Esprit des Lois 1 , mais il est convaincu de la 
faiblesse intellectuelle des successeurs dégénérés des prophètes et 
de la puérilité des traditions juives postérieures à la Bible. Cette 
pauvreté du rabbinisme n'est pas seulement affirmée par lui, à la 
manière d'un axiome ; en docte « sociologue », il en recherche gra- 
vement les raisons, cela dans un texte curieux et peu connu que 
nous croyons intéressant de reproduire ici. 11 se lit dans un opus- 
cule édité pour la première fois il y a quatorze ans 2 : Essai sur. 
les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères. Les 
Juifs sont cités ici comme exemple de ce que peuvent les causes 
morales sur le caractère général des nations : 

Les causes morales forment plus le caractère général d'une nation 
et décident plus de la qualité de son esprit que les causes physiques. 
On en peut trouver une grande preuve dans les Juifs qui, dispersés 
dans toute la terre, venus dans tous les temps, nés dans tous les pays, 
ont eu quantité d'auteurs dont on peut à peine citer deux qui aient 
eu quelque sens commun. 

On peut cependant croire que les rabbins avaient quelque avan- 
tage, du côté de l'esprit, sur le reste de leur peuple, avec autant de 
raison qu'on peut penser que ceux qui ont la réputation d'hommes 
de lettres dans l'Europe ont quelque avantage du côté de l'esprit 
sur les autres Européens. Cependant, parmi cette foule de rabbins 
qui ont écrit, il n'y en a pas un qui n'eût un petit génie 3 . La raison 
en est naturelle : les Juifs revenant d'Assyrie étaient à peu près 
comme les captifs délivrés d'Alger, que l'on promène dans les rues; 
mais ils étaient plus grossiers, parce qu'ils étaient nés et que leurs 
pères étaient nés dans l'esclavage. Quoiqu'ils eussent un respect 

1 Livre XXV, ch. xm. 

2 Mélanges inédits publiés par le baron de Montesquieu, 1892, p. 139 et suiv. 
L'éditeur indique que ce petit écrit a été utilisé dans l'Esprit des Lois et date, en con- 
séquence, d'avant 1748. 

1 Entendez : un génie médiocre. 



152 REVUE DES ETUDES JUIVES 

infini pour leurs livres sacrés, ils en avaient peu de connaissance; 
ils n'entendaient presque plus la langue dans laquelle ils étaient 
écrits; ils n'avaient que des traditions des grandes merveilles que 
Dieu avait opérées en faveur de leurs pères. L'ignorance qui 
est la mère des traditions, c'est - à - dire du merveilleux popu- 
laire, en créa de nouvelles ; mais elles naissaient avec le carac- 
tère de l'esprit qui les produisait et prenaient encore la teinture 
de tous les esprits par où elles passaient. Des savants, c'est-à-dire 
des gens qui avaient la tète pleine de ces traditions grossières, les 
recueillirent et, comme les premiers écrivains de toutes les nations, 
bons ou mauvais, ont toujours eu une réputation infinie, par la rai- 
son qu'ils ont toujours été pendant un temps supérieurs à tous ceux 
qui les lisaient, il arriva que ces premiers et misérables ouvrages 
lurent regardés parmi les Juifs comme de parfaits modèles, sur les- 
quels ils formèrent et ont toujours formé depuis leur goût et leur 
génie. 

Je ne parle pas des Livres sacrés écrits depuis la captivité; le goût 
en est très différent de celui des ouvrages des rabbins. Ils sont divi- 
nement inspirés, et quand ils ne l'auraient pas été dans des ouvrages 
purement historiques, l'auteur n'aurait guère pu rien mettre du sien. 

Ainsi, pour Montesquieu, en dehors des livres bibliques écrits 
au retour de l'exil, lesquels échappent à la règle commune parce 
qu'ils sont ou inspirés ou impersonnels, les auteurs juifs écrivant 
pour leur compte et qu'il appelle déjà des « rabbins » par un sin- 
gulier anachronisme, n'auraient été capables que de compiler de 
grossières traditions; et pourquoi? Parce que les premiers en 
date de ces rabbins n'étaient que des affranchis, fils d'esclaves, et 
que leurs descendants n'auraient fait qu'imiter servilement ceux 
qu'ils avaient sacrés grands écrivains par l'unique raison qu'ils 
étaient les premiers. L'esclavage initial serait donc la « cause 
morale » de l'impuissance intellectuelle du rabbinisme. C'est une 
vue bien simpliste sur une question aussi complexe. La thèse so- 
ciale ne vaut pas mieux dans l'espèce que l'information sur la- 
quelle elle s'appuie, et il est assez plaisant de voir des faits aussi 
superficiellement observés invoqués en faveur d'une loi gé- 
nérale. 

Longtemps encore après Montesquieu on devait tenir en piètre 
estime les productions intellectuelles du rabbinisme, qu'on s'ex- 
pliquât leur infériorité ou non. L'abbé Grégoire, à la fin du siècle, 
l'éloquent et généreux avocat qui défendît par la plume, puis par 
la parole, la cause de l'émancipation juive, ne croyait pas que les 
Juifs eussent d'autre titre que leurs malheurs à l'intérêt du 
monde civilisé. Il a pitié des « hordes dégradées » du peuple juif, 
mais ne se sent point de respect pour leur culte et ne fait aucun 



NOTES ET MELANGES 153 

cas de leur littérature. Il a parcouru la Bibliothèque rabbinique 
de Bartolocci : « mais dans cette foule de rabbins, écrit-il 1 , on 
voit à peine quelques bons écrivains se présenter avec éclat à la 
postérité. Faute de mieux on citera Marin Akiba(sfc), Maïmonides, 
Kimki(sic), Gerson, etc.. Depuis l'historien Joseph il a fallu dix- 
sept siècles pour produire Mendelsohn. » 

Il était réservé à la science juive du xix e siècle avec les Zunz, 
lesRappoport et leurs émules et continuateurs de relever la lit- 
térature « rabbinique » de l'injuste discrédit où l'ignorance aussi 
bien juive que non-juive l'avait si longtemps plongée. Quoi qu'il 
en soit, l'opinion de Montesquieu, avec les considérations qui 
l'accompagnent, encore qu'on doive la critiquer avec modération, 
puisqu il s'agit de pages qu'il n'a pas publiées lui-même, méritait 
au moins d'être reproduite à titre de document. 

J. Weill. 

1 Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs, Metz, 4789 
p. 173. 



BIBLIOGRAPHIE 



Yahuda (A. -S.)- Prolegoniena. zn «'iner erslmalîgeri Herausgabe des 
ftitab al-Hidâja ila l'ara ïd alqulîîb von Baclija ibn Josef ibn 
Paquda ans déni Aiidalus, nebst emer grôsseren Textbeiiage. Darmstadt, 
1904; in-8°de p. vin + 43 (allemand) -f 49 (arabe). 

L'action profonde que les conceptions théologiques d'Aboû-Hâmid 
al-Ghazàlî ont exercée même sur des penseurs juifs se manifeste 
tout d'abord dans le fait que quelques-uns de ses ouvrages ont été tra- 
duits en hébreu, mais plus encore en ce que deux des théologiens juifs 
les plus influents se sont assimilé ses idées. Depuis les recherches 
faites par D. Kaufmann, il est avéré que Juda Halévi a conçu sous 
l'impulsion de Ghazâlî le principe négatif qui inspire le Khazari,a sa- 
voir que la philosophie ne saurait être le critérium de la vérité de la 
religion. C'est encore l'influence du grand théologien musulman qui 
se remarque dans l'œuvre de R. Bechaïb. Joseph b. Bakoudah, œuvre 
si estimée et qui contribua si puissamment à former le caractère moral 
du judaïsme. On a pu, avec raison, nommer Fauteur « le Thomas à 
Kempis juif» *. Depuis longtemps, on avait montré que le Hobot ha- 
Lebabot a fait des emprunts de détail aux écrits de Ghazâlî. Ce qui est 
plus important, c'est que Bechaï a subi son influence dans un pro- 
blème général, a savoir la valeur « religieuse » qu'il convient d'attri- 
buer a l'étude exclusive des questions « légales », problème que 
Ghazâlî avait traité au point de vue de l'Islam. Quand on connaît 
l'exposé qu'il a consacré à ce point fondamental 2 et qu'on le compare 
avec les doctrines .que Bechaï a présentées sur le même sujet, dans 
son Introduction et sur lesquelles il se fonde pour exiger les mx-n 
*pD£7:n CjtfaobN ûby^N, p. 38, 1. 15), on ne peut douter un seul instant 
que la réforme de Ghazâlî touchant l'étude religieuse u'ait trouvé un 

•Joseph Hermann Hertz, Baehya..., Supplément aux Pi oceedings of the sixtk 
biennial Convocation of the Jeioish Tkeoloqxcal Seminary Association, Ntw-\ork, 
1898. 

* Les grandes lignes de ce sujet sont exposées dans Le Livre de Muhammed btn 
Toumert (Alger, 1903), Introduction, p. 27-37; cf. D. Kaulmann, Dte Théologie des 
Baehya ibn Pakuda (Vienne, 1874), p. 21 note ; Yahuda, p. 13. 



BIBLIOGRAPHIE 155 

adepte en Bechaï. Mais celui-ci, loin de reproduire servilement les 
pensées que lui avait suggérées le théologien musulman, les a élabo- 
rées d'une façon personnelle et les a fait servir à l'étude et à la pensée 
religieuse dans le judaïsme. 

Il y a longtemps déjà que les amis de cette littérature souhaitaient 
vivement de posséder enfin dans l'original arabe l'œuvre de Bechaï 
qui a exercé, dans la traduction hébraïque de Juda b. Tibbon, une in- 
fluence si puissante sur l'âme juive. Du texte arabe il s'est conservé 
deux manuscrits dans les bibliothèques de Paris et d'Oxford, en 
outre de quelques fragments qui se trouvent à Saint-Pétersbourg. 
M. Yahuda est venu combler cette lacune, et c'est un heureux signe 
de l'activité de la Gesellschaft zur FÔrderung der Wissensckaft des 
Judentîiums (Société pour l'avancement de la science du judaïsme), 
récemment fondée, que d'avoir mis à son programme le travail de 
M. Yahuda. M. Y., qui, sur le titre arabe de son ouvrage, peut se 
donner la qualité de « al-Mukaddasî », c'est-à-dire Jérusalémite, réunit 
toutes les conditions requises pour un tel travail: il possède à fond 
l'arabe, sa langue maternelle, il est très versé dans la littérature 
musulmane qui a trait au sujet dont s'occupe le Hobot ha-Lebabot; il 
est très familiarisé avec les méthodes critiques de la philologie oc- 
cidentale, que lui ont inculquées les universités allemandes, enfin, 
il a le mérité, que nous aurions dû mentiorner en premier lieu, 
de connaître intimement la théologie juive. Le livre de Bechaï ne 
pouvait tomber en de meilleures mains, comme le montrent les 
Prolégomènes de l'édition que nous comptons voir paraître très pro- 
chainement. Ces Prolégomènes ont servi à l'auteur de thèse de 
doctorat auprès de la Faculté de philosophie de Strasbourg, où ils 
ont déjà trouvé des juges compétents dans les personnes de 
MM. Nôldeke et Landauer. 

M. Y. nous donne, non pas tant une introduction à l'ouvrage même 
de B. — il compte en mettre une en tête de l'édition complète, — 
qu'une introduction à la tradition manuscrite de l'original arabe. Il 
est vrai que le premier chapitre de ces Prolégomènes présente égale- 
ment, sur l'époque de B., des considérations que l'auteur met en 
rapport avec la question des sources du livre. M. Y. a constaté que 
B., dans son inDTian -,yQ, a très largement utilisé — et même re- 
produit littéralement — certains passages de l'écrit de Ghazâli, inti- 
tulé al-hikma f'î machlûkât Allah. Grâce à cette brillante découverte 
(p. 11), il obtient un terminus a quo certain pour la date de la 
composition du Hobot; l'autre point de repère lui est fourni par la 
mention de B. dans le Commentaire du Pentateuque d'Abraham ibn 
Ezra (a ce propos, il faut noter que ia remarque de la page 12,n° 2, a 
déjà été faite par le rabbin hongrois Ad. Hochmuth l ). En utilisant, 
de plus, quelques considérations suggérées par l'histoire de la civi- 

1 Cf. aussi la mention de -nri3 3") dans le N""]*I7;3 "PO" 1 , p. 26 a (éd. S. G. Stern, 
Prague, 1833). 



156 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lisation qui tendent précisément à montrer que le livre a été composé 
à cette époque, l'auteur arrive à ce résultat que la période qui va de 
1106 à 1143 est celle où il faut placer l'activité de B. et l'apparition 
du Hobot (p. 16). 

Mais dans ses Prolégomènes, l'auteur s'occupe principalement des 
manuscrits de l'original arabe de cet ouvrage, il les décrit et les ca- 
ractérise à tous les points de vue de la manière la plus complète. Le 
manuscrit de Paris (P) présente, surtout dans l'Introduction et dans 
quelques chapitres de la première partie, qui traite de la théologie, 
des différences considérables avec celui d'Oxford (0), lequel offre le 
texte quia servi de base à la traduction d'Ibn Tibbon. Cette divergence 
des recensions se reproduit dans les fragments de Saint-Pétersbourg. 
Contrairement au style populaire et large de tout l'ouvrage, P, dans 
les parties où il diffère de 0, expose d'une manière plus concise 
et plus scolastique l'enchaînement des idées. M. Y. ne pense pas 
qu'il faille attribuer ces divergences de P à un remaniement qui 
serait le fait de l'auteur lui-même. « Nous avons plutôt affaire, dit-il, 
à un lecteur postérieur de l'ouvrage, à qui les passages philosophi- 
ques, qui sont contenus notamment dans la première partie, ont paru 
avoir besoin d'être corrigés au point de vue de la forme, et. qui a cru 
pouvoir prendre sur lui de faire ces corrections (p, 37). » Nous avons 
peine à admettre cette intervention arbitraire d'un lecteur, et nous 
préférerions mettre ces divergences sur le compte de l'auteur lui- 
même, qui, revoyant quelques passages de son œuvre, leur aurait 
donné une forme différente. La littérature arabe, précisément, pré- 
sente un grand nombre d'exemples analogues à l'appui de la seconde 
hypothèse. 

Pour la connaissance des manuscrits judéo-arabes, les renseigne- 
ments que nous donne M. Y., pp. 20-36, sur le caractère linguis- 
tique des deux manuscrits sont de la plus haute importance. Se 
fondant sur les particularités de l'écriture, il reconnaît que le ms. 
est originaire du Yémen, et le ms. Pdu Maghreb. A ce fait il rattache 
une longue série d'observations philologiques sur les nuances idio- 
matiques, orthographiques et grammaticales que les copistes ont 
données au texte original d'après ieur propre individualité. Au moyen 
d'un grand nombre d'exemples, il réunit les particularités philologi- 
ques des manuscrits judéo-arabes du Y^émen et du Maghreb, et il 
nous fournit ainsi des règles permettant de déterminer à coup sûr la 
provenance des manuscrits. Il a tout à fait raison de remarquer que 
ces observations qui portent sur le texte arabe du Hobot peuvent 
tout aussi bien servira juger d'autres manuscrits judéo-arabes (p. 32, 
en haut). Il est très difficile de supposer que Maïmonide, par exemple, 
ait écrit le jargon si peu grammatical que nous offrent parfois les 
originaux de son Sirâdj. Ce sont des copistes qui y ont introduit 
leurs façons vulgaires de parler, qui s'étaient, il est vrai, établies, car 
un bien petit nombre de ceux qui faisaient de ces écrits l'objet constant 
de leurs études avaient l'intelligence et la préparation nécessaires 



BIBLIOGRAPHIE 157 

pour s'intéresser à la correction grammaticale avec laquelle il écrivait 
sûrement ses ouvrages. Les remarques philologiques que M. Y. a 
présentées à ce sujet, en se fondant sur un examen approfondi des 
manuscrits, serviront désormais, et très utilement, a la critique 
des textes judéo-arabes. 

A ces prolégomènes l'auteur a joint un échantillon de son édition 
(texte arabe, pp. 1-49), pour lequel il a choisi le Scha'ar ha-yihoud. 
Il a pris comme base de son texte le ms. 0; pp. 39 et suiv., il établit 
les principes méthodiques d'après lesquels il a utilisé, pour établir 
ce texte, les variantes de P, les gloses des deux mss., aussi bien que 
les leçons qu'on peut déduire d'une retraduction de la version d'Ibn- 
Tibbou. Ces principes dénotent un philologue pénétré des méthodes 
de la critique, et nous avons plein espoir que nous recevrons, sous 
une forme qui fera honneur à M. Y., le texte complet du B. arabe 
aussi bien que les autres ouvrages judéo-arabes qu'il compte pu- 
blier, car Bêchai n'est, d'après son plan, que le premier d'une série 
de textes philosophiques de la littérature judéo-arabe. Pour cet 
échantillon, comme aussi bien pour la future édition complète, il a 
préféré douner le texte en caractères arabes, ayant pour cela des rai- 
sons de fond qu'il se propose d'exposer tout au long. 

Grâce a l'original arabe, nous apprenons à mieux caractériser B. 
au point de vue littéraire. Ce n'est pas précisément la recherche 
de l'originalité qui distingue son ouvrage. Il imite la littérature as- 
cétique si copieuse des Musulmans et il se contente d'introduire dans 
les matériaux qu'elle lui fournit les données qu'il puise dans la lit- 
térature juhe; mais il le fait avec une adresse et un esprit d'ordre 
et de système qui donnent à son œuvre la marque d'une création 
originale (Yahuda, p. 10). Déjà le titre de sou livre trahit le cercle 
littéraire d'où sortent ses Devoirs du cœur. Depuis les débuts de la 
littérature morale ascétique, les auteurs musulmans ont donné à 
leurs ouvrages des titres où le mot Kulûb est le complément deter- 
minatif d'autres mots, et par là ils opposent la matière qu'ils traitent 
aux règles du légalisme extérieur, qui se rapportent aux membres 
du corps » {^y=^ = û^"D" , N). C'est ainsi que le plus ancien écrivain 
ascétique, Hârith al-Muhâsibi, écrit un ouvrage qu'il intitule : *^ 
ojJUtfî Jà « Guérison des maladies du cœur », et auquel succèdent 
des écrits qui portent les titres suivants : <-Jjk*N *^=^ ? c-^U)î eiy» 
c_^Xa)î ks. (ces deux derniers de Aboû Tâlib al-Mekkî, un des clas- 
siques du genre), c-^Uli ^Lwj c^UJî iLiiilX* (Ghazâlî), <_^XiiJî P 5\=*. 
ejJUiJi *>L-*=>, etc. On trouve même une « Grammaire des cœurs » 
c-^JUOi ^ (Catalogue de la Bibliothèque du Caire, II, p. 141) dans ce 
genre d'écrits auquel se rattache par son titre l'ouvrage de Bechaï. Dans 
le plan et dans la divison, B. a également suivi, comme l'a démontré 
Schreiner 1 , ses modèles, les sources musulmanes, auxquelles il a en- 

1 Der Kalâm in der jûdischen Littérature . 26. 



158 REVUE DES ETUDES JUIVES 

core emprunte une grande partie de leurs maximes. Il en convient 
d'ailleurs lui-même (le passage de l'Introduction est cité dans l'origi- 
nal, Yahuda, p. 5 note 2), et « les hommes pieux et savants » dont il 
reproduit les paroles, sans indiquer leurs noms, sont pour la plupart 
des ascètes musulmans ou des hommes qui sont considérés par 
ceux-ci comme des types de piété pure (p. 6, note 2). Les citations 
sont naturellement cueillies dans la littérature de l'Islam et ce sera 
la tâche du commentaire qui accompagnera l'édition d'en indiquer 
les sources (p. 12, note), M. Y. aies qualités nécessaires pour s'en 
acquitter. M. Y. incline à croire, d'ailleurs, que B. tient la partie 
essentielle de ses emprunts de Ghazâlî, « que même les conceptions 
qui se trouvent déjà chez des auteurs antérieurs sont reproduites 
par lui dans .la forme sous laquelle Ghazâlî les a exposées à sa ma- 
nière » (p. 9 en bas). Quoi qu'il en soit, plus d'un point nous reste 
incompréhensible si nous ne connaissons pas les sources musul- 
manes. Il est clair que cette lacune sera moins sensible lorsque 
l'original arabe du Hobot nous sera devenu accessible que tant que 
nous en sommes réduits à la traduction d'Ibn Tibbon. C'est ainsi que, 
pour nous en tenir à la partie éditée par M. Y., nous trouvons citée, 
dans le chap. 9 du SchcCar ha-yihoud, l'assertion suivante d'un sage 
touchant le Créateur. Répondant à la question « où est Dieu », il dit, 
d'après la traduction hébraïque : TPDXn, et, dans ce mot, les traduc- 
teurs modernes allemands ont vu toutes sortes de choses impos- 
sibles. R. Fùrstenthal traduit « dans la contemplation », M. S. Stern, 
« dans l'intuition » ; M. Kaufmann, qui a tenu compte pourtant de 
l'original arabe, « dans l'observation », ce qu'il explique d'une ma- 
nière plus précise par « le spectacle delà nature » (p. 88). Dans l'ori- 
ginal arabe (éd. Yahuda , p. 40, 1. 6) le mot correspondant est 
*7N3t1ttbN3 , et, pour comprendre cette expression, il faut savoir 
qu'elle repose sur une allusion à un passage du Koran (Soura 89, 
v. 13) : inna rabbaka la-Ml-mirçâdi, « Dieu est aux aguets». 
L'auteur de la question voulant avoir une localisation de Dieu, le 
sage se tire d'affaire en lui répondant par le mot du Koran. Ainsi, 
le sens mystique qu'on a cherché jusqu'à présent dans le mot rpDX 
d'Ibn Tibbon ne se trouve pas en réalité dans cette anecdote, si ré- 
pandue dans la littérature arabe. Elle est racontée presque textuel- 
lement sous la même forme que chez B. par Djâhiz, Bayàn, I, p. 96; 
Pseudo-Balkhî, éd. Uuart, I, p. 76; Yâô'i, Raoud al-rayâhîo, p. 327; 
Toûsî, S/iï/'a Books, p. 345. L'allusion au mot du Koran est faite le 
plus sérieusement du monde par le poète arabe AU b. Djahm, 
Aghânî, IX, p. 118, 1. Nous voyons donc que B. s'est servi ici d'une 
anecdote courante dans la littérature musulmane et dont la pointe 
ne peut être saisie que par celui qui connaît le Koran. 

Cet exemple n'est pas le seul à montrer que B. était familiarisé 
avec la littérature musulmane qui l'intéressait et qu'il a incorporé à 
son ouvrage des éléments intelligibles seulement si l'on en con- 
naît la signification dans la littérature éthique et théologique de 



BIBLIOGRAPHIE 159 

l'Islam. A cet ordre de faits appartient, dans le fragment édité par 
M. Y., le terme, emprunté à littérature musulmane, de ûbi'3 Epniz) 
(p. 47, 1. 5 ; cf. ^inoîïi épnwrr, Aboda, ch. iv, Yihoud hamaasse, ch. v) 

qui correspond à £^ dLcàJî dans l'éthique musulmane et par lequel 
on flétrit soit le plaisir sensuel, soit la piété intéressée. Dans la 
littérature musulmane on a stigmatisé ainsi principalement, mais 
non exclusivement, « l'action de se faire voir » de l'hypocrite (pbJî ; 
cf. Muhammed. Studien, II, p. 280, note 2). Le poète mystique Omar b. 
al-Fârid (éd. Beyrouth, 4895), p. 85, 1.5 (= Tahja, v. 227), dit dans 
ce sens : cxxkc ^Û. d^wJî <Jx ^53^ « mais tu as persisté dans 
la petite association )>, c'est-à-dire: tu t'es montré enclin à l'hypo- 
crisie. C'est ainsi que s'explique également nriDjr: Epntan dans 
Ethical Treatise of Berachya, éd. Gollancz, p. 341 , où les mots ïitt 
ira Vil "n*tû7a n^u: correspondent à l'arabe „bJ! oj^î ^ ob î«k<ûj. 
Le mot « association » ne veut pas dire que « l'homme adonné à la pra- 
tique extérieure de la religion a secrètement quelque autre but », 
mais le sens est que quiconque poursuit par sa piété une ostentation 
extérieure porte trouble à l'adoration exclusive de Dieu dans son for 
intérieur ; le culte qu'il rend à Dieu n'est pour ainsi dire plus 
exclusif. 

On trouvera encore dans les « Portes » suivantes maint autre 
exemple analogue de l'emploi de termes particuliers à l'Islam, et 
c'est seulement grâce à l'original arabe que ces termes deviendront 
vraiment intelligibles. Déjà dans la première Porte, éditée par M. Y., 
nous trouvons des phrases du Koran : chap. n : ïTODm "ip^E^î-na = 
loJt <£ îy^; uy^\ (P- 4 > dernière ligne) d'après Soura, ni, v. 5 (cf. 
Wiener Zeitschr. /. Kunde des Morgenl., III, p. 83) \ et le passage clas- 
sique des dogmatiques musulmans P(5 & *Ju£ ^J (Soura, xlii, v. 9), 
emprunt assurément inconscient (p. 31, dernière l'gne; p. 40, avant- 
dernière ligne), comme il en a pénétré plus d'un dans la littérature 
juive aussi bien avant B. qu'après lui, et comme plus d'un s'y est 
maintenu \ 

M. Y. étend l'opinion que B. s'est approprié les doctrines anté- 
rieures par l'intermédiaire de Ghazâli aux rapports du théologien 
juif avec les ikhwân al-çafâ (p. 10) que, depuis le lumineux ouvrage 
de Kaufmann sur B., nous sommes habitués à considérer comme une 
des sources de cet auteur. Je ne crois pas qu'on puisse le contester 
au moins pour ce qui touche l'antithèse entre nttNr: iriNrï et *irtNrr 

lavrt. Cf. Rasâ'il, éd. Bombay, I, p. 23 : ^(^^î J* Jaj *\^|jjli 
^UsJU Ujj ZXaaAL. A vrai dire le terme &£. *X^îj.!l, considéré à 

1 dVp"i5!3^ S^Snïl, Maïmonide, "TlrTVI *153N73, éd. Steinschneider (Berlin, 
1847), p. 14, note 17. 

* Cf. sur ce sujet, Revue, XXXVIII, pp. 270-271, et les passages indiqués comme 
références. 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

part, a acquis par ailleurs droit de cité dans la littérature philoso- 
phique (Alfârâbî, éd. Dieterici, p. 24, 1. 10, 12); mais la question ne 
porte que sur la source originale de cette antithèse. Il est difficile de 
supposer que Ghazâli se soit laissé influencer par les Ikhwân. Il parle 
fort peu d'eux et dans son Mounkidk (éd. du Caire, 1309, p. 19, 1. 18) 
il les place au plus bas degré de la philosophie populaire; c'est dans 
ce sens qu'il applique à leurs écrits l'épithète juuJli)! io^*^. 

En terminant nous exprimons le souhait que [M. Yahuda nous 
donne très prochainement l'édition complète de |l'original arabe du 
Hobot ha-Lebabot, cette œuvre fondamentale de l'éthique juive. Ses 
Prolégomènes nous autorisent à l'attendre avec pleine confiance. 

I. Goldziher. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XLV1II, p. 145. — Au sujet de Paltiel, M. Simonsen de Copenhague 
attire mon attention sur le récit contenu dans le D^TOtt '0, éd. Mekicé 
Nirâcwiiin, p. 152, et qui a été jusqu'ici complètement ne'gligé. Ce re'cit 
singulier, qui est peut-être traduit de l'arabe, me'riterait une e'tude appro- 

fondie. — P. 174, note 2, 1. 2, au lieu de b*7, lire p (?). Les noms d'objets 
arabes qui se trouvent à la même page et que je n'avais pu déchiffrer ont 
tout été' élucidés par M. Israelsohn de Moscou : Ip^ST HN2172 est ntfb72 
"^m, c'est-à-dire un voile ou un manteau de Dabka (NpDT) en Egypte 
(v. Harkavy, Stud. ud. Mitt., p. 143 et 398: il faut donc aussi, au lieu de 
IpWT 3im, lire *pWl mm) ; ïlrnttBBO est Ï1ÏV773 l3DD, une boite pour 
l'onction; au lieu de rTrN">D, enfin, il faut lire Ï1TN13 =Î1T"D, pluriel de 
T"D, une cruche à goulot. — S. Poznanshi. 

Ib.y p. 232, au milieu. — Dans l'explication de la partie de droite de la 
figure 2, j'ai mal envisagé la coiffure du véne'rable rabbin qui préside la 
ce'rémonie : il a la tête couverte du talit, agrémenté d'une bordure rouge, 
et, de sa main droite, en perspective mal conçue, il tient le Se fer Tora, dont 
le sommet est orné d'une double couronne. — M. Schwab. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



SPINOZA ET LE JUDAÏSME' 



Spinoza appartient à l'histoire du judaïsme par sa naissance, 
son premier milieu, sa première éducation. Il lui appartient par la 
seule œuvre de lui publiée de son vivant, son œuvre maîtresse aux 
yeux de quelques-uns, le Tractatus theologico-politicus, plai- 
doyer en faveur de la liberté de pensée et de croyance fondé sur 
un examen critique des livres de l'Écriture Sainte. Lui appar- 
tient-il aussi par sa doctrine philosophique? On l'a souvent 
affirmé. Bien que l'auteur de Y Éthique ait dépouillé résolument et 
sans esprit de retour le vieil homme d'Israël et rompu avec le 
judaïsme autant que le judaïsme rompit avec lui, bien qu'il ait 
tourné le dos à ses premiers maîtres et pris pour point de départ 
de ses recherches ultérieures la philosophie cartésienne, indé- 
pendante elle-même de toute autorité extérieure, on a plus d'une 
fois contesté qu'il y eût une véritable solution de continuité entre 
la pensée juive et celle de l'excommunié de 1656. En faisant valoir 
certaines analogies, en exploitant certains textes ou certaines 
formules, on a tenté de rattacher Spinoza, en dépit de lui-même, 
soit au judaïsme en général, dont il aurait conservé tendances et 
esprit, soit à quelques auteurs et doctrinaires juifs, dont il se 
serait formellement inspiré 2 . Cousin est probablement le premier 
en France qui ait insisté sur le « judaïsme » de Spinoza : 
« Spinoza. . . est essentiellement juif et bien plus qu'il ne le croyait 
lui-même 3 . » D'autres, à la suite de Cousin, se sont plu à recon- 
naître en lui des traits essentiels de l'esprit juif, sens profond de 

1 Av propos d'un livre récent : Spinoza, sein Leben und seine Lehre, t. I : Bas 
Leben Spinozas, par J. Freudenthal. Stuttgart, Frommann, 1904; in-8° de xiv + 
349 p. 

8 Voir les citations d'auteurs juifs et non juifs (Philippson, Béer, Heine, Auer- 
bach, Renan, Pollock, etc.) dans l'article de M. Grùnwald : Spinoza- Jude? (Populâr- 
wissenschaftliche Monatsblàtter, XIV, p. 121, 147). Cf. aussi la biographie de Spinoza 
en hébreu par H. Zeitlin, Varsovie, 1900, p. 135; Muret, l'Esprit Juif, 1901, ch. IV 
(Spinoza). 

3 Fragments de philosophie moderne, p. 58. 

T. XI.1X, k° î»8 11 



162 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'unité, sérieux moral, dédain des sanctions d'outre-tombe, subti- 
lité dialectique aiguisée par l'étude du Talmud. Au point de vue 
particulier des doctrines exposées dans Y Éthique, on a, dès la fin 
du xvn e siècle, rapproché le spinozisme de la Cabbale. Cette 
interprétation, proposée par Wachter \ a trouvé faveur auprès de 
Leibnitz, qui, dans sa Réfutation de Spinoza, va jusqu'à assimiler 
les modes éternels et infinis de la substance aux Sepliirot des 
Cabbalistes. Bien d'autres ensuite, S. Maïmon, A. Geiger, Bena- 
mozegh, ont étudié les rapports entre Spinoza et la théosophie 
juive. Enfin, serrant de plus près la question des sources juives 
du spinozisme, Joël - a essayé d'établir que cette doctrine était le 
terme logique d'une évolution dans la théologie juive antérieure, 
en quelque sorte l'épanouissement en même temps que la synthèse 
des tendances tant intellectualistes que mystiques des Juifs aristo- 
téliciens ou néo-platoniciens du moyen-âge, et qu'on pouvait re- 
trouver chez Spinoza, combinées ensemble et repensées avec une 
profondeur et une vigueur inconnues jusque là, les conceptions 
même d'un Maïmonide, telles que l'identité de l'intelligence à son 
objet, — conception attribuée d'ailleurs aux Hébreux par Spinoza 
lui-même, — l'immortalité proportionnelle, la morale du juste mi- 
lieu, ainsi que la théorie de l'amour divin de Léon l'Hébreu et le 
déterminisme hardi de Hasdaï Crescas. 

Que Spinoza ait gardé quelque chose et même plus qu'il ne 
croyait lui-même de sa première éducation, cela n'est guère con- 
testable. Et si « esprit juif » il y a, on en retrouve, en effet, des 
traces chez lui. Néanmoins Saisset déjà avait raison contre Cousin 
quand il montrait Fabîme qui sépare le Dieu- Substance imma- 
nente de Spinoza du monothéisme biblique 3 . La subtilité dialec- 
tique, l'aptitude à étudier une question sous toutes ses faces, à 
épuiser les problèmes, sont, si l'on veut, qualités de race chez 
Spinoza ou acquises à l'école des talmudistes 4 , et on en peut dire 
autant peut-être du sérieux et de la tenue morale de son existence. 
Quant aux analogies de doctrine avec les théologiens et philo- 
sophes juifs du passé, elles sont réelles, sans doute, et il était in- 
téressant de les mettre en lumière, mais on a trop souvent exagéré 
leur nombre et leur importance. Si certains passages des auteurs 
cabbalistes se laissent rapprocher de telles pages de l'Éthique, ce 
n'est pas que Spinoza ait rien emprunté à ceux qu'il a durement 



1 Le Spinozisme dans le judaïsme, Amsterdam, 1699. 

s Zur Qcnesis der Lehre Spinozas, 1871. 

3 Saisset, Introduction critique aux œuvres de Spinoza, 1860, p. 227 et suiv. 

4 Cf. Freudenthal, p. 216. 



SPINOZA ET LE JUDAÏSME 163 

traités de charlatans, c'est qu'il y avait du néo-platonisme et 
de l'alexandrinisme chez lui comme chez eux. Cette influence 
alexandrine et néoplatonicienne est aujourd'hui reconnue de la 
plupart des interprètes du spinozisme. Quant aux similitudes par- 
ticulières avec Maïmonide, Ibn Gabirol, Léon l'Hébreu, Crescas 
et d'autres, l'histoire de la philosophie doit les enregistrer, mais 
elle a le droit de les considérer comme d'importance secondaire. 
Outre qu'elles se rencontrent plus particulièrement dans le Court 
Traité, qui n'est point l'expression achevée du spinozisme, elles 
n'ont pas sans doute plus de valeur que telles autres analogies de 
la doctrine avec les spéculations des scolastiques par exemple 1 , 
ou, pour remonter plus en arrière, du stoïcisme. Le spinozisme 
possède assurément une originalité et une profondeur qui l'éman- 
cipent de toute ascendance et de toute influence avouées ou non. 
Et des historiens autorisés, comme Kuno Fischer, ont peut-être 
raison de contester, en dépit de rapprochements intéressants, la 
filiation juive des concepts fondamentaux du spinozisme, lesquels 
sont autre chose et beaucoup plus que la systématisation rigou- 
reuse des hardiesses de pensée puisées çâ et là dans le More, 
dans le Or Adonaï ou dans les Dialoghi di amore. 

Aussi l'histoire des idées juives, sans se désintéresser entière- 
ment de Spinoza philosophe, doit inscrire plus particulièrement 
au programme de ses études Spinoza critique biblique, exêgète 
et grammairien, et Spinoza apôtre de la liberté de pensée. Le 
Tractatus a le mérite, aux yeux des critiques modernes les 
plus autorisés », d'avoir institué la vraie discipline en matière 
d'exégèse et d'avoir marqué le vrai but à atteindre, c'est-à-dire 
avant tout de comprendre les textes par eux-mêmes sans aucune 
idée préconçue, dMne manière tout objective et historique, et 
d'avoir ainsi atteint quelques-uns des résultats qu'une érudition 
plus vaste a depuis fait prévaloir chez tant d'esprits. 

D'un autre côté, bien que la communauté d'Amsterdam ait vu 
et condamné en Spinoza un des ennemis les plus subversifs de la 
foi juive et que, en retour, et par exception, Spinoza se soit dé- 
parti de sa sérénité coutumière dans l'appréciation qu'il a faite de 
sa religion maternelle, le judaïsme n'en a pas moins, en défini- 
tive, bénéficié des idées que l'auteur du Tractatus a contribué à 
répandre touchant la liberté de penser et de croire. Aussi bien, de 
même que le mot de spinozisme n'éveille plus guère de nos jours 

1 Voir à ce sujet L. Brunschwicg, La révolution cartésienne et la notion spino- 
%\ste de la substance, dans Revue de métaphysique et de morale, numéro de septembre 
1904. 

a Tels que Cornill, par exemple, cité par Freudenthal, p. 1G5. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de méfiances ou de colères au camp des philosophes, le nom de 
Spinoza a cessé depuis longtemps d'être voué à l'exécration dans 
les milieux juifs éclairés. Déjà Mendelssohn, tout en combattant 
ses idées, rendait hommage à la puissance de son génie et détes- 
tait l'anathème dont il fut victime. L'homme que la communauté 
d'Amsterdam voulut rayer de ses annales y a été comme réin- 
tégré par le judaïsme moderne. Il l'a été, avec des réserves sur 
l'attitude de Spinoza à l'égard de la religion et de l'histoire de 
son peuple, qu'il n'a pas jugées sine ira et studio, mais avec un 
désaveu sincère de l'ostracisme brutal dont firent preuve Saùl 
Morteira et ses collègues, désaveu que n'inspire pas uniquement 
le désir de pouvoir rattacher quand même au judaïsme, pour 
lui en faire honneur, une des plus grandes gloires de la pensée 
humaine. Le temps est passé aujourd'hui des excommunications 
aveugles, comme aussi des apothéoses tapageuses. Il s'agit seule- 
ment pour quiconque veut s'occuper de Spinoza d'essayer de com- 
prendre et d'apprécier avec justesse l'homme et l'œuvre ainsi que 
les divers groupes sociaux au sein desquels ils se sont produits. 



Si la philosophie spinoziste a été mûrement étudiée au siècle 
dernier et fait l'objet de nombreux et bons travaux qui en ont 
éclairé les faces complexes, la figure historique du penseur n'avait 
pas été jusqu'en ces derniers temps suffisamment mise en lumière, 
ni replacée avec assez de soin à son moment et dans son cadre. 
Contingences qui ont bien leur prix même à l'égard de celui qui 
voulait enseigner à ses amis à considérer toutes choses sous 
l'aspect de l'éternité. On n'avait, naguère encore, pour raconter 
la vie de Spinoza, outre sa correspondance et quelques données 
éparses, que la biographie due au pasteur Koehler (Colerus), aussi 
fervent admirateur du caractère de Spinoza qu'adversaire 
acharné de ses idées, et celle d'un pieux disciple du philosophe, 
Jean-Maximilien Lucas. On reproduisait ces deux documents, 
d'ailleurs capitaux, on les résumait ou l'on y renvoyait. La 
critique comparative n'en avait point été faite, ni le contrôle des 
renseignements défectueux ou incomplets qu'ils fournissent. 
Chargé en 1893 par l'éditeur de la collection allemande des 
a Klassiker der Philosophie » d'un travail de vulgarisation sur 
Spinoza, M. J. Freudenthal, professeur de philosophie à l'Univer- 
sité de Breslau, a pris occasion de là pour étudier à nouveau la 



SPINOZA ET LE JUDAÏSME 165 

biographie du philosophe, persuadé qu'un examen approfondi de 
sa vie répandrait quelques clartés de plus sur sa pensée. Il s'est 
donc mis au préalable à la recherche de toutes les pièces et de 
tous les documents tant imprimés qu'inédits ayant trait à la per- 
sonne ou à l'entourage de Spinoza. Ces investigations s'étant pro- 
longées plusieurs années, M. Freudenthal s'est trouvé devancé 
dans sa tâche par un savant hollandais, Meinsma, dont l'impor- 
tant ouvrage Spinoza en zijnKring (Spinoza et son cercle) i satis- 
faisait en grande partie aux exigences de la critique et marquait 
un progrès notable sur les travaux antérieurs en résolvant cer- 
tains problèmes de chronologie, en dissipant des légendes et en 
faisant revivre devant nous les contemporains qui avaient cou- 
doyé le philosophe. Toutefois le sujet n'était pas épuisé. Il restait 
encore bien des points à éclaircir, des erreurs â rectifier, des 
renseignements à compléter. M. Freudenthal, envoyé en mission 
par l'Académie royale des sciences de Berlin, a pu faire une 
récolte assez fructueuse dans les bibliothèques et dépôts d'archives 
de Hollande. Le résultat en a été consigné par lui dans le volume 
publié en 1899 : Die Lebensgeschichte Spinozas, recueil critique 
de tous les documents publiés ou inédits, biographies, relations, 
opinions d'auteurs contemporains, pièces diverses pouvant servir 
à reconstituer la vie du penseur. Et c'est cette vie même qu'il 
vient maintenant d'écrire, en utilisant l'ensemble de ces docu- 
ments. 

Le livre, qui s'adresse au grand public, est d'une lecture atta- 
chante. Dans la préface, l'auteur s'excuse du caractère conjec- 
tural de telles pages qui essayent de suppléer au silence des textes 
ou de donner la clef de certaines difficultés. Et Ton conçoit que 
l'hypothèse joue un grand rôle dans le récit de la vie d'un homme 
qui a peu livré de lui-même et n'a rien publié sous son nom : 
Spinoza est au premier rang de ceux qui, autant par la force des 
circonstances que de propos délibéré, ont mené une existence 
effacée et assez pauvre en incidents. Les indications et les données 
qui servent de matériaux à ses biographes sont menues et se lient 
malaisément d'elles-mêmes. Elles appellent gloses et commentaires, 
et l'on est appelé souvent à tirer de certaines informations des 
inductions excessives. M. Freudenthal se montre généralement 
mesuré et circonspect. Pourtant certaines parties du livre pour 
raient être plus condensées. Spinoza se fût sans doute étonné que 
l'histoire de sa vie et de ses écrits donnât matière à un volume de 
plus de trois cents pages. Aussi bien n'apprenons-nous guère de 

» Paru en 1896. 



166 REVUE DES ETUDES JUIVES 

faits réellement nouveaux, et le vrai titre qui convient au livre est 
celui que Meinsma a donné au sien : Spinoza et son entourage. Il 
valait la peine, d'ailleurs, à propos des vingt-quatre premières 
années de Baruch de Spinoza, de retracer la physionomie de cette 
communauté de Marranes, fils de Marranes, revenus passionnément 
au judaïsme sur le sol tolérant des Pays-Bas, puis de nous peindre 
les différents milieux mondains, théologiques, politiques, savants, 
où s'écoulèrent les années suivantes et où s'élabora l'œuvre du phi- 
losophe, Van den Enden et son groupe, les Mennonites et les Collé- 
giants, le collège de Rinsburg, les cénacles de Voorburg et de Haag, 
les familiers et les correspondants du maître, Balling, Jelles, De 
Vriès, Lodewijk Meyer et d'autres, auxquels il était réservé de 
travailler à la gloire future de celui qui dédaigna souverainement 
toute notoriété. 

La littérature spinoziste s'enrichit donc avec le livre de 
M. Freudenthal d'une œuvre solidement documentée et qui ap- 
précie avec pondération les épisodes peu nombreux, mais sai- 
sissants, de la carrière du philosophe l . Parcourons ici ce qui 
dans l'ouvrage nous intéresse particulièrement. 

M. Freudenthal, qui se sert de Graetz pour son esquisse de la 
communauté juive d'Amsterdam, n'accepte pas la supposition de 

1 Mentionnons en passant le livre paru il y a peu de temps de M. P. L. Cou- 
choud, Benoit Spinoza, Collection des grands philosophes, Paris, Alcan, 1902, ouvrage 
de grande vulgarisation également, consacré moins à l'histoire de la vie qu'à celle 
des œuvres de Spinoza et à un essai d'exposition de la genèse et du développement 
des concepts spinozistes. C'est un effort intéressant, mais il eût fallu à un essai de 
ce genre une base chronologique plus assurée et la date des premiers écrits de 
Spinoza ne peut être établie avec certitude. Les chapitres consacrés au Tractatus 
sont solides ; la marche de la pensée est bien suivie. Le chapitre vin l'ait revivre avec 
un art délicatement sobre la figure de Spinoza. La partie biographique contient des 
erreurs. Quoique M. Couchoud ait utilisé la Lebensgeschichte de M. Freudenthal, il en 
est resté pour certains détails aux ouvrages antérieurs, et bien qu'il cite Meinsma 
dans sa bibliographie, -il ne paraît guère s'être servi de son livre. Il eût évité d'affirmer 
purement et simplement (p. 17) que Spinoza demanda la main de la fille de son 
maître. M. Fr. montre (p. 41 et suiv.) par divers arguments que la chose est fort 
douteuse, sinon tout à fait invraisemblable. M, Couchoud écrit, p. 39, qu' « en quit- 
tant Amsterdam, Spinoza y avait laissé trois grands amis : Louis Meyer, Simon 
d'Uriès, Pierre Balling. C'étaient trois professeurs juifs, probablement, mais éman- 
cipés de la synagogue ». il ne nous dit pas sur quoi il se l'onde pour faire cette suppo- 
sition, qu'aucuu auteur n'a émise et que les noms seuls n'autorisent pas assez. Où 
prend-il que Spinoza trouva le Talmud un livre « clair » (p. 9) et qu'A. Weill {ibid., 
note) était un savant rabbin? Une erreur de M. Couchoud est singulière, car elle est 
déjà rectifiée chez Kuno Fischer (p. 140). L'élève que Spinoza avait chez lui à Ryns- 
burg et à qui il inculquait les principes de la philosophie de Descartes est appelé 
par lui « Casearius ». M. Couchoud s'en tient à l'opinion qui désignait sous ce terme 
A. Burgh, plus tard converti au catholicisme, et demande à Du Cange une expli- 
cation de ce surnom. Or, il résulte des recherches de Meinsma qu'il s'agit d'un 
étudiant nommé Johannes Casearius, dont on a retrouvé l'inscription dans l'Album 
do l'Université de Leyde (cf. Freudenthal, pp. 114, 330). 



SPINOZA ET LE JUDAÏSME 107 

l'historien ! suivant laquelle Spinoza serait né à Valladolid, en 
Espagne. Graetz s'était fondé pour contredire le témoignage 
formel de Colerus sur le texte de la lettre 76 de Spinoza : « Ipse 
quendam Judam quem fidum appellant novi. » (J'ai connu moi- 
même un certain Juda le Croyant.) Il s'agit de Don Lope de Vera 
y Alarcon, brûlé vif par l'Inquisition en 1644 pour crime de ju- 
daïsme. Mais novi a été à tort pris à la lettre par Graetz et paraît 
ici l'équivalent de « scio ». Ni Juda n'a été à Amsterdam, ni Spi- 
noza en Espagne 2 . 

Les premières années de Spinoza, ses études rabbiniques et théo- 
logiques sont connues. M. Freudenthal ne renouvelle guère le sujet 
que par la forme littéraire. Regrettons avec lui la rareté des ren- 
seignements sur la personne des parents de Spinoza, de sa mère 
surtout, Ilanna Débora. Celle-ci mourut, d'ailleurs, quand Baruch 
avait six ans. L'absence d'influence et de tendresse féminines paraît 
s'être fait sentir dans la formation presque exclusivement intel- 
lectuelle et rationnelle du caractère et de la pensée du philosophe. 
Spinoza entra à l'école juive d'Amsterdam, à peu près dès l'époque 
de [sa fondation (1639). 11 y parcourut les échelons de l'ensei- 
gnement hébraïque et talmudique et fit concevoir à ses maîtres 
les plus brillantes espérances sur son avenir. On sait comment ces 
espérances se changèrent en inquiétudes, quand on s'aperçut que 
le jeune Baruch se détachait des croyances traditionnelles et 
bientôt des prescriptions cérémonielles du judaïsme, d'une part, 
sous l'influence de pages hardies et suggestives lues chez des 
théologiens juifs, les Ibn Ezra, les Gersonide, les Joseph del Mé- 
digo, vite dépassés par l'effort pénétrant de ses propres spécu- 
lations, stimulé, d'autre part, par l'étude de la philosophie et des 
sciences profanes. 

Détaché intérieurement, Spinoza ne consomma pas tout de 
suite sa rupture. Son père, Michael d'Espinoza, meurt le 28 mars 
1654. Un document prouve que Baruch fréquente encore la syna- 
gogue au moins pendant l'année suivante. On sait que d'après le 
récit de Lucas, deux jeunes gens, se disant amis de Spinoza, 
viennent lui poser des questions insidieuses sur la Bible afin d'ob- 
tenir de lui des réponses compromettantes. Spinoza met fin en 
quelques mots à l'entretien, et ces deux jeunes gens, mécontents 
de sa discrétion, vont le dénoncer comme un adversaire perfide 
de la synagogue. M. Freudenthal montre le caractère suspect de 



1 Geschichte der Juden, t. X, p. 402. Cette supposition devient affirmation dans son 
Histoire juive populaire (t. V, p. 184, de la traduction française). 
* Cf. Couchoud, p. 2, note. 



168 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ce récit, mais admet le fait que Spinoza exprima devant témoins 
ses libres opinions. 

On sait aussi que son abandon de la synagogue lui valut après 
diverses péripéties la peine de l'excommunication. Là encore le 
fait est constant, mais le récit des biographes est tendancieux 
et ne mérite qu'une créance relative. M. Freudenthal s'ap- 
plique à remettre les choses au point et à distinguer l'histoire 
de la légende. Spinoza, lorsqu'il eut cessé de fréquenter la syna- 
gogue, se mit à assister aux réunions religieuses de communautés 
chrétiennes, principalement chez les Mennonites et les Collégiants, 
la secte la plus libre alors et la plus ouverte à tous. Spinoza a-t-il, 
comme le croit son biographe, senti en lui après sa rupture un 
« vide douloureux », et a-t-il voulu chercher dans le christia- 
nisme quelque chose qui remplaçât sa foi évanouie ? Il est permis 
d'en douter, car s'il rejetait le judaïsme traditionnel, sa pensée ni 
son cœur ne restaient vides de concepts sur Dieu et sur la reli- 
gion, et nul n'était plus capable que lui de se suffire à lui-même 
en pareille matière. Il s'est tourné vers le christianisme plutôt 
par curiosité intellectuelle que par besoin de calmer une torture 
morale, et il a été attiré particulièrement par ces sectes qui, reje- 
tant les disputes dogmatiques et se passant d'autorités ecclésias- 
tiques, se faisaient à elles-mêmes leur croyance et donnaient le 
pas à la morale sur la théologie. Il est allé vers elles, parce qu'il 
trouvait chez leurs adeptes des dispositions et des goûts analogues 
aux siens, tout en demeurant, au fond, très différent d'eux. 11 y 
chercha et y rencontra des amitiés précieuses, mais nullement une 
foi nouvelle qui s'édifiât sur les ruines de l'ancienne. Il ne se 
convertit pas et n'avait pas à se convertir. Quoi qu'il en soit, ses 
anciens coreligionnaires, le voyant s'éloigner d'eux pour aller 
fréquenter des chrétiens, purent croire à sa prochaine apostasie. 
Et cet acte, très vraisemblable à leurs yeux, d'un membre d'une 
famille vénérée qui avait donné des serviteurs zélés à la commu- 
nauté d'Amsterdam, leur parut plus qu'un scandale, un danger 
véritable qu'il importait de conjurer. On y mit tous ses efforts. 
Mais c'est ici que les biographes paraissent avoir dramatisé à 
l'excès *. 

Après des avertissements, des promesses d'argent, des menaces, 
on aurait recouru, d'après Bayle et Colerus, aux voies de fait, et 
Spinoza aurait été victime d'une tentative de meurtre. Bayle conte 
qu'un jour que Spinoza sortait du théâtre, un Juif voulut le tuer 
et le blessa. Colerus dit avoir appris d'un voisin de Spinoza qu'un 

1 Fr., p. 69. 



SPINOZA ET LE JUDAÏSME 169 

attentat eut lieu contre lui à sa sortie de la synagogue, mais que 
son vêtement seul fut atteint et troué d'un coup de stylet, et qu'il 
le conserva en souvenir. M. Freudenthal insiste, après Van der 
Linde, Balzer et Meinsma, sur les invraisemblances de ces récits. 
Il n'y a pas trace de l'événement dans les actes juridiques du 
temps : or, il eût pu difficilement passer inaperçu. Lucas, d'ail- 
leurs assez malintentionné à l'égard d'Israël, s'en tait. Bayle et 
Colerus ne connaissent l'attentat que par Van der Spyck, chez 
qui Spinoza demeura plus tard, et celui-ci semble avoir varié 
dans son récit. Si ce n'est donc pure fiction imaginée par Van der 
Spyck, une saine critique doit voir, au moins, dans un fait ainsi 
présenté, le grossissement, longtemps après, d'un incident de 
moindre importance, quelque rixe peut-être. Quant au récit de 
Lucas relatif à la comparution de Spinoza devant le Bet Din, à 
son interrogatoire, aux cérémonies de l'excommunication, récit 
fait à trente ans de distance, il contient mainte inexactitude. Les 
dénégations préalables de Spinoza, sa réponse irrévérencieuse à 
son ancien maître, Morteira, appelé à tort chef de la Synagogue, 
le « scénario » du hérem sont autant de données sujettes à cau- 
tion. On en trouvera la critique dans le livre de M. Freudenthal '. 
Sur le sujet même de l'excommunication, il s'explique sans parti- 
pris, essayant de faire la psychologie des juges de Spinoza. Pour 
fâcheuse qu'ait été une mesure où l'aveuglement et la passion ont 
eu leur part, on ne saurait à son sujet, dit-il, prononcer le 
mot d'auto-da-fé. L'excommunication était chose commune à cette 
époque chez les sectes même les plus tolérantes. Le fondateur de 
la secte des Mennonites appelait l'interdit « le joyau de l'Eglise, 
sans qui une communauté est comme une ville sans murs ni por- 
tes. » Et en fait toute association a le droit d'exclure d'elle tout 
non conformiste. Où elle l'outrepasse, c'est quand elle s'inspire de 
sentiments haineux et prête l'oreille à la calomnie. Et la calomnie 
eut quelque part dans le procès de Spinoza. Ce qui choque aussi, 
c'est l'emploi de l'âpre formule d'excommunication avec ses malé- 
dictions implacables. On a dit que les Marranes avaient été péné- 
trés par l'esprit des juges de l'Inquisition, qu'ils leur avaient em- 
prunté à la longue leur habitude d'épier les consciences, et leur 
promptitude à condamner les dissidences de doctrines et les écarts 
de fait. On a dit que moins que quiconque, ayant si tragiquement 
souffert de leurs savantes et féroces persécutions, ils eussent dû 
appliquer à l'un des leurs des procédés qui semblaient s'en ins- 
pirer. Il est vrai ; mais d'abord il y a loin du bannissement au 

1 P. 72. 



170 RUVUE DES ETUDES JUIVES 

bûcher, et puis l'argument de l'Inquisition peut être invoqué, 
d'autre part, à la décharge du collège rabbinique d'Amsterdam. Le 
raisonnement suivant, que M. Freudenthal reprend après Munk, 
Graetz et d'autres, n'est pas sans valeur. Les Marranes, victimes 
de l'Inquisition, étaient attachés à leurs croyances et à leurs 
rites d'un amour que les souffrances avaient exalté à l'extrême. 
Établis depuis peu sur une terre de quasi-liberté, ils mettaient 
à accomplir les prescriptions de leur culte autant de zèle et de 
ferveur reconnaissante qu'on avait déployé de passion et de ri- 
gueur à réprimer chez leurs pères tout semblant de retour à la re- 
ligion honnie. Quelle amertume pour eux et quel sursaut révolté 
de conscience à entendre taxer leurs antiques croyances d'erreurs 
puériles, et leurs sacrifices de chimères ! A laisser se répandre 
impunément des opinions et se répéter des actes qui déconsi- 
déraient ce qui, à leurs yeux, avait la double consécration d'une 
tradition révérée et de récents et douloureux martyres, ils crurent 
commettre une faute capitale, détruire par lâcheté la paix et la 
stabilité de leur communauté maintenant respectée et florissante. 
Ce sont là des considérations que tout biographe impartial doit 
faire valoir au sujet d'une mesure d'ailleurs aussi inefficace que 
haïssable en elle-même. 



II 



Spinoza était prêt à la séparation : l'excommunication ne chan- 
gea rien à sa conduite. Nous ne le suivrons pas avec M. Freuden- 
thal dans les différentes retraites studieuses où il mena la vie 
sobre et presque impassible d'un sage doublé cVun artisan expert. 
Faut-il penser que sans sa condamnation et les sentiments qu'elle 
anima dans son cœur, il n'eût pas si ardemment cherché la vérité 
philosophique et religieuse, et qu'il eût hésité, d'autre part, à 
donner la publicité même voilée d'une publication anonyme à des 
pensées qui devaient heurter violemment l'opinion, bref qu'on 
soit redevable à la sévérité des rabbins d'Amsterdam de la rédac- 
tion du Tractatus et de Y Éthique? Cela est peu vraisemblable 
pour ce dernier ouvrage. On pourrait le soutenir pour l'autre, si 
l'on faisait remonter le dessein principal de sa composition aux 
événements qui modifièrent le cours de l'existence de Spinoza 4 . 

1 K. Fischer, I, p. 295, opinion combattue par M. Freudenthal, p. 336. 



SPINOZA ET LE JUDAÏSME 171 

Et il est avéré qu'en certaines parties le Tract atus reprend et 
développe une apologie rédigée par lui en espagnol l'année de son 
excommunication, pour se justifier aux yeux des magistrats 
d'Amsterdam qui l'avaient banni, apologie qui n'existe plus, pro- 
bablement en raison même de ce que l'auteur en a incorporé l'es- 
sentiel dans l'ouvrage de 1670. Mais cet ouvrage n'est pas seule- 
ment la réalisation longuement mûrie d'un plan ancien. Il fallait 
d'autres causes que ses rancunes de jeunesse pour décider l'humble 
polisseur de verres de Voorburg à une pareille publication dont 
l'anonymat palliait insuffisamment la hardiesse et qui interrompit 
plusieurs aimées la composition de Y Éthique. Venons-en donc, à 
la suite de M. Freudenthal f , aux circonstances qui ont fait 
naître le Tractatus et rattachons-les aux idées maîtresses qui en 
forment la trame. 

La vie politique et religieuse était si mouvementée et si acci- 
dentée en Hollande, aux environs de 1660, qu'on peut prétendre 
trouver dans bien des faits de ce temps le prétexte décisif qui mit 
la plume à la main de Spinoza. D'après W. Bolin, ce serait le sort 
du philosophe cartésien Geulincx, destitué de sa charge par les 
intrigues des théologiens, qui l'entraîna à faire campagne contre 
eux. Mais M. Freudenthal montre que lors de cet incident, à la 
date de 1658, Spinoza ne songeait pas encore à son traité, et que, 
par la suite, Geulincx ayant retrouvé une situation satisfaisante à 
l'Université de Leyde, sa cause avait cessé de passionner l'opi- 
nion. Les vrais motifs du dessein de Spinoza sont à chercher, en 
dehors de certaines dispositions personnelles que d'ailleurs ses 
lettres révèlent assez clairement, comme le désir de se disculper 
du reproche d'athéisme, dans la situation politique et religieuse 
générale des Pays-Bas. 

Le Tractatus devait être avant tout un pamphlet politique où 
Spinoza prenait parti dans la lutte engagée entre l'État et l'Église 
et qui divisait les Pays-Bas, délivrés du joug espagnol, autant que 
les autres pays d'Europe. Il y avait, d'un côté, le gouvernement 
libéral de Jan de Witt, suspect d'athéisme et de libre-pensée, de 
l'autre, les prédicateurs réformés, persuadés et désireux de per- 
suader que la prospérité de l'État était liée indivisiblement à la 
stabilité de l'Église. En 1662, Sociniens, Quakers, Mennonites 
sont persécutés ; le renom de tolérance des Pays-Bas fléchit. Jan 
de Witt, après avoir conclu la paix, avec l'Angleterre en 1667, 
combat avec énergie les prétentions croissantes du clergé, lui 
interdit toute immixtion dans le domaine politique. Le gouverne- 

1 Ch. vin. 



172 HEVUK DKS ETUDES JUIVES 

ment se réserve le droit de régler les affaires religieuses. Il fait 
soutenir par ses amis que c'est à la philosophie et à la science de 
décider du sens de la parole divine. Spinoza, qui est un des amis 
les plus dévoués du grand Pensionnaire, prêtera à la défense de 
cette politique le concours de sa force dialectique et de sa haine 
du préjugé et de l'intolérance. Mais en penseur, qui examine le 
fond des questions, il agrandit le débat : le but politique concret 
s'efface devant la doctrine générale. Le pamphlet prend les pro- 
portions d'une ample dissertation spéculative. Il s'agit de fonder 
et de défendre « la liberté de philosopher » absolument, et de 
prouver, selon la formule même qui suit le titre du traité, « que la 
liberté de philosopher peut être accordée non seulement sans 
porter atteinte à la piété et à la paix de l'État, mais encore qu'elle 
ne peut être enlevée qu'avec la paix de l'État et la piété elle- 
même ». Ces thèses n'étaient pas tout à fait neuves. Il y a tout 
un lent progrès dans l'affranchissement religieux, qui commence 
à l'époque de Frédéric II et d'Abélard. Spinoza eût pu, si la chose 
eût été dans ses goûts, faire un long « historique » de son sujet. 11 
eût cité aussi des contemporains : Kœrbagh, L. Meyer, Hobbes 
combattaient avant lui, à des points de vue divers et avec un talent 
inégal, l'antique asservissement de la pensée. L'originalité de 
Spinoza est d'avoir d'abord synthétisé tous ces efforts et, d'autre 
part, d'avoir essayé de défendre l'indépendance de la pensée 
philosophique et politique, non seulement du point de vue 
de la philosophie et de la politique, mais de celui de la religion 
même. 

Il importe, aux yeux de Spinoza, de séparer bien nettement phi- 
losophie et théologie ». Il le sent bien, la querelle s'éternise sans 
profit qui oppose la raison à la foi et la loi humaine à la loi révé- 
lée, comme est vain tout essai de subordination de l'un à l'autre. 
Rationalisme et orthodoxie étroite ne peuvent ni triompher défini- 
tivement l'un de l'autre ni se partager en paix le même domaine. 
Il faut montrer que le problème est insoluble parce qu'il est mal 
posé. La foi bien entendue, la Révélation bien comprise n'ont rien 
à céder ni rien à emprunter : ayant leur domaine propre, elles 
laissent le sien intact à la raison et à l'État législateur, qui ne 
s'inspire que de ses conseils. C'est au nom de la vraie théologie 
qu'il importe de combattre la théologie fanatique, au nom de la 
vraie religion qu'on écartera les revendications abusives des pas- 
teurs qui veulent tout régenter. Ils invoquent l'Ecriture? Invo- 
quons-la de même et montrons que les Livres saints leur donnent 

1 Voir notamment le ch. xv du Tract atus. 



SPINOZA ET LE JUDAÏSME 173 

tort. La thèse de Spinoza suppose une longue première partie 
consacrée à 1 étude de l'Écriture et des écrivains sacrés, à l'exa- 
men de l'étendue et de la valeur de la Révélation, à la définition 
de la vraie foi. Et la discussion de ces questions nécessite une 
connaissance approfondie de la langue hébraïque. De là cette 
sorte d' « Introduction à l'Écriture », comme on dirait aujour- 
d'hui, qui remplit les quatorze premiers chapitres du Traité et 
d'où il ressort avec évidence pour Spinoza que philosophie et 
théologie sont indépendantes l'une de l'autre, non parce qu'elles 
ont des façons différentes de concevoir la vérité, mais parce 
qu'elles ont pour objet des vérités d'ordre différent, parce que 
leurs royaumes sont distincts. Les vérités de la Révélation sont 
d'ordre moral et ne visent que les mœurs. La Révélation, par 
l'organe des prophètes, — qui ne sont pas des penseurs, mais 
des hommes d'imagination, — n'a « révélé » que ces deux choses : 
la vertu de l'obéissance et celle de l'amour des hommes. Tout 
le reste qui remplit la Bible, histoire et législation, est, au 
témoignage de la Bible même, — interrogée sans idée pré- 
conçue, — chose humaine, contingente, reflet de la tournure 
d'esprit particulière de chaque auteur, par conséquent matière 
à critique comme toute production littéraire quelconque, inapte 
à fournir aucune théologie particulière et exclusive, aucune 
législation intangible, aucune philosophie, aucune métaphysique. 
Il y a toutes sortes de conceptions dans la Bible sur la notion 
de Dieu par exemple, tour à tour feu, corps, esprit, etc. Les 
lois de Moïse sont une constitution ne concernant que le peuple 
d'Israël et seulement dans les limites de son territoire propre. 
Bref, la Bible (Ancien et Nouveau Testament) n'est un livre divin, 
inspiré, salutaire, qu'en tant que législateurs, prophètes, ou 
apôtres .ont prêché l'obéissance ou amour de Dieu et l'amour des 
hommes. Ils l'ont fait avec une inspiration plus ou moins élevée, 
et à cet égard Spinoza met au premier rang le fondateur du Chris- 
tianisme, parce qu'il lui plaît de voir dans sa prédication la for- 
mule la plus rapprochée et directe de sa propre conception du 
contenu spécifique de la religion. Ainsi l'examen philologique des 
Livres bibliques, de leur origine, de leur but, de leur authenticité, 
a pour but de mettre en lumière cette thèse fondamentale que 
l'autorité de l'Écriture se borne à ce seul enseignement moral. Si 
donc l'Écriture elle-même laisse les opinions et les croyances 
libres et si la piété n*a rien à redouter de cette liberté, l'État doit 
la tolérer aussi. On sait par quelle théorie renouvelée de Hobbes 
et annonçant le Contrat social Spinoza investit l'État de l'auto- 
rité absolue, qui enchaîne les actes et décide souverainement, sinon 



174 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

indiscutablement, ce qui est ou non licite, jusque, s'il le croit de 
son intérêt, en matière religieuse. N'insistons pas ici sur ce que 
M. Couchoud appelle la théorie du libéralisme autoritaire ; mais 
revenons un instant sur la position prise par Spinoza dans la pre- 
mière partie du livre. 

Nous l'avons vu, c'est sous l'angle de la religion que Spinoza 
traite la question de la liberté de pensée. Laissante plus tard l'ex- 
position méthodique de ses idées personnelles sur l'unité de subs- 
tance et le Dieu immanent, Spinoza se met, en général, dans 
la situation d'un croyant indépendant qui s'applique par une étude 
impartiale des textes saints, — acceptés comme tels, — à en tirer 
la vérité objective sur la révélation, la prophétie et les miracles. 
Il lui arrive donc d'affirmer l'idée d'un Dieu personnel et provi- 
dentiel, et il tient pour accordé le fait même d'une connaissance 
révélée à ceux qui parlent dans la Bible au nom de ce Dieu. Mais 
le Spinoza du Tractalus n'est pas au fond différent de celui de 
l'Ethique et on à pu à juste titre rapprocher certains passages de 
doctrine communs aux deux livres (sur la connaissance et l'amour 
de Dieu, par exemple). On sent qu'il n'admet pas pour son compte 
le Dieu personnel des Ecritures et cependant son langage donne 
bien des fois le change, et l'on peut croire qu'il parle en son propre 
nom quand il ne prévient pas, de façon expresse, qu'il exprime 
l'opinion des auteurs bibliques. Quant à la Révélation, il y adhère, 
mais en détournant ce mot de son sens habituel et en le limitant, 
comme nous l'avons vu, aux vérités morales. Seulement, même 
ainsi limitée, la notion implique un élément de surnaturel. Tantôt 
Spinoza l'oppose à la connaissance rationnelle, et semble admettre 
que la certitude morale n'est venue à l'homme que par la Bible, 
tantôt il donne à entendre que cette révélation, ne révélant que la 
règle des bonnes mœurs, n'est spéciale à aucun peuple et à aucun 
moment de l'histoire. Il plane donc de l'équivoque sur certaines 
pages du Traité. Ces incohérences dans le ton, ici objectif et là 
sans doute personnel, sont-elles dues à une évolution dans les 
croyances de Spinoza dont il n'aurait pas pris soin d'unifier les 
moments successifs ' ? C'est assez peu vraisemblable. Bien que la 
rédaction soit loin, en effet, d'être homogène, que les divers mor- 
ceaux du livre aient manifestement des dates différentes, qu'il y ait 
là comme un amalgame de dissertations, néanmoins la doctrine 
est au fond partout la même, à travers les inégalités et aussi les 
réticences qu'expliquent les nécessités d'une œuvre de combat. Et 
il est clair que, si Spinoza se place sur le terrain biblique, jusqu'à 

' Opinion do Maurer, Die Religionslehre Spinczas. 



SPINOZA ET LE JUDAÏSME 17S 

tirer parti de l'histoire des Hébreux pour dénoncer les périls d'un 
gouvernement clérical et définir la meilleure des politiques, c'est 
pour combattre avec plus de succès les théologiens en luttant sur 
leur propre terrain, et en propageant ainsi à la faveur de cette ma- 
nœuvre les vues qui lui sont chères. C'est ainsi qu'il montre que 
la Bible n'énonce clairement que les « dogmes de la foi univer- 
selle » : Être suprême, souverainement juste et miséricordieux, 
unique, présent partout, souverain maître dont le culte consiste 
uniquement dans la justice et la charité 1 . Quant â savoir ce qu'est 
Dieu au juste, la Bible ne l'indique pas et les disputes théologiques 
sont vaines. (Test au minimum dogmatique sus-énoncé que peut et 
doit se borner le credo de qui ne peut arriver à la connaissance 
intellectuelle ou exacte de Dieu, « laquelle n'est pas un don commun 
à tous les fidèles ». On s'est étonné de le voir formuler ce credo 
et on a suspecté sa sincérité. Il est certain, la lettre 30 en fait foi, 
qu'il avait à cœur de se disculper de l'accusation d'athéisme, et 
ces déclarations étaient peut-être dictées par la prudence. Il n'en 
est pas moins conforme à son dessein de chercher â définir, aux 
termes de la Bible, en quoi doit consister, comme croyance et 
comme préceptes, la vraie religion, telle qu'elle peut être conçue 
par l'ensemble des esprits. Le souci de ménager l'opinion chré- 
tienne se fait jour, en tous cas, plus manifestement dans les hom- 
mages fréquents rendus par l'auteur du Tractatus à Jésus et aux 
apôtres, dans sa timidité à examiner les Evangiles du point de 
vue critique et dans son insistance partiale à les vanter aux 
dépens de l'Ancien Testament. 



III 



Quoi qu'il en soit de ces précautions et de ces ménagements, ils 
ne conjurèrent point l'orage que devait déchaîner un ouvrage de 
cette hardiesse. M. Freudenthal nous conte (ch. IX) les alarmes et 
les anathèmes qu'en provoqua la publication, vite répandue d'ail- 
leurs sous des formes et des masques divers, parmi les savants de 
Hollande et d'Allemagne. Des discours, des lettres, des pamphlets 
dénoncent le scandaleux traité ; les synodes et assemblées reli- 
gieuses le mettent à l'index. De nombreuses dissertations de pro- 
fesseurs de théologie entreprennent de le réfuter. Rien que l'année 
1674 en vit cinq. Du côté juif on paraît s'être peu soucié du livre, 

» 2V.,ch. xiv, 2. 



176 REVUE DES ETUDES JUIVES 

écrit en latin, donc peu accessible : on ne connaît que la réfu- 
tation de Balthazar Orobio de Castro. Il n'est pas sans intérêt de 
rechercher dans le fatras de ces dissertations les remarques et ar- 
guments parfois topiques qui s'y rencontrent. C'est ce qu'a essayé 
sommairement M. Freudenthal. 

On accusa surtout Spinoza d'athéisme ; on vit en lui un suppôt 
du diable, un antéchrist. Ce reproche capital, malgré l'incompré- 
hension qu'il révélait généralement, montre toutefois que les cro- 
yants de l'époque, quels qu'ils fussent, ne se méprirent point sur 
l'immense distance qui les séparait de Spinoza, en dépit de ses 
hommages au christianisme. Ce qui a permis de soutenir, avec 
quelque vraisemblance, un tel grief, c'est l'attitude insuffisamment 
nette qu'il prenait dans son livre. 

Pour ceux qui avaient pris la peine de pénétrer le dessein de l'au- 
teur, ils pouvaient alléguer, et ces critiques ont encore leur force, 
que Spinoza, infidèle à son parti pris d'objectivité, faisait comme 
les théologiens et interprétait la Bible un peu dans le sens de ses 
propres doctrines, qu'il cherchait un accord illusoire entre ses 
propres conceptions religieuses et celles des prophètes ou des 
apôtres, et qu'il bornait arbitrairement la Révélation en la limitant 
à la prédication des vertus éthiques, alors que manifestement elle 
dictait d'une même voix règles de morale et, à défaut d'articles de 
foi, prescriptions cérémonielles. Il y a bien, en effet, un fond 
commun de catéchisme moral dans les livres bibliques et qui se 
laisse assez aisément résumer dans les deux préceptes de l'amour 
de Dieu et de l'amour du prochain, — Hillel l'a fait avant Jésus, — 
mais on ne peut prétendre qu'aux yeux des prophètes moralistes, 
le culte n'ait eu aucun caractère sacré. Spinoza était amené à dire 
que, si la Bible est divine parce qu'elle enseigne une excellente 
morale humaine, tous les peuples qui ont reçu des maximes ana- 
logues peuvent se prétendre éclairés d'une révélation de même 
nature, sinon de même degré, et que, d'autre part, peu importe 
qu'on conçoive des idées absurdes ou qu'on s'attache à des cro- 
yances extravagantes, si ces idées et ces croyances déterminent 
des inclinations généreuses et charitables. Autant de conséquences 
qui scandalisèrent grandement l'opinion et qui sont graves au- 
jourd'hui encore, puisque le problème de l'autorité des livres 
bibliques divise aussi passionnément que jamais les croyants de 
toutes confessions. 

Au point de vue particulier du judaïsme, Joël a indiqué, dans son 
intéressante étude sur les sources du livre 1 , ce que Spinoza a em- 

1 S/)inoias theolo'jiich-politischcr Traklat, 1870. 



SPINOZA ET LE JUDAÏSME 177 

prunté à l'exégèse de ses devanciers, de ceux qu'il loue comme Lbn 
Ezra, comme de ceux dont il combat et raille la méthode comme 
Maïmonide. Il a montré notamment ce que Spinoza doit à l'auteur 
du More, dans la théorie de la prophétie et des miracles et ce qu'il 
y a d'arbitraire dans les distinctions qu'il établit entre le surna- 
turel de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il serait intéressant 
de faire voir que Spinoza a beau faire campagne contre l'exégèse 
rationaliste, proclamer à chaque instant qu'il faut expliquer les 
textes par eux-mêmes et ne pas y chercher Aristote, c'est-à-dire 
une philosophie préconçue, il est bien forcé à son tour de rationa- 
liser à l'occasion. Il dit quelque part 1 qu'il faut soigneusement dis- 
tinguer dans la Bible ce qui est approprié à l'entendement du vul- 
gaire. C'est appliquer précisément l'adage talmudique bien connu : 
« La Tora a parlé le langage des hommes » ; or, cet adage est le 
fondement même de l'exégèse maïmonidienne. Renan avait raison 
de dire qu'au fond Spinoza était avec les pères du judaïsme et en 
particulier avec le grand Maïmonide 2 . 

Les inconséquences, les défauts, les erreurs matérielles de Spi- 
noza dans le Tractatus, ses excessives sévérités à l'égard des maîtres 
dont il a eu les leçons sont choses signalées depuis longtemps 3 , 
ainsi que son manque de sensibilité à l'égard des trésors poétiques 
de Job ou des Psaumes et la façon sommaire et étroite dont il con- 
çoit l'histoire du peuple d'Israël et explique ses destinées 4 . Mais 
il est intéressant de rechercher ce qui est demeuré, en dehors des 
doctrines politiques que nous négligerons, d'un livre si énergi- 
quement réprouvé et combattu. 

La doctrine religieuse, longtemps considérée comme antireli- 
gieuse, a repris faveur depuis Jacobi, Novalis, Schleiermacher, 
et elle est devenue, en somme, à des nuances près, celle des 
protestants, et même plus généralement, des croyants ultra- 
libéraux, c'est-à-dire de ceux qui s'efforcent de ne garder de 
la religion révélée que ce qui n'a rien à redouter des progrès 
croissants de la science. Spinoza a frayé la voie à Strauss et à 
Renan. Quand celui-ci s'interrogeait sur le type idéal de re- 
ligion à extraire des livres bibliques, il se rapprochait beaucoup 
de la religion selon le Tractatus. On sait, d'ailleurs, combien 
l'auteur des Origines du Christianisme sympathisait à travers 
les siècles avec le philosophe émancipé de Voorburg. C'est aussi 
quelque chose d'analogue au catéchisme éthique du Tractatus, 

1 Ch. xiv, commencement. 

2 Nouvelles études d'histoire religieuse, p. 504. 

3 Voir Joël, op. cit. 

* Cf. Freudenttal, p. 200 et suiv. 

T. XL1X, n° 98. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

un Dieu paternel révélé dans des commandements d'amour 
pur, de justice et de charité, que récemment des hommes 
comme A. Sabatier, en France,) et Harnack, en Allemagne, pro- 
posaient à la conscience moderne comme l'Essence du chris- 
tianisme. Il y aurait un intéressant chapitre d'histoire re- 
ligieuse à écrire sur l'influence du Tract atus sur l'évolution 
du protestantisme. M. Freudenthal nous le donnera peut- 
ètre dans la deuxième partie de son ouvrage, consacrée à la 
doctrine. 

Dans le judaïsme, le Tractatus, nous l'avons vu, est resté peu 
connu, jusqu'à l'époque de Mendelssohn. Celui-ci a eu le spi- 
nozisme en profonde aversion. Sans le confondre avec l'athéisme, 
car il a pris la peine de l'étudier et de le comprendre, il a com- 
battu comme dangereuse, comme destructive de toute société une 
doctrine qui taxait d'illusoires les notions communément ad- 
mises de libre arbitre et d'immortalité. Mendelssohn a même, sur 
la fin de sa vie, soutenu, comme on sait, une polémique tendant 
à disculper la mémoire de son ami de 1' « accusation » de spi- 
nozisme. Il semble cependant que la lecture du Tractatus n'ait 
pas été sans influence sur l'auteur de Jérusalem. Non qu'il le cite 
comme il fait de Hobbes ou de Locke à propos des rapports entre 
la puissance ecclésiastique et le pouvoir civil. Mais il est impos- 
sible qu'il ne l'ait pas étudié et la communauté de certains points 
de vue est assez frappante. Souvenons-nous que Mendelssohn 
n'avait point pour le caractère de Spinoza la répulsion que lui 
inspirait son système. Il a plaint en lui une victime de l'intolé- 
rance rabbinique, de cette intolérance dont il a lui-même souffert, 
malgré l'orthodoxie impeccable de son judaïsme, il a éloquemment 
exprimé son horreur de l'arme barbare du hérem, et, comme Spi- 
noza, proclamé la nécessité d'enlever aux églises toute mainmise 
sur la puissance civile. Il est, d'ailleurs, allé plus loin que Spinoza 
dans le sens libéral en défendant à l'Etat de se mêler des actes 
religieux. 

Ailleurs encore, dans sa façon d'interpréter l'Écriture, malgré 
des divergences capitales, l'influence du Tractatus semble se ma- 
nifester. C'est lorsqu'il sépare dans la Bible ce qui est conforme à 
l'universelle révélation, aux enseignements de la religion natu- 
relle et ce qu'il appelle les vérités historiques, particulières au 
peuple d'Israël. Sans doute, tandis que Spinoza voit dans le mo- 
saïsme une constitution politique tout humaine et caduque en sa 
totalité depuis qu'Israël a été déraciné de son sol, Mendelssohn 
lui conserve son caractère divin et se refuse à penser que les lois 
observables en dehors de Palestine aient perdu leur valeur obli- 



SPINOZA ET LE JUDAÏSME 179 

gatoire et que la tradition rabbinique soit dénuée d'autorité. Mais 
dire que la Révélation ne s'applique qu'à des commandements, et 
jamais à des vérités dogmatiques, c'est là une observation, qui 
tout en étant personnelle à Mendelssohn, a pu lui être suggérée 
par l'effort si intéressant déployé par Spinoza pour faire voir que 
la Bible n'enseigne point la théologie. Mendelssohn s'exprime con- 
formément au spinozisme du Tractatus quand il proclame contre 
les théologiens chrétiens que le salut de l'âme ne saurait dépendre 
d'arguties grammaticales ou de l'explication de versets obscurs, 
que les enseignements clairs, qui ne prêtent à aucune équivoque, 
seuls peuvent s'imposer au croyant. 

Mendelssohn a été chef d'école. Ses disciples ont, sans doute, 
souvent adopté des vues contraires à son enseignement. Bien 
peu ont gardé ce mélange de libéralisme et de stricte orthodoxie 
qui font l'originalité de Jérusalem. Mais, quelque indépendance 
qu'ils aient montrée à l'égard du rabbinisme traditionnel, ils 
ont fidèlement conservé la conception selon laquelle le judaïsme 
est une religion à peu près dénuée de dogmes, religion essentiel- 
lement pratique d'obligations cultuelles et morales. Il en est résulté 
que l'enseignement religieux et la prédication, pénétrés de cet 
esprit, ont fait à peu près prévaloir dans les milieux éclairés et 
progressistes une théorie du judaïsme assez analogue, sauf sur le 
point spécial des réalisations messianiques, au protestantisme 
libéral. 

Quant à l'exégèse spinoziste, elle a, au dire de bien des his- 
toriens de la critique biblique *, montré la voie des études vrai- 
ment scientifiques. Dans le judaïsme, des hommes comme Men- 
delssohn et les Biouristes ne l'ont pas suivi dans ses hardiesses, 
mais ils ont à son exemple remis en honneur l'exégèse simple, 
naturelle, dévouée au texte, la méthode du Pechat, représentée 
autrefois par Raschi et Ibn Ezra (cités avec éloge par Spinoza) ; 
sans rien entreprendre contre l'autorité des Livres Saints, ils ont 
réagi salutairement contre le Midrasch et l'allégorie, et préparé 
les savants travaux des Zunz et des Geiger. 

En somme, de même que Spinoza est resté plus juif qu'il ne le 

1 D'autres, il est vrai (voir notamment H. Margival, Richard Simon, 1900, p. 125 
et suiv.), lui contestent cette importance et font commencer la critique scientifique 
à Richard Simon, qui, dans son Histoire critique du Vieux Testament, combat les 
opinions de Spinoza et à son rationalisme tranchant oppose la tradition. 11 n'en est pas 
moins vrai que l'un et l'autre, et Richard Simon sous l'influence peut-être de Spi- 
noza, ont appuyé leur examen des livres bibliques sur la science philologique. Et l'on 
peut s'étonner de ne pas voir figurer le nom de Spinoza dans VJEsquisse d'une philo- 
sophie religieuse de Sabatier, p. 171 Littérature générale sur la critique des livres de 
l'Ancien Testament) 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pensait, de même le judaïsme a plus profité de l'action de Spinoza 
qu'il ne semble, et le temps s'est chargé de faire fructifier les 
germes utiles contenus dans son œuvre. Maintenant que l'heure 
est venue des jugements impartiaux et quasi définitifs, on peut 
essayer d'apprécier, à l'aide surtout d'ouvrages comme celui de 
M. Freudenthal, la portée exacte de cette œuvre hardie et com- 
plexe et les divers ordres d'influence qu'elle a pu exercer dans 
le domaine de la philosophie, de la morale et de la religion. 

Julien Weill. 



CONTRIBUTIONS 

A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 

ET DES PAYS VOISINS 

(SUITE f ) 



VIII 



LES TERRITOIRES D EPHRA1M ET DE MANASSE D APRES LE LIVRE 

DE JOSUÉ. 



Le Livre de Josué nous a transmis, sur les territoires dévolus 
à la tribu d'Éphraïm et à la demi-tribu cisjordane de Manassé, 
des indications assez confuses : nous trouvons au chapitre xvi 
deux descriptions plus ou moins tronquées ou altérées de la fron- 
tière méridionale d'Ephraïm et un fragment de la délimitation 
d'Éphraïm et de Manassé, à rapprocher des données plus com- 
plètes réunies au chapitre xvn ; le chapitre xvi n'est donc qu'une 
compilation. La comparaison des différentes versions montre, 
d'ailleurs, que la Septante a utilisé des textes spéciaux. Il paraît, 
dans ces conditions, assez difficile de reconstituer les tracés des 
frontières des deux tribus ; il convient néanmoins de le tenter et, 
à cet effet, de soumettre à une analyse rigoureuse les textes qui 
nous sont parvenus. 

En voici un premier : 

Le lot qui échut aux enfants de Joseph partait du Jourdain près de 
Jéricho— des eaux de Jéricho à Test — montait de là au plateau de Be'thel, 

1 Voir Revue, t. XXXV, p. 185; t. XLIII, p. 161; t. XLIV, p. 29; t. XLV, 
p. 165 ; t. XLVI, p. 184 ; t. XLVIl, p. 23 ; t. XL VIII, p. 29 et 176. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

allait de Bctbel à Louz — à-reb Mept^w elç tt> ôpsiv^v, tf}v êp^ov, si* Bai6r/X 
Aoi»Ç4 — traversait le territoire de l'Arkite de Atharoth — toû 'A/axaptùôC — 
descendait à l'occident vers la frontière du .lapblétite — 'Aicttt/.l{jL — jus- 
qu'au territoire de Bethoron la Basse et jusqu'à Gue'zer pour aboutir à la 
mer (Josué, xvi, 1-3). 

La version de la Septante, qui diffère de l'hébreu sur plusieurs 
points comme on vient de le voir, omet en particulier les mots : 
« jusqu'à Guézer ». 

La seconde description est un peu moins écourtée : 

Voici le territoire des Bené-Éphraïm distribués par familles. Leur fron- 
tière à l'est fut Atroth-Addar jusqu'à Beth Horon la Haute. Elle atteignait 
à l'occident Mikmethah vers le nord, tournait à l'orient vers Thaanath- 
Schilo, passait à l'est jusqu'à Ianoah. De là, elle descendait à Ataroth et à 
Naara, touebait à Jéricho et aboutissait au Jourdain. De Tbappouab, la 
frontière gagnait à l'ouest Nabal Qana et se terminait à la mer. (Josué, 
xvi, 5-7.) 

La Septante substitue à Atroth-Addar 'AracwÔ xaï 'Epà>x, ce qui 
correspond bien à l'Arkite d' Ataroth de Josué, xvi, 2. Elle s'ac- 
corde avec l'hébreu pour nommer Beth Horon la Haute, et non 
comme Josué, xvi, 2, Beth Horon la Basse — ce qui établit bien 
la dualité des sources utilisées pour la rédaction du chapitre xvi 
— ; enfin, elle fait cette fois de Guézer un jalon de la frontière. 

Cette seconde description part d'un point médian, comme la 
description de la frontière méridionale de Zabulon (Josué, xix, 
10-12) ; comme elle, elle envisage d'abord le tronçon occidental. 

Ce point médian, c'est Atroth-Addar, mentionné par Josué, 
xvin, 13, comme un point de la frontière de Benjamin : « elle des- 
cendait à Atroth-Addar sur la montagne qui est au sud de Beth 
Horon la Basse » — xoeï xaTaSvjaETat xà opiqc Maarapooë 'Opèy iiii tyjv 
ogs'.vyjv, 7) è<rn Ttpoç Xtêa Baiôiopwv 7] xaToo. 

Au nord-nord-est de Beit Ur el-Foka est le village Aïn Arik : 
les leçons de la Septante : 'Opsy , 'Eptbx, se rapprochent donc de la 
vérité; la lecture Addar doit être définitivement rejetée; Maarapw6 
doit être rectifié en Maaxapwô ou plutôt en 'AxapwO. 

Des deux noms associés, l'un doit désigner la localité, l'autre le 
pays. Il y avait dans la contrée plusieurs Ataroth; Josué, xvi, 7, 
cite Ataroth près Naara. Il était donc nécessaire, pour bien pré- 
ciser le point médian, de faire suivre son nom Ataroth de celui 
du pays d'Arik. Ce pays correspond, sans nul doute, à la vallée 
d'Aïn Arik ; Ataroth d'Arik pourrait, par suite, être cherché au 
Khet-Thireh, où l'on a signalé des ruines importantes *. 

1 Guérin ? Description de la Palestine, Samarie, t. II, p. 43. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 183 

D'Ataroth-en-Arik la frontière se dirigeait vers l'ouest sur 
Iefleti, 'ATrcaXifJt. de la Septante ; ce nom évoque à l'esprit l'introu- 
vable toparclrie de Bethleptephenen (Plin., V, 14, 1), sans qu'au- 
cun site puisse être mis en avant. 

Plus loin, on rencontrait Beth Horon, partagé alors comme au- 
jourd'hui en deux agglomérations : Beit Ur el Foka, Beit Ur et- 
Tahta, compris dans le lot d'Éphraïm, mais rétrocédé par lui aux 
Lévites (Josué, xxi, 22; I Chr., vi, 58, et vu, 28). 

Beit Sira, à l'ouest de Beit Ur et-Tahta, serait, d'après M. Gler- 
mont-Ganneau, la ville de Ouzen-Seera (l'oreille de Seera), fondée 
par une fille d'Éphraïm (I Chr., vu, 24). Les légendes sur Neby 
Main et les cinq filles de Jacob, recueillies par le savant orienta- 
liste * , attestent que la frontière passait au sud de Bir Maïn ; elle 
laissait, au contraire, au sud Yalo, l'ancienne bourgade Danite 
d'Ayalon. 

Enfin, Guézer était la propriété d'Éphraïm, bien que l'indigène 
Kenaanite ait continué à y séjourner (Juges, i, 29). 

Au delà de Guézer, le tracé de la frontière semble perdu. On 
sait seulement qu'il « atteignait à l'occident Mikmethah vers le 
nord ». On en déduit que la frontière, au lieu de continuer de 
courir à l'ouest, se redressait vers le nord, mais jusqu'à quel 
point, on l'ignore. Car on est loin d'être d'accord sur la position 
de Mikmethah. Au moyen âge le moine Burchard 2 songeait à 
Kakoun ; mais cette opinion est inconciliable avec l'identifica- 
tion de l'oued Kanah, ligne de démarcation de Manassé et d'É- 
phraïm, avec le Nahr el Aujah. Kakoun, se trouvant au nord 
de cette rivière, tombe en plein territoire de Manassé, au nord 
d'Éphraïm, et ne saurait jalonner la frontière méridionale de 
cette tribu. 

D'autre part, on est frappé de ce que les villages Ibn Ibrak, El 
Yeyudieh, — qui correspondent à d'anciennes bourgades danites, — 
sont si proches du cours du Nahr el Aujah ; entre ces localités et la 
rivière, il n'y a qu'une bande étroite de collines sablonneuses. La 
rivière n'aurait-elle pas constitué au nord la frontière de la tribu de 
Dan? Si on l'admettait, il faudrait faire aboutir la frontière méri- 
dionale d'Éphraïm, non à la mer comme le suggère Josué, xvi, 3, 
mais en un point voisin de l'oued Kanah, et Mikmethah devrait 
être cherché près du Nahr el Aujah; dès lors on est conduit à jeter 
les yeux sur Tell el Moukhmar, déjà étudié par M. Clermont- 

1 Clermont-Ganneau, De Jérusalem à Bir Main, Bulletin de la Société de Géogra- 
phie, mai 1877, p. 512. 

2 Burchard du Mont Sion, Description de la Terre Sainte, p. 83, éd. Laurent. 



1.84 REVUE DES ÉTUDES JU1VKS 

Ganneau ' ou sur le village voisin de Ma'moudieh -. La Septante, 
en substituant à Mikmethah les mots 'Ixoraji-ov àwb popoa ©epfxa, 
paraît donner aux investigations une orientation différente, mais 
nous conduit, en réalité, sur le môme terrain : à l'est de Tell el 
Moukhmar se trouve Kh. Oumm el Hammam 3 , localité antique, 
dont le nom est, la traduction du grec @ep(xa ; et au nord de cette 
localité Kefr Kasim 4 , qui a succédé lui-même à une bourgade 
antique. 

Si maintenant nous envisageons le tronçon oriental de la fron- 
tière, nous trouvons tout d'abord Béthel, primitivement nommé 
Louz (Genèse, xxvni, 19; Josué, xvm, 13), ville d'Éphraïm selon 
les uns (1 Chr., vu, 28), qui joua un grand rôle dans l'histoire du 
royaume d'Israël (I Rois, xu, 29 et 32-33 ; xm, 2-6 ; xxm, 15-18; 
II Chr., xm, 19 ; xvi, 1 ; II Rois, x, 29; xvn, 28), ville de Benja- 
min selon d'autres (Josué, xvin, 22). Son site est fixé par YOno- 
masiicon au douzième mille d'iElia (Jérusalem), sur la droite de la 
route de Neapolis (Naplouse) ; c'est Beitin. 

Tanath Schilo, le seuil de Schilo d'après le Talmud % corres- 
pondrait à la tête du défilé menant à Schilo. La leçon de la Sep- 
tante eîç ©ïiyaffà xal SéXXt)? est évidemment fautive. 

Une autre localité importante d'Éphraïm est Naaran (I Chr., 
vu, 28). Josèphe c , en nous apprenant qu'Archélaùs détourna une 
partie des eaux qui alimentaient Naaran pour irriguer ses palme- 
raies de la vallée du Jourdain, permet d'en préciser l'emplace- 
ment. L'aqueduc antique a été retrouvé ; il partait d'un point de 
l'oued en amont du Kh. el Aujah et-Tahtani, dont les ruines 
étaient selon l'indication de VOnomasticon à cinq milles de Jéri- 
cho. Voilà donc où il convient de placer Naaran, et non au Kh. 
Samieh 7 , qui se trouve en amont de la tête du canal de déri- 
vation. 

Cette partie de la frontière était-elle jalonnée par deux ou par 
trois localités? L'hébreu nomme Ianoah, Ataroih, Naara ; la 

Septante écrit : elç 'IavoJxà xal elç Mayw xal 'Axapwô xal a! xwpi 

aùxwv. La place d'Ataroth sur les deux listes diffère. Pourquoi n'y 
aurait-il pas eu une Ataroth de Naara, puisqu'il y avait une Ata- 
roth d'Arik ? L'exploration des rives de l'Oued Aujah ne nous fait 

1 Clermont-Ganneau, Etudes d'archéologie orientale, t. I, p. 192 et suiv. 

a Guérin, Description de la Palestine, Samarie, t. II, p. 371. 

3 Ibid., t. II, p. 135. 

« Ibid., p. 141. 

8 Neubauer, Géographie du Talmud, p. 159. 

6 Josèphe, Ant. Jud., XVII, 13, 1. 

7 Guérin, Description de la Palestine. Samarie, t. I, p. 210. 



CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 185 

découvrir que les localités de Aïn Samieh, Kh. Aujah el-Foka sur 
la rive droite (benjamite), et Kh. Aujah et-Tahtani sur la rive 
gauche : ce qui militerait en faveur de la réduction à deux du 
nombre des villes éphraïmites de cette parlie de la frontière. 

Quant à la phrase finale : « de Thappouah, la frontière gagnait 
à l'ouest Nahal Qana et se terminait à la mer », c'est, comme on 
va le voir, un lambeau de la ligne de délimitation d'Éphraïm et de 
Manassé. 

Celle-ci est décrite moins succinctement par Josué, xvn, "7-9 : 
« La frontière de Manassé s'étendait d'Ascher à Mikmethah, qui 
est à l'orient de Schekem, allait au nord vers ceux de En-Thap- 
pouah ; mais le pays de Thappouah, limite de Manassé, apparte- 
nait aux Benê-Éphraïm. La frontière descendait ensuite vers le 
Val Qana au sud du ruisseau. » 

Ici, encore, on se trouve en face d'une description tronquée en 
deux, branche orientale correspondant à Ên-Thappouah, branche 
occidentale suivant le cours du Qana. On le reconnaît tout de 
suite ; mais lorsqu'on veut pousser plus loin cette analyse, on est 
fort perplexe. Qu'est Ascher? Qu'est Mikmethah à l'orient de 
Schekem? La Septante, loin de nous fournir à cet égard des 
éclaircissements, nous apporte un texte tout différent: xaî Iysvtjôt) 
opta ukov MavaidT) Ar|XavàG, vj eern xaxà TipocioTiov uiwv 'Avà8, xat 

7TOp£ÙST0a £7Ù TOC OùlOL £7Ù IoCfl.lV >Cal 'Ia<7(7l6 ETCl 7CY)yY|V @acpôt66. 

Texte cependant précieux, car 'Iau.lv et 'IacalS s'identifient faci- 
lement avec deux localités voisines l'une de l'autre, Jemm'aïn et 
Yasouf, celle-ci, comme il convient, à l'est de celle-là. Jemm'aïn, 
qui a donné son nom non seulement à une vallée, mais à tout un 
canton, était le centre de la terre de Benjamin (I Sam., ix, 4). 
Yasouf a succédé à une bourgade antique, dont la nécropole s'éten- 
dait au nord-est et au sud-ouest du village actuel '. Voilà donc 
reconstitué un fragment de la frontière. La limite passait par tct^yj 
@acpôa>8, Ên-Thappouah, qui paraît devoir être placé au Kh. Fa- 
roueh, près des belles sources de l'oued Beidan, plutôt qu'au Kh. 
Aïnoun. Le cours de l'oued Beidan constitue une frontière natu- 
relle, laissant au nord le Kh. Atuf, enclave d'Éphraïm en Manassé 
comme l'indique Josué, xm, 8 : « mais le pays de Thappouah, 
limite de Manassé, appartenait aux Bené Éphraïm. » 

On n'a pas retrouvé Mikmethah à l'orient de Schekem. 

Le point initial de la branche occidentale de la frontière, 
A^XavàG, doit être évidemment cherché à l'ouest de Djemm'aïn. 
L'exploration du pays ne nous éclaire pas davantage. L'hébreu, 

1 Guérin, loc. «'/., t. II, p. 1C2. 



186 REVUE DES ETUDES JUIVES 

comme il a été observé, au lieu de A-^XavàO, cite Ascher : or, 
l'oued Djemm'aïn se prolonge par l'oued Ma'aser, qui mène aux 
sources de l'oued Qana. La branche occidentale de la frontière 
étant constituée par l'oued Qana, le débouché de l'oued Ma'aser 
était un point important du tracé, et il y a lieu de penser que près 
de là se trouvait une localité appelée par les uns Ascher, par les 
autres Ar^avàQ, ou peut-être Tell Anath. 

Il paraît convenable de compléter ces explications sur les terri- 
toires d'Éphraïm et de Manassé par l'indication des principaux 
centres des deux tribus. 

I Chr., vu, 28, en assigne quatre à Éphraïm : Béthel, à l'orient 
Naaran, à l'occident Guézer, enfin Schekem et ses filles jusqu'à 
Gazza et ses filles. Béthel, Naaran, Guézer nous sont connus. 
Schekem correspond à la Naplouse actuelle, située au nord de la 
limite d'Éphraïm et de Manassé ; enclave d'Éphraïm en Manassé, 
elle fut rétrocédée aux Lévites (Josué, xxi, 21 ; I Chr., vi, 67). On 
n'en est pas moins surpris de retrouver les Benè-Schekem sur la 
liste des familles de Manassé installées sur la rive droite du Jour- 
dain (Josué, xvii, 2). 

En outre de ces centres, on peut attribuer à Éphraïm : 

1. Gazza (I Ch., vu, 28), peu éloignée de Sichem, site d'ailleurs 

inconnu. 

2. Silo (Josué, xxm, 1 et 10; xxi, 19 ; Juges, xxi, 19), au nord 

de Béthel, à Test de la voie de Béthel à Schekem, et au sud 
de Lebona, aujourd'hui Kh. Siloun l . 

3. Lebona (Juges, xxi, 19), aujourd'hui el Lubban -. 

4. Gilgal (II Rois, n, 1-2 ; iv, 38-41), résidence du prophète 

Elisée, aujourd'hui Djildjilia 3 . 

5. Baal Schalischa (Il Rois, iv, 42), localité voisine de Gilgal, 

aujourd'hui Kh. es Sahlât ; paraît avoir appartenu au dis- 
trict de Schalischa, visité par le jeune Saùl à la recherche 
de ses ânesses (I Sam., ix, 4). 

6. Schaalim, pays que parcourut Saiïl après avoir traversé le 

canton de Schalischa, et avant d'atteindre la terre de Ben- 
jamin (I Sam., ix, 4); semble avoir laissé son nom au vil- 
lage de Sâlim, à l'est de Schekem. 

7. Pir'Athôn, au pays d'Éphraïm, dans la montagne des Amalé- 

cites (Juges, xn, 13 et 15), — dans la montagne d'Éphraïm, 

1 Guérin, t. II, p. 21 et suiv. 

2 Ibid., p. 164. 

3 Ifod., p. 167, 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIK DE LA PALESTINE 187 

au pays de Scha'alim, d'après la traduction du P. La- 
grange 1 . La rectification Scha'alim ne paraît guère plus 
satisfaisante que la leçon Amaleq ; l'identification, généra- 
lement admise, de Pir'athon avec Fer'atâ, à deux heures et 
demie au sud-ouest de Naplouse, reste également douteuse. 

8. Ramathaïm-Çophim, en la montagne d'Éphraïm (I Sam., i, 1 ; 

vu, 16-17; vin, 4; xix, 18-23), résidence de Samuel déjà 
fixée 2 à Oumm Souffàh. Contrairement à ce que nous 
avions avancé 3 et d'accord avec Josèphe (Ant. Jud., VI, 5), 
ce serait le lieu de la première rencontre de Samuel et de 
Saùl. Oumm Souflàh, étant au sud de Djemm'aïn et au nord- 
ouest du territoire de Benjamin, correspond bien à la terre 
de Çouph que traversa Saùl venant du canton de Benjamin 
et regagnant le village paternel 4 . 

9, Gibeath, dans le mont d'Éphraïm, la ville de Phinée, fils 

d'Éléazar (Josué, xxiv, 33), aujourd'hui Djibia 5 . 

10. Timnath-Serah ou Timnath-Herès, la ville de Josué (Josué, 
xix, 50; xxi, 40; xxiv, 30; Juges, n, 9), aujourd'hui 
Tibneh 6 . 

1.1. Yeschana, 'kcuvà, conquise avec Béthelpar Abia, roi de Juda, 
sur Jéroboam (II Ghr., xm, 19). Cette localité, appelée 
par Josèphe (Ant. Jud., VIII, 11, 3) ttjv 'Icravàv, n'est autre 
que 'I<7xvaç, à la bifurcation des voies conduisant de Sama- 
rie à la vallée du Jourdain et à Jérusalem, où Pappus, 
dépêché par Antigone de Jérusalem à Samarie, vint camper 
et où il fut attaqué par Hérode parti de Jéricho et déjà 
maître de Cana — sans doute, Kefr Ana — {Ant. Jud. y 
XIV, 15, 12). Yeschana est Aïn es Sinia. 

12. Qibçaïm (Josué, xxi, 22), ville lévitique, appelée dans la ver- 
sion parallèle (I Chr., iv, 68) Ioqmeàm, 'Uxtxaàv, Campsaïm 
de Jérôme ; à rapprocher, au point de vue onomastique, 
de Cabseël ou Yeqabseël de Juda, xa^avjX, le Temple d'El, 
avec la déformation finale subie par Béthel. Nommé entre 

1 P. Lagrange, Le Livre des Juges, p. 220. 

* Revue, t. XXIX, p. 41. 

3 Revue, t. XXIX, p. 170. 

*■ Pour regagner la maison paternelle, Saùl passa près du tombeau de Rachel sur 
la frontière de Benjamin, puis au chêne du Thabor, où il trouva des hommes mon- 
tant sacrifier à Béthel (I Sam., x). Le chêne de Thabor est le chêne de Débora au 
pied de Béthel (Genèse, xxxv, 8) ; peut-être a-t-il donné son nom à Et Balûd, à 
l'ouest de Beitin. Une voie antique reliait les sites de Oumm Soufïah et de El Balûd. 
Sur le bord de ce chemin, devait se trouver le tombeau de Rachel. 

5 Guérin, t. II, p. 106. 

6 Ibid., t. I, p. 89 et suiv. 



188 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Beth Horon et Guézer sur les listes des villes lévitiques. 
Qibçaïm devrait peut-être être cherché à Maïn. 
13. Thirça, ancienne capitale chananéenne (Josué, xn, 24), pre- 
mière capitale du royaume d'Israël (I Rois, xv, 21 et 33 ; 
xvi, 8, 9, 15 et 1*7), pour laquelle on a proposé l le site de 
Aboud. 

Les renseignements sur Manassé font presque entièrement dé- 
faut. On possède toutefois deux listes des clans de la demi-tribu 
cisjordane, d'après Josué, xvn,2 : ils se nommaient Abiézer ('IeÇï), 
Héleq (KsXèÇ), Asriël ('IeÇivjX), Schekem (Su^s(x), Hépher fOcpep), 
Schemida (Hu^aotjx) ; le Livre des Nombres (xxvi, 30-32) reproduit 
les mêmes noms à quelques variantes près, 'A^iéÇep, XeXèy, 'EtfptTjX, 
Hufxasp. Certains clans portent des noms ailleurs attribues à des 
localités préexistantes: Schekem (Gen., xxxiii, 18; xxxv, 4), 
Hépher, ancienne capitale chananéenne (Josué, xn, 17), Semeron. 
Comme ces homonymies ne sauraient être fortuites, on est amené 
à penser que les chefs de famille de Manassé, une fois installés 
dans le pays, prirent le nom de leurs terres, et que leurs noms 
primitifs, tombés dans l'oubli, restèrent ignorés des rédacteurs du 
Livre des Nombres et du Livre de Josué. 

Cette explication fixe du même coup l'habitat de trois des clans 
de Manassé. Un quatrième, Asriël, devait être établi à l'ouest de 
Sichem, à en juger par le passage de la Septante relatif au tracé 
de la branche occidentale de la limite de Manassé et d'Éphraïm : 

£Tct cpàpayya Kapavà em Xiêa jcarà cpàpayya 'IapiTjX tsoÉjjuvÔoç. Les dis- 
tricts des deux autres clans, Abiézer et Héleq, devaient, par 
suite, correspondre à la région septentrionale du territoire de 
Manassé. 

Ce que nous savons d'Abiézer ne contredit nullement cette dé- 
duction. C'est un Abiézrite, Gédéon, qui se dresse devant les 
Madianites en marche de Betsan vers la grande plaine d'Izreél : 
aux appels de sa trompe, tout Abiézer accourt, puis viennent les 
autres dans de Manassé, enfin Aser, Zabulon et Nephtali. Abiézer 
était, sans nul doute, le clan de Manassé le plus exposé au péril ; 
aussi Gédéon connaissait-il admirablement le terrain sur lequel 
il devait combattre, et cela devait lui faciliter la reconnaissance 
de nuit du camp ennemi. 

Abimélech, fils de Gédéon et d'une mère Sichémite, exploite 
au profit de Sichem les rivalités entre Abiézrites et Sicliémites, et 
fait massacrer tous ses frères : seul Jotham échappe aux assassins. 

1 Revue, t. XLV, p. 170. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGUAPHIE DE LA PALESTINE 189 

Tous les faits et gestes d'Abimélech ont pour théâtre Sichem ou 
ses environs immédiats : le Livre des Juges est muet sur le terri- 
toire d'Abiézer, à moins toutefois que Tliébeç, où périt Abimélech, 
n'en dépendit. La prise de Tliébeç aurait été un épisode de la lutte 
d'Abimélech contre Jotham, de Sichem contre Abiézer. On est 
porté à le conjecturer en lisant dans Juges, ix, 56, une réflexion 
qui sert d'épilogue au récit de la mort d'Abimélech : « Élohim fit 
ainsi retomber sur Abimélech le mal qu'il avait fait à son père en 
tuant ses soixante-dix frères, et sur la tête des gens de Sichem 
Élohim fit aussi retomber leurs crimes, ainsi que la malédiction de 
Jotham, fils de Jeroubbaal ». L'issue de l'expédition aurait donc 
été aussi funeste pour Sichem que pour Abimélech; la mort du 
tyran aurait été le signal de représailles exercées contre les Siché- 
mites, et Abiézer aurait eu pour alliés les autres clans de Manassé. 
On s'expliquerait dès lors facilement que la succession d'Abimé- 
lech ait été dévolue à un homme d'Issachar, Thola, résidant à 
Chamir, c'est-à-dire auprès d'un clan voisin de Manassé. 

Le point de départ de ces déductions est l'attribution à Abiézer 
de la ville de Tliébeç. Or l'on s'accorde à identifier cette localité 
avec Toubas, village sur l'ancienne voie de Naplouse à Beisan, à 
douze milles de Naplouse d'après Eusèbe. Non loin de là, sur la 
même voie à quinze milles de Naplouse se trouvait 'A<njp, aujour- 
d'hui Teiasir. Nous avons remarqué plus haut que plusieurs clans 
de Manassé tiraient leur nom d'une localité importante. Nous 
connaîtrions, dès lors, le centre du clan d'Abiézer ou Ézer. Le 
site d'Ophra, le village de Gédéon, devra être cherché dans les 
environs de Teiasir : on pourrait songer aux raines de El 
Koufeir. 

Pour épuiser les renseignements connus sur Manassé, il faut 
mentionner les deux villes suivantes : 

1° Dothan, sur la route des caravanes d'outre -Jourdain en 
Egypte (Genèse, xxxvn, 17), plus tard résidence du prophète 
Elisée (II Rois, vi, 13), aujourd'hui Tell Douthan ; 

2° Soko. La plaine de Soko et le pays de Héfer formaient la 
circonscription administrative de Ben Hésed, intendant de Sa- 
lomon (I Rois, iv, 10). Aujourd'hui Choueiké au sud- est de 
Kakoun. 

G. Marmi^.r. 



ELEMENTS, PARALLÈLES ET ORIGINE 



DE 



LA LÉGENDE DES SEPT DORMANTS 



La légende des Sept Dormants a fait le tour de la chrétienté 
orientale et occidentale. Elle a pénétré dans les littératures sy- 
riaque, copte, arabe, éthiopienne, arménienne et peut-être aussi 
géorgienne. Elle a été transportée en Europe par Grégoire de 
Tours et a enrichi, non seulement la légende latine de l'Église, 
mais aussi les littératures nationales. Par le Coran (xvm, 8-25) 
elle est entrée dans l'Islam. C'est chez les Arabes qu'elle s'est 
développée avec le plus de fantaisie, incorporant des éléments 
disparates, entre autres un nombre considérable d'éléments agga- 
diques, que nous essayerons de démêler. Dans la littérature pro- 
prement juive, des parallèles et des pendants de cette légende ont 
été déjà signalés. Mais l'œuvre que nous entreprenons restait à 
faire, car elle n'a été abordée ni dans les éditions de la légende, 
ni dans les études qui lui ont été consacrées. Il ne nous suffira 
pas de relever des analogies. Nous tâcherons de démontrer que le 
judaïsme rabbinique et biblique a été pour quelque chose dans 
cette création remarquable de l'imagination religieuse. Pour ces 
recherches il importe d'analyser surtout les variantes les plus 
anciennes. C'est pourquoi nous commencerons par établir quelles 
sont les premières rédactions et quelle est celle qui se rapproche 
le plus du type primitif 1 . 

1 Les plus importantes éditions sont : 

a) Acta Sanctorum {— A. S.) (des Bollandistes), mois de juillet, VI, Anvers 1729, 
contenant l'homélie de Jacob, évêque de Saroug, traduite par le père jésuite Petrus 
Benedetti (Mobârak) (p. 387-389), la rédaction de Grégoire de Tours (p. 389-392) et, 
enfin, une version latine (par Surius) d'un original grec attribué à Simeon Méta- 
phraste (p. 392-396). 

b) Acta Martyrum et Sanclonim (= A. M.) publiés par le P. Bddjan (qui, 



LA LÉGENDE DES SEPT DORMANTS 191 



Langue de l'original. 

En quelle langue la légende primitive était-elle rédigée ? Là- 
dessus une sorte de préjugé persiste. Toutes les pistes remontent 
à TOrient sémitique, et pourtant on ne cesse de supposer une 
origine grecque. Cuper * reconnaît que la légende a passé au 
Yi e siècle de l'Orient à l'Occident ; il admet que Jacob de Saroug 
est le premier auteur connu qui la rapporte, — et pourtant il 
croit hors de doute que ce sont les Grecs qui ont mis par écrit 
cette histoire, qui était familière chez eux 2 . Koch, partant d'un 
prétendu original grec, va jusqu'à le reconstruire et le traduire 3 . 
Mais il n'appuie cette supposition que sur des arguments bien 
fragiles. Il allègue que la prose syriaque compte les années 
d'après les Olympiades 4 . Outre que cela ne prouve presque rien, 
ce détail ne se trouve que dans la rédaction moins précise publiée 
par Land dans ses Anecdota syriaca 5 ; il manque dans l'édition 
canonique rééditée par Bedjan. L'autre preuve prête encore plus 
à la critique : Koch énumèreles mots grecs qui auraient passé, dans 
la traduction 6 . Cette liste peut aisément se compléter. Mais ces 

d'ailleurs, ne se nomme pas), I vol., Pari?, 1890, p. 301-325, version en prose 
syriaque. 

c) Monumcnta Germaniae Historica, Scriptores Rerum Merovingicarum. Tomus I, 
G-regorii Turonensis Opéra. Ed. Bruno Krusch, Hannover, 188?), p. 55Û-S52. De 
septem dormientibus apud Ephesum (abrégé de la légende), et p. 848-853 : Passio Sanc- 
torum Martyr uni Septem Dormientium apud Ephysum (sic). 

d) Les textes des versions orientales (syriaques, coptes, arabes, éthiopiennes et armé- 
niennes) sont réunis et, en grande partie, traduits et commentés dans le recueil admirable 
de J. Guidi, Testi orient ali incditi sopra i Sette Dormienti di Efeso dans les Atti délia 
R. Accademia dei Lincci. Rome, 18S4, p 343-445. 

Parmi les nombreuses études sur ce sujet relevons : 

a) Les introductions et les notes des A. S. {Acta Sanctorum) par l'éditeur Guillaume 
Cuper (p. 377). 

b) Les notes précieuses dont Guidi accompagne ses éditions; 

c) La recension du recueil de Guidi car Th. Nôldeke, dans Gottingische gelehrte 
Anzeigen, 1886, p. 453-459 (G. G. A.) ; 

d) L'introduction de V. Ryssel à sa traduction allemande de la version syriaque, 
dans Herrigs, Archiv fur das Studium der neueren Sprachen und Litteraturen, vol. 
XC1U (1894), p. 241, Syrische Qaellen abendlândischer Erzàhlungsstoffe. II. Die Sic- 
benschlâferlegende. 

c) John Koch, Die Siebenscklaferlegcnde, ihr Ursprung und ihre Verbreitung, Leip- 
zig, 1883. Fort instructif pour l'histoire de la légende en Occident , moius digne de 
confiance pour les littératures orientales. 

1 A. S., 378. 

* P. 384. 

3 P. 3-23. 

* P. 80. 

5 111,-87-99, chez Koch, p. 86. 

6 P. 87 : àpyctov, (iirapxoç, 7toXt.tsu6p.evot, Y>.uffaoxo(XGv, àvQuïMi-o;, scvêaç, (C'est 



l'J2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quelques termes ecclésiastiques étaient indispensables à l'église 
syrienne 1 . La plupart des mots grecs sont familiers à la lit- 
térature araméenne tant chrétienne que rabbinique 2 . Çà et 
là , il est vrai , un mot grec rare se trouve 3 , mais juste- 
ment une traduction ne l'aurait pas gardé. L'authenticité des 
deux homélies de Jacob de Saroug n'est guère contestée , et 
pourtant elles offrent bon nombre d'éléments empruntés au 
lexique grec 4 . 

Au contraire, M. Noldeke 5 a définitivement prouvé que le 
texte grec attribué à Métaphraste 6 est traduit du syriaque. L'ex- 
pression abntt"! NSDtt 7 (conforme au fntti &V12 néo-hébraïque) « le 
va-et-vient du commerce », se rend au pied de la lettre par y\ 86<xtç 
xai 7) xx^aiç. Ryssel s ajoute une autre preuve concluante. La 
phrase 9 "ps tnp3 BwrifflD*! anbm û^a û^p^j in pn ;pTny, qui veut dire 
qu'il faut inévitablement paraître devant le tribunal divin, est tra- 
duite par £toi[juoç £/o[j.£v « nous sommes prêts » à paraître. 

Grâce à la version latine de Surius nous pouvons compléter ces 
preuves. Avant que les saints Dormants se retirent dans leur 
grotte, ils s'occupent des œuvres de justice (justitiœ operibus in- 
cumbebant). Comme ils distribuent les trésors de leurs pères aux 
pauvres, ces « œuvres de la justice » 10 ne sont rien autre que la 
bienfaisance (rtpix) u . L'expression est sémitique. 

ainsi que Koch explique NDDip, qu'on identifie, en général, avec xâ^a, capsa. Voir 
Krauss-Lôw, Lehnwôrter, 517, 6.) 

1 "Ip^T», (atfieffw) O^Dnn, NDnpOBX, ïrb:»31N (ces alpe-rixoi reviennent dans 
l'hymne copte-arabe publiée par Guiai, p. 355). 

* Nb*DOK, NBTpiïaO», di.E3BVJ3«--, Np33N, (è£opia) N^lDSN, D1Û015S, 
,ND3}, (manque chez Krauss-Low) n"tt , (P^a) Ù13, NDHN, (a/.r^.a) NttDDN, 
Nm33, (xupavvoç) Nj1"Il3, NODIB, (^vrj) D")D"1T, [sémitique d'après Lôw), N*m 
1373abD, KIIID; N[û" , j17J, NTMDTab, (sémitique d'après Low, Fraenkel, Koch) 

"p-ip, Kana'ip; Nosip, o^stt, tparnc, i^bs, lïttiN^bs. 

3 D13T"0 (xpôvoç), OI^THi^p (xivouvo;] semblent manquer au vocabulaire néo- 
hébraïque. 

4 (Y).ucpw) tjba, "V»J, Di£CnN, (Apollon) "pb^X, NBipD-BN, (ô/>;) SlbDIN, 

^nrjp, C]i^nD, ■pabBjNOTQs, fx^wO o'w'bD, NSina, (Zeus) oit, «main 

Ninaip. 
3 G. G. A., 1886, 453, 45i. 

6 Publié dans la Patrolorjia Grœca de Migne (GXV, 428-448) ; cette édition, 
inconnue à Koch, m'est restée inaccessible; je m'en suis dédommagé par la version 
latine du texte grec A. £., 392-396. 

7 A. M. de Bedjan, 320,17, 18. 

8 Herrigs Archiv, 93, p. 243, note. 

9 A. 31., 315, 3, 4. 

10 lb., 306, 14; Nnp^T revient plusieurs fois, par exemple 306 (15), 307 (10), 
325 (1)... 

11 Dans le Nouveau Testament È),er,|iOffyvir) ; dans la légende arabe |Jj«Xaoj, par ex. 
Tha'labi, 'Arâis, Le Caire, 1312, p. 249. 



LA LÉGENDE DES SEPT DORMANTS 193 

Voici un argument plus décisif encore : l'hérésie est ainsi 
caractérisée : « Erant enim qui dicerent mortuis hominibus con- 
solationem nullam futuram. Alii affirmabant corpus vetustate 
consumptum, ipsum quidem consolationem nullam habituram, sed 
solam animam immortalis vitse participent futuram 1 . » Or cette 
« consolation », c'est la traduction littérale de «n^na, qui signifie 
en syriaque aussi bien que dans la littérature rabbinique 2 , la 
résurrection, dont il s'agit ici. 

Pour les deux autres rédactions les plus anciennes delà légende, 
celle de Jacob de Saroug et celle de Grégoire de Tours, l'origine 
syriaque n'a jamais été contestée. Il n'y a donc aucune raison pour 
supposer, avec Noldeke (p. 455) et Ryssel (p. 244), que le rédacteur 
a peut-être emprunté à l'Occident le sujet et une partie des 
noms 3 . Guidi, qui d'abord 4 traitait la prose syriaque de traduc- 
tion pure et simple, a fini par reconnaître 5 que la légende a passé 
du syriaque dans les autres langues. 

Type original. 

Reste à établir laquelle des trois versions rivales a la priorité. 
Noldeke ne doute pas que la prose syriaque ne représente l'arché- 
type . Ryssel et Guidi adoptent cette thèse. Ils ont tous négligé 
de la prouver. La rédaction de la prose syriaque, de la Passio de 
Grégoire de Tours et des Homélies de Jacob de Saroug appartient 
au vi e siècle. L'âge relatif de leurs éléments constitutifs ne peut 
se préciser que par des indices intrinsèques. 

Le texte syriaque est beaucoup plus étendu que les deux autres 
rédactions. Son récit est détaillé, ses dialogues copieux, ses ca- 
ractères individualisés et nuancés. La persécution des chrétiens 
est développée dans toutes ses péripéties cruelles. Les Juifs 
même en ont leur part. Les païens et les Juifs se joignent aux 
soldats de Décius ; ils arrachent les chrétiens à leurs asiles pour 
les entraîner vers le roi et son cortège d'idolâtres. Les calomnies 
des courtisans et surtout les dialogues entre Décius et Maximilien 

1 A. S., 394. 

5 Voir le Dictionnaire de Levy, s. v. 

3 Le plus important des Sept s'appelle Malchus ou Jamblique; d'après Pape- 
Benseler, Wôrterbuch der griechischen Eigennamen (1863-1870 3 ), ces noms désignent 
d'ordinaire des Sémites ; dans l'Evangile de Jean (xvin), c'est ainsi que s'appelle le 
servant du grand-prêtre blessé par i'apôtre Pierre. 

4 Atti, p. 372 et 442. 

5 Z.D M. G. (1892), XLVI, p. 749, 750. 

6 G. G. A., 188G, 454. 

T. XI IX, N° 08. 13 



194 kevue des Etudes juives 

peinent passer pour de véritables disputations. Les caractères ne 
se bornent pas aux types de l'homme pieux et de l'idolâtre. Maxi- 
milien est l'orateur, l'apologiste des saints, Jamblique leur génie 
pratique. Les caractères de l'évêque et du proconsul, tous deux 
chrétiens, sont dessinés plus finement encore. Le proconsul s'em- 
porte, réprimande, gronde, menace, traite Jamblique d'impos- 
teur; l'évêque le nomme « son fils », c'est lui qui pressent le 
miracle. C'est cette version- qui a fait le tour de la chrétienté 
orientale. Mais ce n'est pas à sa simplicité originale qu'elle doit son 
succès ; au contraire, c'est aux raffinements et aux remaniements 
profonds qu'elle a déjà subis. 

Grégoire de Tours (2 e moitié du vi e siècle) nous apprend lui- 
même qu'il s'est servi d'un interprète syrien : « passionem eorum, 
quam Syro quodam interprétante in Latino transtulimus '.. . » et 
plus clairement encore : « explicit passio . . . translata in Latinum 
per Gregorium episcopum interprétante Johanne Syro 2 . » L'exac- 
titude du travail de ce Jean de Syrie mérite d'être reconnue. 
Les syriacismes sont parfaitement compris : au lieu du ïxoi\uùç 
£/g[j.£v du prétendu Métaphraste, il dit : « repraesentandi erimus 
ante tribunal Christi 3 », la consolation devient « spes resurrec- 
tionis * ». C'est la plus précise de toutes les rédactions. On peut 
être surpris que le résumé de Gloria martyrum diffère quelque 
peu de la légende complète ; par exemple, là c'est un seul chrétien 
qui note l'histoire des saints, ici ils sont deux. Il est plus frappant 
encore que la Passio offre deux séries de sept noms, qui semblent 
remonter à deux sources conciliées par la supposition que les 
saints, en recevant le baptême, prirent de nouveaux noms. Notons 
que le résumé de Gloria, de même que la Passio, voit dans les 
hérétiques des Sadducéens, car elle les appelle « la secte impure 
des Sadducéens ». 

Une homélie de Jacob, évêque de Batnae ou Batnân en Saroug 
(mort en 521), était connue par les Acta Sanctorum des Bollan- 
distes. Guidi en a publié l'original syriaque et y a ajouté une ver- 
sion plus étendue qu'il attribue aussi à Jacob. Ces deux homélies 
diffèrent essentiellement l'une de l'autre et présentent une série 
de traits frappants. Les Dormants sont encore enfants ; Jamblique 
n'a que douze ans (dans la 2 e version 15). Un rôle considérable 
appartient aux « sophistes » (n^d^did, aw^n). Leur caractère est 
un peu indécis ; il change comme leur nombre d'une version 

1 Scripiores Rerum Merovingicarum,\, p. i)o2, l. 11, 12. 
s lb., p. 846, 1. 16, 17. 
3 P. 551, 1. 5,6. 
» P. 850, 1. 8. 



LA LÉGENDE DES SEPT DORMANTS lUo 

à l'autre. Au lieu de l'évêqueet du proconsul des autres rédac- 
tions, ce sont les sophistes qui s'efforcent de démêler le nœud ; 
Jamblique est amené à l'évêque, mais il est interrogé par le 
sophiste ! . Si ces sophistes paraissent déjà comme des blocs 
erratiques dans la légende, cela est d'autant plus vrai du roi 
David, qui (dans la 2° version) est envoyé par Dieu pour en- 
courager le pauvre Jamblique accusé de cacher un trésor. 
Il le console, lui demande la raison de son chagrin, mais, chose 
étrange, le sophiste l'emporte sur le roi David et réussit à con- 
fondre le saint enfant. Enfin, une donnée importante encore. Jam- 
blique demande au sophiste où est l'empereur Décius. Le sophiste 
répond 2 : 'jTnm "p 5 *' 2 ^" 1 n*wd nbn a^r» «ai «jattih "jei wu» ïtti 
aob^b ïib ma a^ti) « l'empereur Décius est mort depuis l'an 372 de 
l'ère grecque des Séleucides », c'est-à-dire l'an GO de l'ère com- 
mune. Nous n'essayerons pas d'expliquer cette date, cependant 
nous n'y voyons pas la durée du sommeil, mais l'année de la mort 
de Décius. L'autre rédaction de l'homélie compte 350 ans, de la 
même manière 3 . 

Guidi 4 recommande à tous ceux qui étudient l'histoire de la lé- 
gende de tenir compte du caractère particulier des homélies de 
Jacob. En effet, l'âge des saints, les sophistes, le roi David, la 
date sont autant de traits distinctifs qui manquent dans la tra- 
dition vulgaire de la légende. Il en résulte fort probablement 
que c'est Jacob de Saroug qui a gardé les éléments d'un type pri- 
mitif de la légende. 



Éléments bibliques. 

Parmi les livres bibliques, c'est celui de Daniel qui a laissé les 
traces les plus profondes dans la légende 5 . Comme Daniel, Ha- 
nania, Misaël et Azaria, les saints d'Éphèse sont étroitement atta- 
chés à la cour de leur souverain ; ceux-là sont invités à adorer les 
idoles, ceux-ci devaient leur offrir des sacrifices. Ni Hanania, 
Misaël et Azaria ni les Éphésiens n'obéissent à l'ordre qui leur est 
donné. Les délateurs chaldéens dénoncent à Nabuchodonosor les 
Juifs à qui il a confié le gouvernement et qui ne se soucient pas 

1 Les sophistes sont présentés dans les deux versions (362, 150 et 368, 174) avec 
un geste plastique : en parlant, ils penchent le doigt en arrière. 

2 Atti, 362, 154, 155. 

3 P. 367, 178-179. 
* P. 356, note. 

5 Voir déjà Koch, p. 77-80. 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de ses ordres ni ne se courbent devant ses dieux *. De même l'em- 
pereur Décius est averti que, tandis que de loin on accourt pour 
sacrifier aux dieux, ceux qui appartiennent à son palais ne 
cessent d'enfreindre ses ordres et de négliger ses dieux. La persé- 
vérance de Jamblique et de ses camarades égale celle de Hana- 
nia, Misael et Azaria. Leurs arguments et leurs raisons se res- 
semblent de très près 2 . 

A côté de ces ressemblances fondamentales nous rencontrons 
encore une série de traits communs. Daniel et ses amis ont peur 
de « se souiller » par l'idolâtrie ; Décius « souille » le corps de ses 
partisans par ses sacrifices \ Nabuchodonosor et Décius sont tous 
deux apostrophés en ces termes : « Souverain, vis éternellement 4 »! 

Les tendances de la légende suffisent à expliquer le rôle prépon- 
dérant du verset célèbre (Dan., xn, 2) : « Beaucoup parmi ceux 
qui dorment dans la poussière de la terre s'éveilleront, les uns pour 
une vie éternelle, les autres pour la honte et pour une abomination 
éternelle. » Ce verset (à côté de Jean, v, 28, 29, etEz., xxxvn, 12) 
est invoqué par le prétendu Métaphraste pour confondre les héré- 
tiques qui nient la résurrection 5 . Dans la version éthiopienne il 
s'est confondu avec la preuve tirée de l'Évangile 6 . Le terme " , 3U5^ 
nsrraiN est devenu familier à la légende Ml s'explique aussi par 
le ns? "^3© du verset d'Isaïe, xxvi, 19, qui sert de preuve con- 
cluante pour la résurrection dans le texte syriaque 8 , avec Jean, 
v, 28, 29, et Ezéch., xxxvn, 12°. 

Il semble bien remarquable que, sur trois preuves alléguées, 
deux sont tirées des Prophètes et une seule de l'Évangile, quoique 
le Nouveau Testament en offre de plus nombreuses et de plus 
décisives 10 . Déjà les Évangiles ne permettent aucun doute là-des- 
sus. Le christianisme paraît comme la doctrine de la résurrec- 
tion par excellence. Paul prêche à Athènes le Christ et la résur- 
rection 11 . Devant le Sanhédrin il prétend n'être poursuivi qu'à 
raison de cette doctrine et il réussit à désunir les Sadducéens et 

1 Dan., m, 12. 

2 A comparer Dan., m, 16-18, avec A. M. de Bedjan, p. 305, 4 — 306, 1. 

3 Dan., i, 8, A. M. de Bedjan, p. 310, 10; — l'expression est assez courante, par 
exemple I Macch., i, 48, 49. 

* Dan., ii, 4; m, 9; v, 10 ; vi, 7, 22 ; A. i/., de Bedjan 304, l. pénult. 
s Surius, A. S., p. 394, 
« Guidi, Atti, 423, note 1. 

7 A. M. de Bedjan, 312, 6 ; 323, 7. 

8 Ib., 313, 4, etc. 

9 Cf. aussi -)S3> *1"n des Psaumes, xxn, 30; xxx, 10. et "îDyb? 23Ô dans Job, 
xx, 11 ; xxi, 26. La traduction de Kyssel (p. 264) omet Is., xxvi, 19. 

10 Les passades du N. T. proclamant la résurrectiou ont été souvent réunis, par 
exemple par Mierts, De resvrrectione corpornm, Louvam, 1890, p. 19. 

11 Actes des Apôtres, xvn, 18. 



LA LÉGENDE DKS SEPT DORMANTS 197 

les Pharisiens 1 . De même il est curieux que Job, xrx, 23-27, où 
l'Église voit, d'après le texte de la Vulgate, une preuve fonda- 
mentale de la vie après la mort 2 , n'est mis à profit dans aucune 
version de la légende. 

La même observation que pour la résurrection peut se faire 
pour l'idolâtrie. Il est vrai que, pour combattre les idoles, le Nou- 
veau Testament ne fournit pas d'armes qui égalent celles des pro- 
phètes. Mais n'oublions pas que la légende nous place à Ephèse. 
Qu'y aurait-il de plus naturel que de se rappeler la Diane 
d'Ephèse et de s'inspirer de l'apôtre Paul 3 ? Mais non ! C'est l'iro- 
nie et l'imprécation des Psaumes qui est imitée : « vegetandi (va- 
riante : nullum vivendi) usum capere non possunt, ideoque et qui 
adorant ea prophetica sanctione damnantur, ut similes illis fiant 
tam factores quam adoratores eorum 4 . C'est le résumé du Psaume 
cxv, 4-8. 

Ces traits se rapportent au fond de la légende. Mais la mise 
en scène littéraire s'enrichit, elle aussi, à l'aide de la Bible. Déjà 
chez Jacob de Saroug les pieux enfants répondent à Théodose, qui 
veut les faire transporter : « Nous resterons ici, car nous aimons 
ce lieu, comme dit le Psalmiste 5 . » Quelquefois l'emprunt n'est pas 
tout à fait adapté à la légende. 

Surtout les comparaisons et les métaphores sont empruntées à la 
Bible. Les corps des martyrs sont jetés partout comme le fumier, 
ce qui est dit du cadavre de Jézabel G . Les murs des bâtiments 
criaient à cause des atrocités, les toits gémissaient 7 , comme les 
pierres et les poutres dans Habacuc (n, 11). La cruauté de la 
persécution atteint son comble par le trait (d'ailleurs non métapho- 
rique) que « les pères renient les fils, les enfants ne reconnaissent 
pas leurs parents, les amis s'éloignent de leurs amis » ; c'est aussi 
un état de choses déploré par le prophète Michée s . « Le soleil de 
la justice 9 » est certainement emprunté au livre de Malachie (ni, 

1 Ib., 23, 6-!0 ; xxiv, 15, 21 ; xxvi, 8. 

1 Mierts, De resurrectione, p. 10-18. 

3 Par exemple, Actes, xvn, 29; peut-être Jacob de Saroug, Atti, p. 359, 36, 37, 
a-t-il pensé à l'Artémis des Actes, xix, 21-41, en opposant à la Trinité du Père, du 
Fils et du Saint-Esprit, la Trinité de Zeus, Apollon et Artémis. 

k Scriptores Rer. Merov., 848, 31, 32; détaillé chez Chardry, Sept Dormants 
(Altfraozôsische Bibliothek I, Heilbronn, 1879, 1. 336-352, p. 84, 85). 

5 Atti, 369 (209, 210), A. S., 389, Ps., cxxxn, 14. 

6 II Rois, ix, 37, comparaison courante chez Jérémie, vu, 2 ; îx, 21 ; xvi, 4 ; xxv, 
33. — A. M. de Bedjan, p. 302, 16, 17. 

7 16., p. 303, 6-10. 

8 Michée, vu, 5-6; Bedjan, p. 303, 16-18; A. S-, p. 392, la description de Michée 
empruntée aussi par Math., x, 21 ; Luc, xxi, 16. 

9 A. M. de Bedjan, p. 323, 7, Grégoire, Sr. R. M., I§52, 16, 



198 KEVUK DES ETUDES JUIVES 

20). Le visage rayonnant est aussi comparé dans l'Évangile l au 
soleil, mais, si le visage des saints brille comme le soleil en pleine 
force 2 , ce n'est que l'écho du chant de Debora (v, 31). Pareille- 
ment amttl wrvabo 3 , « les ombres de la mort », n'est que la traduc- 
tion du mfcbst biblique mal compris. La phrase : « Les saints se 
revêtent de l'armure de la foi * » est une image tirée du Deutéro- 
Isaïe 5 . Si Dieu doit mettre les ennemis de Théodose sous l'esca- 
beau de ses pieds 6 , c'est la copie de la prière du psalmiste 7 . Une 
variante du texte syriaque 8 présente aussi l'expression biblique 
« élever la corne » de l'Église, c'est-à-dire agrandir son pouvoir. 
Nous rencontrons même les rites et les usages bibliques. Les 
chrétiens affligés se mettent de la cendre et un cilice. L'empe- 
reur Théodose, désespéré de l'hérésie, se jette aussi sur « le sac et 
la cendre 9 . » Quand, enfin, Théodose étend son manteau impérial 
sur les Dormants 10 , il ne fait que suivre un usage sémitique que 
le rédacteur de la légende connaît par la Bible **. 



Éléments aggadiques dans la légende des Sept Dormants 
développée par les arabes. 

D'après Damîrî, qui a conservé un recueil abondant de tradi- 
tions sur les Sept Dormants, Muhammed ibn Mussîb se vantait 
qu'il n'y avait pas à Nisabour de conteur qui n'eût copié ou fait 
copier son récit des Sept Dormants 12 . Cette hyperbole prouve 
aussi la popularité extrême de la légende chez les Arabes. Elle fut 
empruntée et adaptée à l'islamisme, avec une pointe dirigée çà et 
là contre le christianisme et finit même par être judaïsée. La com- 
binaison ou plutôt la confusion commence déjà dans la sourate 
•dite des hommes de la grotte 13 . Mahomet avait emprunté ce récit 
aux chrétiens, mais le commentaire et la tradition ne tardèrent 

1 Math., xvii, 2, et les parallèles. 

2 Grégoire, 852, 6 et 22. 

3 Bedjan, 302, 7, 8. 

* Atti, 362, 165; A. S-, 389. 

5 Détaillée surtout dans Is., LU, 17. 

6 Version éthiopienne, Guidi, p. 425. 

7 Ps., ex, 13, cité Math., xxn, 44; Marc, xn, 36 ; Luc, xx, 42. 

8 A. M. de Bedjan, I, p. 534, 535, d'après cod. Sachau, n° 222. 

9 lb., p. 313, 11. 

10 A. M. de Bedjan, 324, 13. 

11 Ezéch., xvi, 8, Ruth, m, 9. 

12 Damîrî, Hayâth el-hayvân, Boulaq, 1284, II, p. 353; la légende est traitée, 
p. 337-358, s. v. <-*A^. 

13 xvin, 8-24. 



LA LEGENDE DES SEPT DORMANTS 199 

pas a y mêler des traits étrangers , soit fabuleux, soit agga- 
diques. 

Un trait frappant, c'est qu'il hésite entre le nombre de trois, de 
cinq et de sept Dormants. Les commentateurs qui connaissent 
déjà la version canonique de la légende attribuent la tradition 
des sept aux Mahométans, tandis que les mécréants, Jacobites, 
Nestoriens ou Juifs, sont rendus responsables de fausses tradi- 
tions *. Ce sont, de même, les Juifs qui deviennent responsables 
du nombre des trois cent neuf ans que dure le sommeil ; c'est à 
leur hardiesse que Mahomet aurait opposé renonciation modeste : 
Allah seul connaît le mieux la durée de leur sommeil 2 . 

Un rôle non moins fantastique est attribué au vent magique du 
roi Salomon. Mahomet souhaite de voir les Dormants., Dieu ne lui 
permet que de leur adresser une ambassade. 'Abou Bekr, Omar, 
'Ali et 'Abou Dzour sont entraînés par le vent du roi Salomon, ils 
annoncent aux Dormants l'islam, à Mahomet la conversion des 
Dormants 3 . 

Mais il y a une variante des « Habitants de la grotte » dont le 
fond paraît aggadique. Trois hommes cherchent un refuge contre 
l'orage dans une grotte. Mais un rocher détaché de la montagne 
les y enferme. Chacun raconte l'œuvre la plus méritoire de sa vie 
pour réveiller la clémence divine. Au premier récit la lumière 
rentre dans la grotte, au deuxième les trois compagnons se recon- 
naissent déjà, au troisième ils sont sauvés. Écoutons quel titre le 
premier allègue pour échapper au danger: Une fois il engagea des 
journaliers et fixa le salaire de leur journée de travail. Vers midi 
un ouvrier arriva qui pendant l'après-midi fit autant d'ouvrage 
que les autres durant la journée entière. Par conséquent, il le 
paya comme les autres. Un de ceux-ci, irrité, refusa le salaire. Le 
maître (un des trois réfugiés de la grotte) acheta pour cet argent 
un chameau. Le journalier mécontent revint beaucoup d'années 
après, courbé par l'âge et la misère. Le maître lui remit le cha- 
meau avec son entière descendance -*. Il est difficile de ne pas se 
rappeler la parabole évangélique des ouvriers de la vigne (Math., 
xx, 1-16), la parabole par laquelle R. Zéra fait l'éloge de R. Boun 
(Schirr., ad vi, 12; Yer. Ber. } 5 c) et l'aggada peut-être à ten- 
dances polémiques de Sifra, adLév., xxvi, 9, éd. Weiss, p. 111a. 
Mais le trait fondamental, les chameaux rendus, a son pendant, 

1 Par exemple, Beidhâwi, ad Cor., xvni, 21, éd, Fleiscber, Leipzig, 1846, 559. 
Voir Koch, p. 129. 

2 Damîri, II, 355,16, 17. 

3 Tha'Iabi, 'Arâis al-madjûlis, Le Caire, 1312, p. 253 ; Damîri, II, 349. 
^Beidhâwi, I, 555-556 ; Damîri, II, 340, 341, etc. 



200 RKVUE DKS Ef0DES JUIVES 

sinon son modèle, dans le conte qui doit illustrer la probité de 
llanina b. Dossa. Près de sa porte des poules ont été oubliées. 
Hanina ne permet pas qu'on touche soit à celles-ci soit à leurs 
œufs. Mais importuné par cette abondance de volaille, il la vend 
et achète avec leur prix des chèvres, qu'il rend ensuite au pro- 
priétaire des poules *. 

Tha'labi nous a conservé une tradition qui, atténuant les traits 
chrétiens, crée une version formant une controverse judéo-maho- 
métane. En voici le résumé : Trois savants juifs 2 se déclarent 
prêts à se convertir à l'islamisme, si le calife Omar répond d'une 
façon satisfaisante à leurs questions. Omar a recours au gendre du 
prophète. 'Ali paraît, vêtu de la bourda (manteau) de Mahomet. 
Connaissant les mille « portes» de la science, il réussit à résoudre 
tous les problèmes posés par les docteurs. Quelle est la serrure du 
ciel? C'est le polythéisme, qui empêche la pluie, bienfait de Dieu. 
Quelles sont les clés du ciel? C'est la confession de la vraie foi. 
Quel est le cercueil qui se promène avec celui qui y est enfermé ? 
C'est le gros poisson qui a avalé Jonas. Qui fit un sermon à son 
peuple sans appartenir ni au genre humain ni aux djinns? C'était 
la fourmi qui engagea son peuple à se sauver devant le roi Salo- 
mon et son armée 3 . Quels sont les cinq êtres qui marchèrent sur 
la terre sans être sortis du sein d'une mère ? Ce sont : Adam, Eve, 
le chameau de Sàlih 4 , le bélier d'Abraham et le bâton de Moïse. 
Ensuite, 'Ali explique le langage du hérisson, du coq, du cheval, 
de l'âne, de la grenouille, de l'alouette, qui tous prononcent 
quelque sentence morale ou religieuse ou bien un désir pieux. 
Quand 'Ali achève de résoudre si brillamment les problèmes sou- 
levés, deux d'entre les trois savants se hâtent d'embrasser la foi de 
Mahomet. Le troisième s'entête ; d'une impatience extrême (il ne 
cesse de sauter à chaque question), il exige encore des renseigne- 
ments sur ceux qui ont dormi trois cent neuf ans, sur leurs noms, 
leurs pères, leur pays, leur chien, leur mort, leur grotte, leur roi, 
son palais, son trône, etc. 'Ali lui décrit et lui raconte tout. 
Deqyanos choisit pour sa capitale Ephèse, qui devient au temps 
de l'islam Tarsus h . 11 se fait adorer. Une fois un de ses patriciens 
lui annonce que les Perses ont envahi son pays et qu'ils cherchent 
à le tuer. Deqyanos tremble : sa couronne tombe de sa tête et 

1 Taanit, 25 a. 
* Ahbâr. 

3 Corao, xxvir, 17, 18. 

4 Coran, vu, 71 ; pour les autres passages voir Geiger, Was hat Mohamed atis detn 
Judenthume aufgenommen? 2 e éd. Leipzig, 1902, p. 117. 

5 Donnée étrange qui revient chez les Arabes, par exemple Damîri, II, 352 (lOj. 



LA LEGENDE DES SEPT DORMANTS 201 

lui-même glisse du trône. Jamblique ', un des Sept Dormants, est 
frappé de voir un dieu tressaillir. Il s'avise que le roi est 
soumis à tous les besoins corporels comme un autre homme. Il 
réfléchit aussi à celui qui a pu élever le ciel sans le suspendre, 
le soutenir ou l'appuyer ; qui a créé le soleil, la lune, les étoiles 
et la terre ; et enfin qui l'a fait sortir du sein de sa mère. Les 
six amis de Jamblique, chacun de son côté, sont agités des mêmes 
scrupules. Pendant que Deqyanos s'abandonne à une fête ido- 
lâtre, les sept amis quittent Ephèse. Un berger, qui partage leurs 
sentiments religieux, s'attache aux sept fidèles, suivi de son 
chien, — après avoir rendu son troupeau à son maître. Ensemble 
ils se mettent dans une grotte à l'abri des poursuites du roi. 
Pour les nourrir, près d'eux une source jaillit, un palmier offre 
ses fruits. Ils s'endorment, gardés par le chien. Chacun d'eux 
a deux anges gardiens qui le tournent, de droite à gauche et de 
gauche à droite, d'après Ibn Abbâs le jour de l'Aschoura, d'après 
Abou Harîrath deux fois par an. Deqyanos, revenu de la fête, fait 
fermer la porte de la grotte. Ils y dorment trois cent neuf ans. 
Ressuscites, ils voient que la source est tarie, l'arbre desséché. 
Ils envoient Jamblique pour qu'il leur apporte de la ville des 
mets sans graisse de porc. Il échange ses habits avec le berger. 
Sur la porte de la ville il voit l'inscription : « Il n'y a d'autre 
Dieu que le Dieu de Jésus ». On lit partout l'Évangile. Il apprend 
du boulanger que la ville (qu'il ne reconnaît plus) est Éphèse et 
que leur roi s'appelle Abdurrahman. Présentant de la monnaie, 
Jamblique est soupçonné d'avoir trouvé un trésor antique. On le 
traîne devant le roi, qui l'encourage à avouer la vérité : puisque 
Jésus n'a pas permis au souverain de prendre plus de la cinquième 
partie d'un trésor trouvé, quatre cinquièmes restent donc à celui 
qui Ta trouvé. On lui demande qui il connaît. Il nomme mille 
hommes, qui tous sont inconnus. On lui fait montrer sa demeure. 
Accompagné d'un serviteur du roi, il entre dans une maison où 
un vieillard reconnaît en lui, son aïeul, dont Jésus a annoncé la 
résurrection. Jamblique raconte son histoire. Retournant vers 
la grotte, il est accompagné des deux rois du pays, l'un musul- 
man, l'autre chrétien. Afin que ses amis ne soient pas effrayés 
du cliquetis des armes, Jamblique passe devant pour les avertir. 
Les saints ont peur qu'ils n'aillent provoquer la discorde ; ils 
désirent plutôt la mort. Dieu fait enlever leurs âmes. Les deux rois 
perdent une huitaine de jours à chercher en vain l'entrée de la 

1 Son nom est toujours écrit : Tamblîch, ce qui s'explique par la ressemblance du 
P. et du S arabes. A cet endroit du récit, il est appelé le fils de Palestine. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

grotte. Ils luttent pour savoir si sur cette place doit s'élever une 
mosquée ou une église. Le roi musulman l'emporte : une mosquée 
marque le lieu du miracle. Quand 'Ali termine le récit des Dor- 
mants, le troisième docteur reconnaît que cette histoire est, on ne 
peut plus, conforme à la Tora, qu'il n'y a ajouté ni ôté une lettre ; 
il confesse que Allah est Dieu, que Mahomet est envoyé par lui et 
que 'Ali est le plus savant des moslims *. 

Essayons de démêler ce tissu complexe. La trame est chrétienne. 
Le déguisement de Jamblique (le remplacement du mendiant par 
le berger, dont Jamblique emprunte les habits, est un trait habile), 
l'inscription (au lieu de la croix fixée sur les portes), la lecture de 
l'Évangile, le soupçon du trésor trouvé, l'église ou bien la mos- 
quée bâtie en mémoire et sur le lieu de l'événement, — ce sont 
des éléments empruntés à la version canonique du texte syriaque. 
Les trois cent neuf ans et le chien appartiennent au Coran ; le roi 
mahométan, sa lutte avec le roi chrétien sont des inventions de 
polémique ; la loi de la cinquième partie du trésor est une rémi- 
niscence de la législation mahométane. Le reste, que nous allons 
analyser, est de l'aggada juive et judéo-arabe. 

La serrure du ciel ou plutôt la clé de la pluie est une méta- 
phore essentiellement aggadique; c'est la clé qui, avec celles de 
la naissance et de la résurrection, est réservée à la providence 
personnelle de Dieu 2 . La série des cinq êtres qui ne sont pas 
sortis du sein d'une mère trahit son origine étrangère, parce 
qu'elle comprend le bâton de Moïse. En effet, aucun bâton n'est né 
d'une mère ; mais cet instrument appartient, avec le bélier d'Abra- 
ham, à la dizaine des êtres créés le soir qui précéda le premier 
samedi, le samedi de la création 3 . Le réveil du sentiment reli- 
gieux produit chez les saints par la contemplation du ciel, de la 
terre et des astres et par la faiblesse du roi, est copié sur la 
biographie légendaire d'Abraham 4 . Deqyanos tombe du trône, 
de même que le trône de Nemrod s'écroule dans la légende qui 
introduit le roman d'Antara 5 . L'arbre qui tout à coup porte ses 
fruits et la source qui jaillit, éléments d'ailleurs familiers à 
la légende, peuvent être rapprochés de la nourriture miraculeuse 

1 Tha'labi, 'Arâis al-madjâlis, Le Caire, 1312, p. 244-248. 

2 Taanit,2a-b ; Sanh., 113a ; Gen. r., 73. 

3 Abot, v, 6. 

k B. Béer, Leben Abrahams, Leipzig, 1859, p. 3, 4 ; les sources y sont indiquées 
dans les notes. 

5 Antara, éd. Le Caire, 1291, p. 20, éd. Le Caire, 1306, p. 9 (en bas). D'ailleurs, le 
trait de la version syriaque portant que Décius épargna les Saiuts à cause de leur 
jeunesse se retrouve aussi chez Nimrod et Abraham. Voir Antara, éd. de 1291, I, 
41, éd. de 1306, 1, p. 18 (en bas). 



LA LÉGENDE DES SEPT DORMANTS 203 

créée pour les troglodytes Simon bar Yohai et son fils Eléazar l . 
Le cadre de ce récit fait supposer que le rédacteur de cette ver- 
sion singulière avait conscience de l'origine juive des éléments 
combinés ; d'après le troisième haber, c'est à la Tora elle-même 
que le récit s'adapte. 

Les légendes apocryphes et aggadiques du sommeil 
séculaire. 

On ne se trompera pas trop en cherchant le point essentiel de 
la légende dans le sommeil séculaire. On a souvent rapproché ce 
trait du trait semblable de la légende d'Onias. Déjà dans un article 
publié en 1850 2 , M. Steinschneider avait émis l'hypothèse que ce ré- 
cit aggadique était la base de l'allusion de Mahomet au sommeil de 
cent ans des Dormants (xvm e sourate du Coran, n, 261) et celle de 
la légende de Sâlih qui aurait dormi pendant une vingtaine d'années 
(Weil, Biblische Legenden der Miisulmânner, p. 54). M. Stein- 
schneider a raison de se plaindre, dans un supplément récent à 
son article 3 , que ses indications n'aient été guère remarquées. 
Aucun des auteurs que nous allons citer ne les a mises à profit. 
Jos. Schauer \ ne connaissant que la version du Talmud babylo- 
nien et un résumé de la légende des Sept Dormants, n'hésite pas 
à énoncer « avec certitude » que la légende juive, née avant le 
v e siècle, a passé en Syrie; les savants chrétiens l'auraient re- 
maniée et mêlée de tendances et d'idées chrétiennes. Schauer pré- 
tend aussi que la sourate de la grotte s'est également inspirée de 
la tradition juive et de la tradition chrétienne ; aujourd'hui il n'y 
a aucun doute que ce passage du Coran porte l'empreinte chré- 
tienne 5 . M. S. Gelbhaus, fidèle à sa manière de traiter les ques- 
tions de folklore, rapproche Onias du Kyffhâuser. Onias endormi 
signifierait Israël plongé dans ses rêveries, Onias éveillé serait 
l'empire du Messie restitué 6 . 

* Sab., 33 b, &T72T fiC^Sn NTnn "Ifîb "^.TW. 

8 Z.D.M .&., IV, p. 145-170. Die kanoniscke Zahl der muharnmedanischen Secten 
und die Symholik der Zahl 70-75, ans judischen und muhammedanisch-arabischen 
Quellen nachqewiesen (p. 161). 

3 Z.D.M.è., LVII (1903), p. 474. 

4 Wandemde Sagen dans Geiger, Jûdische Zeitschrift fur Wissemchaft u. Leben, 
V, 1867, p. 39. 

8 Schauer ne met pas seulement le prophète Elie en rapport avec Hulr et le Juif- 
Errant; il suppose encore que les études rabhiniques de la renaissance ont créé Faust 
à l'aide de l'histoire d'Elischa b. Abouya. 

6 Stoffe altdeutscher Poésie, Berlin, 1887, p. 7; Frédéric du Kyffhâuser a les che- 
veux nattés : ce sont les tefilin du roi Messie ! 



?0/j REVUE DES ÉTUDES JU1VKS 

Beaucoup plus sérieuses sont les recherches de M. Gaster sur 
la légende d Onias et ses rapports multiples avec les littératures 
orientales et européennes ■ ; l'abondance des indications intéres- 
santes dépasse un peu le cadre du sujet ; c'est ainsi que M. Gas- 
ter compare notre légende à la tradition sur Epiménide, à la 
légende du Kyffhàuser et aux contes du Dornrôschen aussi. 
C'est M. Gaster qui a relevé le premier l'affinité d'Onias avec 
l'Abimélech du livre apocryphe U^c/lemoiLeva: 'Iepsjjuou tou npo- 
cpYjxou, « le reste (des sermons) du prophète Jérémie », qu'il ne 
connaissait, d'ailleurs, que par la chronique de l'évêque Do- 
rothée 2 . 

L'étude de M. Gaster a subi le même sort que celle de M. Stein- 
schneider : remarquable, elle ne fut pas remarquée 3 . M. Gelb- 
haus n'en sait rien. M. Schreiner n'en profite pas. Koch, qui offre 
la bibliographie et l'histoire la plus complète de ce sujet, n'en dit 
rien. Même Guidi, dailleurs hors pair quant à la connaissance de 
la littérature orientale des Sept Dormants, ne manque pas de dé- 
couvrir ce que Gaster et Steinschneider ont déjà constaté : l'ana- 
logie de la légende d'Onias, d'une part, avec le livre apocryphe des 
« Restes de Jérémie », d'autre part, avec l'allusion un peu confuse 
du Coran (n, 261) 4 . Indépendamment de Guidi, August Mùller a 
comparé le récit apocryphe du livre de Baruch avec le Coran 5 . 

Ne connaissant les notices ni de Steinschneider ni de Guidi, 
M. Schreiner 6 allègue la légende d'Onias pour expliquer le pas- 
sage en question du Coran, en mettant à profit aussi quelque peu 
la tradition mahométane. —Regardons ces légendes de plus près. 



Ammélech. 

Cet Abimélech n'est autre que l'Éthiopien Ebedmélech, qui 
sauva Jérémie du bourbier (Jér., xxxvm, 7-13). La tradition 

1 Monatsschrift fur Geschichte u. Wissenschaft des Judenthums, 1881, p. 78-82, 
130-138,368-374,413-423. 

2 II a traduit in extenso cette partie de la chronique, quoique les versions de Prae- 
torius et de E. Kœnig eussent déjà paru. Le travail de M. Gaster est surtout riche en 
données aggadiques ; il démontre justement l'importance d'Ebedméiech dans l'aggada, 
celui-ci se trouvant dans les listes de ceux qui ne sont jamais morts (p. 413). 

3 Ces reproches m'atteignent aussi, car les articles de M. Gaster m'avaient 
échappé ; c'est grâce à l'indication obligeante de M. Israël Lévi que j'en profite après 
coup ; nombre de ses thèses prêtent, d'ailleurs, à la critique, surtout celle de la priorité 
de la version palestinienne de la légende d'Onias et celle de l'origine chrétienne de la 
légende de Ebedmélech. 

4 Atti délia R. Academia dei Zincei, Rome, 1884, p. 444-445. 

5 Z.D.M.G., 1888 (42), p. 80 et 320. 

fi Jb., p. 436 : Bemerkungcn zu Korân, u, 261. 



LA LÉGENDE DES SEPT DOHMAiNTS 205 

légendaire s'est chargée de l'en récompenser. Le prophète recon- 
naissant demande à Dieu la grâce qu'Abimélech ne soit pas affligé 
par la chute du temple. Conseillé par Dieu, Jérémie l'envoie 
dans la vigne d' Agrippa , sous le prétexte de cueillir des 
figues pour les malades du peuple. A l'ombre d'un arbre il dort 
soixante-six ans. Éveillé, il sent encore le sommeil dans ses 
membres. Il met sur ses épaules le panier de figues, d'où le suc 
frais coule à grosses gouttes. « Entré à Jérusalem, il ne recon- 
naît ni la demeure, ni le lieu, ni la génération. » Il se croit 
accablé d'un trouble d'esprit et égaré dans une autre ville. Sorti 
de la ville, il la reconnaît. Il y retourne, mais ne trouvant personne 
des siens, il en sort de nouveau. Affligé, il pose le panier devant 
lui, en attendant que ce trouble s'en aille. Ayant interrogé 
un vieillard qui passe, il s'assure que c'est Jérusalem. Il est 
encore plus saisi en apprenant que Jérémie et Baruch sont en 
Babylonie, car il est convaincu d'avoir quitté Jérémie pour cueillir 
ces figues. Le vieillard lui apprend qu'on n'est pas même au temps 
où les figues mûrissent, car on est au 12 Nissan , . 

Onias. 

La rédaction courante de la légende du sommeil d'Onias nous 
est rapportée au nom de R. Yohanan : Tous les jours de sa vie, le 
pieux Onias se tourmentait à cause du verset du Psaume (cxxvi, 
1) : « Quand l'Éternel rapatria les exilés de Sion, c'était pour 
nous comme un songe ». Se pourrait-il que quelqu'un dormît 
soixante-dix ans ? Un jour, il rencontre un vieillard qui plante 
des caroubiers, arbres ne portant des fruits qu'après soixante-dix 
ans. Prenant son repas, Onias tombe dans un sommeil qui dure 
soixante-dix ans. Éveillé, il voit les fruits de l'arbre cueillis et les 
générations de son âne venues au monde. Il se présente à l'école 
et par sa science il convainc les sceptiques qu'il est Onias 2 . 

1 Paralipomena Jeremiœ. i-vch. Je me suis servi (grâce à l'obligeance de M. Ad. 
Bùchler de Vienne) du texte grec publié par Rendel Harris [The rest of the words of 
Baruch, London, 1889). Nous ne citons que la partie touchant à notre sujet et nous 
la citons comme légende aggadique, nous attachant à Schûrer et à Ryssel, qui 
prouvent que le tond est juif et que les éléments chrétiens y sont ajoutés. Notons que 
Rendel Harris (p. 18, 19) et Ryssel (dans Kautzsch, Die Apokryphen u. Pseudepi- 
(jraphen des A. T., 1900,11, p. 403) comparent Par. Jer. , iv, 3, où Jérémie (selon 
l'Apocalypse de Baruch, x, 18, ce sont les prêtres) jette les clés du sanctuaire brûlé 
vers le ciel, sans signaler la source aggadique, Taanit, 29 a; les mots : îôl b"Wrî 
Û^ftîO "p-DU nT~b 13"Oî sont textuellement reproduits. Gaster note plusieurs 
parallèles. (Monatsschrift, 1881, p. 418-420). 

2 Taanit, 23 a, pareillement Midr. Psaumes sur cxxvi, et Yalkout sur le même 
verset. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'autre version est rattachée à R. Juda le prosélyte. Le petit- 
fils de cet Onias, « faiseur de cercles », également un Hôni ham- 
m'agguél, vivait peu de temps avant la destruction du temple. 
Une fois il se rend chez ses ouvriers dans la montagne. Surpris 
par la pluie, il trouve un abri dans une grotte. Il dort pendant 
que le temple est dévasté et bâti de nouveau. Réveillé après 
soixante-dix ans, il trouve le monde changé, les vignes d'autre 
fois sont plantées d'oliviers, les oliviers ont fait place aux terres 
de blé. Ceux quïl rencontre s'étonnent de ce qu'il ne sache pas les 
grandes nouvelles qui courent le monde. On ne le croit pas quand 
il dit être Onias, jusqu'à ce qu'il remplisse le parvis, par sa pré- 
sence, de lumière. C'est alors qu'il s'applique à lui-même le 
verset de Psaumes, cxxvi, 1 ». 

Toutes les variantes de cette légende se rattachent au verset 
cité. M. Schreiner suppose que la légende a été créée par le ver- 
set. Mais alors il n'y aurait aucune raison pour que cette exégèse, 
assez étrange en elle-même, eût choisi pour héros Onias plutôt 
que n'importe qui. Peut-être le récit si célèbre de Josèphe nous en 
a-t-il conservé le motif. Durant la guerre civile entre Hyrcan II et 
Aristobule II, Onias se cacha, désespéré parleur lutte fratricide. 
On l'arracha à son refuge et on voulut le forcer à se servir de son 
crédit auprès de Dieu pour lancer la malédiction contre l'un des 
adversaires. Se refusant à ce rôle, il fut tué par la foule exas- 
pérée, après avoir prononcé une prière sublime 2 . Donc Onias 
resta caché pendant longtemps. C'est ici le point de départ pour 
l'œuvre de la légende. 

Entre les deux types de cette tradition : babylonien et pales- 
tinien, M. Steinschneider n'hésite pas à attribuer l'originalité au 
récit palestinien ; le récit babylonien l'aurait enrichi d'ornements 
accessoires. M. Schreiner, indépendamment de Steinschneider, 
arrive à la même conclusion. Et pourtant la priorité du conte 
babylonien nous semble incontestable. Le Yerouschalmi mêle les 
traditions. Au lieu d'Onias, qui vivait au i cr siècle avant l'ère 
chrétienne, il crée un autre Hôni hamm'agguél qui aurait été son 
petit-fils. Un petit-fils d'Onias serait à peu près contemporain de 
Jésus et pourtant il aurait dormi au vi e siècle depuis la des- 
truction du temple jusqu'à la reconstruction. Le Babli est d'autant 
mieux instruit qu'il connaît un véritable petit-fils d'Onias : Abba 
Hilquiya 3 . 

1 Yer. Taanit, III, 9, 66 d\ Yalkout sur Ps., cxxvi, 1. 
8 Antiquités, XIV, 2. 

3 Les actes de celui-ci sont, dans le Yerouschalmi (Taanit, I, 4, Ci /;), attribués à 
ud ijpifit HDD1 NTDn. 



LA LÉGENDE DES SliPT DORMANTS -207 

Tons ces sauts chronologiques s'expliquent, si nous constatons 
que le récit du Yerouschalmi n'est que la contamination de la 
légende d'Onias par celle d'Abimélech. A Ebedmélech la grâce a 
été accordée de ne pas voir la destruction du temple. Ce trait est 
bien à sa place chez un contemporain de Jérémie. Dans les menus 
détails les rapports des deux récits se continuent. Ici Ebedmé- 
lech, là Onias sont stupéfaits de voir la contrée toute changée. 
Tous les deux étonnent ceux qu'ils rencontrent par leur igno- 
rance : ni l'un ni l'autre ne connaît les événements importants 
qui agitent le monde. Il est bien probable que l'auteur du livre 
des « Restes de Jérémie » a vécu à Jérusalem ou près de cette 
ville 1 . Le sommeil d'Abimélech est donc une tradition jérusalé- 
mite qui a pu aisément pénétrer dans la version palestinienne de 
la légende d'Onias. M. Bâcher est d'avis que le conte du Yerou- 
schalmi se rapporte à la révolte de Bar Kokhba et à l'espoir, 
répandu à cette époque, que le temple serait relevé 2 . S'il est 
vrai que cet apocryphe de Jérémie date justement du temps 
d'Hadrien 3 et qu'il a modifié la légende d'Onias, — ce sentiment 
se trouve être parfaitement juste. 



Traces et restes de la légende apocryphe du sommeil 
séculaire chez les arabes. 

Depuis Ceriani 4 on a recours pour expliquer le passage du 
Coran, n, 261, à la légende d'Abimélech (Guidi, August Millier) ou 
à celle d'Onias (Steinschneider, Schreiner). Mahomet y dit : Quel- 
qu'un passa près d'une ville détruite jusque dans ses fondements. Il 
se demanda : est-ce que Dieu ressuscitera cette ville après qu'elle 
est morte? Dieu le fit mourir pour cent ans. Puis il le ressuscita 
et l'interrogea : Quel temps as-tu passé ici? Il répondit: j'ai 
passé une journée ou une partie de journée. Mais Dieu répliqua : 
Tu as passé cent ans ; regarde ta provision et ta boisson, elle n'est 
pas moisie ; regarde aussi ton âne ; nous faisons de toi un miracle 
pour les hommes; puis regarde les os, nous les dresserons et les 
enduirons de chair. 

Voilà une histoire plus que confuse. Aussi les commentaires ne 
se lassent-ils pas de l'éclairer. — Beidhawi n'enregistre qu'une 
courte notice : celui qui passe près de la ville, c'est Ezra, fils de 

1 Les arguments de Harris Rendel (p. 12) nous semblent concluants. 
8 Communication personnelle de mon révéré maître. 
3 Rendel Harris, p. 13. 
* Th., p. 42. 



2QS REVUE DES ETUDES JUIVES 

Seraya ! ou Hidr - ou quelqu'un qui proclamait la résurrection. 
La provision se composait de figues ou de raisins. Ni sa boisson, 
ni ses vêtements n'avaient subi de changement. Gomme on doutait 
qu'il fût Ezra, il récita la Tora par cœur. Les os sont ceux de l'âne 
ou des morts 3 . 

Dans Zamahshâri se trouvent les additions et modifications sui- 
vantes : La ville est la sainte demeure 4 . Aux mets et boissons il 
ajoute le lait. — Personne avant Ezra n'avait appris la Tora 
par cœur. Retournant à sa maison, il trouve ses enfants vieillis, 
tandis qu'il est resté jeune; s'il leur raconte quelque chose, ils 
répondent : voilà des nouvelles d'il y a cent ans 5 . 

Fahr el-dîn el-Râzi en sait encore plus long. Il attribue à Ibn 
Abbâs la tradition que le passant du Coran est Jérémie, et à Mo- 
hamed ibnlshâk cette autre tradition que Jérémie était le Hidr, 
homme de la tribu de Haroun, fils d"Amrân.Wahb ibn Mounabbih 
enseigne que Jérémie, le prophète, fut ressuscité par Dieu quand 
Nabucodonosor détruisit le temple et brûla la Tora. Mais pourtant 
el-Râzi n'insiste que sur la tradition disant qu'il s'agit d'Ezra. 
Tandis que la provision d'objets pouvant se corrompre ne change 
pas, les os, qui résistent d'ordinaire mieux au temps, étaient blan- 
chis et pourris. Un à un, les os, les membres, les côtes, les nerfs, 
les muscles, la chair, la peau, l'haleine se rejoignent, l'âne se met 
sur pied et brait. D'après d'autres, Ezra lui-même fut ressuscité 
membre par membre. Le peuple l'accueillit avec scepticisme, 
persuadé qu'Ezra appartenait aux quarante mille hommes tués 
par Nabucodonosor pendant qu'ils lisaient la Tora c . 

La légende d'Ezra est encore plus riche chez Damîri. Nabu- 
codonosor détruit la sainte demeure, déporte Israël avec Ezra, 
Daniel et sept mille Davidides. Ezra s'enfuit de Babyloneet arrive 
àDir Harqual, au bord du Tigre. Il n'y voit personne. Il mange 
les fruits d'un arbre, se désallère de raisins, en met le suc dans 
une outre et dépose les figues dans un panier. Les os de son âne, 
dispersés par les oiseaux et les bêtes à travers les montagnes et 
les vallées, sont réunis par un vent. — Ibn Abbâs raconte ce qui 
suit : Ezra, ressuscité centenaire, se rend au temple; il n'y est 
pas reconnu. Dans sa demeure il rencontre une servante aveugle 

1 Ezra, vu, 1. Ce nom rare fait supposer une. source écrite bien informée. 
* Rendel Harris (p. 41) veut retrouver notre Abimélech dans l'Alchedrum (r^ 
okà^L) de Maracci ! 



» Beidhawi, éd. Fleischer, Leipzig, 1846, I, 133,134. 

4 u*<>Jdî ooo — mpon rvn. 

r> Zamahshâri, Al-Kaslishâf, Le Caire, 1307, I, 123. 

6 Fahr el-din el-râzi, Mafâtih al-tjeib, Boulaq, 1^80, 11,483-400. 



LA LÉGENDE DES SEPT DORMANTS 209 

âgée de cent vingt ans. Elle est heureuse d'entendre de nouveau, 
depuis cent ans pour la première lois, le nom d'Ezra. Quand Ezra la 
délivre de sa cécité, elle se fait son héraut et l'annonce au conseil 
public, auquel prennent part le fils d'Ezra, qui compte déjà cent 
dix-huit ans, et ses petits-fils, courbés aussi par l'âge. Son fils le re- 
connaît à un grain de beauté, de la forme d'un croissant, entre ses 
deux épaules. — Souddi et Kalbi ajoutent : Pendant qu'Ezra 
pleure la Tora brûlée par Nabuchodonosor, un ange apporte un 
vase d'eau, Ezra en boit et la Tora se dresse en lui. Revenu après 
cent ans, il dicte par cœur la Tora perdue ; c'est pourquoi il est 
honoré comme fils de Dieu ». 

Considérons ce dernier trait : la reconstitution de la loi. Notre 
récit est tout à fait conforme à la manière dont le IV e Ezra rétablit 
l'Écriture. Une coupe pleine d'eau à couleur de feu est offerte à 
Ezra. Il la vide, son cœur bout d'intelligence, sa poitrine se 
gonfle de sagesse. Durant quarante jours il dicte à cinq hommes 
habiles à écrire 2 . Voilà donc un trait que nous pouvons encore 
contrôler et justifier. Notons aussi que le IV e Ezra, dont la version 
grecque n'existe pas, se trouve dans deux versions arabes 3 , ce 
qui prouve la vogue de ce cycle de légendes. L'unanimité presque 
complète avec laquelle les commentaires trouvent dans le passant 
du Coran le « prophète » Ezra ressuscité, prouve que nous sommes 
ici en face d'une tradition apocryphe, qui est probablement mo- 
difiée par l'imagination fabuleuse des Arabes (par exemple, la ser- 
vante aveugle, la reconnaissance au moyen du grain de beauté, 
etc.), mais qui a gardé le trait principal : Ezra mort pendant cent 
ans, puis ressuscité, aussi bien que d'autres éléments originaux 
(par exemple, la Tora restituée par Ezra). 

Les rapports multiples de la légende d'Ezra avec celle de Jé- 
rémie et de Baruch dans la littérature apocryphe ont été relevés 
bien des fois 4 . Aussi ne sommes-nous pas frappés d'apprendre 
par Fahr el-dîn el-Ràzi que Vahb regarde Jérémie comme le pas- 
sant de la deuxième sourate 5 . Cette tradition, qui n'est qu'effleurée 
chez el-Hâzi, nous la retrouvons chez Damîri. Comme elle semble 
n'avoir jamais été signalée à ce point de vue, nous en donnons 
le résumé. Dieu envoya Jérémie au roi des fils d'Israël : Nâsiyath 
ibn Anoûç. En ce temps Israël était gouverné par des rois, et les 

1 Damiri, Hajât al-hajvân, Boulaq, 1284, I, p. 304, 305, s. v. U.^.. 
* IV Ezra, xiv, 37-44. 

3 GuDkel chez Kautzsch, Apocryphen, II, p. 332. 
*• Ryssel chez Kautzsch, Apocryphen, II, p. 405. 

5 Après coup je retrouve cette tradition, mise eu rapport avec Jérémie, dans les 
Annales de Tabari (éJ. de Goeje, II, p. 647, 848). 

T. XL1X, n° 08 14 



ilii UEVUE DES ETUDES JUIVES 

rois dirigés par les prophètes. Mais le peuple s'obstinait dans ses 
vices. Jérémie, par une inspiration instantanée, leur adressa une 
exhortation se terminant par ce serment : « Par ma puissance, 
dit Dieu, je lâche contre vous des châtiments dont les savants 
seront stupéfaits ; je vous livre à un dur tyran que je vêtirai de 
terreur et au cœur duquel j'enlèverai la pitié ; il sera suivi d'ar- 
mées nombreuses comme les troupes des ténèbres. » Dieu révéla 
à Jérémie qu'il allait l'aire exterminer Israël par les Babyloniens, 
descendants de Jafeth, fils de Noë. Jérémie met de la poussière 
sur sa tète et prie Dieu de le l'aire plutôt mourir. Dieu lui promet 
de ne pas perdre Israël avant que Jérémie ait prononcé leur ar- 
rêt. Le prophète et le roi pieux sont heureux de cette promesse 
divine. Mais le peuple comble la mesure des vices. Nabuchodo- 
nosor se met en marche avec six cent mille divisions. Lorsque 
le terme approche, Dieu envoie à Jérémie un ange déguisé en 
Israélite, qui consulte le prophète sur ce qu'il doit faire de ses 
parents ingrats qui récompensent son amour et ses bienfaits par 
la haine. Jérémie l'exhorte à l'indulgence. Après quelques jours 
l'ange déguisé répète ses plaintes ; Jérémie l'engage de nouveau à 
la patience. Cependant Nabuchodonosor cerne déjà le temple 
avec une armée plus nombreuse que les sauterelles. Jérémie, 
plein de confiance dans la promesse divine, est pour la troisième 
fois abordé par l'ange déguisé. Excité par ses plaintes réitérées, 
le prophète s'écrie : « roi des cieux et de la terre, s'ils pra- 
tiquent la justice et l'équité, conserve-les; mais si leurs actions 
doivent te déplaire, perds-les ». A ces mots un coup de foudre, 
tombant à l'endroit où les victimes étaient immolées, enfonce 
sept portes du temple. Jérémie, se revêtant de deuil, reconnaît 
qu'un ange déguisé lui a fait prononcer l'arrêt funeste de Jé- 
rusalem ; il s'enfuit au milieu des bêtes. Nabuchodonosor entre 
dans la ville et ordonne à ses soldats de remplir chacun son 
bouclier de poussière 1 et de le jeter dans le temple. Puis il fait 
rassembler tous les habitants du pays, choisit soixante-dix mille 
jeunes gens, les distribue, par quatre, aux rois de sa suite; Da- 
niel, Hanania sont du nombre. Parmi les autres Israélites un tiers 
est tué, un tiers emprisonné et un tiers déporté en Syrie. C'était 
la première épreuve imposée à Israël. 

Nabuchodonosor retourne sur ses pas. Jérémie arrive sur son 
âne à Jérusalem 2 . C'est alors, enlace des ruines, qu'il s'écrie : 
« Est-ce que Dieu ressuscitera ceci de la mort? » Dieu le plonge 

1 Ou pourrait rappeler D^Ur^H IN 572 '^ e Jér., LI, 11. 
s pldoi Aelia (M. Schreiner). 



LA LÉGENDE DES SEPT DORMANTS 211 

dans un sommeil et lui enlève son âme pour cent ans ; de même, il 
fait mourir son âne ; le vin et les figues restent à son côté. Aucun 
œil ne les aperçoit ; les bêtes et les oiseaux en sont éloignés. 
Soixante-dix ans après la mort de Jérémie, Dieu envoie Nûsik, roi 
de Perse, qui charge mille gouverneurs, chacun avec trois cent 
mille ouvriers, de rebâtir le temple. Nabuchodonosor est tué par 
un moustique qui a pénétré dans sa cervelle. Dieu sauve les exilés, 
personne ne meurt à Babylone, tous retournent en Judée. Ils y 
demeurent trente ans plus heureux que jamais. Alors, dans la 
centième année de la mort de Jérémie, Dieu commence par res- 
susciter ses yeux, puis le reste de son corps. Une voix céleste 
commande aux os de se rapprocher les uns des autres ; ils sont 
ensuite garnis de chair et de peau. Sur l'ordre de Dieu, l'âne, 
debout sur ses pieds, se met à braire. Les figues étaient fraîches 
comme si elles venaient d'être cueillies, le jus comme s'il avait 
été pressé à l'instant même ! . 

Voilà donc encore les restes d'une tradition juive conservés par 
les Arabes. Comme auteur de cette tradition on désigne tout 
d'abord Mohamed ibn Ishâq, le même qui semble avoir aussi 
introduit la version canonique syriaque dans la littérature arabe, 
puis Wahb. ibn Munabbih, maître estimé des traditions juives. 
S'il faut identifier Nâsiyath ibn 'Anoûç avec un roi pieux, contem- 
porain de Jérémie, on ne peut choisir que Josias 2 . La descrip- 
tion du roi cruel, qui ne connaît pas la pitié, peut, à la rigueur, 
se retrouver aussi chez Jérémie (par exemple, vi, 23); elle est, 
d'ailleurs, si vague qu'on ne doit pas rechercher les rapproche- 
ments. Mais le deuil et la prière avec lesquels Jérémie accueille 
la nouvelle funeste rappellent déjà l'Apocalypse de Baruch. 
N'insistons pas sur les habits déchirés, les têtes couvertes de 
cendre. Mais il semble plus important de noter que Jérémie 
veut détourner Dieu de sa résolution. Dans les Paralipomena 
Jeremiœ (ni, 4), Dieu ne permet pas aux anges de s'attaquer 
à la ville avant qu'il ait achevé ses pourparlers avec Jérémie. 
Le récit arabe, d'une heureuse invention, fait prononcer le 
jugement par Jérémie lui-même, ce qui rappelle le procédé dont 
use le prophète Nathan pour que David blâme lui-même le crime 
commis contre Urie (II Sam., xn). C'est par la foudre que les 
portes du temple sont écrasées. Dans les Paralipomena, Jérémie 

1 Damîri, Hajâth al-hajvân, Boulaq, 1284, I, p. 301-304, s. v. 1^. 

2 <*x*jli de *^*>*S? s'explique aisément; Jatublique chez Tha'labi, par exemple, 

b'appjlle d'ordinaire ^V**" ? pour tirer (Jpj^' de 'p'fttf, il faut supposer une série 
d'altérations graphiques ou bien une contusion avec VT73N, père dlsaïe. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est tourmenté par le souci que les Chaldéens ne s'enorgueillis- 
sent de s'être emparés de la sainte ville. Ce souei est dissipé : Dieu 
ouvre lui-même les portes de la ville (i, 5-8). Pareillement dans 
l'Apocalypse syriaque de Baruch (ch. vu), les anges sont obligés 
de détruire la ville jusqu'aux fondements afin que l'ennemi ne 
s'en vante pas. 

Les trois peines, infligées chacune à un tiers d'Israël, ont leur pa- 
rallèle dans Ezéchiel (v, 12). De même la résurrection de l'âne rap- 
pelle celle des os dans la vision d'Ézéchiel (ch. xxxvn). Le nombre 
de six cent mille est familier à l'aggada et même à la halacha. 

Le point essentiel du récit, c'est le sommeil centenaire de 
Jérémie remplaçant celui d'Abimélech. Les figues, qui reviennent 
dans toutes les versions arabes, rappellent un peu le figuier 
d'Onias, mais beaucoup mieux les fruits cueillis par Abimélech. 
Mais d'où viennent les raisins, qui ne manquent dans aucune 
rédaction arabe de cette légende? Damîri, entre des hypothèses 
nombreuses, suppose « une ville des raisins »*, comme lieu de 
l'événement. Peut-être est-ce un vestige de la vigne d'Agrippa, 
où Abimélech est envoyé par Jérémie (ni, 10). Ce trait ne passait 
pas pour insignifiant, puisqu'une allusion est faite à cette localité 
et à cet événement dans l'introduction de l'Apocalypse grecque de 
Baruch. Relevons encore que les cent ans de sommeil se décom- 
posent en soixante-dix ans de l'exil, plus trente ans de la prospé- 
rité croissante. Cette donnée rapproche encore davantage le som- 
meil centenaire de Jérémie du sommeil de soixante-six ans d'Abi- 
mélech ou de celui d'Onias, qui dure justement soixante-dix ans *. 
Le moustique qui tue Nabuchodonosor ne forme peut-être 
qu'un élément postérieur et étranger au fond de la légende. Ce 
genre de supplice auquel l'aggada condamne l'empereur Titus 3 
semble avoir fasciné l'imagination arabe. C'est ainsi que l'intro- 
duction aggadique du roman d'Antar fait périr Nemrod par un 
moustique qui le tourmente durant quarante jours 4 . La légende 
persane fait subir à Nemrod la même peine 5 . Il y a même une 
trace légère d'un châtiment pareil jusque dans l'histoire de l'em- 
pereur Décius et des Sept Dormants 6 . 

1 c-vÂxJi Jl)%5i à 2 parasanges de Jérusalem, ii., p. 302. 

2 Reudel Harns (p. 41) a constaté ce rapprochement pour une variante de la légende 
cTEzra qui se trouve dans la Bibliothèque orientale d'Herbelot. 

1 Guittin,$§b. 

4 Antar, Le Caire, 1291, I, 77, 79, éd. de 1306, I, p. 33, 34. Voir aussi Annales de 
Tabari, éd. de Goeje, II, 669. 

5 John Kocl), Die Siebcnzchlâferlcqende, p. 151 ; Bâcher dans la Monatsschri'f, 
XIX (1870), p. 72 ; Israël Lévi, Revue, XV, p. 62 et s. 

6 Koch, L c, p. 146,151. 



LA LEGENDE DES SEPT DORMANTS 213 

Mais les autres traits par eux-mêmes suffisent à rendre pro- 
bable que Wahb ibn Mounabbih ou bien Mohamed ibnlshàq nous 
a gardé aussi un apocryphe juif. 



Les Sept Dormants. 

Une branche tardive de la légende des Sept Dormants offre 
les soixante-dix ans de la tradition juive. L'abbé anglais Ail- 
redus, Ealredus, raconte que le roi Edouard le Confesseur, assis 
à sa table, manifeste subitement une joie produite par une vision 
étrange : il voit que les Sept Dormants, après avoir été couchés 
soixante-dix années sur le côté gauche, se retournent vers la 
droite ». 

Le récit du Talmud babylonien tient une place à part : il veut 
expliquer ou le verset du Psaume ou bien l'absence d'Onias. Au 
contraire, l'Onias du Talmud palestinien, Abimélech, Esdras ou 
Jérémie, dorment pour qu'ils soient sauvés de l'exil. Il est évident 
que les Sept Dormants, préservés par leur sommeil de la mort, 
se rapprochent davantage du dernier type. 

M. Gaster va jusqu'à déclarer que les Reliqua rerborum Barnch 
sont la forme la plus ancienne de la légende des Sept Dormants 2 . 
Cette conjecture est quelque peu hardie. Mais nous pensons que 
le texte syriaque (cette version n'est pas la primitive, mais elle a 
eu le plus de vogue et le plus d'imitations) s'est immédiatement 
inspirée du livre des Restes de Jérémie. Mettons en face la 
description du trouble d'Abimélech et celle de l'embarras de 
Jamblique : 

« Abimélech entra à Jérusalem et ne reconnut pas la ville, 
ni les maisons, ni le lieu, ni sa parenté ; il dit : loué soit le Sei- 
gneur, je suis accablé d'un grand trouble. Ce n'est pas la ville, 
je me suis égaré, en suivant le chemin de la montagne ; ma 
tête est encore lourde, je n'ai pas assez dormi, j'ai perdu mon 
chemin. Il sera étrange d'avouer à Jérémie que je me suis 
égaré. Il sortit doue de la ville. Après réflexion il reconnut 
les limites de la ville et s'écria : c'est pourtant la ville, mais je 
me suis égaré. Il retourna de nouveau à la ville, chercha, mais 
n'y trouva personne des siens. Il répéta : Loué soit le Seigneur, 
un profond trouble m'a saisi. Il sortit de nouveau de la ville. Il 

1 A. S., juillet, VI, p. 379 (18). 

* Dans Grœber. Grundriss de.r Romanischen Philologie, II Bd., 3 Abth., Stras- 
bourg, 1901, p. 399, 400; les bibliographies de ce livre apocryphe sont à compléter 
par les données de Gaster. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pesta affligé, ne sachant pas où se tourner. Il se débarrassa du 
panier en se disant : je m'assoierai jusqu'à ce que le Seigneur me 
délivre de ce trouble. S'étant assis, il aperçut un vieillard venant 
des champs, et Abimélech s'adressa à lui: Je te demande, vieil- 
lard, quelle est cette ville ? Celui-ci répondit : C'est Jérusalem. 
Abimélerli demanda encore : Où sont Jérémie le prêtre et Baruch 
le lecteur, puisque je ne les trouve pas? Le vieillard répondit : 
N'es-tu pas de cette ville, te souvenant aujourd'hui de Jérémie, 
après tant d'années? 1 » 

Écoutons le texte syriaque : Aux yeux de Jamblique la ville pa- 
rut changée, avec des édifices qu'il n'avait jamais vus. Il allait çà 
et là, semblable à quelqu'un saisi de vertige. Il recueillit ses 
pensées, toucha son corps de ses mains et dit : vraiment c'est un 
songe... Il eut encore plus peur, se troubla dans ses pensées, 
s'arrêta et se dit à lui-même : que veut dire cela? je n'en sais 
rien; hier soir personne n'a osé parler publiquement au nom du 
Christ, et ce matin il est dans la bouche de tout le monde. Il 
pensa : peut-être n'est-ce pas la ville d'Éphèse, puisque les édifices 
sont changés et que la langue semble autre; et pourtant je ne 
connais pas près d'ici d'autre ville. Étonné, il rencontra un jeune 
homme et lui demanda : Jeune homme, je te prie, quel est le nom 
de cette ville? L'homme répondit : elle s'appelle Éphèse. Stupéfait, 
Jamblique se dit : Je suis peut-être atteint de quelque mal, mes 
pensées sont confondues, je me hâterai de sortir de cette ville, 
afin que je ne m'égare ni ne me perde ; un vertige m'a saisi -. 

N'est-on pas frappe de cette ressemblance? Abimélech et Jam- 
blique ne reconnaissent pas la ville ; ils se croient tous deux 
égarés; ils ont peur d'avoir perdu la raison; ils se hâtent de 
sortir de la ville étrange ; il* rencontrent quelqu'un qui leur 
nomme la ville. Mais nous n'en avons pas fini avec les rappro- 
chements à faire entre les récits : Abimélech surprend le vieil- 
lard désirant avoir des nouvelles de Jérémie et de Baruch ; de 
même Jamblique va étonner ses interlocuteurs en demandant ; 
où est l'empereur Décius ? 

En ces points l'influence littéraire de la légende d'Abimélech 
paraît hors de doute. Le trait fondamental : le long sommeil 
qui doit sauver le dormant, est commun à la légende d'Onias du 
Talmud palestinien, à celles d'Abiniélech, d'Ezra, de Jérémie et 
à celle des Sept Dormants. 

» Parai. Jer., v, 7-20. 

a Acta Martyrum, éd. Bedjau, I, p. 316, 317. 



LA LÉGENDE DES SEPT DORMANTS 215 



Tendances de la légende des Sept Dormants. 

Les tendances de la légende n'ont pas été beaucoup discutées. 
Elles sont trop évidentes pour qu'on s'y trompe. Scbauer a néan- 
moins prétendu que la légende vise à montrer l'Église triomphant 
du paganisme '. Toutes les versions des Sept Dormants servent à 
prouver la résurrection des morts. Ce but primitif ne s'efface nul- 
lement, il se modifie presque partout. Chez Jacob de Saroug les 
sept saints ressuscites déclarent à l'empereur Théodose II que 
c'est en sa faveur que Dieu les a éveillés, afin qu'il eût un 
exemple de résurrection sous les yeux. Grégoire de Tours, dans 
la version abrégée déjà, voit dans le miracle la réfutation d'une 
hérésie : « surrexit hereses (sic) immunda Sadduceorum, qui 
negant resurrectionem futuram » 2 . La rédaction conservée dans 
la Passio nous apprend que les évoques Théodore et Gains se 
mirent à la tête des hérétiques et essayèrent même de gagner 
l'empereur à leur erreur ; Théodose, affligé, suppliait Dieu de lui 
révéler la vérité par un signe. Maximinianus, ressuscité, l'assure 
que c'est pour corroborer sa foi que Dieu les a éveillés 3 . 

Le texte syriaque en sait plus long encore. Théodore, évêque 
de Gallus, était le chef de l'hérésie, qui était de deux sortes : les 
uns niaient la résurrection purement et simplement, les autres ne 
l'accordaient qu'à l'âme, tandis que le corps resterait dans sa 
pourriture. Une variante de cette même version, conservée dans 
les Anecdota si/riaca de Land, offre des subtilités plus com- 
pliquées : le corps se décompose en ses éléments, ces éléments se 
recomposent en un fantôme 4 . La version éthiopienne va encore 
plus loin : elle ajoute une troisième hérésie niant la vie éternelle 
et le châtiment -\ Dans la légende arménienne les hérétiques 
déclarent que la résurrection a déjà eu lieu G . 

Voilà comment les versions postérieures renchérissent sur les 
précédentes. C'est parce qu'elles luttent contre une difficulté 
qu'elles n'avouent pas. Le cardinal Baronius (1538-1607) l'a senti. 
Il combat l'authenticité historique de la légende par de nom- 
breuses raisons. 11 s'étonne aussi qu'il n'y ait aucune trace de cette 

1 Jûd. Zeitschrift, V, 43. 

1 Script ores Rerum Merovinqicarum, I, 551 (11-13). 
3 Ibid., I, 850. 

*• Cité par Uyssel, dans Herrigs Archiv, 93, p. 262, note 6. 
8 Chez Guidi, dans les Atti, 3° série, XII e vol., Rome, 1884, p. 422. 
6 L. c. dans la 2 e version arménienne, p. 43S ; la même doctrine est déjà combattue 
dans la II e épitre a Timothée, n, 18. 



216 REVUE DES ETUDES JUIVES 

prétendue hérésie dans les conciles de ce temps '. Comment une 
doctrine partagée et proclamée par des évêqnes pourrait-elle nier 
la résurrection ? Seules les hérésies non reconnues par l'Église 
primitive la niaient, par exemple les gnostiques, les dosithéens' 2 . 
L'Église officielle ne pouvait admettre aucun doute sur un dogme 
posé définitivement dans l'Évangile et dans les Épîtres. Aussi 
Jacob de Saroug ne parle-t-il d'aucune controverse. L'original 
que Grégoire avait sous les yeux a recours aux Sadducéens. Sur 
ce point il y a peu de parallèles. Une hymne copte nomme aussi 
les Sadducéens 3 . Dans une rédaction dramatisée de la légende 
due au chanoine Alexandre Luzon de Millares, une mégère appa- 
raît suivie des âmes des Sadducéens, pour entraîner l'évoque 
d'Égine à nier la résurrection 4 . 

Il est évident que les versions de la légende sont embarrassées 
d'en expliquer la nécessité. A quoi bon un miracle qui ne prouve 
que ce qui est prêché par Jésus et ses apôtres ? 



Origine de la légende. 

Autant la tendance de la légende semble incontestable, autant 
son origine est douteuse. Erwin Rohde a émis à cet égard une 
hypothèse plus dogmatique que convaincante : à Éphèse existait 
déjà aux temps païens une légende pareille à celle des Dormants 
de Sardes ; interprétée dans un sens chrétien, cette légende au- 
rait produit celle des Sept Dormants 5 . Suivant ce renseignement, 
Koch a réuni les traditions locales d'Éphèse et a dressé, à l'aide 
d'éléments phéniciens, grecs et chrétiens, une théorie compliquée 
dont l'échec complet a déjà été constaté par Noldeke et Ryssel 6 . 

Noldeke et Ryssel voient dans le texte syriaque le texte origi- 
nal ; les hérétiques, dans cette version, nient la résurrection de 
la chair ; donc, concluent-ils, la légende a été amenée par une 

1 Baronius, Martyrologium Romannm, Anvers, 1613, p. 312. 

* Hilgenf'eld, Die Ketzergeschichts des Urchristenthums, Leipzig, 1884, Index, s. v. 
Anferstehung. 

3 Guidi, dans Atti, p. 353; la traduction arabe de cette hymne présente le mot 
iXâibi- ce qui peut désigner n'importe quelle hérésie. 

* Koch, Siebenschlàferlegende, p. 179. 

5 Die sardische Sage von den Neunschlâfern, dans Rheinisches Muséum, Neue Folge, 
XXXV, p. 163. 

6 Noldeke, dans G. G. A., 1886, 455; Ryssel, dans Herrigs Archiv, 93, p. 244, 
note 8. Ils ne tirent aucune conclusion du fait que la légende a pour théâtre Ephèse; 
en elfet, Éphèse, Décius, Théodose (soit le 1 er , soit le II e ) n'ont pas plus besoin 
d'explication que, par exemple, Tibérias, Titus, Josias dans une légende aggadique. 



LA LEGENDE DES SEPT DORMANTS 217 

pareille hérésie '. Mais Jacob de Saroug n'en sait rien, ni Grégoire 
de Tours non plus. On a démontré, il est vrai, que c'est l'habitude 
de Jacob d'ajouter et de retrancher. Mais une telle omission ne 
pourrait être ni justifiée ni comprise. Il peut passer sous silence 
la légende entière, il n'aurait aucune raison de la priver de sa 
tendance morale anti-hérétique. Et Grégoire de Tours non plus 
n'aurait pas négligé ce détail si essentiel. C'est une preuve de plus 
que le texte syriaque n'est qu'une formation secondaire qui a 
ajouté, avec beaucoup d'autres éléments, le schisme dogma- 
tique. 

N'insistons pas trop sur ce que Grégoire ou son original sy- 
riaque donne à la légende une pointe antisadducéenne. Peut-être 
ne connaît-il les Sadducéens que par le Nouveau Testament 2 . 
Mais en tout cas, un tel miracle convient mieux à une aggada 
pharisienne qu'à une histoire chrétienne. Jacob de Saroug fait 
penser aussi à autre chose qu'au christianisme : ce roi David, 
comme Deus ex machina, ce jeune homme de douze ans, peut- 
être même ces sophistes s'expliquent le plus facilement par 
une légende juive. Parmi les éléments constitutifs de la lé- 
gende il n'y en a guère qui ne trouvent leur pendant dans 
Taggada. Notons en particulier certains traits profondément 
âggadiques, à savoir que les morts ressuscitent avec leurs vête- 
ments et que la résurrection se compare au développement de 
l'embryon. 

Nous sommes loin de reprendre la thèse de Schauer, qui iden- 
tifie la légende des Sept Dormants avec celle d'Onias. Mais nous 
signalons derrière le décor chrétien le fond juif. 

Nous ne sommes pas en peine d'analogies. Aujourd'hui on croit 
généralement que sous le nom de saint Josaphat, « c'est le Boud- 
dha qui est entré dans le martyrologe de l'Église orthodoxe et de 
l'Église catholique ». Faut-il prouver que l'Église était plus tolé- 
rante encore pour le judaïsme? Les apocryphes, même ceux qui 
ont une empreinte si nettement pharisienne, comme par exemple 
le livre de Judith ou le martyre du vieil Eléazar, qui préfère la 
mort à la viande de porc, nous ont été conservés par l'Eglise. 
La légende d'Abimëlech, parallèle si instructif de celle d'Onias 
et source probable des récits du Talmud palestinien sur ce per- 
sonnage, nous la devons à l'Église. 

Mais il semble beaucoup plus concluant de faire ressortir l'ana- 
logie de la légende des Sept Dormants avec celle des Sept Frères 

1 G.G.A.,p. 454; Herrigs Archiv, 93, p. 244, note 7. 

2 Mathieu, xxn, 23 ; Marc, xn, 18; Luc, xx, 27 ; Actes, iv, 2; xxm, 6. 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dits Macchabées 1 . Cette analogie s'aperçoit dans les phases de 
son évolution. D'abord c'est une mère anonyme avec ses sept 
curants. Puis la mère est nommée : c'est Miriam fille de Tanhoum*. 
Le roi Antiochus devient un empereur cruel, puis l'empereur Ha- 
drien. La légende chrétienne connaît déjà les noms des sept fils 3 ; 
elle fait élever au-dessus de leur corps la basilique d'Antioche 
et fait fonder en leur honneur plusieurs autres églises. — Pour 
les Sept Dormants la phase de l'anonymat nous est inconnue. Ils 
deviennent des Frères chez Grégoire de Tours. Leur controverse 
avec Décius se prolonge de version en version, comme celle des 
Macchabées avec Antiochus. Chez Jacob de Saroug, Jamblique, le 
plus important des saints d'Ephèse, n'a que douze ans. Le plus jeune 
des sept frères dits Macchabées, qui dispose d'un arsenal inépui- 
sable d'arguments monothéistes, n'est pas encore sevré; il n'est 
âgé que de deux ans, six mois, six heures et demie 4 . Si les Mac- 
chabées ont leur basilique à Antioche, les Dormants ont la leur â 
Éphèse. Mais le comble de la ressemblance est atteint dans une 
poésie judéo- persane où Antiochus est remplacé par Décius 
(Dequiyanous) 5 . Voilà la fusion des deux légendes. Si la tradi- 
tion des sept frères Macchabées ne s'était pas fixée de bonne heure 
dans les apocryphes, la légende postérieure n'aurait pas hésité à 
les transformer en martyrs chrétiens. Alors l'analogie aurait été 
parfaite. 

Terminons et résumons notre discussion : s'il est devenu évi- 
dent que les légendes arabes d'Rzra et de Jérémie nous ont 
conservé des apocryphes juifs perdus, — il est, d'autre part, pro- 
bable que la légende des Sept Dormants représente une tradition 
aggadique submergée dans le flot des temps, reparaissant dans la 
légende chrétienne et développée par l'islamisme. 

Budapest. 

Bernard Heller. 



1 Voir l'étude pleine de verve de M. Bâcher dans l'Annuaire de la Société israélite 
hongroise de littérature, 1901, p. 18. Les Acta Martyrum et Sanctorum de Bedjan, 
III, 1)79-681 ont aussi emprunté à la Bible syriaque la martyrologie intitulée Nrmï-îO 
fcOîlO ÏT3311 "^ 3 T 73 123 "^rPlEn, un indice de plus que ">3T731I3 = hasinonéen. 

* Baronius, Martyrologium Romannm, p. 321, l'appelle Salomona. 
3 Loc. cit. 

* D'après Echa r., sur i, 16 ; d'ailleurs e^st un trait général de la légende d'agran- 
dir le miracle en l'attachant à un enfant. 

3 Bâcher, Zur jiïdisch-persischen Litteratur, dans Jetvish Quarterly Review, XVI 
1904), p. 529. 



MÉLANGES JUDÉO-ARABES 4 



XVIII 

A PROPOS DE L'ARTIFICE DANS LE SERMENT. 

Eluder malicieusement un serment en respectant la forme, alors 
qu'au fond on joue adroitement sur les mots, voilà un genre lar- 
gement représenté dans la littérature de tous les pays et de tous 
les temps 2 . C'est aussi un thème fort répandu dans le folk-lore. 
« Le faux serment » est une des rubriques constantes de la Revue 
des Traditions populaires. Il occupe également une large place 
dans les littératures juridiques, avec les réserves, les fictions de 
formes, etc. Je voudrais citer, à titre d'exemple, dans ces Mé- 
langes, un des textes que j'ai réunis sur ce sujet. Dans les Consul- 
tations des Gueonim (éd. Harkavy, n° 179), la auestion suivante 
est adressée, de Kairaouan, à R. Haï : Ruben a juré de ne pas parler 
à Siméon... Or, il arrive que tous deux se trouvent seuls dans une 
chambre. Siméon pose des questions sur des choses qui l'inté- 
ressent, et Ruben parle dans la direction du mur, de sorte que 
Siméon (à qui il n'a pas directement adressé la parole) reçoit une 
réponse à sa question. Ruben a-t-il (par cet entretien indirect) 
violé son serment? ftaWYi "ronit baïui ïWttn ûia ûid faiû û'Wdi 
t^sb in T)M2 «3ia "p^ro inawi yaTû T'tfttïtfi brrorr ^sb^ -oto). 
La question ainsi posée est résolue principalement du point de 
vue de « l'intention ». Mais ce qui nous intéresse, ce ne sont pas 
les détails de la réponse, c'est la nature du cas posé : le fait de 
parler dans la direction du mur devait servir à éluder la con- 
trainte imposée par la formule du serment. 

1 Les caractères arabes employés dans cet article viennent de l'Imprimerie natio- 
nale. — Voir Revue, t. XLIII, 1-14; XLIV, 63-72; XLV, 1-12 ; XLV1I, 41-46; 
XLVIII, 179-186. 

1 Voir des contes parallèles à Ry-ft fcTDp dans Steinschneider, Z.D.M.G., XXVII, 
p. 563. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans un récit traditionnel sur les deux: veuves du prophète 
Mahomet, On mm Sali ma et Ayicha, nous trouvons l'épisode sui- 
vant 1 : Dans la bataille qui s'engagea à Çifïin entre 'Alî et Mou- 
'awiya, Ayicha avait pris parti contre le premier et excité par 
là le mécontentement de Oumm Salima, qui, dans son courroux, 
se laissa aller jusqu'à jurer de ne plus lui adresser désormais la 
parole. Comme il était impossible de tenir ce serment, étant don- 
nées les relations des deux femmes, et que, de plus, Ayicha 
donnait des signes de repentir, Oumm Salima se tira d'affaire en 
faisant semblant, chaque fois qu'elle avait quelque chose à dire à 
Ayicha, d'adresser la parole au mur: J^î ^\ JJ Joî ^\ \L\^ L 
« mur, ne fai-je pas dit telle et telle chose ? Ne t'ai je pas dé- 
fendu telle ou telle chose? » Elle continua ces étranges relations 
jusqu'à la fin de sa vie, et Ayicha pouvait rapporter à elle-même 
les discours adressés au mur. 

Dans aucune jurisprudence le domaine des moyens détournés 
(hiyal) n'a été cultivé avec plus de sérieux que dans le droit mu- 
sulman ; il y constitue une manifestation régulière de la subtilité 
légale et est étudié dans des ouvrages pleins de gravité. Je crois 
que, pour le cas qui nous occupe, les talmudistes de Kairaouan ont 
introduit dans leur casuistique halachique un cas de conscience 
courant dans les cercles arabes : la parole adressée au mur. 



XIX 



L HEBREU DANS LA LITTEKATURE MODERNE DE LA THEOLOGIE 
MUSULMANE. 



Les apologistes et les polémistes de l'Islam consacrent, dans 
leurs ouvrages, un chapitre spécial à l'indication des passages bi- 
bliques par lesquels ils démontrent que la mission de leur pro- 
phète a été prédite. Cette tendance n'est pas bornée à l'Islam ortho- 
doxe. Même les sectes attachent un grand prix à faire confirmer 
leur dogme particulier par la Bible des Juifs. Les théologiens des 
Druses ont démontré le caractère divin de leur « Hàkim » à l'aide 
des Prophètes et des Psaumes, qui auraient prédit et célébré cette 
dernières incarnation de Dieu 2 . C'est ainsi qu'un des tout der- 

1 Baihaki, Kitâh al-mahâsin wal-masâwî, éd. Schwally, p. 322, 1. 10 et suiv., 
dans le chapitre de • la Pénitence ». 

2 Gei^er, Jiidische Zeitschrift, XI, pp. 68 et suiv. 



MELANGES JUDEO-ARABES 221 

niers rejetons de l'Islam, la fraction Behaïque de la secte per- 
sane de Bâb , a publié, en 1887-8, une lettre aux Juifs, dans 
laquelle il est démontré, principalement par des citations du livre 
de Daniel, que le successeur de Bâb, Behâ-AUâh, mort en juin 
1892, est le Messie prédit pour la fin des temps '. 

Les apologistes et polémistes plus anciens citent les passages 
bibliques dans une traduction arabe, et y rattachent les inter- 
prétations tendancieuses qu'ils donnent de ces passages. Ça et là, 
on trouve même un mot isolé, hébreu ou syriaque, transcrit en 
lettres arabes 2 . Ce n'est que plus tard qu'apparaissent des textes 
hébreux suivis, en transcription arabe. II est vrai qu'on a dé- 
montré l'existence de textes semblables au x c siècle, dans les ma- 
nuscrits caraïtes du British Muséum décrits par R. Hœrning 3 . 
Mais les transcriptions arabes de textes hébreux suivis ne se 
trouvent pas avec continuité chez les apologistes musulmans. Elles 
apparaissent pour la première fois, à ce que nous voyons, dans la 
littérature musulmane au xn e siècle, dans le Iftiâm al-Yahoûd 
(= trwprr nEbstt 4 ) du renégat juif Samuel b. Yahya al-Maghribi 
(milieu du xn e siècle) 5 , qui trouva ensuite des imitateurs aux 
xm e et xiv° siècles. Ces transcriptions pourraient servir de maté- 
riaux pour la connaissance de la prononciation de l'hébreu dans 
les contrées où ces écrits ont été composés . Mais il faudrait na- 
turellement compter avec les corruptions auxquelles ces trans- 
criptions sont exposées sous la plume de copistes ignorants, de 
même que les variantes des différents manuscrits d'un même texte 
sont une source inquiétante d'incertitudes. 

Mais voici que de notre temps les Musulmans de l'Inde com- 
mencent à donner les citations bibliques en caractères hébreux, 
en indiquant la prononciation par la transcription arabe inter- 
linéaire. J'ai sons les yeux un traité apologétique à tendances 
chiites Zâd Kalil « faible viatique », du théologien chiite mo- 
derne al-Seyyid 'Ali Mouhammed que l'on cite avec des louanges 
immodérées. Cet écrit a été lithographie, en 1290 de l'hég. (1873), 
par l'imprimerie Ithnâ-'aschariyya de Lucknow. Je ne me souviens 
pas de l'avoir vu signalé dans aucune bibliographie ; c'est le sort 

1 E. G. Browne, Catalogue and Description of %1 Babi Manuscripts, dans J.R.A.S., 
1892, p. 70!. 

' Par exemple J-ITJ373 chez lbn Kouteyba (Brockelraanu, dans Beitràge zur semi- 
ttscken Sprachtvissenschaft, 111, p. 54, 1. 7) ; et. Z.D.M.Gr., XXX11, pp. 374-375. 

3 Cf. aussi Poznanski dans les Mélanges Steinschneider , p. 200 eu bas ; Mélanges 
Kaufmann, p. 182, note 4. 

* Fuchs, dans la Revue hébraïque "ipinn, II, p. 22. 

5 Schreiner. dans Monatsschrift, XLU. 

6 Sjhrciner, daus Zeitschr. fur Aittest. W ssensekaft, VI, pp. 2j0 lI suiv. 



2Q2 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

commun à beaucoup d'imprimés indiens '. Dans ce traité, les pas- 
sages bibliques ordinairement invoqués eu faveur de la mission 
de Mahomet sont transcrits en caractères hébreux tant bien que 
mal, ou plutôt d'une manière si imparfaite que parfois, c'est la 
transcription interlinéaire en caractères arabes qui fournit la clef 
de l'énigme Le calligraphe qui a copié le manuscrit pour la litho- 
graphie a immortalisé son nom à la lin du traité, delà manière sui- 
vante : •nDOtf TO ibn îiD*j£ïï to :-Drs. 

Les citations hébraïques reproduites dans l'écriture originale 
sont particulièrement goûtées, dans l'Inde, par le cercle rationa- 
liste moderne, qui, sous la direction du savant Sir Ahmed Khân 
Bahâdour, auteur lui-même d'une longue liste d'ouvrages philo- 
sophiques et théologiques — dont un commentaire du Koran en 
plusieurs volumes, écrit en langue ourdou — poursuit la régé- 
nération de l'Islam par la conciliation de celui-ci avec les exi- 
gences de la science moderne et les conceptions sociales de notre 
temps. Ce mouvement intellectuel a trouvé son expression dans 
une littérature très abondante. En tête vient Sir Seyyid Ahmed 
lui-même avec une foule d'écrits théologiques qui ont paru en plu- 
sieurs volumes sous le titre : Taçâmf Ahmadiyya (j'en possède 
deux, datés de 1883 et 188*7). L'œuvre qui nous intéresse particu- 
lièrement pour son contenu est une étude assez étendue inti- 
tulée : Tabyin aUKalâm fi Tafsir al-Taurât wal-lndjil k a\à mil- 
lai al-Islâm. (Sur l'explication de la Tora et de l'Évangile dans 
le sens de la religion de l'Islam.) L'article publié (t. I, pp. 303-531) 
n'en contient que le début, c'est-à-dire le commentaire de la 
Genèse (Kilab peydâyesch), chap. i-ix. Les passages du Penta- 
teuque y sont toujours cités en langue hébraïque et en transcrip- 
tion arabe. On ne trouve de caractères hébreux que dans le 
deuxième volume, qui contient (pp. 291-300) un article sur Agar 
dans les livres des Juifs, de Moulawi Inâyat Rassoûl. L'auteur 
ne se borne pas à faire des citations bibliques ; il cite aussi le 
Séfer ha-ijaschar et un fragment du Commentaire biblique du 
Raschi (^1^1 ^Xii j^, plus loin ^), en caractères hébreux et 
avec la traduction en arabe et en ourdou. — Le même volume 
contient (pp. 532 -bSl) une étude intitulée : Al-baschdrâl al- 
madhkoûrat fî-l-Taurât wal-lndjil (les prophéties de l'Ancien 
et du Nouveau Testament) ; c'est, comme l'indique le titre, une 
réunion des passages de l'Ancien et du Nouveau Testament appli- 
qués à Mahomet. A la première catégorie de passages, tous 
transcrits en lettres hébraïques, appartient celui du Cantique 

1 CI. Z.D.M.G., LVI, p. xlviii. 



MELANGES JUDEO-ARABES 223 

des Cantiques, iv, 10-16, avec un jeu de mots sur tr-ftjnio "toi. 
Depuis, l'emploi de types hébraïques est devenu constant dans 
les productions littéraires du mouvement néo-musulman dirigé par 
Seyyid Ahmed Bahadour. Au nombre des plus importantes figure 
un périodique scientifique en langue ourdou, intitulé : Tahdhîb 
al-ahhlâh. Mohammedan Social Reformer ; j'ai sous les yeux 
quelques volumes de la « Nouvelle série » qui a commencé à 
paraître en l'an 1311-1312 de l'hégire (1893), à Aligarh, capitale 
intellectuelle de ce mouvement spirituel (un numéro de 16 pages 
in-4°, à deux colonnes, tous les mois). Parmi les nombreux ar- 
ticles théologiques, historiques et sociologiques on trouve aussi 
des recherches relatives à l'Ancien Testament, par exemple, dans 
une étude « sur l'autre vie (ma'âd) d'après la Tora et d'autres 
ouvrages bibliques » par Seyyid Ahmed (t. II, pp. 156-170). Il y a 
là plusieurs pages parsemées de passages bibliques dans le texte 
hébreu, transcrits en arabe avec une passable correction et tra- 
duits et expliqués en ourdou. Dans d'autres articles encore on 
voit souvent des mots hébreux dans l'original. On doit noter que 
le désir de cultiver à l'européenne leur propre science religieuse, 
tout d'abord à l'imitation de leurs modèles protestants anglais, a 
poussé ces théologiens à faire entrer l'Ancien Testament et la 
langue hébraïque dans le cercle de leurs études et à en donner 
une idée claire, dans leurs ouvrages, en reproduisant le texte 
original. 

Mais la culture de l'hébreu, dans l'Inde, a encore été récem- 
ment mise en valeur par un autre cercle, à la vérité des plus 
étranges. Dans ces derniers temps est née dans le Pendjab une 
nouvelle secte dont le prophète est Mirza Ghoulàm Ahmed, de 
Kadhiàn, dans le Pendjab. Il est aujourd'hui âgé de quatre-vingts 
ans environ. Il affirme qu'un tombeau de saint, situé à Srinagar, 
capitale du Cachemire, est le tombeau authentique de Jésus, qui se 
serait enfui de Jérusalem devant ses persécuteurs et se serait 
rendu au fond de l'Orient, où il serait mort. Ahmed serait lui- 
même Jésus « en esprit et en force », apparu pour le septième 
millénaire (ces sortes de sectes ont coutume de cultiver le chi- 
liasme) et en même temps le Mahdi attendu par les Mahométans. 
Il fonde sa doctrine sur un syncrétisme de l'Ancien et du Nou- 
veau Testament, du Koran et du Hadith, et il l'a exposé dans un 
grand nombre d'écrits arabes, ainsi que dans une revue men- 
suelle, Revue of Religions, en anglais, destinée à la propagande. 
(Plus d'un lecteur de la Revue des Études juives a dû recevoir le 
prospectus qui contient le portrait du prophète et une vue du 
tombeau de Jésus dans le Cachemire.) La secte des Ahmadiyyah, 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

comme elle se nomme, compterait déjà aujourd'hui soixante-dix 
mille adhérents, pour qui les miracles opérés par le prophète 
Mirza Ghoulàm Ahmed attestent de sa mission. Ses établis- 
sements religieux comportent aussi l'organisation d'écoles à 
Kadhiân. La langue hébraïque fait partie du plan d'études de ces 
écoles de la nouvelle secte musulmane. « Un trait remarquable 
de ces écoles, dit le Rév. H. D. Griswold de Lahore, est l'encou- 
ragement qui y est donné à l'étude de l'hébreu. L'année dernière 
deux candidats se sont présentés à l'examen d'aptitude avec 
l'hébreu comme l'une des matières; l'un d'eux a bien subi 
l'épreuve. A ma connaissance, la première tentative faite par les 
Musulmans de l'Inde pour s'approprier la connaissance de l'hé- 
breu a été faite par des partisans du prophète de Kadhiân 1 ». 

Mais nous venons de voir que cette tendance s'était déjà mon- 
trée auparavant dans les cercles modernes de la théologie musul- 
mane de l'Inde. 



XX 

YOUSOUF AL-BAÇÎR. 

Un des t'crits composés par le théologien caraïte Aboie Ya'qoûh 
Yousoûf al-Baçir et énumérés dans la Jcwish. Encyclopedia, 
t. VU, p. 255, porte le titre suivant : *iï"!NTDbfia bNbnnofcON rinx 
n^fcttbN "îb*. Ce titre a été traduit par P. -F. Frankl 2 à peu près mot 
à mot, mais expliqué d'une manière inexacte. M. Steinschneider 3 
dit qu'il n'ose pas le traduire. L'auteur de l'article de l'Encyclo- 
pédie, qui a, d'ailleurs, fort mal transcrit le titre (il a mis Shalid 
pour SUâhid, en ajou!ant entre parenthèses une variante énig- 
matique : S/iahr, et Ghaib pour Gfiâ'<b), suppose que le livre con- 
tenait « les preuves de l'existence d'un Créateur ». Mais, comme 
nous le verrons, c'est restreindre la portée très vaste que pos- 
sède ce terme général de la logique et avec laquelle il est employé 
également chez Al-Baçir. Nous voudrions, ici, dissiper l'obscurité 
répandue sur un terme très courant de la dialectique, en faisant 
ressortir spécialement la signification du titre de l'ouvrage d'Al- 
Baçir et la méthode de cet écrivain. 

1 Mirza Ghulam Ahmed, the Mthdi Messiah of Qadian, published by the American 
Tract, Society, Lodiana, 1902, p. 23. 

?t Ein mu'tazilitischer Kalâm ans dem X. Jahrhundert (Académie de Vienue, 
1872), p. 10, note 5. 

3 Arabische Lxtteratur der Juden, p. 90, n. 5. 



MELANGES JUDÈO-AHABES 225 

Parmi les procédés de démonstration considérés comme défec- 
tueux, mais admissibles cependant dans certaines conditions, on 
mentionne celui qui consiste à conclure des notions acquises par 
l'expérience d'objets présents (al-schâhid) pour reporter ces no- 
tions sur des objets qui appartiennent à la même catégorie, mais 
soustraits à notre expérience immédiate (absents, al-ghâ'ib). Les 
penseurs ne sont naturellement pas d'accord sur le degré d'admis- 
sibilité de ce genre d'induction dont la certitude est si probléma- 
tique. Les « frères de la pureté » [ïkhwân al-çafâ) les rangent 
dans une liste de démonstrations analogues, en observant que 
leur admissibilité dépend de la force intellectuelle, de la pénétra- 
tion de l'esprit, de l'aptitude aux spéculations subtiles, et même 
de la hardiesse et de l'habileté chicanière de ceux qui discutent 
ensemble. L'emploi de ces démonstrations objectives est donc 
réglé par des considérations subjectives, et l'on ne peut pas leur 
reconnaître de valeur absolue *. 

Saadia — pour rester sur le terrain du judaïsme — les juge 
très sévèrement. Il dit que c'est une des vaines argumentations 
des Dahriyya, identifiés par lui avec les fia vitt 2 . C'est à peu 
près la même sorte d'argument par analogie que Maïmonide re- 
jette, en la citant comme l'un des points de vue des Motahallimoun 
dans leur démonstration de la création du monde (dbwi œnn) 3 . 

Nous voyons par l'exemple de Saadia que, même dans le cercle 
du Kalâm, l'autorité de la conclusion bi-l-schâhid 'ala-l-ghâHb 
était exposée à être énergiquement repoussée. C'est la position 
tout à fait contraire que prend dans cette question le Garaïte 
mou'tazilite Yoûsouf al-Baçîr. Nous le voyons suivre ici le Mou ç - 
tazilite musulman Ibn Mattaw yhi, dont l'œuvre lui a servi de 
règle, comme Schreiner l'a montré. Dans l'extrait que Ibn Matta- 
weyhi a fait du système dogmatique du kadi Ibn-al-Djabbâr, un 
chapitre spécial porte le titre : ^b* Tmîbin babnnsNba naro 
:ri«bK 4 . Nous reviendrons plus loin sur les relations entre l'écri- 
vain juif et l'auteur musulman. 

Pour Yoûsouf al-Baçîr, cette forme de démonstration est une 

1 Rasait ikhrvân al-çafâ, éd. Bombay, IV, p. 68, 1. 5 et suiv. 

» Commentaire sur le Séfer Yeçira, éd. Lambert, p. 2, 1. 4 d'en bas : Ûfïb ÊOdSn 

lïiwabN ->by n^fcubN o^ps nïn aibNpD ribuan fcûân. 

3 Dalâlat, I, ch. 74, première et deuxième méthode (éd. Munk, I, p. fTp a). 
C'est à peu près ce qui, dans le passage précité des Basait, est désigné par ÛSTlbN 
NÛîÔN N"lpnDN3 bDbtf "b?, et qui, dans la traduction hébraïque du *yiN3 
ÏVwlîTïl mbW de Maïmonide (ch. vu), est nommé b^STttl Wpïl = finpDON ;■ 
cf. la Logique d'Ibn Sinà chez Schahrastânî, p. 357, 1. 4. 

4 Dans la table des matières chez Schreiner, Studien ûber Jeschu'a ben Jehuda (Ber- 
lin, 1900), p. 23, dernière ligne. 

T. XLIX, n° 98 15 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des bases de toutes les questions dogmatiques « sans lesquelles la 
dialectique est tout à fait caduque ». C'est pourquoi, vu l'impor- 
tance fondamentale de la question, il a traité en détail la démons- 
tration de l'invisible par le visible et l'a défendue contre ses 
adversaires : Nb^N "H8 ^b* bine: in fiap db ^fWa bp »db nin rrfi p 
bNbnnoNbN aNro ^d Nrrnt»» ^bn TÂfi Ntt ^br bNb-jnoNbN Uby buabi 
d^Nab» ^ iriNttîbNd 2 : « Sache, dit-il, en considérant la chose par 
son coté négatif, que, lorsqu'une indication s'applique à un objet 
dans le domaine de l'expérience visible, elle doit s'appliquer à 
l'objet partout où il se trouve. Car, si, dans certains cas, elle 
n'était pas probante, cela ferait douter de l'objet qu'elle indique, 
et l'on ne pourrait accorder sa confiance à l'indication d'aucune 
façon. Par exemple, si nous doutons de l'un des récits de Zeid, 
parce que son récit n'est pas une preuve, nous sommes obligés 
de douter de ses autres récits. Au contraire, puisqu'un des récits 
du prophète est probant, tous les autres doivent l'être égale- 
ment. » 

nï-ts-d aifins n»N ^y nriNttbN ^s nb^i n'în ftbHblbN "jn db^Nn 
ta 3>ktn?3bN yyi ->e> tt-rrun in hli yn nw kb^n fpb* hWïi 

ïrfmbN yn rai ib* Nm ïïpnbN ïfr dbi rrb* nîn n73"»d ^5^ îibNl 

ïïbNbi i-ha5 p^ db r^Tab tt "iNddN yva id s^r^u: in -nn B«*bN 

ïrb* inaba HN3DN yvn *jN3 Ntt'm mNdDN -pnd ^d ^usbN N3NÈnpN 

.•ftSia rs-iNndN -pno yid nii ribNbï dbobN 

Il n'y a presque pas de chapitre de dogmatique contenu dans 
le Kitab al-monhtawi * où ce genre de raisonnement ne soit 
employé et n'influe sur les conceptions dogmatiques. 

Une grande importance lui est attribuée là où il s'agit de for- 
muler la doctrine des attributs de Dieu. Les gens du Kalâm, 
comme on sait, ont tenu beaucoup, conformément au dogme de la 
création en opposition avec les péripatéticiens, à nommer Dieu le 
« créateur, facteur (fa il)* ». Ce qu'il faut entendre par failew 
parlant de Dieu ne peut, d'après Al-Baçîr, s'expliquer que par 
l'acception que prend ce mot dans le domaine de l'expérience : 



1 Ms. : ûbN N3N. 

* Al-Kitâb al mouhtawî, f° 58 *, dans le chapitre sur la volonté. 

s Ibid., f« 13*. 

4 Nous empruntons les extraits de l'original arabe du Se fier Ne % 1moth au seul ma- 
nuscrit existant de ce livre qui appartient à la bibliothèque de mon ami regretté 
David Kaufmann, et que, grâce à l'obligeance de sa veuve, j'ai eu à ma disposition. 

5 Maïmonide, Dalâlat, I, ch. lxix, comm. (éd. Munk, I, p. HD *, 1. 1). 



MÉLANGES JUDEO-AHABES 227 

Tn&tiûb&t ihy KOtt?p toi». rrauba* ^ bj>a<Dba< fa* 1 . C'est aussi seule- 
ment d'après cette méthode que l'on peut, selon lui, déterminer 
le sens de « parole de Dieu ». C'est une production de discours 
dus à Dieu. Les vraies significations des attributs ne peuvent pas 
différer les unes des autres. A ce qui n'est pas dans le domaine de 
l'expérience immédiate s'applique toujours ce qui est admis pour 
ce qui se trouve dans ce domaine. Il n'y a sous ce rapport, par 
exemple, aucune différence entre des pays divers. En Syrie, la 
nature de l'être « pouvant » consiste en ce que l'être dont l'acte 
est réel possède spécialement une faculté qui le rend réel. 
Il doit en être de même pour les gens de l'Irak. Par contre, on ne 
peut donner cet attribut, si Ton parle en arabe, à des minéraux 
ou à des êtres sans force. Mais nous devons nommer Dieu « le 
pouvant », parce que nous savons que l'acte est accompli par lui 
d'une manière qui correspond à cette désignation. Ce qui est vrai 
des concepts l'est aussi des phénomènes démonstratifs. Ceux-ci ne 
peuvent être dans l'état invisible différents de ce qu'ils sont à 
l'état visible. Si une action bien réglée prouve à Bagdad que son 
auteur est un savant, elle doit le prouver aussi à Bassora. De 
même, l'action bien ordonnée de Dieu prouve que l'attribut de 
savant lui revient aussi bien qu'une telle action chez Zeid est 
une preuve que Zeid est un savant. On doit raisonner de même 
pour l'attribut de « parlant ». 
Le texte lui-même est bien plus explicite que notre analyse : 

innïii ))2 î-pûNbs hnn Toi daôdban ■ôattfn ïiBati la* ""b nao 

1 Al-Motihtawi, l'o 99 b, cf. f° 101 * : 

Triara ûbjyba* -jn nanni^ba* daona* jft n«rb»N n» ^d awra ipi 
db irta^bN ïd ftbyaîS rarn ûb "j^d fifinrnfcbfc 3*ttib bsa* byssbs 
.babinoNba* diby y-ps ^bi *>ôi a*b£a* nann-ittba* *jtt ">iû naanat nb rttf 

Ici l'auteur se réfère à des leçons (^bN73N) qu'il a dictées sur des questions spéciales. 
Eu particulier il mentionne une fois son élève Abou Ghâlib Thâbit^ à qui il a dicté 
une dissertation spéciale sur le parallélisme entre la « volonté » et la « répugnance », 
d'une part, et, de Pautre, le commandement et la défense (f° 69 b) : ^^baO "IfaaîbaO 

a*» *ej ^bT b^&fi aura ipi nttfirobwi rriônabN ^5^3 mpba* ^ taoïïh 
mdbipbN K53>p*ian ïibba M nnsn absunaK ^ MSi^N. n appelle pour- 
tant aussi le contenu de Mouhtawi lui-même imiâ. Vers la fin de l'ouvrage, où il met 
en comparaison le degré du mérite qu'avaient les Israélites à obéir dans le temps de 
l'indépendance (îïbïlba* bïlN ïï^NU), avec celui qui leur revient maintenant qu'ils 
sont dans la Diaspora (rpbaùba* bïlN ÏTJmp), il fait mine de vouloir finalement 
lui-même trouver douteuse sa théorie et dit qu'il l'a dictée comme la plupart de ses 
autres leçons ex-abrupto, sans discussion préalable : *jNba< ïiaWOÎ NE" 1 S awbl 

mdbH ^by m«3^bîR« np bnbnp J5a daôs î-pû aob là* db wawnaNb TD3 

"•batfaNba* "irON ">D MED"! *by. Également dans son ouvrage sur la loi reli- 
gieuse, il emploie la même expression : b?313 N73 miSttba* "*B NS^blCN "Ipt 



228 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ba rrbnân *{N n;p s*» rjN^NbN p"<Npn "jn tab^N : "pia '^^ ^^i 
V^a taan in t*<7aa nnwobK taan s**î-pb a^sab» taan iia^ }n afn 
np^pn msNa t<»b ^bnbi "janbabN ]n srpa taan i**ït*b iNbnbN 
nat Nïibtab r-is^ra bysba ï-jde m: *j75 yNirnâN aaNiabNn -riNpbN 
irp-p in râi taba tanbNna ^b*î ^a p«n*b« briN bNn lia nii î-tjtd 
rra-irbN ïiAbbaa "j^abaritt am WK*b«i -iNmbN ^b? rpaonb» nin 
ib»*n rroxi aai "p'ïbi t ^5iD'i t-w t^n^a Nnm^D r-!3«a s*<ïïb 
p^NpnbN aaans s-rnrra p b3>abN :npi rottb? î^tTob C|Xibfit snna 
t-aba aifcw s dt nïtNia ^a r|bna"> *{N nip t^b î-i:n 13 HrnNbN tziana 
1 in W»aa t^ba? ï-rb^NS yia *ôy taaanttba b^obN hv in ti;p 
rima ^b* ^baon nni-w 173 taanttbN bypba ^ ^b^bï ïTiatabH 
ribttâbK i""rin rnnah s^aa tabN? x^i^t "jn ">hy nnbNbna 2 ^7obN3> 
r-ia^Di ta^arwN np^pm s^sra t^Ens taNtobN ïttnd nu:2 "jn ^aas^a 
yn ï-ïdxi "<a "p** s-ob^sa nb«b*ib« ïrb? rrn r>i73a ^b-i p ibtuwn 

. 5 tob«3>i -HNp rra«a 

Comme dans les chapitres de métaphysique, il applique aussi 
son principe d'induction dans les « questions de droit». Il s'efforce 
même de désarmer les objections adressées par des adversaires à 
des analogies boiteuses dans ce domaine: selon eux, on dit de Dieu 
qu'il fait le bien en un autre sens que si l'on parle des hommes. Nos 
actes ont pour but de nous procurer ce qui nous est utile et 
d'écarter ce qui nous est nuisible. L'acte de Dieu, au contraire, 
n'a pas pour cause un besoin. Même cette objection que des ad- 
versaires pourraient Taire contre l'analogie du schâhid et du 
ghâib est réfutée par lui à l'aide de la méthode qui lui est parti- 
culière : f<b roiriND irsNUJbb p-iND7: a^awbN taan in ibNp Naî-n 
-ÔN3>n i-rbbNT -ni yam yzn aNbmNb s*-ôn rpapba r**bi "janbN b*D"< 
t]Nbâa -i?2NbNT nriN^bNT awb» "pa ^jbna "pp-ia^a riâNnbb «b cwanbarD"» 
^bN n»*î xi2 *. 

Il fait la même application de sa théorie — pour citer un der- 
nier exemple — au repentir : Dieu doit, dit-il, nécessairement 
accepter la pénitence de celui qui se repent et lui remettre la 
punition des péchés qu'il regrette. Al-Baçîr se fonde là aussi sur 
l'analogie des choses humaines : la façon de procéder pour ac- 
cueillir la pénitence du repentant doit être, sous certaines condi- 
tions, la même. Le repentir de ceux qui ont péché envers Dieu, 
doit avoir le même succès que le repentir de ceux qui demandent 

1 Ms. : abe- 

2 Cf. Yeschoua b. Yehouda, nTH^H 'a, chez Schreiner, l. c, p. [ri, 1. 1 : 

pn^a y m iïtov nvnb -pair baoi»ïi nairnai pirron rvoyn- 

3 Mouhtawi, i° 48*. 

* Ibid., i° 8i) a\ cf. Fraukl, l, c, p. 35 ; hébr., ibid., p. 56. 



MELANGES JUDEO-ARABES 229 

qu'on les absolve des fautes commises envers les hommes. 

Nous avons vu par quelques-uns des exemples apportés ici que 
notre mou'tazilite étend même à Dieu le domaine de la conclusion 
par analogie tirée des choses expérimentales et reportée sur ce qui 
est en dehors d'elles. La divinité, elle aussi, est comprise dans le 
domaine du gliaib que l'on peut connaître à l'aide du schâhid. 
En cela Al-Baçîr est d'accord avec d'autres mou'tazilites '. 

Il y a très peu de questions où Al-Baçîr rejette lui-même l'ap- 
plication de son raisonnement par cette espèce d'induction. Il tient 
surtout à l'écarter du chapitre du talilif, « l'imposition des devoirs 
par Dieu » -. Il consacre à ce problème une dissertation détaillée 
(f° 111 a et suiv.), et il arrive â ce résultat : tpbsnbb hanu fcô rra^ 
nnettûba ^d : « Dans le domaine de l'expérience des sens il n'y a 
rien d'analogue à l'obligation des devoirs imposée par Dieu » 3 . 

Puisque nous parlons d'Al-Baçîr, on nous permettra de recti- 
fier quelques points douteux dans la bibliographie d'Al-Baçîr : 

Comme on l'a vu parla citation ci-dessus p. 227, note 1, il n'a 
pas composé d'écrit « sur,, peut-être contre A bon Ghalib Thà- 
bit » [Jew. Encyclop., I. c, col. 2, 1. 25) 4 . Cet Abou Ghalib était 
son élève, qu'il nomme en lui décernant l'eulogie « Dieu veuille 
le fortifier! » Cette transformation de l'élève en adversaire est 
due à la mauvaise traduction hébraïque de l'original arabe que 
nous avons citée plus haut 5 : nb^ "on hy isans -«dco. — La 
meliçath iqqerê al-Lubad répond à un commentaire que Al-Baçîr 
a écrit sur un ouvrage dogmatique (ouçoûl) du Kâdi musulman 
Abou-Mouhammed al-Labbâd G et qu'il cite aussi en particulier à 
l'occasion de sa dissertation sur la punition divine (3Np3>b«) 7 . La 
prononciation, exacte de son nom, al-Labbâd, a déjà été établie 
par P. -F. Frankl s dans une notice sur le texte original du Monh- 

1 Cf., par exemple, Yeschon'-a b. Yehotida, éd. Schreiner, l. c, p. x, 1. 19 : *\yi2"\ 

^•m irrrbfco û^nbnn D^n^^in pai i^m ■wsion "pa ïTnsttin Yvn 
Kirr — Mtd., p. xni, i. 6 : ira^a -n-ns^ii: ibs-p «bu: (">by ia«) *V2& w 
biEpiD riNon rpbm tors *pna 137373 bnD-> Dœn -o D-)7:Na narnsi irai 

IDnUN "127372. (Pour la traduction ou notera que ÏTnSÏTTI — ar. ■pisb^ /blD* 1 == 

yp^, puis riNsn = n:nbN.) 

* m2£73n bl3% ibid., p. ix, 1. 1. Pour une autre traduction, voir notre n° XVII. 

3 Mouhtawî, 1° 117 ù. 

k Steinschneider, l. c, dit « un écrit sur (contre?) Abou Ghalib ». 

5 Frankl, L c, p. 56, 1. 3 d'en bas. 

6 Mouhtawî, I- 115 b : "JNnbbN bl£K mU) b"lN ">D rWWîna 1?- 

7 Ibid., 1° 139 b : ib* "nDN iibabi aarobN t^lîl -va ^d «a-on *ipi 
naabbN -mni2 las rÏENpbN «mb» nwzîN ip ribabibN rrim ttnaariN 
iibnsN ">s. 

8 Beitrage znr Litteraturgeschichte der Karaer (dans le cinquième Rapport de la 
Lehranstalt fur die Wissenschaft des\Judenthwms, Berlin, 1887), p. 7. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tawî qui paraît avoir échappé à l'auteur de l'article <le la Jewish 
Enct/elopedia. Nous effacerons aussi le point d'interrogation 
accolé à son nom, car son identité est établie à l'aide de l'ouvrage 
de Al-Malidî li-dîn Ahmad ', publié par T.-W. Arnold, Classes 
des MiCtazilah. Son nom complet est : Aboit Mouhaymnad 'Ab- 
dallah b. Sa'îdal-Labbâd (sans doute : confectionneur de la pièce 
de vêtement appelée libda; ce n'est pas le seul exemple d'artisan 
parmi les célèbres MoutaUalllmôun). Il était élève du célèbre 
docteur moutazilite de Bagdad (• Abd-al-Djabbâr al-Hamadâni 
(mort vers 415 = 1024) dont il devint aussi le successeur dans 
l'enseignement public (ombN ^d nns^bi }iO"i). Parmi les livres 
qu'il a composés, notre source nomme son Kitâb al-nukat. 

Nous avons déjà dit que Yoûsouf al-Baçîr a puisé à des sources 
provenant de l'école d"Abd al-Djabbâr. Cette circonstance 
explique aussi son affinité avec al-Labbâd, qui appartenait direc- 
tement à la même école 2 . 

I. GOLDZIHER. 



1 Une partie de l'encyclopédie mentionnée par Schreiner, Yeschu 'a b Yehouda, 
p. 22, note 2. 

8 Qu'il nous soit permis de taire ici une correction, qui ne concerne pas notre 
sujet, à un passage du même volume de la Jeioish Encyclopedia (p. 560 c. 2, 1. 14). 
L'indication •jN^pl dirnn ÎTTin ne peut pas du tout signifier dans cette liste de 
livres « un volume contenant la Tora, le Targoum et le Coran reliés ensemble », 
mais veut dire que ces pièces contiennent « la Tora dans son texte original hébreu 
et dans le Targoum » = &Tlp73l DlJnri. On ne peut se figurer que dans ce milieu 
on ait manié la Tora et le Targoum, réunis au Coran. 



UN COMMENTAIRE BIBLIQUE DE LÉONTIN 

LE MAITRE DE R. GERSCHOM 

(VERS L'AN 1000) 



Les commencements de l'activité intellectuelle des Juifs de 
France et d'Allemagne sont, comme tous les commencements, 
recouverts de ténèbres. Le premier nom qui émerge en pleine 
lumière est celui de Gerschom de Metz, mort en 1028. Ce célèbre 
rabbin nous apprend lui-même 1 , il est vrai, qu'il eut pour 
maître Juda ben Méir Hacohen, alias Léontin * (traduction du 
mot arié, « lion », animal auquel Juda est comparé dans la Bible). 
Mais que sait-on de ce Léontin? Presque rien. On connaît seule- 
ment quelques décisions de lui sur des questions de droit talmu- 
dique ou d'usages religieux. Peut-être est-il aussi l'auteur d'une 
consultation rabbinique envoyée, de concert avec un certain 
Eliézer b. Juda 3 , à la communauté de Troyes 4 . Voilà le bilan des 

1 Consultations de Méir de Rothembourg, éd. Bloch, p. 31. 

a Schaaré Doura, p. 35. Il est appelé Rabbènou Léontin Hacohen dans Schib- 
boullé Haléket, éd. Buber, p. 148 ; R. Lbon dans Ittour, 65 « ; Sir Léontin dans un 
ms. du Schaaré Doura (Zunz, Literaturgeschichte, p. 611); Sir Léon dans la Con- 
sultation précitée de Méir de Rothembourg ; R. Leonte Hacohen dans Hapardes, 
47 a et 49 a (source du passage du Schib. Haléket). Le Juda Hacohen qui, dans 
Orhot Hayyirn, II, p. 307 de l'éd. Schlesinger, adresse une question à R. Calony- 
mos serait le même Léontin d'après l'éditeur et M. Gross, Gallia judaica, p. 224. 

3 Ou plutôt Eliézer b. Isaac, c'est-à-dire Eliézer le Grand, disciple de R. Ger- 
schom. Voir Epstein, Glossen zti Gross' GalUa Judaica, p. 5. 

4 Zunz, Literaturgeschichte der synagogalen Poésie, p. 612, met en doute l'identité 
des deux Juda Hacohen ; M. Gross, ibid., l'admet sans hésitation. C'est en se fon- 
dant sur cette hypothèse que M. Gross, comme ses devanciers, attribue à Léontin la 
France pour patrie. « Comme sa lettre, dit-il p. 300. s'occupe d'une question pure- 
ment locale de la communauté de Troyes, il est à présumer que Juda ben Méir était 
au courant des affaires des Juifs français et, par conséquent, habitait la France. » 
L'argument n'est pas des plus probants, car vers l'an 1000, la Champagne, la Lor- 
raine et l'Allemagne rhénane formaient une seule et même province au point de vue 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

renseignements que la littérature a conservés sur cet ancêtre de 
la culture juive en Occident. On accueillera donc avec empresse- 
ment tout ce qui pourra ajouter un trait à une physionomie aussi 
effacée. Un ms. de la Bibliothèque nationale (n° 353, t' os 68è-90), 
qui, à notre connaissance du moins, a été peu exploité 1 , jette un 
jour nouveau sur ce rabbin de la France du Nord -Est. 

C'est une sorte de commentaire du Pentateuque, conçu dans le 
même esprit que le Paanéah Raza et d'autres recueils analogues 8 , 
où l'on cherche à découvrir dans le texte, au moyen delà guema- 
tria, c'est-à-dire de jeux sur la valeur numérique des lettres, les 
midraschimetles lois traditionnelles qui s'y rattachent. L'ouvrage 
assez court, d'ailleurs, et qui est intitulé Min b\D û"w:3 3 , est ano- 
nyme ; mais, en un endroit assez curieux, l'auteur se dévoile un 
peu : « Moi, Salomon, depuis que j'ai eu l'intelligence des paroles 
de la Cabbale, je n'y ai jamais trouvé rien d'incertain ni de dou- 
teux, excepté ce point, qui me déconcerte beaucoup : comment 
viendra-t-il à l'esprit qu'une prophétie d'Isaïe ait en vue David? Ce 
prophète n'a-t-il pas vécu longtemps après David, et annonce-t-on 
le passé en disant : « Voici ce qui arrivera. . . 4 "? » Il serait vain 



rabbinique. Ce n'est donc pas cette raison qu il faut invoquer dans le débat. Nous 
croyons, nous aussi, à l'origine française de Léontin, mais nous fondons cette conjec- 
ture principalement sur la forme même de son nom : Léontin n'est pas allemand, 
mais bien français. Graetz, V, p. 334, ne se prononce pas sur ce point, mais comme 
il veut que Léontin ait été disciple de Nathan b. Isaac, à Narbonne, conjecture un 
peu en l'air, il semble partager l'opinion commune. Toutefois si Léoutin vit le jour 
en France, il paraît bien qu'il émigra en Allemagne, à Mayeuce (voir Hapardes. 
49a). M. A. Epstein affirme même sans autre explication (Jùdische Alterthûmer von 
Worms, p. 3) qu'il était originaire de Spire. Dans ses Glossen zu Gross' Gallia Ju- 
daica, p. 12, il le faisait vivre à Mayence. 

1 M. Epstein l'a utilisé pour la biographie de Samuel Hasid, Hagoren^ IV, p. 8l . 
Carmoly, qui le cite dans ses Biographies des Israélites de France, p. 8-4, et dans sa 
France israélite, p. 67, sous le titre de Taamè Humasch {sic), en parle avec sa légè- 
reté accoutumée. 

a Signalons, entre autres, le ms. 173 (f os 205 et s.) de la Bibliothèque nationale, 
où le notarikon rivalise plus que dans notre ms. avec la guematria dans ces tours 
de force spirituels. 

8 Ce titre est traduit dans le Catalogue par « Observations sur le PentHteuque ». Il 
faudrait plutôt dire : mystères ou allusions cachées. C'est dans le même sens que 
Pierre Damien, exégète italien du xi e siècle, intitule un de ses ouvrages : « Des 
mystères de la Genèse ». Le mot D^73^l3 est, d'ailleurs, synonyme de "7TO, qui a 
ce sens précis; voir les paroles d'Éléazar de Worms, Revue, XXIII, p. 233, et un 
autre texte, p. 234. Raschi (Job, xxxvi, 1) cite un ouvrage du même nom de Moïse 
Hadarschan. 

k F°isb : t^b i— ibnpn M-Dia ^maratt) tDV72 "ûmh ï— t 73 b "o -ont 
in tasTsaw "saœ inbn mi t<tbn pso im uwmj nm &m ■roata 
rnN33n: ïtwizji fiaonaiz) '731b ssin ab by r-rby *oi 'ts-ini !-rnnn 
ib -iizîsn "w mw r-i735 vh nnsb 1— rn rr^sw* sbm in by 
lui ,"iî ï-iaiM sab îzsi^n t& "in aina ■'-inio najttîb soanauj 
î-iînm ,t**35na ïratûTO r-nabs *»bs }mN Sa item m wa "Oi 



UN COMMENTAIRE BIBLIQUE DE LEONÏIN 233 

assurément de vouloir identifier ce Salomon. Mais comme un pas- 
sage nous le montre en relations avec Yehiel de Paris \ on peut 
affirmer qu'il a fleuri au milieu du xm e siècle. Il ne devait plus 
être jeune alors, car dans un autre passage il rapporte une anec- 
dote que lui raconta son maître Samuel b. Calonymos -. Ce rabbin 
est le père du fameux JuJa Hasid et l'auteur du premier Sé/'^r 
Hasidim;\\ appartient au xn c siècle 3 . Salomon nomme éga- 
lement ce Juda 4 , mort en 1217. 

Notre Salomon n'est pas prodigue de citations. Une fois il men- 
tionne une interprétation du Yesod de Moïse Hadarschan (de 
Narbonne) 3 ; une autre fois celle de Yekoutiel b. Tsaac, qui n'est 
pas autrement connu 6 ; à deux reprises, il utilise les explications 



*"313 '3131 '72MT ï-l'3'n !»3ob ST373 13p3- ^3*13 Tttyïlb 13"» "pttî n b 

i"i mi "nbr s-rnsn "n 'mars im« 137373 b*<bf nian i3"»n in?3n tabis 
...*ni riT. 

1 -la-. f ^y p toïmN 'i Si3 1731373 ->b 'i2it tp-p "in bfinm '-i 
■pïiba bbp^ ^a i3\\ i3-w ï-raa aiaarj ^ab manp» ""312 iba "p-tnc 
^y mnb r-ib *pK "7^3731 tainba vs» ararran t=na # n«an Ntcai 
marna dN 'wn i3tf "ps ^a 'mnn mbiï mmai maiûffla -nab "p** "^ nT 
if a ïrmain miss i^zan c^ia^ pb taiynn by in nacT iaba ï-rrpn 

...ÏS"lîi 3^7313. 

2 72 a : 13^173 iab "isa ï-jt bs> s-ianob n^y fmb r\o^ tntm r-T73 
*"5"m bia? YÔ9 ï-nrro ma* 13*3 ^ïïj^ DT73^3ibp 'na bfin»ia 'n 
aTroi i^atirrb aiba -ib mn t^b nos inyb varia snainn bisai 
'toarr r-rm ïttm laib'œm mat qbpa ians ba 3na ipnin imat 
"-ppm mpbi "jbm anan s-ra-n tara b^ab ïttxd im»a aan 
^h* anan taan Kb ^a ^nan ibu: irpabe -)73a* ,ï^*in "Ha* rtamaua 
iniN io3-pdi ban *ib ©*v*ai "îlfcab ->:^n irnacb lafûi ^Sm rn 3na 
*]b fan i-ii3ia> tomban t*jn ns tpv< ib 'ton *p tb^ ba "pwan 

(lire : "DTa) npia bmi3313 Mlrt "pi fPÎJ (? «313 J '313 ^TOI- 

3 Voir A. Epstein, Hagoren, ib. Le même Samuel b. Calonymos est cité encore 
f° 85 a. Aux citations de sou commentaire que M. Epstein a réunies, il laut ajouter 
celles qui se trouvent dans le ms. 767,7°, de la Bibliothèque Nationale. Samuel 
est, comme on le sait, le héros de toute sorte d'histoires merveilleuses, voir N. Brull, 
Jahrbûcher fur jiid. Geschiehte u. Litteratur, IX, p. 23 et suiv. 

4 i2b : roman iman nmbia nbi->« ibnsa n3a rmm 'n ^vn ^ny^ia ^3n*i 

^D^nb mrnn Sa t\-\o naia vyam \nian irrmbia abs î-i^b ^aw 

iniïi Sy t>433n3ia p^a rtipa 'jmsrr nmbia ï-tb^N .rirn ^nrï 

ïTTiai 'iom ,!3*n hmbo inb*"» .naia ->-i73N innbi nmiab rrrrria 
'is^aN p p-m. 

3 F°80 6 : B«*ibl ^b V»3p3 ^ab '?3lba 13^3N 3p3?^ Ï~IT '73^3 I5îp« 
*J13"lln ÏTlDTa '"! bU3 THID^ ."ll^îl 13P3. Peut-être la citation commence-t- 
elle plus haut. Elle doit s'ajouter à celles qu'a recueillies M. A. Epstein dans son 
Moses Ha-Darschan ans Narbonne, Vienne, 1891. 

6 F» 78 a : bri3 ">E)b wNab73 £^50^ Û^73 br ûannb D"lbp3N t-TNl S— T73 
prUT "13 bfiPmp'î " l D73 ^b'n b-IIP '73" l >3 Û^tt. Cette explication est reproduite 
par le Baal Ralourim, ad lue. Le Paanéah Jiaza tire *]b?3 de ^5173. 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de ■n'nBDrt nbïlp 1 , et du Léhah Tob, de Tobia b. Eliézer 2 . Mais, 
chose curieuse, jamais il ne nomme Raschi ni ne met à contribu- 
tion son commentaire, qui cependant par ci par là lui aurait 
fourni des remarques de son goût 3 . Par contre, Salomon ne cite 
pas moins de neuf ibis les scholies de R. Léontin. Bien mieux, il 
reproduit une fois un très long morceau formant un véritable 
commentaire suigeneris d'une série de paragraphes des Nombres. 
Voici ces extraits. 

1. 

\n p2? rça d^Mîi t-iN irfcn toiûi ,yiNa tu ta^s^ii 69 b 
X*î95 ïrmaa» "pbsia ib'bn î-i"aïi '»« ,ymon ^mabia ^b^n 
'«"in iraiaob 'm \a13na-1 na*n nbs^ '»iao \û^baian ibs-i pb 'je 
î-iaïab tfrw w nN ï-to7û anims nnb ftp 'a irin ymon Tpbra 

.' ï-r^73 'M^a d:naa ,î-ton 'b 



■^ab nmnD ht 'uî-is S-T53 ^3D23 'mai in^aN vsa ba apr« anp'n 73 a 
mn r<b ta^-ja^ïi baaia r-ianii) 'vsab ypn na r-nbab s-ianiû 
aina ywa isbi [*& = aria) -nsa 'ma ^n VP D:nl5 ^^^ n<,n23 ^" n ' nn5 
Saia '»« •paiarb 'm , 8 Y ,fc nb 'ntt d^rc yp "inriD^a r<in yia yp pa 
^sb toyam , 9 bNmb ïM2*în m mba yp r>on y-pi urra nab ma abart 
ibjprc t^nti yi mba im-mh i-mnï^ b* -na* (lire : d^araïit») 'sapït© 

pÏïtwm ma àb^ii hiTis ûiaa ba 

1 77 * : anb *]®i2 ^a ynart *r* *pôrt t^a-n ynan i* Na*n a^a ib^i 
•'iis&rt nbnp ^ctt ynan t^ m^ttii ya. — 78a: o^ba rtarj iittb 
imn Nbn btmw* nx bbpb injr*ia hrrtU) ^M ïibb^p ^b"i "OinN j-in 
'3*Ma abart ns rrnn ^rm '»;m /in« d"pa mbbp ^n\a bbpb woi 
.•nnson nbrrp ->dw ,ro33> yan bip y« nb^n ^d b? "îaistadi sna^ba 

2 F° 77 ft: r-navi "icai maar. naa ma^n '5 npEi25*n -^ n;ana-> ma npba 
...d^win 'a a;i m73U5 'n in*' a^aaia 'an ma» naa. — /*. : aia npba 
...iDa*n yaiû Tiab encans i^aiari irab. 

3 II est vrai qu'à la marge se lit parfois l'abréviation USID, qui pourrait être pour 
"•ta*") '*MB, « Explications de Raschi » suivant la manière d'écrire du Minhat Tehouda 
et du Radar Zekènim, par exemple; mais le plus souvent la glose à laquelle se rap- 
porte cette indication n'a rien de commun avec le commentaire de Raschi. 

* Jérémie, vr, 15. Voir Pelètat-Sofenm, p. 38. 
6 Lire Tnttdtta, Ps., cm, 10. 

6 Même guematria dans le S. Hasidiin, § 1011, p. 522 de l'éd. Wistinetzki, et dans 
le Zohar, ad loc. 

7 C'est jusqu'ici seulement que va la parole de Berfschit Rabba, 96, reproduite aussi 
par Raschi. La suite est, en partie, semblable à ce qu'on lit dans Paanéah Raza y 
Minhat Tehouda et Hadar Zekénim, ad loc. 

8 Ces derniers mots ne sont pas dans les ouvrages susmentionnés. Ils signifient 
qu'il faut retrancher 190, valeur numérique de yp, du chiffre de 400, donné primiti- 
vement pour la durée de l'esclavage égyptien ; reste 210 = 1TV 

9 1495 — (190 -r- 17) = 1288 années. C'est, à deux unités près, le chiffre de Da- 
niel, XII, 11. 



UN COMMENTAIRE BIBLIQUE DE LÉONTIN 235 



(?) nas fcrsbs nrrr 'sraai 'ina "îttipaa •■paipEtt ia->s sïT 1 bs 74 * 
trsbs ïaansa yvom 'n * naia73 a^iûn tosn 'ns73 '^iasrsnb 'm 
■pwa r»S|bs' "nn msa t^sirr 'w'ys a"a laansa td ,'f~i tos ,'as 
,an3*7jb mas tPDba maia72n ,mî7ab rt73S to^Dbs a^iana t^att» i-n 
KWra '"mann !T»b p^s» im ,tnmb naia72"i "psstb a^wn X*m sim 
'7û i?jr-r rns -ibas , 3 msB ï-t*"i San manias "pas 'i mena t>4-ip 
man nias ^tarn m paan totib p^sarr tsib (sic) xhwn bas mia 
mas '3*0 naa -ir-ran pan pris -ns-na irnas ans bia nmbiaia "jsaa ,na 
.tonnas 'n lann niansn it ba '"îan *pa np pns bs 



tosn as iw. 'ans "pua-i^b 'nn tonna» 'm ..."-pas ns naa75« 
nna^ '"n /apy i^aa ma^n «i nnna^n ^a .nbna mnnn ba las 
r|Nn nsnrj nnnata ^a w 'ian 3>aia nias ap? ï-tt pnasa ia"«ia mavi tùs 
^nan 'i in-ib ni>nrb i-is3 ^bnaa nasn man^oa 'ra î-na3n3 a t<nn 
ana "p^aa manuisna» ini m^n 'r toran nnsnnnsn mnan 'ia 
r-iana s-rpos n'n 6 'ap 'ana ' ->nasn ,rnn3niasna 'u nan3ia ^sb 
mannnsa fra "pb n'*u na 'ina rt^rr tos (lire : nnaniaaiaa) nnanaaiaa 
anan 7 'nn aia npb ^a in'ri ana •p'aaa maniasnaa cnvn maTi 
vmrnn Sa^n r-naa>a "asa maniasnn mmba toaa ^nnpbia 
"janb -lias ban na> min p^aaa man toi mnann fnnttsyan ^mannnsa 
/■psnb nias bai to^pn tos 'anba n-pnns ^ '■pifib ^iias banan 
San ,nba>a bia mnan 'i sna^p ts ,*n*n t**b npanb 130 n;byn 
nnab tos bas ^nian^sia naa mnai 'ia rtïnanm rrbibart s-nnnrt 
baaia 5^2:733 n;b aiarr 1 psa ^yih -lias m s rwp t^bn mnnn Sa 
p^tt ^33 a3i^ '»^a ai3^n sb ...«i-rbia n-nnrt ba bnba ^^nt> nias 
♦i3a tonnas 7 n ""sa nana 'nnan mias3 a3n^a 9 in73S 

1 Isaïe, lviii, 13. Il y a deux fois n == t]bs, soit 2000. 

a Nous ne comprenons rien à ce calcul. Peut-être faut-il lire Sîl [= 5), au lieu de 
S1Ï1. Mais pourquoi a vaut-il 500 ? 
3 n;bm, n^Sn, nj"«ann, nj^sn. Chacun des caph finaux vaut 500, 
k Gen., xxvi, 5. Le sujet est Abraham. 

5 Abraham. 

6 Baba Kamma, 55 a. 

7 Prov., iv, 2. 

8 Cf. fo 85 a : >o!i ^^nb nias ban n? rrmn p^aa mnann '■» 'msi 
n-iayn t^b n;nanb ^a ^b^na nbiba minn ba 'Tnan (sic) "in73i"«ia 
nbyn 'iai ^a 'bsn an'a n;ynb nas ban bia mims ^ 'na^p tosia 
m.asn mna-in '-«au: nnnn ^1373 rn^rns ba ^^3a m\ms '■« *pb3> 
nias bai nn7a"»^p sbi rmn bia mnai ba nnab as bas .nb^ab 
bba n-iujy sb ib->sa n;ynb. 

9 Meckilta, ad loc. 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



itb ,«5nn o&na j^ïbs (lire *pi) r» -j^ N3 S4b pa-ncwi Saa ts j 
^«"a iTOb "wb 'i ,r- iidt ïipb 'WB''aa aMainp) r-iKiaaao 
r-itonn Sa '">*)ttN*j ma fcnaa>a 'i ,-pTa piab '*wd 'as -pt3 'unai 
'do?j3 t-^n tpwn npïarrcan / ï"?i "P 3 iTasa» -rr ï-ib-ipb^pa n-jio 
,ïTPrr ^ip?: ï— r-«b p^om ût» tb?«3bffl nvra tano 'ftiN «^ , 8 -pT3 
mata 'wnb «.in «ena y* ana pb .mwnai nta iaaa u"d 'ein ©n 
■^ab cptoa naaa nia ana© r-n:n ,©*nna© ta^Tai •p"' 3 ' 33 1""" mina 
r^bN ns^N ma caai # fr-iBfinaïn t|fr03n 'a© ©^n n©Na rsb« t|fina "pK© 
n©"8 S* i^n t**npa rjMian ,!*rna i-naa n*?a caso 'a© i-t©iN r-naa 
t~i7an (lire t-wap) natap -a 'a© (*«) w»Mfiti r-nan no^att© ^ab ,inan 
■p©b * r-na '■p-*© aann 3^a©7a© -m ba© ^sb ,rp"iaab r-naï ,*naa 
'naa 'ma 'tojb V-> ,înaTtt "paan n?an73 r-maam ,naT© û© Sa> fT 
Va "nrr canari 'i©b rraoai taar-paoai ,-nm p©b r-iaaan laosi 
'» VY^n©^ 5 tartan *pio*aa taaTiTa-in ' a p7a t^^in a"?a cabia 
noN tav '7a mi^ïï &tb© fwn Sa aa^an '»«© in- ,"pn ^lo^ab 
tapna^r: DTibiTa vn 'a^sb nnx ©aan n« , 6 nânars "oa Sa> naaab 
'ina taa^aya 'n ,nnN ia 'ma© 7 ina© ma 'mp T»7ai ©aan ba> 
, 8 ïita^n© camp im« '"npaE y<to taaw 'i *raaa ©aan ©aa '©-isa 
bwa ï-i©©^ '-rima p« 'a^ab ,ban pa 'i -nn D'roaa nm aara 
'«■«aa Y" 1 '' 1 ' 71 ' 73 "^ba» ^p-irsTa r-inai ,©aaa pbna» ta^ana in» y 9 naoba 
/•rbar flirta nnai 'a© a , ï5nn , »b motn "jna '-n niasa '^nnan "non 
rrnnn ba) irr«N n»bi ï-rna» rrnnn Sa ib naTa ^.s^rr s-nnnb o*»i 
n7aNa 'naa tsbn '-\y\ ^rnnaob ^1733 ny ^a Sa (nrpw rtabi r-ina> 
r-mio ib nDTau) i^b^N .Sn^r: ^jinn ^172^ p^b a»«5itr imcai 
r>tbN imN '^naiTa i^nuî ^ab r-na^Ta r-T^^Tan sn^cna ï-ioj-'Ta *{"iaa 
'aa72u: r:7a ba ?im T»«aa» ib maTa /* p^î n-^a a»b ik (sic) aa^ab 
,p «b aaNO # it nbapa taabia 'ibaTa bap 'i^a "{P3 'ni r-nasa *pim 
/ "«a^nau: tabian yim amwa tab rsa-irr û^i^Tabn tanb vn t«^b "rai 
nari u "Oio^aïi Sa 73 ^"a d^ in t-rusa ta«snn Sap pa 

/■«aai^^b '-i '*d 

1 So^a, 2 a. 
' Nazir, 5 a. 
3 Prov., vi, 34. 

* 11 rattache donc la racine TN à la racine *pï- Il y a quelque chose d'analogue 
dans le S. Hasidim, § 1600, p. 365. 

5 Dire de Yehouda b. Batéra, Taanit, 2 b : le triem de ûrT"aa3"1 et le yod de 

rraosr 

6 Voir Edouyol, vi, 1. 

7 Taniid, iv, 3, fin. 

8 Pesahim, 96 a; Arachin^ 13 a; Menahot, 49 ô. 

9 Mischna Arachin, il, 5. 
,0 Ch., i, recension A. 

11 Haguiga, 13 «. 



UN COMMENTAIRE BIBLIQUE DE LÉONTIN 237 



,&iy «tvhbi rnoai r-n3ia bta "pON-i tn^ '«■vd tro* -i:ii« 79 « 
,ttiy widi 'eini nnn "^aiai ,r-iNun -pytai 'tdini l'srbiDa paisi 
Sy t? irriTiD tarr-DN m ■jiœÉn.i ean^a .t-iNan twdi '-woni 
^dn ,t3?r»by («'e)iy H^tvd prap b* ">3ib ti 1 ,tabvn t-iiwiN 
r*-*b 'a tn^a ^aN ,snT "p r*«npi pnsva ^a a^œn r*<b ^aN^Er 
TON3 '-! tarai ,ïj ît.t c^bo ■^■ôian i-rmia lia? ^att eptj T3N3 
SâN # Tn« "p^ya uj-idtj 'lïMwb 'm ,ts rsr^v apy 1533 tzrTy 
ï-teîntj i-na^a "1DD72 l ï-rabro tin i-ruiy "-ntoTEattï ^b ta^y 
s— 773 Saffl ^nabb , 2 tabirb 11 naa "S-p 'ma 8**in tibia nnabi 
■jTONn ûva ,abiyb a^p wni nna tin w rrroena nia^tta 12 '31a 

1TON1 TN "W "173N3 "piDNI ÛVa ,ûbl3>b Û'wp Nim TD3 TN ^n" 1 T3N3 

,vyb r-itt-^p rïTNîi Simm 3 T»nyb nn^n miNn N^n estosh 
13a Sj>u; imi ht *w>bN 'ti ^pTaa 'i^ni anpi t***iaa "oia tarai 
'310 irb nm^p s-^ïn YTi^b ï"tîi3Aïi ïtvinïi wrci corn tnrnn 
'•^an vitoni r-iiTiN73 tv ijma ,y^p*in '-irma ithp tzr'roizîttni 
tini i-ronn TiNa nsabn tin rn^b nvnb "pTruna rrn«n t**in 

,*lb VTO (lire tDTIp-) D""3npi '3U5 ÏT11N 5^H T121 /DTWaiU ïlttnn 

m rosb Tim nn 'irai 7 iny ivan niai mattb p"n 'en te 
tzryizm , 9 ïrnç ïtto^ (lire j^mïiai] t*mna 'mai * iBHpa3 mNam 
maa jtmp'nsb ria'n ïitd^ aab^aoauj iàN iïiî "s-man it na^N 
s-rron "pN-i ><a ^ntz^ '"WN naa ram 'mai ïitn ni 

.** 1113373 

7. 

'mba a^bbs isa^iNi .pffl 'n^a tD-'T'Ujn itaçb ta^Tab inat^ si a 
niTq Sna '73^a CD^b^ba ïamN ^3n un ta^b^ba y"3E3 tDn^ i3^3"»i« 

.pLJIN-'b '1 ^D73 tanNi p-« 



niTpbi n-»a fpNa aanyan n« ii^bb ta^ma i3nuî t-vi s\ b 

1 Ps., GIV. 

s 76., 31. 

3 Haguiga, 12 a. 

4 Ch. iv. 

3 Berèschit Rabba, ni. 

6 Habacuc, m, 4. 

7 lb. 

8 Ps., XGVI, 6. 

9 Dan., h, 22. 

10 Haguiga. \1a. 

11 Ezéch , xltii, 2. 



238 REVUE DKS ETUDES JUIVKS 

*ao?s -inr ni^mN 'i "iba lamas î~i73 .">533>s "»3ïïj r-pa àbNa r-iunp 
t**b« &n» navi "piai? m pu tib-iaia Hna éb^aia n^niNn 
ib« ibsDnn ni»» iab mat n-nn pioaaio ^sb 'itob 'n '">a .naba ite 
rnns 'n r-nwo (Mw 'm) 'H '«■«sa r-na £bs«i Sa 'un mviiKft 
niwû »Em a-iJ73b mto» ma» ttftn i^brra tarais tabun n^a 
,niK?2 'ia "in / y -91b ny y-iNïi ïm nwa rattm iiwtb ûtyie 
iv^n ^^dd ûm mwa ©wni trobR 'ab "|b îby ^d^2^ a-nanmaai 
Sa^ypin *p yb-iaa niTimn -ibwD ittaui ^pm *">pn Sa "para 
nb^" 1 nianp 'iDsnwai ;wb laaiaian «rpro s^nn yi 'a*sb ,û^biaa 
tabunta !1318 tznabN maia ^a EP&bK rvaiab San "pa ^b 
ikw "p 3 ïian bu: nniattia va rw»n minn^ (*fc) iBb 2 ta^pn» 
r"itt«a 13^33 nN ïilWflîi "waa t-^mn ,!TWHD CDbi^rr m 73 Ktrra 
•^73 nartttt) mm 173a ma» pwo ïitufc i:b m» min ,1-natt v^nn 

.wflniawi "»stt omiai nu:?: 

9. 

t^bi •jt' 2 "' ftEb tamain *b*K Sa ^din^d 'n ^ôb Swasi 84» 
■WD nm a^rtl abi^rt marna ^-na^o ta3iip uma73 anaa tznna 
na ,t^-ia Kimo S"S ban tzmp 'nrnzî naa rnnmb «-n mia^N 
tabia nba Tnwa eaibapiia ^ia mXM "nai *p nnan Wliaàl W3>W 
canb mnb wb Tan via:^ na 'man Tn»*fô na m»b naa^a 

.* tzma nbn: 

Qu'il s'agisse, dans tous ces passages, de Léontin, alias Juda 
Hacohen, c'est ce que, jusqu'à preuve du contraire, on ne saurait 
mettre en doute, encore que, dans l'état de nos connaissances, 
le caractère de son exégèse tasse plutôt penser au xn e ou au 
xm e siècle. Pour qu'il en fût autrement, il faudrait de toute 
nécessité qu'on découvrît un autre auteur de ce nom, et l'on n'en 
a jamais rencontré jusqu'ici 5 . Soutiendra- t-on que la désignation 
de Juda Hacohen par le simple titre A'. Léontin est peu vraisem- 
blable, que nous répondrons : Justement c'est la façon dont on 
l'appelle, encore au xur 9 siècle. Que si, au contraire, notre 
Léontin était un homonyme du xm e siècle, comme le prétend 
M. Epstein 6 , quelle extraordinaire coïncidence qu'il fût désigné 

1 Yer. Bcrachot, 2 e. 

s Aboda Zara, 9 a. 

3 Berèschit Eabba, 1 . 

v Ps., cxi, 6. — 11 s'inspire du dire de H. Isaae dans Tanhouma, éd. Buber, p. 4. 

5 Personne ne reprendra la conjecture de Carmoly, La France israélite, p. 67, 
qui l'identifie avec Sir Léou de Paris. Jamais ce rabbin n'est cité sous le nom de 
K. Léontin. 

6 Glossen, p. 14. 



UN COMMENTAIRE BIBUQUÈ DR LÊONTIN 239 

lui aussi sous son nom « profane » ! C'est sans cloute pour ces 
motifs que M. Gross, avec raison, attribue sans réserves les in- 
terprétations qu'on vient de lire au maître de Gerschom 1 . 

Gomme on le voit par ces spécimens, l'exégèse de Léontin est 
essentiellement n^stique. Elle ne vise pas à éclaircir le texte, 
mais à y découvrir, au moyen d'équations numériques, un appui 
aux règles de halacha et aux midraschim. Elle révèle, d'ailleurs, 
une connaissance étendue du Talmud. Elle se propose, en outre, 
comme l'école alexandrine et comme le Midrasch Tadsché, en 
particulier, d'établir un parallélisme entre le cérémonial du 
temple et le monde ou la création, ce qui est un des traits les plus 
communs de l'allégorisme mystique chez les Juifs. On notera, à ce 
propos le renseignement que nous fournit Léontin sur la Cabbale. 
Il cherche, en effet, à démontrer que l'expression bap, « recevoir », 
dans la Chaîne de la tradition, ne peut signifier que « recevoir des 
enseignements secrets, mystiques, comme ceux du Maasé Berè- 
schit et du Maasé Mercaba. » On n'est donc plus fondé à dire, 
comme M. Epstein, que les anciens Juifs allemands ne se servaient 
pas de ce mot dans le sens d'enseignement mystique et que ce sont 
les Espagnols qui lui ont conféré plus tard cette signification 2 . 

La mystique de Léontin n'a pas étouffé ses préoccupations 
éthiques. Ses procédés numériques mis au service de la morale lui 
font dire que le respect filial vaut à lui seul toute la Loi. 

Enfin, l'on voit que toutes ces spéculations plus ou moins mys- 
tiques faisaient l'objet d'un enseignement, puisque Léontin répond 
à une objection assez intéressante qui avait en vue précisément 
son enseignement. Comme il parlait de la vertu de la « sagesse », 
qu'il découvrait, cela va sans dire, dans des allusions mystiques, 
on lui demanda: « Mais pourquoi Dieu, au lieu d'indiquer tout cela 
au moyen d'allusions, ne les a-t-il pas écrites rettement et explici- 
tement avant le récit de la création? » 

On a dû remarquer que, dans la troisième citation, à côté du 
nom de Léontin, paraît celui d'Abraham. Au numéro précédent, 
le paragraphe, contenant une explication de Léontin, se termine 
par ces mots : « Toute cette section a été exposée par R. Abra- 
ham ». Quel est cet Abraham? La fin du n° 3 va peut-être nous 
l'apprendre. Ce morceau se termine, en effet, par ces mots : « Ceci 
provient de R. Abraham, son /ils ». Or, comme il est facile de s'en 
assurer, dans tout ce qui précède ne figure que le nom de Léontin. 
Abraham est donc un fils de ce dernier, qui aura reproduit les 

1 Galïia judaica, p. 524. 

2 Hagoren, ib. s p. 88, note 20. 



2'i0 REVUE DES ETUDES JUIVES 

scholies de sou père en les complétant par les siennes. Mais con- 
naissons-nous un fils de Léontin appelé Abraham ? Nous avons 
déjà dit qu'on ne sait presque rien de ce savant ; il n'est donc pas 
étonnant qu'on ignore le nom de ses enfants, s'il en a eu. Cepen- 
dant peut-être cet Abraham fils de Léontin nous a-t-il laissé 
d'autres témoignages de son activité que ces gloses mystiques. Il 
existe un poète liturgiste du nom d'Abraham fils de Juda Hacohen, 
et ce poète appartient à la plus ancienne école des païtanim occi- 
dentaux, c'est-à-dire au xi e siècle; en outre, il était d'origine fran- 
çaise, car il prononçait le schin comme un sin à la manière des 
Juifs français 1 . Ces deux circonstances concourent à faire de cet 
Abraham, fils de Juda Hacohen, le fils de Juda Hacohen sur- 
nommé Léontin. 

Il est vrai qu'il y avait à Mayence un peu plus tard, mais encore 
au xi e siècle, un autre Abraham fils de Juda Hacohen. C'est celui- 
ci que Zunz identifiait avec le poète 2 , faute, cela va sans dire, de 
savoir qu'il ait pu en exister un autre. Cet autre Abraham est un 
talmudis'e, dont le nom paraît à côté de ceux de rabbins du 
xi e siècle. Mais Zunz nous a livré le moyen de résoudre le pro- 
blème avec plus de chances de succès. Le savant historien de la 
littérature juive suppose que ce Juda Hacohen II était le petit-fils 
de Léontin, et il s'appuie pour cela sur un arbre généalogique 
dressé par Eléazar de Worms et conservé par Joseph Delmedigo 3 . 
Voici ce tableau : 

Juda Hacohen, auteur du trwrr 'o 

I 
Abraham 

i 

Méir 

i 

Abraham 

I 
Eliézer 

! 
Juda 

I 
Eliézer Héhasid 

I 
Juda Hasid le jeune. 

C'est la présence du nom de Méir dans cette liste qui a fait croire 

1 Zudz, Literaturgeschichte, p. 152. 

2 Ibid., p. 612. 

3 Le morceau a été réédité dans cette Revue, par Neuuauer, t. XXI1Ï, p. 231. 



UN COMMENTAIRE BIBLIQUE DE LEONTIN 241 

à Zunz que Juda Hacohen II descendait, de Juda Hacohen I, fils 
de Méir. Mais, avec plus de raison encore, on intercalera entre 
Juda Hacohen I et Juda Hacohen II un Abraham I, dont le nom a 
été repris par deux membres de cette famille. Rien ne contredit 
donc l'assertion de notre ms. que Léontin aurait eu pour fils un 
certain Abraham ; il est même vraisemblable que celui-ci était le 
poète du même nom. 

Une autre hypothèse pourrait être soutenue qui renverserait 
cette conjecture, c'est que l'Abraham en question fût le fils de 
Samuel b. Calonymos et le frère de Juda Hasid ». Un trait qu'on 
a sans doute remarqué dans la citation n° 4 militerait en faveur 
de cette hypothèse, c'est la valeur d'un commandement positif 
attachée au précepte d'Hillel : « Ce qui te déplaît, ne le fais 
pas à autrui ». Or, justement cette particularité se retrouve dans 
le Se fer Hasidim de Juda Hasid 2 . Mais ces arguments sont 
peu solides 3 . Plus haut, Salomon dit bien : « Juda son fils » 4 
parce qu'il vient de parler de Samuel. Mais dans notre passage et 
ce qui le précède, le nom de Samuel n'a pas été prononcé et il 
n'a été question que de Léontin. Il faut remonter au f° *72 pour 
retrouver le nom de Samuel, tandis que le nom de Léontin est 
mentionné, non seulement immédiatement avant notre passage, 
mais encore f 08 73 et 74. Le mot « son fils » ne peut donc se rap- 
porter qu'à Léontin. On pourrait encore faire état, si ce n'était 
pas une légende, de l'historiette d'après laquelle Samuel aurait 
justement refusé à son fils Abraham la connaissance des mystères, 
c'est-à-dire assurément aussi les jeux numériques auxquels se 
complaît l'Abraham de notre texte 5 . 

Peut-être les extraits que nous avons relevés dans notre ms. 
n'épuisent-ils pas tout ce qui s'y est conservé de Léontin ou de 
son fils Abraham. Nous avons déjà dit que ces citations sont de 
beaucoup les plus nombreuses et les plus longues. Or, quand on 
étudie de près les mss. faits ainsi de pièces et de morceaux et 
qu'on les compare avec les originaux utilisés, on constate toujours 
que les compilateurs ne signalent jamais minutieusement leurs 
emprunts, surtout quand il s'agit de l'ouvrage qu'ils exploitent de 

1 Voir A. Epstein, Monalssckrift, XXXIX, p. 448 et s., et Hagoren, IV, p. 83 et s. 
C'est précisément Phypothèse imaginée par Epstein, Glossen, p. 14. 

* § 87, p. 54 de l'édition Wistinetzki. 

3 Pour ce qui concerne le précepte d'Hillel, il n'est pas prouvé que le passage qui 
en parle soit d'Abraham; il est probablement de l'auteur du ms., comme on le voit 
par le f° 85 a. La citation d'Abraham peut ne commencer qu'au dernier paragraphe, 
tout à fait indépendant du reste. 

fc C'est l'argument de M. Epstein. 

3 Voir A. Epstein, Hagoren, p. 86, note 14. 

T. XLIX, n° 98. 16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

préférence. Il n'est donc pas impossible que notre ms. soit en 
grande partie l'enseignement de Léontin et de son fils. Ainsi se 
comprendrait l'absence de toute citation de Raschi : le gros du 
ms. représenterait un travail antérieur à celui du grand maître 
de l'exégèse juive en France. 

Quoi qu'il en soit de ce dernier point, il semble donc que 
l'un des fondateurs des études talmudiques en Occident était en 
même temps un tenant de l'exégèse mystique du Pentateuque. En 
ce point, Léontin est de la même famille que Moïse Hadarschan 
de Narbonne. En cela aussi il se rattache quelque peu à ses pré- 
décesseurs dont se moque Agobard et qui avaient recueilli pieu- 
sement les fantaisies mystiques des écoles de l'Irak. C'est de ce 
réservoir que se sont échappées toutes ces imaginations naïves, 
comme on le voit par la chronique d'Ahimaaç et les traditions 
relatives aux « mystères» des prières *. 

En cela, enfin, Léontin se rapproche des exégètes chrétiens 
de son temps. Le x e et le xi e siècles n'ont vu naître en Occident 
que deux commentateurs de l'Écriture, Rémi d'Auxerre (909) 2 
et Pierre Damien (1000-1072) 3 , et tous les deux justement em- 
ploient la méthode mystique. Rémi d'Auxerre a bien l'air de vou- 
loir faire œuvre scientifique ; à le lire, on le prendrait pour un 
connaisseur de l'hébreu : il interprète les noms propres de la 
Genèse, cite à tout propos les explications et traditions juives, 
cite même parfois les lettres hébraïques ; mais il cherche à en 
imposer, car il se borne à copier textuellement, sans le dire, 
saint Jérôme, Raban Maur et quelquefois Angelomus, moine de 
Luxeuil. A part ses emprunts aux Quœstiones in Genesim et à 
ces auteurs, et à part quelques explications à tendance ratio- 
naliste, c'est aux interprétations mystiques qu'il s'adonne. Il va 
sans dire qu'il ne joue pas sur la valeur numérique des lettres 
hébraïques 4 , mais il se livre à des exercices du même genre. 

1 Voir justement l'extrait d'Eléazar de Worms cité plus haut. Ces « mystères » 
auraient été apportés en Europe par Abou-Ahron le Babylonien. Voir d'autres cita- 
tions analogues, Revue, XXIII, p. 233 et suiv. — Il y aurait lieu de se demander si 
le goût pour ces guomatriot n'aurait pas été favorisé par le développement du Ca- 
raïsme en Asie ; peut-être s'est-on appliqué à découvrir ces « mystères • pour justifier 
contre les attaques de cette secte la tradition rabbinique à la fois dans ses prescrip- 
tions juridiques et dans ses interprétations agadiques. 

2 Commentarius in Genesim, dans Migne, Patrol. lat., t. CXXXI. 

3 U., t. GXLV. 

4 Et encore ! Abraham poursuit l'ennemi avec 318 de ses serviteurs, c'est-à-dire 
avec l'aide de la Sainte Croix. • Hic numerus in Tau littera, quse ûguram Christi 
habet, exprimitur. » Plus loin, sur Gen., xlv, 22, il dit : t Nam tau littera quae figu- 
ram crucis habet ccc désignât numéros. » — On sait que lo Midrasch réduit ces 
318 personnes à Eliézer seul, les lettres de ce nom valant précisément 318. Voir 
Nedarim, 32a, et Berèschit Habba, 43. 



UN COMMENTAIRE BIBLIQUE DE LÉONT1N 243 

Qu'on en juge par ces deux exemples : « Et hoc quidem secunda 
die actum est, cujus diei opéra minime bona esse dicuntur sicut 
cseterorum dierum ubi dicitur : Vidit Deus quod esset bonani, 
non ideo quod bonum non sit quod factum est, et pulchrum, 
sed propter binarium numerum, qui est transgressio unitatis 
et malam habet significationem. Unde et eura Sancti Patres 
discordire dedicaverunt. Ipse etiam bigamiam signiflcat. In ejus 
etiam significatione bina animalia de immundis missa sunt in 
arcam (col. 56)*. » — « Noe vero cum qiiingentorum annorum 
esset genuit Sem, Chamet Japhet. Hoc loco intueri debemus pro- 
fundum mysterium. Est enim Noe ab Adam post Seth-decimo loco. 
Denarius enim numerus perfectionem signiflcat electorum, quia 
primaa est tessene, id est IV numerus, nec ultra potest numerando 
procedi nisi iterum redeatur ad unitatem... 2 » Quant à Pierre 
Damien, son exégèse est exclusivement mystique, à la manière de 
Rémi d'Auxerre, dont il s'inspire et qu'il copie. 

Il ne faut donc pas considérer toute cette exégèse puérile qui 
fleurit chez les Juifs en Allemagne au xn e siècle et dans la 
France septentrionale au xni e siècle comme un résultat de la 
décadence des études si brillamment inaugurées au xi e : c'est la 
continuation d'un mouvement parallèle déjà puissant à la fin du 
x e siècle. Mais du coup ressortent avec plus de relief l'originalité 
et la signification de l'œuvre de Raschi et de ses rivaux: quelle 
fermeté de bons sens ne trahit pas leur répugnance pour ces jeux 
d'esprit, qui avaient grisé leurs prédécesseurs et continuaient à 
sévir de leur temps 1 

Israël Lévi. 



1 Ce développement est, d'ailleurs, emprunté à Raban Maur. 

2 La plupart des propos quïl tient sur les Juifs — et ils sont vagues — sont l'écho 
des paroles de Kabau Maur. Ainsi, la malédiction prononcée contre Caïn vise les Juifs, 
qui, répandus dans tout l'Empire romain , sont errants et vagabonds et nulle part n'ont 
de demeure fixe (col. 69). Dieu mit un signe sur le front de Caïn : c'est allégorique- 
ment la loi que les Juifs portaient pour leur damnation et le salut des Chrétiens. C'est 
à cause de ce signe que personne ne les met à mort ; en eflet, ni pendant les persé- 
cutions païennes, ni même dans la paix chrétienne on ne les a empêchés de suivre 
leurs lois et de vivre selon leurs mœurs (col. 70). Agar désigne la Synagogue, qui a 
enfanté le peuple juif féroce et sauvage, refusant de recevoir le joug léger du Seigneur 
et sa foi et, pour cette raison, dispersé et vagabond par toute la terre, et hostile sur- 
tout à tous les Chrétiens (col. 87). « Le grand servira le plus petit » signifie que le 
peuple juif, dispersé. sur toute la terre, sert les nations, non seulement corporellement, 
mais encore en conservant la Loi et les Prophètes (col. 101). — Mais j'ai vainement 
cherché, chez les prédécesseurs de Rémi, l'allusion suivante à un rite et à une inter- 
prétation des Juifs : C'est a cause du bélier d'Abraham que les Juifs ont coutume à 
leurs fêtes de sonner du cor aûn que par là Dieu se souvienne d'eux et leur pardonne 
en mémoire de la grande obéissance d'Abraham (col. 96). 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 

ÉTUDE SUR LE COMMERCE DE L'ARGENT 
AUX XIII e ET XIV e SIÈCLES 

(suite ! ) 
CHAPITRE IV. 



L'intérêt et l'usure daos les banques juives des Deux Bourgognes. - Taux au xin 6 
et au xiv e siècles. — Clauses pénales en cas de retard, avec profit attribué au Roi 
ou au Duc à la fin du xv e siècle. — Répression de l'usure. 

Les ordonnances ducales du 31 décembre 1374 et du 21 novem- 
bre 1384 permettaient aux Juifs de prêter à quatre deniers par 
livre et par semaine (soit 80 %) 2 . Il n'y avait donc usure, à cette 
date, que quand l'intérêt perçu dépassait ce taux déjà très élevé. 
Il est intéressant de voir, par les contrats passés dans les Deux 
Bourgognes, le régime habituel des intérêts. Et tout d'abord, dans 
le très grand nombre de contrats de prêts consentis par des Juifs 
qu'il nous a été donné de parcourir, les intérêts ne sont pas spé- 
cifiés; aussi sommes-nous de l'avis des enquêteurs bourguignons 
de 1306 qui examinèrent les créances de Jasuot de Montbard 3 , 
c'est que les intérêts n'étaient pas indiqués en clair, étant con- 
fondus avec le capital, de l'accord formel avec le débiteur; celui-ci, 
pressé par le besoin d'argent, consent parfaitement à ce que le 
capital prêté soit grossi du tiers, de moitié, du double, suivant 
l'urgence du prêt. Ainsi que nous le voyons dans les exemples 
cités plus bas, on emprunte 10 livres, on en rendra 15, 20, 25, 
dans trois, six, douze ou dix-huit mois. 

1 Voir Bévue, t. XLVIII, p. 208, et t. XL1X, p. 1. 

2 Pièces just., n os 69 et 110. C'est le taux de l'ordonnance de Jean il, roi de France, 
mars 1360 (Graetz, Eist. des Juifs, IV, p. 286, 287, trad. Bloch). 

3 Pièces just., n° 35. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 245 

D'autres fois, le règlement des intérêts se fait ultérieurement 
sous le nom de montes, équivalent d'intérêts * ; il est question de 
cette méthode dans Loeb (Deux livres de commerce du 
XIV e siècle)* : la banque d'Héliot de Vesoul prête à intérêts à 
25%, 30%, 43% et 46% 3 . 

La première mention d'intérêts que nous trouvions chez un Juif 
de Champagne commerçant en Bourgogne est l'intérêt de 3 de- 
niers par livre et par semaine dû au juif Valin par l'abbaye de 
Saint-Bénigne, de Dijon, réduite à vendre à Blanche de Cham- 
pagne sa maison de « Morans » pour acquitter sa dette, du consen- 
tement de deux légats du Pape 4 . Le taux de l'intérêt en 1208 est 
donc de 60 %. Cent ans plus tard, dans un prêt de 22 livres con- 
senti par Héliot de Vesoul à Vuillermin de Pontcey, il est spécifié 
que le débiteur doit « pour chescunne semaingne, pour chescune 
livre dous deniers de poigne (intérêts). ... de adonc que il se paie- 
roit de ladite somme d'argent » 5 . Le taux est ici de 40.%. 

Le même créancier, Héliot, prête le 28 juin 1308, à l'écuyer 
Girard de Granges , le *7 mars 1317 à Jacques de Rupt 7 , le 
13 mars 1318, à Gauthier du Gratteris s , diverses sommes rem- 
boursables à plusieurs termes et suppute des intérêts ou peines, 
non pour le prêt lui-même s'il est remboursé régulièrement à 
terme échu, mais pour le temps de retard écoulé jusqu'au paiement 
de chaque terme « en nom de poinne, par chescune semayne, per 
chescune livre, dous deniers de la dite monoie ». 

Quand on liquide à Dijon les dettes de Jasuot de Montbard, dont 
les créances ont été confisquées en 1306 9 , les quelques liquida- 
tions de créances dont on fait disparaître Yusure (c'est-à-dire 
l'intérêt) constatée donnent les résultats suivants : 

-- Dette de Martin Jodon, de Guillon, octobre 1303-1304 [art. 8): 
24 livres 6 sous tournois 4 livres 18 sous d'usure. . 25 %. 

avril 1304 — Pentecôte 1305: 

55 livres 12 sous tournois 11 livres d'usure 25 %. 

1 Pièces just., n° 24. Bienvenue, Juive de Pontarlier, prête 70 livres * senz montes », 
c'est-à-dire sans intérêts, 10 janvier 1301. 

2 Revue, IX, p. 209, 211. 

3 lbid., IX, p. 34. 

* Pièces just., n° 1. — Philippe- Auguste et Blanche de Champagne avaient fixé le 
taux à 2 deniers la livre par semaine (d'Arbois de Jubainville, op. cit., V, p. 45). 
8 Pièces just. , n° 28. 

6 lbid., n° 36. 

7 lbid., n° 41. 

8 lbid., n° 42. 

9 lbid., n» 35. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mai 1304 — Pâques 1305 : 

4 livres 13 sous tournois 18 sous d'usure 25 %. 

juin 1305— juin 1310 : 

112 livres 64 livres d'usure (101. 13 s. 

4 d. par an) 25 °/ . 

— Dette de Martin le Rostiaz, de Poligny (art. 10) : 
janvier 1306 — 24 juin 1306 : 

6 livres 2 sous tournois 42 sous d'usure 10 %. 

— Dette de Margueron le Brace, de Menétru {art. 11) : 
avril 1304 — mi-carême 1305 : 

12 livres 4 sous tournois 4 livres d'usure 30 %. 

— Dette de Miloz de Mourmeaux, écuyer [art. 15) : 
avril 1306 — Pentecôte 1307 : 

12 livres tournois 48 sous d'usure 25 %• 

— Dette de Marguerite Airnery (art. 26) : 
3 mai 1306— 24 juin 1307: 

20 livres tournois 4 livres d'usure 25 %. 

Dans les obligations souscrites à Jasuot de Montbard, comme 
dans l'immense majorité des cas, l'intérêt est bloqué avec le 
capital. Notons que la même méthode était suivie par les Lom- 
bards. 

Jasuot de Montbard étant considéré comme l'un des banquiers 
les plus achalandés de Montbard, Dijon et Chalon vers 1300, il 
résulte de notre relevé que le cours moyen de l'intérêt en Bour- 
gogne à cette époque est de 25 pour cent. 

Au Comté de Bourgogne le taux semble plus élevé ; d'après les 
livres et les obligations d'Héliot de Vesoul, il varie de 25 à 46 
pour cent pour la période de 1308 à 1318 f . 

De 1318 à l'ordonnance de 1374, nous rencontrons des prêts, 
mais aucun intérêt stipulé dans des obligations ou manifesté par 
des règlements de comptes. Pour trouver l'intérêt légal nettement 
précisé, il faut arriver au 80% (4 deniers par livre et par semaine) 
des ordonnances. 

Ce taux légal se retrouvera, de 1381 à 1391, stipulé dans plusieurs 
de nos contrats - ; il y est même employé comme pénalité en cas 

1 Loeb, Revue, IX, p. 33, et Pièces jnst., déjà citées dans le cours de ce chapitre. 
s Pièces just., n°° 75, 80, 97. — Arch. Côte-d'Or, B, 11309, f° 5 (1391). 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOdttGOGNES 247 

de retard ! : c'est certainement le dernier taux officiel que les 
ducs de Bourgogne aient autorisé pour les Juifs de leurs États. 
Après leur départ, l'intérêt moyen tomba à 10 pour cent : bien 
des actes en témoignent -. 

De l'intérêt (asara), admis par la justice, à l'usure [usura), 
poursuivie et punie par elle, il n'y a qu'un pas, moins qu'un 
pas, une distance aussi faible que possible. Vinlérêt est ce 
que l'autorité considère comme le loyer permis de l'argent, des- 
tiné à payer au prêteur le service rendu et à couvrir ses risques 
professionnels. L'uswe est l'intérêt dépassant le service rendu, 
égalant ou dépassant le capital prêté, absorbant le gage et com- 
promettant l'avoir de l'emprunteur. Entre l'intérêt et l'usure, la 
légalité se meut suivant la moralité, le caprice ou le besoin pas- 
sager du législateur du moyen âge, c'est-à-dire du prince, doublé 
généralement d'un homme besoigneux et emprunteur, et le vieux 
brocard de droit trouve ici sa place : Quod principi placuit, lex 
esto! 

Il est question de l'usure dans une foule de textes concernant 
les prêteurs juifs ou lombards, dans maintes bulles de papes 3 , 
maint canon de conciles; les documents particuliers aux Deux- 
Bourgognes laissent voir dès 1297, les malheureux débiteurs se 
plaindre que leurs dettes « [montent] à usure ciliés juis et chiés 
corsins 4 », ou exiger que le texte des chartes de franchises men- 
tionne l'exclusion du pays des usuriers chrétiens ou juifs •"•, sans 
distinction. 

Les usures constatées sont réprimées soit par des expulsions 
totales, comme en 1306, en 1321, en 1348, en 1394, qui mettent 
toujours ce motif en avant, soit par des compositions en bloc de 
communautés ou groupes de Juifs, soit par des condamnations ou 
compositions individuelles. Nous donnons des exemples des unes 
et des autres dans nos Pièces justificatives 6 , sans vouloir pousser 

1 Pièces jnst., n os 75, 97. 

8 1397-1448 (Bibl. Nat., Coll. Moreau, 893, f<« 449 v», 450); — 1406 [ibid., Coll. 
Bourgogne, 54, 1M36); — 1480 (ibid., Coll. Moreau, 895, f«M19, 128). 

3 Bulle d'Innocent IV, Lyon, 23 mai 1245, refusant la sépulture dans l'abbaye de 
Saint-Claude (Jura) aux excommuniés, interdits et « publici usurarii » (Bibl. Nat., 
Coll. Moreau, 875, f° 41). 

4 Janvier 1297, Dole, Pièces jnst., n° 21. 

5 Les usuriers sont formellement exclus des franchises locales : à Arlay, 1276 
t manifesti usurarii quos Ecclesia ad sua non recipit sacramenta » (A.. Dey, Condi- 
tion des personnes, p. 312); — à Poligny en 1288 « nuls usuriers manifès » (Tuetey, 
Droit municipal, p. 208); — à Mathay en 1336 • Tuit les exorceours commettans 
excoterie » (Perreciot, État civil des personnes et des terres, III, p. 429) ; — à Arguel, 
1346, « les usuriers manifestes » {Doc. inédits publiés par VAcad. de Besançon^ IV, 
p. 426). 

6 En dehors de ces exemples signalés dans les chapitres qui précèdent, citons 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plus loin nos recherches sur les intérêts ou F usure dans les Deux- 
Bourgognes, ni sur les monnaies, car nous n'avons entrevu dans 
tous les textes où il est question de la monnaie et de sa valeur 
rien qui soit inédit 1 . 



CHAPITRE V. 



Les livres de commerce du banquier Iïéliot de Vesoul étudiés et Iraduits par I. Loeb. 
— Opérations. — Clients riches ou pauvres. — Valeur des denrées et marchan- 
dises. — Champ d'exploitation. — Registres de la banque. 

Parmi les rares épaves que les confiscations faites sur les Juifs 
au Comté et au Duché de Bourgogne ont laissées dans les Archives 
de la Côte-d'Or, il est deux manuscrits en hébreu dont l'étude a 
été consciencieusement faite par Isidore Loeb dans les tomes VIÏI 
et IX de cette Revue en 1884-1885 2 . Ce sont deux registres de 
commerce tenus à Vesoul de 1300 à 1318 par Vivant, fils, associé 
et teneur de livres du banquier Héliot de Vesoul, dont l'activité 
s'exerça dans tout le Comté de Bourgogne de 1295 à 1321 , aussi 
bien pour le négoce que pour la direction politique et la défense 
de ses coreligionnaires. 

Ces deux registres sur parchemin, cotés B 10411 et B 10410 aux 
Archives Départementales de la Côte-d'Or, datent le premier de 
1300 à 1306 (48 feuillets), le second de 1300 à 1318 (60 feuillets). 
Le premier est un simple journal contenant la liste des débiteurs 
de la banque avec ces indications : somme prêtée, nom du débiteur, 
domicile, témoins et garants, date de l'échéance. Quand les opéra- 
tions sont liquidées, les sommes inscrites en marge sont barrées; 
les renouvellements ou retards sont en surcharge. Les villages où 
demeurent les débiteurs sont les suivants : Andelarre, Andelarrot, 
Autricourt, Colombe, Conflandey, Coublans, Dampvallez, Échenoz, 
Essernay, Frotey, Gratteris, La Demie, Liévans, Montoille, Na- 
venne, Noidans, Noroy, Port-sur-Saône, Vaivre, Valeroy, Velle- 

comme poursuites collectives ou individuelles du délit d'usure : la réformation du 
comté de Bourgogne dirigée par Renaud de Jussey, chevalier, et les prieurs de Saint- 
Marcel et Serrigney, en 1347, qui poursuivirent Aliot, Juif d'Auxonne, demeurant à 
Poligny (Arch. du Doubs, H, 83), Élie de Salans, Juif de Fraisans, condamné par le 
bailli, Gui de Cicon, à 60 livres d'amende (80 florins) en 1371 (Arch. Côte-d'Or, B, 
1436, fo 15 vo), etc., etc. 

1 Voir la pièce dont le texte est donné sous cote 18 des Pièces justificatives, indi- 
quant la variation des monnaies de 1295 à 1306 au duché de Bourgogne. 

' Deux livres de commerce du commencement du XIV e siècle, Revue, VIII, p. 161-196 ; 
IX, p. 21-50 et 187-213. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 2',9 

guindry, Villersexel, et appartiennent tous au territoire de la 
Haute-Saône actuelle et presque tous au voisinage immédiat de 
Vesoul. 

Le second est un résumé des opérations de banque embrassant 
la Franche-Comté tout entière, mais principalement la Haute- 
Saône, la partie de la Côte-d'Or avoisinant la Saône, la Haute- 
Marne jusqu'à Langres, quelque peu des Vosges et du département 
de Saône et-Loire. De très nombreux renseignements sur les per- 
sonnes et les choses ont été tirés de ces deux registres par Loeb, 
auquel appartient tout le mérite de l'étude et de la traduction en 
français de ces documents hébraïques qui permettent de recons- 
tituer le tableau précis d'une grande banque juive à l'aurore du 
xiv e siècle ! . 

Héliot est en relations d'affaire ou de parenté avec 80 Juifs ou 
Juives dont quelques-uns habitent Paris, la plupart Vesoul et ses 
abords. Sa parenté est assez nombreuse : plusieurs rabbins, vis- 
à-vis desquels son fils tient toujours un respectueux langage, sem- 
blent mêlés activement au succès de ses opérations et la diffusion 
de ses entreprises dans 550 localités environ du bassin de la Saône 
ou de la Seine 2 . 

Le comput employé est invariablement le comput juif addi- 
tionné d'un grand nombre d'indications du calendrier chrétien, 
fêtes de saints, solennités liturgiques, vocables populaires donnés 
à telle ou telle saison, et cela pour calculer les échéances 3 . 

Les monnaies stipulées dans les contrats sont la livre tournois, 
le marc, l'esterlin, le baudequin, le florin, le mouton, le parisis, 
l'agnel, le billon, etc. 

Les opérations habituelles de la banque de Vesoul peuvent se 

1 Pièces just., n" s 19, 22, 27, 28, 36, 37, 41, 42, 43, 44 et 178 (1295-1319). 

8 La liste de localités dressée par Isidore Loeb comprend le texte hébreu, la traduc- 
tion littérale française, enfin l'identification, généralement satisfaisante. Quelques 
exceptions pourtant, que nous rectifierons : Vadc-Oreille est Velloreille (et non Auto- 
reille) ; — Oissans, Orsans (et non Oisenans) \ — Montrot, Montroz (et non Montrond) ; 
— Monclair, Moncley ; — Charey, Cdiariez ; — Foulains, Fdain, etc. Mais ce sont là 
des critiques secondaires (cf. Revue, VIII, p. 171-190). 

3 Dans ses identifications de fêtes chrétiennes (VIII, p. 190-196), Loeb a été géné- 
ralement heureux. Je ne relèverai que quelques erreurs très excusables du reste pour 
un érudit en antiquités hébraïques. Chevalée ou Caveline, date antérieure à la Saint 
Michel : ce doit être la Chevanne ou les Chevannes, nom des feux de la Saint Jean 
(24 juin). — Corolboc ou Crolboc. C'est certainement la Notre-Dame de septembre 
(8 sept.) ou la Crôle-Bois (secoue bois), date d'ouverture au pacage des bois ou 
glandée des porcs. — La Sivière ou Suière (du 14 juin au 14 juillet) ne peut être que 
la moisson ou fauchaison : secatura, soyèra, échéance toute naturelle pour des culti- 
vateurs. Loeb aurait pu rapprocher de la Soyère ou Savière le mot savieur (Revue, 
t. VIII, p. 30) qu'il traduit par serviteur au lieu de moissonneur. — La Parution est 
l'Apparition, c'est-à-dire l'Epiphanie (6 janvier) et non l'invention des reliques de 
saint Etienne, comme Loeb le croit. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

diviser en deux catégories : le prêt d'argent sur caution, gage ou 
hypothèque, le commerce des étoffes, vêtements et denrées. 

Le prêt d'argent, sommes élevées (400 ou 500 livres) prêtées à 
la noblesse; petites sommes (quelques sous ou quelques livres) 
avancées à de pauvres hères, tout cela donne lieu soit à des obli- 
gations que des cautions solidaires, des fidéjusseurs et des témoins 
signent ou scellent, soit à des constitutions de gages mobiliers ou 
d'hypothèques sur des terres : labours, prés ou vignes. 

L'intérêt, rarement spécifié, et dans ce cas probablement noyé 
dans le chiffre de la dette, apparaît çà et là. Ici un prêt de 4 livres 
est remboursable à 100 sous, soit 25 %, si le prêt dure un an. Là 
un prêt de 24 livres produit 25 sous d'intérêt (1310-131 J) par un 
remboursement anticipé. — 25 livres, prêtées du 29 septembre 
1310 au 26 janvier 1311, produisent 75 sous, soit 46 %. — Du 
23 avril 1306 au 23 avril 1307, 300 livres prêtées produisent 
60 livres d'intérêt, soit 20 %. — 200 livres, empruntées par Henri 
de Faucogney, produisent 60 livres d'intérêt, soit 30 %. 

De ces indications précises ressort le chiffre moyen de 30 %, 
dans les contrats explicites, et la probabilité que le chiffre n'était 
pas inférieur dans les autres contrats passés par les prêteurs 
juifs. 

Pour fournir à tous les emprunteurs, nobles, ecclésiastiques, 
fonctionnaires, bourgeois, artisans ou laboureurs qui par cen- 
taines viennent quémander de l'argent, Héliot de Vesoul et ses 
associés ont les fonds que leur procure leur commerce, ceux qui 
rentrent chaque jour; ils ont de plus à leur disposition la caisse 
assez bien garnie des Lombards, plus gros capitalistes, et en qua- 
lité de chrétiens toujours choisis comme dépositaires des écono- 
mies et conseillers des placements des abbayes ou des chapitres ; 
ils sont en compte réglé avec André Othenin et Guillaume de 
Vesoul, Vuillemin de Montbozon et d'autres Lombards de Fauco- 
gney, Jussey, Pesmes, Sainte-Marie-en-Chaux, Traves, Vesoul 1 . 

Les prêts effectués le sont généralement pour un faible laps de 
temps, et c'est ce renouveau perpétuel « à petite semaine » qui 
produit le gros courant d'affaires et de bénéfices. Les emprunteurs 
et les garants des prêts s'obligent, même par corps, « à tenir 
ostaiges », et si la vente de leur gage ou de leur immeuble ne 
suffit pas à désintéresser le créancier, la prise de corps suit et est 
ordonnée par le juge. 

A côté des prêts et avances, il estj question dans le registre 
de Vesoul de perception d'impôts et dons effectuée, à titre de 

» Revue, IX, p. 35 et 49. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES '251 

fermier, pour le trésor du comte dans certaines seigneuries ; en 
acceptant en nature les paiements de cette sorte, comme il le fait 
vis-à-vis de ses propres débiteurs, le Juif Héliot augmente en- 
core ses gains *. 

La seconde catégorie d'opérations faite par sa banque est le 
commerce des draps, étoffes et denrées pour lequel il entretient 
et loue à grand prix des voitures et équipages et auquel il joint la 
vente des gages abandonnés : blé, suif, papier, cire, peaux et 
cuirs, ustensiles de ménage, joyaux, clievaux ou bétail, y com- 
pris les porcs -. Empruntons-leur quelques renseignements sur 
les prix des chevaux, du bétail et des denrées. De 1310 à 1318 le 
prix des chevaux de labour ou de trait varie de 45 sous à 40 livres, 
celui des chevaux d'armes, de 42 à 180 livres. Un bœuf vaut de 

23 à 65 sous ; une paire de bœufs, de 4 livres 15 sous à 13 livres 
10 sous ; un bouvillon, 15 sous ; une vache, de 24 sous à 6 livres; 
une génisse, 52 sous. Une peau de bœuf vaut 15 sous; une peau 
de vache, 9 sous; une peau d'agneau, 8 à 9 deniers (une peau 
d'agneau tannée vaudra 8 à 9 sous). Un porc vaut 1 livre 6 sous. 
Une Une de vin (80 litres) nouveau (ou fraîchon), de 5 à 16 sous 
suivant les années. Le vin soutiré (ou clarret), 15 à 17 sous la 
tine. Pour le blé, la quarte (et non pas la charte, comme dit 
Loeb, qui prétend que ce mot vient de charretée), c'est-à-dire 

24 livres, varie de 1 à 8 sous ; le bichot, qui vaut 8 quartes, vaudra 
50 sous 3 . 

Mais ce commerce auquel la banque d'Héliot prend une part 
si active n'est pas un commerce sédentaire. Si le comptoir est 
toujours ouvert à l'emprunteur d'argent sur gages, caution ou 
hypothèque, à l'acheteur ou vendeur de bétail, d'étoffes et de den- 
rées, des facteurs ou des membres de l'association se transportent 
constamment d'un point à l'autre de la province et même d'un 
point à un autre de la France, de l'Allemagne, de l'Artois ou des 
Flandres : ils vont à Paris, à Troyes, à Remiremont, à Baie, à 
Cateau-Cambrésis, sur les bords du Rhin ou de l'Escaut 4 . 

Dans tous les rangs de la société, Héliot compte des clients, 
riches ou pauvres, la noblesse lui doit de grosses sommes et se 
fournit auprès de lui d'armes et de vêtements de luxe et de che- 
vaux de guerre ; le peuple emprunte beaucoup, mais des sommes 
insignifiantes et sur gage; le clergé séculier ou régulier emprunte 

! Revue, IX, p. 37. 

2 JHd. % p. 37, 38. 

5 Revue, IX, p. 28 et suiv. — Dans des notes sur les monnaies, Loeb prend à tort 
le mouton pour une pièce d'or; c'est une monnaie d'argent, qui en 1421 vaut 20 sous 
tournois. 

k Ibid., IX, p. 42. 



■252 REVUK DES ETUDES JUIVES 

tout comme les autres : abbayes, prieurés endettés, curés, vicaires, 
simples clercs, sont aussi besoigneux et à court d'argent que les 
fonctionnaires civils de tout ordre, depuis le connétable ou bailli 
jusqu'aux maires et sergents. On voit que les traduction et publi- 
cation intégrales des comptes d'Héliot (en particulier du manus- 
crit B 10410) seraient d'un très grand intérêt pour préciser tous 
les points que je ne fais qu'indiquer d'après l'intéressante étude 
de Loeb. 

Les deux journaux que le hasard a sauvés ne constituaient pas 
seuls le fonds des livres de la banque d'Héliot de Vesoul, tout en 
étant la clef de ses opérations. 

Du texte du manuscrit B 10410, il résulte qu'outre leurs jour- 
naux (moderne et anciens), les banquiers de Vesoul avaient un 
registre ou « papier des vilains » (dettes du commun peuple) ; — 
un registre des vins ; — un registre personnel de dépenses du 
banquier (« registre de mon père ») ; — un registre ou « rolet » de 
David de Montmorency (correspondant de la banque à Paris) ; — 
un registre sur « papier rouge » ; — un registre sur « papier neuf 
de coton l ». 

Tel était/le fonctionnement de la plus importante des banques 
juives du Comté de Bourgogne au moment où Héliot de Vesoul, 
que ses coreligionnaires reconnaissaient et respectaient comme 
un de leurs chefs, mourut ou disparut à la suite des proscriptions 
de 1321. 



CHAPITRE VI. 



Contrats passés entre Juifs. — Types divers. — Outre le contrat passé « en clair •, 
c'est-à-dire en langage courant, chez des notaires, un second contrat « en lettres de 
la loi », c'est-à-dire en hébreu, est rédigé entre les contractants. — Traduction 
du contrat rédigé eu hébreu de 1312. — Contrats passés entre Juifs et Chré- 
tiens ou Chrétiennes pour s'assurer leurs services comme domestiques ou comme 
nourrices. 



Si les Juifs, pour rendre inattaquables les contrats qu'ils pas- 
saient avec les chrétiens, employaient toutes les formules de vali- 
dité admises et demandaient aux notaires de libeller les obligations 
contractées envers eux avec toutes les solennités légales, aux offi- 
ciaux, aux chanceliers, aux officiers de toutes juridictions d'y ap- 
poser leurs sceaux et d'user de leur autorité en cas d'inexécution 



Loeb, Revue, IX, p. 41. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 253 

des clauses f , ils ne s'adressaient pas en général aux mêmes juridic- 
tions et aux mêmes officiers civils, à plus forte raison aux cours 
ecclésiastiques, quand ils traitaient avec leurs coreligionnaires. Ils 
se servaient généralement de l'écriture hébraïque pour leur com- 
merce. Mais à la fin du xiv e siècle les Juifs se départirent de leurs 
habitudes, qui étaient de régler leurs propres affaires entre Juifs, 
en ayant pour arbitres et pour juges les maîtres de « leur escole », 
c'est-à-dire leurs rabbins, et confièrent à des notaires le soin de 
libeller et rendre exécutoires leurs contrats de mariage, et leurs 
conventions financières. C'est, en Bourgogne, en 1366 que nous 
trouvons le premier contrat entre Juifs rédigé en langue vulgaire 2 . 
C'est un transfert de créances (au diocèse de Langres et à Poligny) 
endossées au profit du Juif Bonnefoy de l'Étoile, de Coublans en 
Maçonnais, par le Juif Sauvelin de Peerins, de Paris. 

En 1383, le 6 février, un notaire de Dijon rédige pour Joseph 
de Saint -Mihiel, l'un des principaux Juifs de cette ville, et pour 
Anne, sa femme, divers actes concernant le mariage de Miron- 
quin, leur fille, avec Jacoulet, fils du Juif Chiernon d'Arbois. C'est 
d'abord une obligation de 320 francs d'or, dot de la fiancée, sous- 
crite par ses parents ; c'est ensuite une obligation de 300 francs 
d'or pour cause de mariage, souscrite par Chiernon d'Arbois et 
Honorée, sa femme, en faveur des deux fiancés. C'est, enfin, l'en- 
gagement pris par le futur marié et par Chiernon, son père, de 
rendre à Joseph de Saint-Mihiel les 320 francs d'or, dot de Miron- 
quin, si celle-ci, dans le délai d'un an et demi, mourait sans pos- 
térité 3 . 

Le 8 février suivant, Joseph de Saint-Mihiel plaçait chez un Juif 
de Champlitte, Mathasias Quino, son fils Isaac, marié à Besse- 
nine, fille de feu Bonnefoy et de Piment, remariée à Croissant de 
Bourg, pour s'y instruire « en leur loy » et « apprendre à s'y bien 
et suffisamment gouverner ». Trois actes furent rédigés en fran- 
çais : le premier était un engagement des deux époux à ne point 
réclamer à leurs père et beau-père 252 francs d'or qui leur étaient 
dûs jusqu'à ce qu'ils fussent assez sages eux-mêmes « pour se bien 
gouverner». Le second était un prêt de 190 francs (remboursables 
à Pâques 1384), consenti à Mathasias Quino par les deux jeunes 
époux, à condition que ce dernier les nourrirait et entretiendrait 
de souliers, tout en les instruisant « en leur loy ». Le troisième 
était l'engagement souscrit par Isaac et Bessenine, de ne point 
recevoir le remboursement de Quino, s'ils n'étaient capables déjà 

1 Revue, IX, p. 33, 38. 
* Pièces just., u° 6(3. 
3 lbid., n°9o. 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de le faire fructifier (« gouverner »), mais de le faire verser à leurs 
père et beau- père l . 

Voici d'autres contrats : une quittance générale donnée à Dijon 
par le Juif David de Montbéliard à ses coreligionnaires Sanse de 
Porrentruy et Mari on, sa femme, le 3 juin 1383, en présence de 
5 témoins : 3 Chrétiens, 2 Juifs 2 . Cette proportion varie dans les 
actes passés entre Juifs ou entre Juifs et chrétiens : les notaires 
acceptent aussi bien 2 Chrétiens et 3 Juifs, ou même 2 Juifs sans 
aucun Chrétien 3 ou 4 Juifs et 1 sergent 4 , et nous donnons 3 une 
procuration du Juif Salomon de Baume qui, sur 5 mandataires, a 
choisi côte à côte 3 Chrétiens et 2 Juifs, et une obligation sous- 
crite par un Chrétien au profit d'un Juif, cautionnée par un autre 
Juif, maitre Pierre le Physicien °. Citons encore une obligation 
souscrite à Johannin de Trêves, de Troyes, par Mossey de Vitry, 
pour cotisation versée à la communauté des Juifs de France 7 . 

D'autres contrats non moins intéressants sont : un abandon 
général de meubles et créances en tous pays fait au profit de Jo- 
seph de Seurre, de Dijon, par Gicque, fille d'un rabbin, feu maitre 
Jacob de Chinon, pour reconnaître ses bons offices s ; une procu- 
ration d'isaac de Saint-Mihiel et de Bessenine, sa femme, donnée 
à Joseph de Saint-Mihiel, leur père et beau-père, pour encaisser 
250 francs d'or à leur profit 9 . Un dernier, du G juin 1392, obliga- 
tion de 300 francs pour cause de mariage, souscrite par le Juif 
Durand de Carpentras, de Dijon, au profit de Joseph de Trêves, 
en retour d'une avance faite par ce dernier à Moïse de Trêves, son 
propre fils, et à Mairote, sa femme ; un Juif cautionne l'obligation, 
et il est spécifié qu'outre le contrat notarié, il en existe un double 
« en lettres de la loy » et que, le paiement une fois effectué, les 
deux obligations ou lettres devront être rendues au souscripteur ,0 . 
Cette déclaration nous parait fort curieuse et justifie ce que nous 
disions au début de ce paragraphe. 

Nous n'avons rencontré dans les dépôts des Deux Bourgognes 
aucune lettre, aucune obligation écrite en hébreu. Mais un pas- 
sage du livre d'Héliot et de Vivant de Vesoul conservé aux 



1 Pièces just., n° 96. 

2 Ibid.. n° 98. 

3 Ibid., n° s 63, 64 (19 janvier 1366 et 19 mai 1366). 
* 23 mars 1390 (Arch. Cùte^dOr, B, 11308, 1° 154). 
3 Pièces just., n» 74 (23 juin 1381). 

6 Pièces just., n° 78 (28 juillet 1381). 

7 lb., no 88 (16 juin 1382). 

8 lb., no 100 (2 août 1383). 

9 lb., n° 102 (20 novembre 1383). 
10 lb.. n<> 128. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 255 

Archives de la Côte d'Or * et traduit par Loeb dans la Revue, va 
combler en partie cette lacune en montrant dans quel style les 
marchands juifs rédigeaient en hébreu le relevé des actes qu'ils 
passaient avec leurs clients pour leur servir de mémento, et, le 
cas échéant, faciliter les recherches auprès des notaires et la pro- 
cédure auprès du juge compétent. Ce passage nous donne une 
haute idée de l'intelligence du banquier juif de Vesoul et de 
Vivant, son fils et son secrétaire. 

« J'ai compté à Otenin de Malaincourt le 5 mattot 72 (29 juin 
1312) 30 livres à payer à la Saint-Michel et il a laissé en gage 
(pour cela) le cheval de son frère pour être vendu à partir du 5 ha- 
nan (13 juillet 1312), à ma volonté ce jour 5 hanan même ; et ont 
été cautions lacot son frère et Gornete et lui-même, et ils ont fait 
serment que, si le domestique ou quelque autre emmenait le che- 
val sans mon consentement, ils viendraient de suite en ostages à 
Vesoul à leurs frais; sinon, qu'ils seraient appelés parjures et 
forostagiez en français. Et ils ont ordonné entre les mains du 
(devant le) prévôt et de son père et du maître de l'école de faire un 
acte de cela ; et pour ce cheval j'ai payé pour Otenin sa charrue 
et la charrue de messire Phelipe que je détenais parce qu'ils 
avaient garanti en mains d'Abraham de les payer à ma réquisi- 
tion; plus d'autres bêtes que détenait Abraham. Iacot son frère 
aussi a accepté d'être caution pour la dette entière avec tous les 
autres qui étaient caution auparavant. Et Gornot ne voulut pas 
garantir pour le compte des frais précédents de Fondremant, c'est 
pourquoi je ne lui ai pas payé le montant de ses gages, mais j'ai 
payé à Otenin les 5 bêtes et le cheval de Gray. Et il s'est engagé 
à donner, en outre, comme caution, messire Jehan Léveillart et 
les deux frères de Montot jusqu'au 5 hanan; sinon, je vendrai le 
cheval. Et toute cette affaire est inscrite dans le papier du prévôt. 
Et il est vrai que je lui ai compté 7 1. des frais du cheval d'Odot 
de Laroche, frais dépensés par Rabbi Simha, et environ 4 1. 14 s. 
des frais de Gray, et nous n'avons calculé aucun des intérêts. 

En surcharge: Et nous avons, du capital 111s. pour les dépenses 
concernant le cheval » 2 . 

Pour terminer la série de contrats passés entre Juiis, il faut 
citer encore la quittance générale donnée à Dijon par le Juif 
David de Baume à Michel Judas, de Morrey, le 7 novembre 1389 3 , 
et une obligation de 40 francs d'or souscrite par Joseph de Saint- 

1 B 10410 (voir Revue, VIIÎ-IX). 

s Loeb, Revue, IX, p. 206-207. 

3 Arch. Côte-d'Or, B, 11308, f° 87 \°. 



256 LtKYUE DES ETUDES JUIVES 

Mihiel au profit de Jacoulet ou Jacquelin, fils de Chiernon, son 
gendre, en janvier 1394 ». 

Le genre de documents que nous venons de citer est tout à fait 
exceptionnel dans la région des Deux Bourgognes et nous croyons 
combler une lacune en les signalant. 

Quelques mots maintenant sur une autre série non moins rare 
et non moins intéressante, les documents qui établissent entre 
Juifs et Chrétiens une relation de domesticité. Inutile de chercher 
des Juifs au service de Chrétiens en dehors des Juifs qui se donnent 
en commandise à de puissants seigneurs qui deviennent leurs pro- 
tecteurs et leurs maîtres : on n'en trouverait pas. Mais, en re- 
vanche, malgré l'interdiction de l'Église, qui n'admet pas pareilles 
liaisons % des Chrétiennes abdiquent momentanément leur liberté 
en entrant comme nourrices au service de Juifs bourguignons. 
Simonnet a cité un contrat d'octobre 1391 par lequel une bour- 
guignonne nommée Delinotte, femme d'un cultivateur de Saulx, 
se loue pour un an comme nourrice à Salomon de Baume et Rose, 
sa femme, Juifs de Dijon, moyennant 7 francs d'or, « ses donnes 
et estreingnes » et ses souliers 3 . 

Nous avons recueilli et nous donnons aux Pièces justificatives 
un contrat similaire du 31 août 1383 4 par lequel Guillemette, 
femme de Robert le Meunier de Bretigney, se place comme nour- 
rice chez les Juifs Dijonnais David de Baume et Margoullix, sa 
femme, pour un an, au prix de 9 francs d'or plus 1 franc qu'elle 
devait et dont on lui rendra la lettre. Si elle part volontaire- 
ment, elle devra des dommages-intérêts; si elle part étant recon- 
nue enceinte, on lui paiera le prorata de ses gages. 

Ce genre de contrat, qui n'a rien de commun avec les opérations 
ou les usages habituels des Juifs, méritait d'être signalé, ne fût-ce 
que par son caractère de contradiction flagrante avec les pres- 
criptions de l'Église 5 . 

En voici encore un autre exemple, c'est un contrat du 2 no- 
vembre 1390, par lequel Robinette, femme de Perrin de Cham- 
béry, pelletier à Dijon, entre, comme nourrice, chez le Juif Eliot, 
de Seurre, pour un an, au prix de 7 francs d'or; si elle part de 
son plein gré, elle ne touchera rien; si elle est renvoyée, elle sera 

1 Ibid., B, 11295, f° 91 vo. 

2 Simonnet (Mém. Acad. Dijon, 1865), p. 195. — Graetz, Hist. des Juifs (trad. 
Bloch 1 , IV, p. 165. — Le concile d'Avignon (sept. 1209) ordonnait de ne pas laisse 
engager de domestiques chrétiens dans des maisons juives. 

3 Simonnet, op. cit.. p. 195-196. 
k Pièces just., n« 10 1. 

5 Ibid., n 8 11S. 



LES JUIFS DAxNS LES DEUX BOURGOGNES 257 

payée au prorata de ses services. Ce troisième contrat fait la 
condition meilleure à la servante en l'exemptant de dommages- 
intérêts '. 

Le livre de commerce d'Héliot de Vesoul mentionne un servi- 
teur chrétien, nommé Jeannin le Lochard, employé par ce ban- 
quier vers 1310-1318 2 ; ici comme dans les précédents cas, nous 
sommes en présence d'une exception plus que rare. 



CHAPITRE VII. 



Situation morale du Juif dans les Bourgognes. — Criminalité très réduite, question 
d'usure mise à part. — Plus souvent victimes que coupables. — Médecins juifs 
bourguignons et comtois exemptés seuls des proscriptions. — Leur crédit auprès des 
ducs, leur emploi dans des ambassades ou « affaires secrètes ». — Juifs convertis. 

De l'ensemble considérable des noies ou des textes que nous 
avons feuilletés, transcrits, classés, nous aurions désiré faire sor- 
tir, si le temps ne nous eût pressé, quelques indications précises 
sur la vie intime des Juifs des Deux Bourgognes : sur ce point on 
entrevoit bien quelque chose, mais le document privé manque 
et manquera toujours. 

De la haine et de la méfiance contre le Juif il apparaît beau- 
coup, et les idées de tolérance dont certains papes, de même 
qu'auparavant saint Bernard, se sont faits l'écho, ont moins d'in- 
fluence sur le populaire que ces images de pierre où l'on voit les 
Juifs lapidant saint Etienne 3 , ou l'invitation du Rituel de Saint- 
Vincent de Chalon : Judœi lapidantur a clero et populo eo quod 
lapidaverunt Jesum*, que, durant la Semaine Sainte, les enfants 
et mêmes les hommes ou femmes du commun mettront naïvement 
en pratique. Si l'auteur du Songe du Vergier, analysant subtile- 
ment la question juive, constate que les Juifs sublili ingcnw 
extrahunt aurum, et fait retomber sur le pape de Rome la respon- 
sabilité de leurs usures, puisqu'il en bénéficie à Avignon 5 ; si dans 



1 Pareil abus existait au comté de Bourgogne : « . . .Moneatis omnes Judseos. . . sub 
pena interdicti commuuionis fidelium et X marcbarum argenti... et inhibeatis ne in 
domibus eorum nutricios vel servientes habeant Cbripstianos, et ne liberos suos Chrips- 
tianis nutritios i'aciant » Statut synodal de Besançon de mai 1355 (Bibl. du Cha- 
pitre Métropolitain), cité par Morey, Les Juifs en Franche- Comté (Revue, 1883, p. 37). 

2 Loeb, Revue, VIII, p. 168. 

3 Situes du xv e siècle à l'Archevêché et au Musée de Besançon. 
*• Simonnet,, Juifs de Bourgogne, 164 (Mém. Acad. Dijon, 1865). 
8 Chap. 164, cité par Simonnet, 175-178. 

T. XL1X, n° 98. 17 



258 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le Mystère de V Antéchrist ! un anonyme de la même époque fait 
défiler et gloser toute une théorie de Juifs : Malaguim, Mossé, 
Caïffas, Marquim, Cosibadas, Haquin et Anne, pour amuser la 
galerie et rendre plus sympathiques les autres catégories sociales, 
toute cette littérature a surtout pour but de prêcher leur expul- 
sion finale. La politique lui donne raison en 1394, en France comme 
dans les Bourgognes; le Juif, qui n'y a jamais fait, d'ailleurs, 
partie intégrante de la nation, en disparaît pour ne plus revenir. 
En dehors des bénéfices exagérés qu'ils avaient, — la chose est 
certaine, — toujours réalisés sur leurs emprunteurs, les Juifs 
avaient pacifiquement vécu sur les bords de la Saône. Le nombre 
de leurs crimes, du moins à en juger parles traces judiciaires qu'ils 
ont laissées, est fort restreint. On en poursuit quelques-uns pour 
crime de fausse monnaie, en 1309 2 ; on arrête en 1356 à la foire 
d'Auxonne, pour même crime dont il est soupçonné, Odot Salo- 
mon, Juif baptisé de Dole 3 . Benoît le Juif, de Dijon, compose en 
1376 avec le bailli de Dijon pour avoir enfreint le péage d'Auxonne 
et, qui pis est, « féru le portier » de la ville 4 . En 1381, le maré- 
chal de Bourgogne, Guy de Pontailler, fait arrêter et incarcérer 
un Juif de Besançon, Perrenin d'Auxon, sans qu'on sache le motif 
de cette mesure 5 . On condamne à l'amende, en 1391, Chernon, 
Juif de Bracon-lez-Salins, qui a enfreint une mainmise ducale 
apposée sur quelques queues de vin d'Arbois 6 ; on jette en prison 
le Juif Perrin d'Auxonne à la Perrière en 1382 7 , et c'est tout ce 
que nous savons. 

En revanche, en 1343, un Juif d'Orchamps nommé Salomon, 
qui avait confié sa malle contenant, disait-on, 500 livres esteve- 
nantes à deux voisins, Nicolin le Maréchal et Sébille, sa femme, 
« est occis » par ceux-ci sur une route et ses meurtriers com- 
posent avec le bailli pour 30 livres (40 florins de Florence) 8 . On 
vole « quantité d'our et d'argent » à Mouser, Juif d'Avignon et 
Aliot de Chalon, Juif de Seurre, qui, tout « corrosiés qu'ils soient 
de leur domaige », n'en peuvent désigner les auteurs 9 . Marguerite 
de Grépand et trois complices font à un Juif de Châtillon-sur- 
Seine, Lyon Cohen, de Troyes, « roberie, prison privée et autres 

1 Bibl. de Besançon, manuscrit 592 publié par les soins de M. Roy, professeur au 
lycée de Dijon. 

2 Arch. communales de Dijon, M, 46. 

3 Pièces just., n° 62 bis. 

" Arch. Côte-d'Or, B, 4423, fo 7 v°. 
5 Pièces just., n° 84. 
« Ibid., n» 123. 

7 Arch. Côte-d'Or, B, 1460, f« 36 v°. 

8 Bibl. Nat., Coll. Moreau, 39, f» 386. 

9 Simonnet, op. cit., 173. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 259 

fais détestables » en 1383 * ; en 1386, on cherche partout dans les 
Deux-Bourgognes, chez les « marchands monnoiers, billonneurs, 
Lombards et Juifs », un gobelet d'or perdu par le Duc 2 ; Valeran 
de Thierstein, seigneur de Florimont, dépouille deux Juifs de 
Dijon venant d'Allemagne, Joseph de Chinon et Florie, sa femme, 
de leurs bagages, et Jean, seigneur de Ray, chevalier, est obligé 
de les indemniser, en 1390 3 . 

De cette double série de faits, il semble résulter que les Juifs 
furent plus souvent victimes que coupables, l'usure toujours mise 
de côté. 

Les Juifs, en partant, laissèrent derrière eux une partie des 
leurs tolérés ou acceptés pour deux raisons. Les uns, médecins, 
possédaient des secrets utiles : l'un d'eux, Salomon de Baume, dont 
la femme, Marroine, pratiquait la banque à Dijon, tandis qu'il soi- 
gnait les malades, reste jusqu'en 1417 dans cette ville, où ses cures 
faisaient merveille 4 , à tel point qu'une veuve dijonnaise lui faisait 
de 1388 à 1391 une pension de 10 francs pour la soigner 5 . D'autres 
l'avaient précédé, d'autres le suivirent, non sans réputation. Abra- 
ham le Juif était médecin d'Henri de Bourgogne-Comté en 1310- 
1318 6 ; maître Benoît le Physicien 7 , maître Perret, qui de Dijon 
vint à Besançon après l'expulsion, passaient pour des médecins 
habiles s . Salomon de Baume les dépasse tous par son crédit, qui 
le fit souvent employer par le Duc et la Duchesse 9 ; avec lui, ce 
fut maître Llie Sabbat que Jean sans Peur faisait venir à Paris 
en 1410, à Bruges en 1411 10 . 

De médecins, Salomon de Baume et Élie Sabbat devinrent des 
émissaires secrets !1 , ce dernier employé concurremment avec 
maître Moussé, un médecin sans doute, qui conduisit à Paris, en 
septembre 1410, le Juif Hacquin de Vesoul, le futur médecin du 
Duc 12 . Hacquin garda la confiance de Jean sans Peur jusqu'à 
l'assassinat de ce prince à Montereau (1419) 13 . 

» Arch. Côte-d'Or, B, 4170, f» 20. 

2 Arch. Côte-d'Or, B, 1465, f° 110. 

3 Pièces just., n° 116. 
k Simonnet, p. 216. 

5 Arch. Côte-d'Or, B, 11303; — Pièces just., n° 121. Il était connu dès le 20 fé- 
vrier 1364 (Arch. Côte-d'Or, B, 11261, f« 14 v°). 

6 Loeb, Deux livres de commerce {Revue, VIII, p. 167). 

7 1376 (Arch. Côte-d'Or, B, 11288, f° 48 v°). 

8 Voir Liste des Juifs et Pièces just., n° 129. 

9 1376-1392 (Arch. Côte-d'Or, B, 1451, f° 75 v°, 110, 76, 103-109 ; B, 11309). 

10 Arch. Côte-d'Or, B, 1560, f° 271 v°; — B, 1562, f°«31, 35, 36, 37, 42, 42 v°, 
57 v». 

11 Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 100, p. 114. 

12 Arch. Côte-d'Or, B, 1560, fo 275. 

13 Pièces just., n° 135 bis. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En 1415, Monsieur de Guyenne tomba malade à Dijon : « plu- 
sieurs Juifs et Juives » furent mandés pour le guérir ! . Vers 1493, 
un Juif pratiquait encore la médecine à Montbéliard 2 . En 1440, 
un Juif traversa la Bourgogne avec un mandement de l'évêque de 
Belley, vice-camérier du pape Félix V, daté de Bâle et contenant 
sauvegarde pour lui et ses bagages, analogue à celles qu'on don- 
nait aux princes. Ce devait être quelque médecin fameux, appelé 
au chevet d'un roi ou, qui sait, du duc de Bourgogne malade ou 
mal disposé 3 . 

A côté des médecins, les Juifs laissaient dans la Bourgogne un 
certain nombre des leurs : nous voulons parler des Juifs bap- 
tisés. Bien que la propagande catholique ait en général fait peu de 
prosélytes parmi les Juifs, on trouve dans les Deux-Bourgognes 
trace de quelques conversions dès le xi e siècle. 

Vers 1060, le chanoine Gaufroy « d'origine juive » donne à 
Saint-Pierre de Mâcon un domaine à Levigny 4 . En 1199, Inno- 
cent III invite l'évêque d'Autun à se montrer bienveillant pour les 
Juifs baptisés 3 . En 1356, il y a à Dole un Juif baptisé, nommé 
Odot Salomon, soupçonné du crime de fausse monnaie 6 , un Juif 
converti, Valon le Baptisé, négociant, y joue un grand rôle de 
pourvoyeur de victuailles, blé, vin, etc., pendant le siège de 
Rochefort, de 1368-1369 7 . 

En 1374 s - 1378 9 , le Duc fait largesse à trois Juifs baptisés ré- 
cemment ; en 1381-1382, Joseph de Vesoul, Juif converti, se fait 
appeler Louis d'Harecourt 10 . En 1395, on donne de la part du 
Duc 1 livre, 11 sous, 6 deniers, à un Juif converti M . 

Dans son zèle mal éclairé, Philippe le Hardi fait même « lever 
de force » des filleuls auxquels il donne son nom, témoin un bap- 
tême du 31 août 1388 12 ; un autre baptême, celui du Juif Philippe 
de Gouvers, célébré du 26 mars au 14 octobre de la même année, 
se fit à ses frais 13 . En août 1415, il y a Beaune un Juif, « Jean le 

1 Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 104, f° 104 v°. 

s Bull, de la Soc. d'Agriculture de la Haute-Saône, 1877, p. 41, 51. 

3 Pièces just., n° 138. 

* Guigue, Nécrol. de Saint-Pierre de Mâcon, 75. 

5 Epist. Innocentii III, Migne, CGX1V, 754. 

6 Pièces just., n° 62 bis. 

7 Arch. Cote-d'Or, B, 1431. 

8 Ibid., B, 1435, f« 79 (6 mai 1374). 

9 Ibid., B, 1452, P» 65 (6 mars 1378). 

10 Douët d'Arcq, Choix de pièces, I, 28, 45, 46. 

11 Arch. Côte-d'Or, B, 1503, f° 172. 

12 « Un g Juiï baptisié lequel Monseigneur a fait lever de force et pourté son nom. . . 
XX Crans » (Arch. Cote-d'Or, B, 1469, f u 87). 

13 Pièces just., n° 114. 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 261 

Baptisé de Bourgogne » qu'on envoie chercher pour traduire des 
lettres suspectes adressées à Salomon de Beaune par sa femme, 
soupçonnée d'avoir empoisonné les fontaines '. Le 2 avril 1418, 
Jean sans Peur fait baptiser Demoingin Antoine « naguère Juif 
et incrédule » 2 , la Reine lui donne 50 francs et on le fiance à une 
jeune fille de Dijon-. Peu de temps après, un Juif converti était 
chargé à Dijon d'enseigner l'hébreu 4 . Une dernière conversion 
fut signalée dans la même ville vers 1450 5 . 

A côté de ces actes officiels constatant des conversions et des 
baptêmes, la race juive a laissé dans le pays de Bourgogne et en 
France-Comté de nombreuses familles descendant sans doute des 
émigrés du xiv e siècle, à moins qu'une simple affinité physique ou 
morale leur ait valu un sobriquet. 

Jean Juif, de Besançon, est recteur de la maison de Cîteaux de 
Fixins en 1306 c . 

André le Juif habite Chenove en 1321 7 . 

Simonet Juif est notaire à Dijon en 1335 s . 

Girard le Juif est homme d'armes à Châtillon-le-Duc en 1349", 
etc., etc. En estimant à plusieurs centaines les personnages bour- 
guignons et comtois qui ont porté depuis le xiv e siècle ou portent 
encore le nom de « Juif» tout en étant baptisés, on ne sera pas 
loin de la vérité. 

Léon Gauthier. 
(A suivre.) 

1 Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 57, f° 229. 

1 Pièces just., n°136 (signalé et publié déjà par Simonnet, op. cit., 217). 

3 Pièces just., n°l37. 

* Arch. municipales de Dijon, B, 150. 

s Ibid., F, 1. 

6 Gartul.de Citeaux, I, 49 (Arch. Côte-d'Or). 

7 J. Garnier, Chartes de communes, III, p. 433, 435. 

8 2bid.,lll, p. 445. 

9 Arch. du Doubs, B, 114. 



L'AUTO DA FÉ DE LISBONNE 



15 DECEMBRE 1647 



Cet autodafé 1 , célébré sur le Terreiro do Paço, comprit un 
grand nombre de victimes dont une était française. La statis- 
tique s'en établit comme suit : 

1° Péfunts, accusés de judaïsme et acquittés : 4 dont 1 femme ; 

2° Vieux-chrétiens condamnés à des peines diverses pour bris 
de croix, protestantisme, sorcellerie, bigamie, hérésie, sodomie, 
etc. : 33 dont 13 femmes; 

3° Néo-chrétiens ou marranos, condamnés à des peines di- 
verses pour judaïsme : 22 dont 10 femmes ; 

4° Néo-chrétiens judaïsants, défunts, brûlés en effigie : 4 dont 
2 femmes ; 

5° Vieux-chrétiens brûlés en personne : 2 dont 1 sodomite et 
1 moine visionnaire ; 

6° Néo -chrétiens judaïsants brûlés en personne : 4 dont 
1 femme. 

Il y eut donc, soit en personne, soit en effigie, 69 individus figu- 
rant à l'auto da fé, dont 34 juifs 2 . 

Parmi les assistants 3 on signale le Roi, la Reine, les infants, 
l'ambassadeur d'Angleterre et M. de Lanier, résident de France. 
Le sermon fut prêché par le franciscain Joâo de Sâo-Bernardino 4 , 

1 Listes complètes des condamnés: Biblioth. nacion. Lishoa, ms. 198, f° 201 à 205; 
ms. 863, f° 157 à 161 ; Torre do Tombo à Lisbonne, ms. 959, à la date. — Listes 
partielles ne mentionnant que les brûlés et les notables : Bibl. nac. Lisboa, ms. 198, 
f° 199 à 200. — Cet auto da fé est mis à tort à la date du 22 décembre dans Jewish 
Encyclo/ied., I, 342. Il a été maintes fois cité, plus ou moins inexactement, à propos 
de lsaac Castro Tartas. 

2 Le ms. 198 de la Bibl. de Lisbonne, f° 199, indique par erreur, 63 victimes seu- 
lement. 

3 Bibl. Nac. Lisboa, ms. 863, f° 157. — Cf. les procès cités plus loin. 
* D'après Moreira, ms. 863 de la Bibl. Nac. Lisboa, f° 157. 



L'AUTO DA FÉ DE LISBONNE 263 

qui occupa de hautes fonctions dans son ordre (1625-1629) et qui 
fut, dit-on, un bon hébraïsant * . Il est regrettable que son sermon 
ne nous soit pas parvenu. 

Les Néo-chrétiens défunts, brûlés en effigie, furent les sui- 
vants : 

1° Francisco Fernandez*, dit le sarilho*, né à Ghamusca, 
fermier d'impôts, à Ulme. Il avait été marié deux fois : 1° avec 
IsabelFrancisca, catholique d'origine, habitant Ghamusca; 2° avec 
Catherina Rebello, de Pernes, catholique d'origine, dont il avait, 
à sa mort, trois enfants survivants : Maria, 14 ans, Inez, 12 ans, 
et Guiomar, 9 ans. — Accusé de judaïsme par une dizaine de per- 
sonnes, il fut incarcéré à Lisbonne le 15 septembre 1638, et mou- 
rut en prison, le 29 septembre 1639, à l'âge de soixante-et-onze 
ans. La procédure fut reprise contre sa mémoire en 1645-1646 ; 
elle aboutit, le 22 mai 1647, à la confiscation de ses biens et à la 
remise de ses ossements à la justice séculière pour être brûlés. 

'2° Joâo Roiz (Rodrigaes), de Torres No vas, dont nous n'avons 
pu retrouver le procès ; 

3° Dona Marianna de Macedo ou sœur Marianna dos An- 
Jos 4 , religieuse dominicaine du couvent des Donas à Santarem, 
née dans cette ville, dîme famille de la plus haute noblesse. Son 
père, Jeronimo de Macedo, d'Azambuja, gentilhomme de la mai- 
son du Roi. était fils de Francisco de Macedo, grand-veneur du 
roi Dom Henrique. Jeronimo de Macedo avait épousé une néo- 
chrétienne s , Beatriz Gomes Paes, fille de Fernando Gomes, rece- 
veur d'impôts à Santarem, et sœur de Nunes Paes, capitaine 
d'infanterie à Azinhaga. 

Sœur Marianna avait un frère illustre : Miguel de Macedo, 
gentilhomme de la maison du roi, chef d'escadre et gouverneur 
de Macao. 

Malgré cette belle parenté et de nombreuses alliances avec des 
vieux-chrétiens, Marianna de Macedo fut incarcérée à Lisbonne, 
le 11 décembre 1639. Elle était accusée de s'être déclarée israélite 
en présence de deux néo-chrétiennes, servantes de son couvent. 
Sa mère avoua, le 11 juin 1640, qu'elle avait judaïsé avec Ma- 
rianna et avec son autre fille Mecia de Macedo, vers 1626. Celle-ci 
reconnut le fait, fut condamnée et disparut, chassée par son mari, 



1 Barbosa Machado, Bibliotk. lusit., II, p. 610-612. 

2 Processo n° 11366 de l'Inquisition de Lisbonne. 

3 Ce surnom signifie « dévidoir ». 

* Processo n° 7530 de l'Inquisition de Lisbonne. 

5 Par n éo- chrétiens, nous indiquons les individus dorigine juive, que l'on nommait 
marranos en espagnol et anusim en hébreu. 



264 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le vieux-chrétien Antonio do Silva d'Almeida. La religieuse pro- 
testa contre ces accusations : plus de vingt témoins, cités par 
elle, constatèrent qu'elle était bonne catholique. De plus, l'une 
des accusatrices révoqua son témoignage, en 1645, sur son lit de 
mort. Tout cela ne servit à rien : sœur Marianna, étant décédée 
en prison, le 14 mai 1642, âgée de trente-trois ans, la procédure 
continua et finit, le 4 septembre 1647, par l'ordre de déterrer ses 
restes et de les livrer au bourreau. 

4° La quatrième personne brûlée en effigie fut Violante Nimez', 
de Santarem, fille du Docteur Simâo Fernandes. 

Elle était accusée de c< retirer la graisse de la viande » qu'elle 
mangeait, de travailler le dimanche, enfin d'avoir judaïsé avec un 
grand nombre de femmes qui se reconnurent coupables. Mais elle 
nia tout et toujours, depuis son incarcération en 1640. Le 26 fé- 
vrier 1642, on constata que l'accusée était devenue folle ; la pro- 
cédure ne s'arrêta pas : on poursuivit même les interrogatoires, 
comme s'il n'y avait aucun changement dans l'état de la pauvre 
femme. Elle mourut, « de vieillesse et de fièvres », dans son ca- 
chot, le 3 mars 1643. Par sentences des 10-23 juillet 1647, ses 
ossements furent envoyés au bûcher. 

Les Néo-chrétiens brûlés en personne furent les suivants : 

1° Antonio fîoiz (Rodrigues) do Castello-, marchand à Gelo- 
rico de Beira, âgé de soixante et un ans. De sa généalogie, très 
détaillée, nous extrayons les renseignements ci-après : son cousin 
Miguel Rodrigues avait ém'gré à Toledo ; sa cousine Branca 
Gomes partit en Espagne a vue son mari penitenciado 3 ; sa cou- 
sine Izabel de Sexas parut à un auto da le et vit son mari Fran- 
cisco Gomes Ferro mourir dans les cachots de l'Inquisition. 

Rodrigues do Castello avait épousé Brites Gomes, dont il eut 
cinq filles et un fils, tous arrêtés par le Saint-Office de Lisbonne. 
Lui-même fut incarcéré le 15 octobre 164'3. Il avoua qu'il judaï- 
sait tout en croyant à Jésus-Christ, mais pas à la Trinité ni à la 
Vierge Marie; singulier état d'âme, plus fréquent alors qu'on ne 
pourrait le croire. Il reconnut aussi qu'il enseignait les pratiques 
juives à ses enfants, vers l'âge de treize ans. Les gardiens de la 
prison le dénoncèrent, en 1647, comme ayant fait, dans sa cellule, 
plusieurs jeûnes judaïques. Pendant l'auto da fé du 15 septembre 
1647, il demanda à faire de nouveaux aveux, d'ailleurs sans im- 

1 Procès n° 1786 de l'Inquisition de Lisbonne. 

2 Procès n° 4808 de l'Inquisition de Lisbonne. 

3 Ou nommait ainsi les individus condamnés soit à l'abjuration publique, soit à la 
prison. 



L'AUTO DA FE DE LISBONNE 265 

portance. Le Tribunal maintint purement et simplement la peine 
de mort. 

2° Diiarte Henriques ! , riche marchand de Miranda do Douro, 
avait été condamné à cinq ans de galères à l'auto da fé du 25 juin 
1645, à Lisbonne. Il demanda, à cette époque, à faire de nouvelles 
révélations. Après des variations sans nombre, justifiées par l'a- 
veu que, « pour vivre, il dirait le faux ou le vrai », Henriques fut 
condamné à mort. Pendant l'auto da fé de 1647, il voulut encore 
citer ses complices, mais l'Inquisition s'en tint à la peine capitale. 
Avant l'exécution, qui eut lieu quelques jours après, il révoqua, 
le 17 décembre 1647, ses aveux et dénonciations, voulant mourir 
sans compromettre ses parents, ses amis, ses coreligionnaires. 

3° Maria Liàs-Soares-, veuve de l'avocat Domingos Lopes 
Freyre, native de Lisbonne, demeurant à Santarem, écrouée à 
Lisbonne, le 20 juillet 1644. 

Parmi ses nombreux parents, il y a lieu de mentionner : ses 
neveux Joâo et Manoel Soarez, sortis de Portugal, Luis Soares 
Borges, prêtre à Santarem, arrêté aussi par le Saint-Office, Diogo 
Soares, prêtre à Rome; ses fils Francisco, Manoel, Jeronimo et 
Tristâo, émigrés au Brésil; sa fille Violante Soares, veuve de 
Leitâo-Nogueira, arrêtée par l'Inquisition. 

Maria Luis Soares avait été accusée de judaïsme par diverses 
personnes dont le médecin Diogo Rodrigues, brûlé à Lisbonne en 
1642. Un inquisiteur lui conseillant d'avouer et lui promettant sa 
bénédiction et la liberté, elle avoua, eut la bénédiction, mais resta 
dans son cachot. Pour un motif que nous ne devinons pas, on 
s'arrangea de telle façon qu'elle put communiquer avec sa fille 
Violante, également prisonnière, qui lui reprocha ses aveux. La 
pauvre mère déclara aux Inquisiteurs qu'elle révoquait sa confes- 
sion, cas très grave. Effrayée, conseillée par d'autres détenues, 
elle avoua de nouveau son judaïsme, disant, la plupart du temps, 
qu'elle ne l'avait pratiqué que pour se guérir de ses maladies. 
L'un de ses gendres, le vieux-chrétien Gaspar Nogueira de Souza 
eut le courage de la défendre II indiqua au Tribunal toute une 
série de gens, ennemis de Maria Luis Soares et qu'il supposait 
être ses dénonciateurs. Après une longue procédure, au moment 
où on lui notifia l'arrêt de mort, l'accusée révoqua une partie de 
ses confessions. Elle parut à l'auto da fé de 1647 et fut brûlée, 
croyons-nous, en janvier 1648. 

4° La plus intéressante victime de l'auto da fé du 15 décembre 



1 Procès n° 1774 de Lisbonne. 
a Procès n° 7527 de Lisbonne. 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1641 est bien connue dans l'histoire du Judaïsme : c'est Isaac de 
Castro Tartas, chanté par Selomoh de Oliveyra et par le trop 
fécond poète Daniel de Barrios ! . 

Sa mort fut des plus héroïques. 

Menasseh ben Israël nous dit qu'il le connut en Hollande et 
qu'il ne sait « par quel hasard » il partit au Brésil. Ce demi-aveu 
échappe au grand Hakham dans son édition espagnole -. 

On a beaucoup ergoté sur la date de son martyre. Ce problème 
est résolu par la lecture de son dossier que nous analyserons ici 
sommairement. Nous suivrons l'ordre chronologique des faits et 
non celui des pièces de la procédure. 

Isaac de Castro était né à Tartas \ en juillet 1626. Il était fils 
de Christovâo Luis et d'Isabel de Pas, néo- chrétiens natifs de 
Bragance. Parmi ses parents, on peut citer : André Rodrigues 
Orobio, son oncle, marié en France ; Violante de Paz, sa tante, 
devenue juive à Amsterdam, où elle épousa Abraham de Aguilar; 
David de Castro Tartas, son frère, célèbre imprimeur d'Ams- 
terdam. 

Le martyr de 1647 eut dix frères et sœurs, tous nés et bap- 
tisés en France, où leur père était officiellement catholique, mais 
judaïsait secrètement. Vers 1634, un Juif du Levant vint à Tartas 
passer dix-huit mois pour y enseigner le judaïsme aux Portugais 
néo-chrétiens ; il habitait chez Christovam Luis, qui lui confia 
l'instruction religieuse de son fils Isaac de Castro, alors nommé 
Thomas Luis. Celui-ci alla étudier à Dax 4 chez un de ses parents 
vers 1637, puis chez les Jésuites de Bordeaux, où sa famille était 
venue se fixer à la suite de vexations subies à Tartas. Les études 
du jeune homme paraissent avoir compris, outre les humanités, 
quelques principes de médecine et un peu de théologie. Dans une 
déposition du 10 mai 1646, Antonio Telles da Silva, capitaine- 
général du Brésil, dit que Tartas parlait très bien l'espagnol, le 
français, l'hébreu, le latin et même d'autres langues. Menasseh 
ben Israël, juge plus compétent, déclare que le jeune homme 
était bon helléniste et bon latiniste 5 . Une longue note autographe, 
insérée dans son dossier, nous prouve qu'il écrivait facilement en 
latin et môme qu'il versifiait un peu en cette langue. 

vers 1640, la famille Luis passa à Amsterdam ; le père fut cir- 

1 Nous devons publier une étude spéciale sur Isaac de Castro Tartas; on y trou- 
vera la bibliographie des ouvrages qui le concernent. 

2 Bsperança de Israël, p. 99-100. 11 est dit de Tartas qu'il alla à Pernambuco, no se 
por que fortuna. 

3 Chef-lieu de canton du département des Landes, en France. 

4 Département des Landes. 

5 Loc. cit., p. 99 : Harto iuteligente en las Letras Griegas y Latinas. 



L'AUTO DA FÉ DE LISBONNE 267 

concis sous le nom d'Abraham de Castro ; la mère devint Benve- 
nida de Castro ; Thomas fut circoncis par David Pardo et prit le 
nom d'Isaac de Castro. Il paraît avoir voulu continuer ses études 
médicales, car il se rendit à l'Université de Leyde f . Il y eut une 
discussion avec un jeune noble qu'il tua, sans doute en duel. Pour- 
suivi par la justice, Isaac partit à Recife (Pernambuco), ville du 
Brésil alors occupée par les Hollandais. Il y resta quatorze mois, 
judaïsant ouvertement, ayant même une forte discussion avec le 
clergé catholique à l'occasion d'une procession. Ses ennemis de 
Hollande firent continuer les poursuites au Brésil. Castro s'enfuit 
alors (1644) sur le territoire portugais. Tel est le motif qu'il nous 
donne de sa venue dans un pays catholique. De nombreux 
témoins chrétiens déclarèrent à l'inquisition qu'il était allé à 
Bahia dans l'intention d'enseigner le Judaïsme aux néo-chrétiens, 
ce qui est aussi l'avis d'Isaac Cardoso 2 . 

A son arrivée à Bahia, on le prit pour un espion hollandais, 
mais il fut tout de suite mis en liberté par le gouverneur. Il se 
présenta à l'évêque sous le nom de Joseph de Liz 3 , déclarant 
qu'il était Juif. Le prélat « se crut en présence du Diable », fit 
maints signes de croix, poussa des hurlements. Le jeune homme, 
saisi de crainte, dit alors qu'il voulait être baptisé. Le 16 dé- 
cembre 1644, l'évêque de Bahia fit amener Tartas et l'interrogea. 
Il se dit né à Avignon, terre papale où le Judaïsme était libre, fils 
du Juif Abraham Meatoga 4 ; il ajouta qu'il avait habité Tartas, 
Bordeaux, Paris, Amsterdam, Pernambuco; son récit est un mé- 
lange de vérités et de mensonges, destinas à lui éviter des ennuis 
avec l'Inquisition, que l'évêque représentait à Bahia. 

De nombreux témoins vinrent déposer qu'ils l'avaient vu ju- 
daïser ouvertement à Parahyba et à Recife. Il fut arrêté par le 
prélat, qui saisit ses tephilin et l'envoya, le 4 ou le 5 janvier 
1645, à l'Inquisition de Lisbonne, où il fut écroué le 15 mars sui- 
vant. Imerrogé, pour la première fois, le 22 juin 1645, il se 



1 C'est ce que dit Castro Tartas dans ses interrogatoires, mais, dans un récent 
voyage à Leyde, j'ai constaté que son nom ne figure dans aucun registre de l'Uni- 
versité. 

2 Las excelencias de los Hebreos, p. 224. 

3 Nous ne savons pourquoi Castro prit le nom de Lit, que nous trouvons rarement 
chez les Néo-Chrétiens. — En 1716, un Abraham Lopes de Liz, âgé de soixante-dix 
ans, écrivit à Amsterdam une belle copie de la 6 e Decada de Joâo de Barros {Cata- 
logue de vente de la succession de feu M . D. Henriques de Castro, n° 556. — Amster- 
dam, 1899, in-4°). Le fils de Jacob Berachel, qui fut l'un des fondateurs de la Com- 
munauté de Londres, prit aussi, en Hollande, le nom de de Liz. 

* Meatoga est probablement une erreur du secrétaire portugais, il faut lire : Mea- 
tob, nom d'une famille juive de Hambourg (M. Grunwald, Portugiesengràber, 
p. 116). — D'ailleurs, Tartas dit, le 18 déc. 1644, qu'il se nomme Meato. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

déclara nettement Juif. D'après lui, sa mère avait fait baptiser à 
sa place un enfant de paysan. Il avait pratiqué extérieurement le 
catholicisme à Tartas, mais pas à Bordeaux, grâce à la tolérance 
dont jouissaient les Protestants. Dans les interrogatoires qui sui- 
virent, il exposa longuement les motifs de ses croyances, se 
disant prêt à mourir pour sa foi. Toutes les formalités procédu- 
rières furent accomplies : il eut des curateurs, en sa qualité de 
mineur, et même, plus tard, on lui donna un procurador ou 
avocat. 

Au cours de ses interrogatoires, Tartas avait déclaré qu'il était 
de bonne foi, disposé même à se convertir si on lui démontrait, 
— ce qu'il n'espérait pas, — les erreurs du Judaïsme. Le 15 dé- 
cembre 1645, l'Inquisition délégua auprès de l'accusé trois prêtres 
chargés de sa conversion : le dominicain Manoel Rebello, qui fut 
prédicateur à l'autodafé de Lisbonne en 1638; le jésuite Manoel 
Cordeiro, que ses travaux ne préparaient pas à cette entreprise ' ; 
le dominicain Pedro de Magalhaès, dont nous ratifions volontiers 
l'éloge fait par le P. Jacob Echard 2 : « c'était vraiment un homme 
« d'une grande honnêteté, d'une grande érudition et d'une piété 
« admirable ». 

Les efforts de ces religieux furent inutiles : Tartas resta bon 
Israélite. Dès le 26 juillet 1647, le P. de Magalhaès disait : « Il se 
« laissera très facilement brûler vif et il s'y prépare. » Les Inqui- 
siteurs de Lisbonne émirent d'abord l'avis qu'on ne pouvait le 
condamner, parce que son baptême n'était pas certain 3 , mais le 
Conseil général du Saint-Office cassa ce jugement. 

Une très intéressante enquête se fit sur la question de savoir si 
un homme né à Tartas, c'est-à-dire en France, pouvait être Juif 
non baptisé. De l'ensemble des témoignages, dont ceux du consul 
français et du P. Ponthelier, il résulte que les Juifs vivaient en 
France sous le masque de bons catholiques. 

Les discussions théologiques entre Tartas et les Inquisiteurs 
durèrent de 1645 à 1647. Le 29 juillet de cette dernière année, 
l'accusé déclara « qu'il ne croyait pas à la Loi de Moïse pour avoir 
« des honneurs ou des richesses », sachant bien « qu'il mettait sa 
« vie en danger en conservant cette religion ». 



1 De Baker, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus. Bibliographie, II, 1433. — 
Ed. Sommervogel. 

2 Scriptores ordinis Prœdicatortm, II, 299. — Voir aussi Barbosa Machado, Bi- 
blioth. Lusitana, III, 590-591. 

3 L'Inquisition ne poursuivait pas les judaïsants comme Juifs, mais comme chré- 
tiens infidèles ; elle n'avait de juridiction que sur les gens réputés chrétiens par leur 
bjptême. 



L'AUTO DA FE DE LISBONNE 269 

Le 1 er août suivant, le bureau [niez a) de l'Inquisition de Lis- 
bonne émit l'avis de réserver Tartas, car il n'était pas d'usage de 
brûler des gens âgés de moins de vingt-deux ans. 

Le 15 novembre lr.47, on vient dénoncer que le marlyr se pré- 
pare à la mort: il ne veut plus des viandes servies parle geôlier 
parce qu'elles ne lui paraissent pas cacher ;il ne consent plus à ce 
qu'on allume la lampe ou la chandelle dans sa prison pendant tout 
le sabbat. Un jour même, au cours d'un interrogatoire, il refuse 
de s'agenouiller avec le Tribunal, au moment où le Viatique passe 
devant la salle d'audience. 

Le bon P. de Magalhaês l'avait bien dit : Isaac de Castro Tartas 
attendait le bûcher sans hésitation, « étudiant comment il devait 
« se comporter avec modestie et patience ». 

Nous passons ici sous silence la suite des discussions th^olo- 
giques avec de nouveaux convertisseurs. 

Le 17 novembre 1647, la procédure l'ut close : l'accusé était 
condamné à mort. Il paru? à l'auto da fé du 15 décembre suivant, 
mais ne mourut pas ce jour-là. 

L'exécution de la sentence n'eut lieu que le 3 janvier 1648. On 
dit * qu'il expira en récitant à haute voix la grande profession de 
foi israélite, le Schéma Israël. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il 
fut brûlé vif, se déclarant énergiquement Juif de cœur et de 
croyance. 

Cardozo de Bethengourt. 

Lisbonne, octobre 1904. 



1 Comme source portugaise, on n'a que le manuscrit précité de Moreira, qui est de 
la seconde moitié du xix e siècle ; mais il y a des traditions judéo-hollandaises du 
xvn e siècle. Nous publierons, au sujet de ce t'ait, la relation du ministre de France 
à Lisbonne. 



LES 

MANUSCRITS ET INCUNABLES HEBREUX 

DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L'ALLIANCE ISRAÉLITE 

(suite et fin ') 



N° 21. I : b^frîQ. Halakhôt, ou usages religieux du rite Aschke- 
nazi, par R. Jacob Lévi, fils de Moïse Moliu. Transcrit en 1479, selon 
la date d'une Ketouba libellée f. 115 a ; le f. 7 manque (imprimé en 
4556 à Sabionetta, in-4°). — Cf. ci-après hausn 'Onaia (n° 140). 

II : û^inn nvyft, traité des sens; commence au fol. 131. 

Ce volume formait le n° 43 des mss. de S. I). Luzzatto. Voir ses Let- 
tres, éd. Grâber, lettre 406. 

In-4° de 160 ft'., papier ; écriture cursive italienne. 

N° 197, en deux parties. A. I : 0313© "porm '073 ïafctZiatD ffla. Relevé 
des lacunes du Se fer Youhasin (chronique); imprimé. Double des 
marron ci-dessus (n° 125). 

II : ina '"i "îaKTïn iaavi8 nbtDta nsaittafi non: . Justification du lieu- 
tenant de Sabbataï Cevi, Nathan de Gaza. 

III : '-D1 Q"»-jp^i d^liû û"nfc N ». Notes d'exégèse biblique. 

IV : Dmu) îj"«dt ^arc.Deux homélies, l'une sur la section Toledot, 
l'autre sur Wayyischlah. 

V : irnnïi nWîD rûÉp ba» fcpauîs. Explications bibliques, d'après 
Jacob b. David Cohen. 

Ces cinq articles forment la partie d'un ms. ayant appartenu à 
E. Carmoly. 

B. Cahier contenant la copie "porm 0» 0D*i3O ira « ce qui a été im- 
primé du Se fer Youhasin » faite par Isidore Loeb d'après l'édition 
du S. Youhasin. 

Iu-4° de 73 ff., papier; A: écriture Raschi ancienne et moderne; B: 
écriture carrée, avec notes. 

1 Voir plus haut p. 74. 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 271 

b^tiîfi nDltt. Poème moral attribué à Haï Gaon. Voir rrobtt 
ïWittn (n° 10). 

N os 22 et 131. û-Oiaa nm». Texte arabe du (7wi^ to Egarés de Maï- 
monide, 2 e partie. Eu marge et entre les lignes, variantes écrites 
d'une encre pâle. 

1° gr. in-8<>, papier; 2° in-4° de 98 ff., vélin; les deux vol. en 
écriture carrée. 

N° 110. YOUTi rr-OTE. Formules de divorces faits depuis l'an 5440 
(1680) à Venise, avec signatures des parties et des témoins, par Méir 
fils d'Abraham Schwab, suivies d'un traité sur ce sujet. A la fin, 
deux répertoires : l'un des prénoms masculins, l'autre des prénoms 
féminins. — Benjacob, s. v. f dit qu' « en 1867 Steinschneider a vu un 
ms. portant ce titre, entre les mains de Felsen » (?), sans autre indi- 
cation. 

In-4°de 92 ff., papier; écriture rabbinique italienne. 

N°111. p-no p Drtttt marna. Dictionnaire des racines hébraïques 
par Menahem ben Serouq. Copie exécutée par le scribe Isaac, termi- 
née le 1er T vyar (5)596 (=17 avril 1836). Bien qu'il y ait "irp = 196 
(1436), il est certain qu'il faut sous-entendre le chiffre 'n, soit ensemble 
1 836, car ni le papier ni l'écriture ne laissent de doute sur sa modernité 
(publié pour la première fois par Filippowsky à Londres, en 1855). 

Iu-4° de 263 pp., papier ; écriture cursive judéo-allemande. 

N° 23. nosbi tr-nsb û^"iirtt mraïub î:ûu:n niTnft (titre pris au dos 
du volume, tel que l'a marqué le relieur). Rituel selon le rite alle- 
mand pour les samedis spécialement fêtés, pour Pourim et pour 
Pâque. Le texte usuel commence au verso du fol. 1. Les passages anti- 
chrétiens sont raturés. knSchemoné-esré de Pourim, il y a des Piou- 
tim plus développés que dans les éditions, savoir les morceauxniTN, 
iinDON, û^n, d'Eléazar b. Kalir. A la Ad, il manque quelques pas- 
sages. — Les lettres des rubriques sont ornées au milieu par des ro- 
saces. Dans certains mots, des lettres en creux sont préparées pour 
des enluminures. Ce volume a été offert à S. D. Luzzatto par son 
élève Juda Ariéh WPN. Sur ce nom, voir D. Kaufmann, Préface aux 
Lettres de S. D. Luzzatto, édit. Gràber (1882), p. x. 

In-fol.de172 ff., tantôt à une colonne, tantôt à deux col., vélin; 
écriture carrée. 

N° 24. "mma. Rituel des fêtes de Rosch ha-Schana et de Kippour, 
rite allemand. Dessins en couleur et or, et lettres enjolivées de feuil- 
lages, ou historiées. Passages censurés. Pour les autres détails, voir 
la description spéciale avec reproduction des enluminures dans 
Revue, XLVII, p. 230-240. 

In-fol. de 451 ff., vélin ; écriture carrée avec points-voyelles pour 
le texte ; indications en lettres rabbiniques, les premières italiennes, 
les autres allemandes. 

N° 231. Prières des mêmes fêtes, rite de Garpentras. Ecrit en 1708. 

En 2 vol. in-4° de 166 et 240 ff., papier; écriture carrée vocalisée. 

N° 26. Mahzor pour la solennité de Kippour, précédé du rituel quo- 



•272 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tidien à partir du milieu de Pavant-dernier Alléluia (Ps., cxlix) jus- 
qu'à n»©3. Ce volume contient quelques selihot qui ne se trouvent 
pas dans les Moh:orim imprimés. Il y a encore d'autres différences 
avec les éditions: dans la prière du soir, la seliha D"mx n?2"in suit 
celle dite îaitt'ïK ^n; celle qui commence aux mots "OniN ^ms est 
copiée en trois parties ; dans celle-ci on lit la forme hébraïque baban» 
au lieu du cbaldéeu «••blbin», etc. La seliha "W b» ù^nrN est en- 
tièrement raturée, de même que d'autres passages. Plusieurs pages 
sont même coupées. 

Iu-4° de 270 ff., vélin ; lettres des rubriques et d'un grand nombre 
de répons en rouge et autres couleurs. 

N° 25. dTOïHDKn arsa» ^EO n"m ï"ï""ib -nm» (titre factice). Rituel 
des deux grandes fêtes de liosch ha-Schana et de Kippour, contenant des 
Piontim et des Selihot en grande partie inédits ; pour le texte cou- 
rant, le scribe renvoie à une « grande édition » et à une « petite ». 

In- fol. de 29 ff. papier; écriture carrée, calligraphie moderne. 

N° 1 12. Mahzur comtadin pour les deux jours de Rosch ha-Schana et 
de Kippovr. Incomplet, s'anête au milieu de la prière du soir (veille) 
de Kippour. — Sur les feuilles de garde en tète et à la fin, le nom 
Abraham ben Moïse de Monteux, "^b^BS"!» (lapsus pour yb'taj'l»). 

Iu-i° de 1 51 pages, papier ; caractères Raschi. 

N° 172 Idem. Prières et Selihot pour les jeûnes et les fêtes. Incom- 
plet : commence au jeûne du 10 Tébét. 

In-8° de 91 ff , vélin ; caractères carrés. 

N° 173. Idem. Rituel comtadin pour la fête de Rosch ha-Schana. 
Copie exécutée par Elie b. Isaac Dalpuget le 21 Eloul 5408 (sep- 
tembre 1648). 

In-4° de 99 ff., papier ; caractères carrés. 

N° 27. mm». Rituel de Pâque, du rite Sefardi. Il contient : les 
prières usuelles, la section du Pentateuque lue à l'office, des Piou- 
tim pour Pâque, la Haggada pascale avec commentaire de Raschi. 
Au commencement il y a un vocabulaire allant du mot mx jusqu'au 
mot p^ ; il faut tenir compte de l'interversion des feuilles due à 
l'inadvertance du relieur (les ff. 1 et 2 entre 19 et 20). A la fin, divers 

In-4° de 80 ff., papier; écritures diverses: carrée, rabbinique, cur- 
sive. Maintes pages sont en mauvais état, et plusieurs manquent. 

N° 28. Idem (sans titre). Rituel pour les deux grandes fîtes de 
Rosch ha-Schana et de Kippour, rite romain. Ecrit avant 1460. Voir 
Letties de S. D. Luzzatto, édit. Gràber, lettres 201 et 269. A la fin du 
volume, on lit le nom du propriétaire : Salomon Catalani. 

In-fol. de 144 ff., vélin ; écriture carrée; indications en caractères 
Raschi. 

msanoiïTi /û^jiwnn ,nns , p ,irpa"i* : mm». Voir ïiben (n° 57). 

ttaTOn nnta rV'n b»c mm». Voirrrnasrî 'o uMl). 

M° 113. n;i?:N™ p^Tri/û. Ouvrage Ue poié.uique pur Mardoehee ben 
Iehosifya (1270), contre l'apostat Saùl (Voir Zuuz, Zur Geschlchte u. 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HEBREUX 273 

Litteratur, p. 480). Fragment de ce iivre, copié sur le ms. du Va- 
tican, cod. hébreu n° 271, par Isid. Goldblum, en Heschwan 649 
(oct. 1888). 

In-8° de 13 pp.. papier ; écriture judéo-allemande. 

Iïtône nrùE et bbn '-) ansa. Voir b«:a-nN XII et XIII (83). 

n*naan û^rirofc par Isaac Schor, rabbin de Bucharest. Voir W 
û->nr073 (n° 62). 

N° 29. 'n nvanb». Lettre d'Abraham fils de Maïmonide, en réplique 
aux attaques dirigées contre les opinions de son père. La présente co- 
pie a été faite sur l'édit. Wilna, publiée en 1 82 1 , par Moïse b. Salomon 
de Downo, par Abraham Lœbesch Ciyyon de Lemberg en 1830. — 
Après la fin n"iti) 173K, le copiste raconte avoir vu dans le commen- 
taire ms. de R. Zerahia Ha-Lévi, sur le More, une autre lettre dé- 
fendant des idées de Maïmonide, écrite par R. Scheschet Cewi et 
adressée aux savants de Lunel, à propos de la lettre que leur avait 
écrite R. Méir de Tolède, sur la résurrection des morts. Cette lettre 
forme un cahier de 8 pp. — Ce volume est le 85 des mss. de S. D. Luz- 
zatto, selon sa lettre n° 406, fin. 

Iû-8° de 16 fî., papier; écriture cursive allemande. 

N° 73. ÛttJM mnnba 'O. Ouvrage exégétique et dogmatique par Lévi 
b. Gerson ; achevé le 7 Schebat 5089 (= 7 janv. 1329) ; imprimé à Riva 
di Trento, 1560, fol. 

Petit in-4° de 312 ff., vélin ; écriture rabbinique espagnole. 

N°114. Idem, V e partie de ce livre, consacrée à l'astronomie, impr. 
à Riva di Trento dès 1536. Tableaux des longitudes et latitudes. — 
Copie exécutée sur le ms. de la Bibliothèque nationale de Paris, 
n" 693 3 , par Léon Schlossberg. 

In-4° de 12 ff., papier; écriture judéo-allemande. 

N° 140. rîjUîr; ">^rrD72. Usages religieux de toute l'année par Jacob 
fils de Moïse Mollin, b""n!t72. A la fin, un constat de vente par Calo- 
nymos fils de Jacob à Calonymos fils de Yehezkel V£"ip, pour 22 li- 
vres. — Cf. b-nnE(n° 21). 

In-4° de 19 fi'., papier; écriture rabbinique italienne. 

N° 148. I : [O^na»]. Usages religieux de toute l'année ; anonyme. 
Les fi. 38 et 39 manquent. Entre les ff. 40 et 41 se trouvent des règles 
pour le calendrier des années juives 5074 à 102 (1314 à 1342) et la nnsn 
nvuns, ordre des lectures sabbatiques. 

II : ypti "^tt^O. Météorologie et astrologie. 

III : nTJïï TF n - Formulaire de toutes sortes de contrats par R. 
Ascher Halévi b. R. Eliakum, Hazzan à Worms — Cette dernière pièce 
a fait supposer que le tout émane du même auteur. — Le vol. est dé- 
fectueux en tète et à la fin. 

In-4ode 113 ff., vélin ; petits caractères carrés. 

N° 174. wii^ nn27D. Supercommentaire du commentaire de Raschi 
sur le Pentateuque par Juda b. Eliézer (imprimé dans le recueil 
fc^pï n*% Livourne, 17S3, fol.). Voir sur ce ms., plus haut, p. 40 
et 41. 

T. XL1X, n° 98. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Iu-4° de 93 ff., outre 41 ff. de notes éparses ; papier; écriture rab- 
binique italienne. 

Mo 196. I : rrm* rOOtt. Règlement somptuaire des Juifs de Venise, 
en date du 10 Adar 5457 (26 février 1697), traduit littéralement de 
l'italien en hébreu, sous forme de traité talmudique, texte en grands 
caractères au milieu, avec double commentaire en marge. — L'ori- 
ginal italien est imprimé dans Arckivio veneto de 1887, avec d'autres 
règlements, analysés par Leone Luzzatto. Notre ms. contient, en plus, 
une préface et des notes. 

IL Notes sur ce ms. par Isidore Loeb. 

In-8° de 31 pages, papier; écriture carrée (au milieu) et rabbinique 
italienne. 

N° 115. nniû P3073. Copie du traité du Talmud Babli Schabbat, 
exécutée d'après l'édition d'Amsterdam (1619) par Mardocbée fils de 
Samson ; texte seul. 

In-8° de 184 ff., vélin ; écriture cursive judéo- allemande très fine. 

N° 116. v 'tfb myOTa. Voyages en Palestine. Incomplet au commen- 
cement et à la fin. Le 3 e feuillet contient l'histoire de Joseph fils de 
Pedath; le 5 e f. conduit « de Palestine au dehors », à l'Est. 

In-4° de 5 ff., papier ; écriture Raschi. 

aobtaN ar&tt^ rwnta n-n^ 'd. Voir "ibijïi rvnso (n° 39). 

mî-tbtfïi ro*i*E. Livre de Kabbale par I. Péreçb. Isaac Cohen Ghe- 
rondi. Voir nrPBOM m 73123 V (n° 55). 

N° 30. *n£N ni233>73 . Grammaire hébraïque, avec remarques sur 
l'œuvre de R. David Kimhi, parProfiat Duran, surnommé Efodi. Ecrit 
l'an "IN" 1 (1451), au mois de Kislew, par Isaac p*iNT (Zarq?), selon les 
termes des dernières lignes écrites par Joseph Almanzi. Les quatre 
premiers feuillets et les deux derniers (chap. xxxm) sont écrits en 
caractères cursifs italiens modernes. 

In-4° de 270 ff , papier ; écriture rabbinique. 

N° 31. an !ii23J>73. Ce titre vague d' « histoire méchante » masque 
une copie littérale du "I123" 1 rrnbin « Vie de Jésus », édité par Wagen- 
seil, dans ses Tela ignea (Altdorf, 1681, in-4°); cette copie offre d'im- 
portantes variantes en tête et à la fin : elle commence par les mots 
Hùhrb 'a 2131233, sans dire (comme l'a explicitement le texte imprimé) 
de quel règne il s'agit. A la fin, au lieu de Juges, v, 31, il y a des im- 
précations contre le Saint Synode et la cour papale. 

In-24 de 10 ff. , papier; écriture rabbinique allemande, vers le 
xv e siècle. 

nvw». Voirbanan nvtbm (n° 1 79) et won h "•pns IV (n° 178). 

D^i23inrs ma*». Voir b"nrt73 (n°2<î). 

N"119. nns73. Catalogue de la bibliothèque de Salomon b. Samuel 
Cohen d'Amsterdam, Ï3T1DD73K, composé en 1782; en 2 col., 1° prove- 
nance, 2° prix. — Collection Carmoly. 

In-fol. de 260 ff., papier ; écriture judéo-allemande. 

N° 117. maato. Recueil de 187 inscriptions tumulaires des rabbins 
et des savants de la ville de Smyrne. Sur une copie de ces épitaphes 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 275 

faite en 5628 (1868), une transcription a été exécutée le 13 Adar 5647 
[9 mars 1887). — La 1 re stèle, de Hayim Algazi, est du 23 Tamouz 5300 
(28 juin 1540) ; la dernière, celle de Hayim Faladji, est du 17 Schebat 
5628(10 février 1868). On y remarque les noms suivants: Amato, 
n°*4,7, 168; Rodeti, n° 5; Arditi, n os 10, 158, 160-1; Escapo, n° M ; 
Soriano, n° 12 ; Vital Tabouk, n° 19; lbn Sossan, n os 10 et 23 ; Elmoli, 
n° 21 ; Calomete, n os 27 et 163; Gatinio, n os 142, 146; Falion, 144; 
Schabtaï Gewi, du Kurdistan, n° 152; Abrabanel beosa-DN, n° 187. 
La stèle de R. Isaïe Dayan, n° 87, a une épitaphe rimée en cinq 
tercets. Cf. Rapport sur les Inscriptions hèbr. en France, p. 169. 

In-8° de 22 ff., papier ; belle écriture Raschi. 

Û-W mb-iru 3^70. Voir rpT I (n° 81). 

N° 32. marait 'Ô . Livre des 613 préceptes par Moïse Maïmonide 
(édit. princeps, Constantinople). Le présent ms. contient le texte 
arabe, à partir de la fTtëtfa 94, copié à Oxford sur le ms. Uri n° 341 
(numéro actuel 858), par B. Goldberg, et achevé le 23 kislew 625 
(22 décembre 1864). Ce texte arabe a été publié par Moïse Bloch, 
Paris, 1888. 

In-12, en2 vol. à pagination continue : 1°127ff., 2 8 128-181 ; papier; 
lettres judéo-allemandes. 

N°150. Idem. Traduction du même livre, en hébreu, par Salomon 
b. Joseph ibn Ayyoub ba-Sefardi (mss. analogues à Parme, n 09 221 et 
1234). Copié sur le ms. appartenant au baron D. de Gunzburg par 
Léon Schlossberg ; vérifié par Moïse Bloch, qui a déclaré par écrit 
que la copie est bien exécutée. Une partie de cette traduction a été 
éditée par Peritz, en 1888. 

In-4° de 118 pages, papier ; écriture judéo-allemande. 

N°171. rixnbNbN oissbN bïa *b ribNpïï- Dissertation sur l'âme par 
Joseph b. Juda ibn Aknin. Texte arabe en caractères hébreux, copié 
par B. Goldberg à Oxford en 1852, sur le ms. 1273 1 de la Bodléienne 
(numéro actuel). — F. 35-36. \M2">12 'n dSÔD, et notes diverses. 

In-8° de 36 ff., papier; écriture cursive judéo-allemande. 

N° 157. aabN ">£> jw^d p ïlttlp»' Introduction d'Avicenne à son ou- 
vrage de médecine. Transcrit par 'Atiah de Damas. Inachevé. 

Petit in 8° de 22 ff., vélin; écriture orientale. 

N° 33. m û212 ttHpto, ou le Dante hébreu, par Moïse fils d'Isaac de Rieti, 
appelé aussi Makbéret Rieti. Exposé général des sciences d'après 
les philosophes arabes et juifs, des doctrines théologiques, etc. (pu- 
blié par J. Goldenthal à Vienne, en 1851). C'était le n°51 des mss. de 
S. D. Luzzatto, selon ses lettres 77, 152 et 406. 

In-4° de 35 ff., papier ; écriture Raschi. 

N° 118. mEbnrt bs> mptt fian» '©. Index talmudique par Joseph 
Loria. Les 44 premiers feuillets contiennent tous les versets bibliques 
cités par le Talmud et les Midraschim (conformément au ms. de la 
Bodléienne, n° 2263 ; genre Toledot Aron). — F. 44 b : énigme d'Ibn- 
Ezra, dont l'explication donnée par Ralbag est écrite ff. 45 et 47. Puis 
viennent 43 ff. de Dinim sur la Schehita, composés par Juda fils de 



276 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Benjamin de Modeste (xve siècle) et transcrits par Ben Sion Mariam- 
nan. — F. 93 : Un certain Ismael fils de Rafaël Nahman est déclaré 
apte à la Sihehita, selon certificat délivré par R. Dalmonis, de Pesaro. 

In-4° de 96 ff. et 12 ff. blancs; papier ; caractères rabbiniques. 

N° 60. T£ip. Lexique en arabe des mots difficiles du Talmud, par 
Tanhoum b. Joseph de Jérusalem ; ce lexique porte parfois le nom 
hébreu Manklg. 

In-4° de 84 ff., papier; belle écriture Raschi. Les 9 derniers ff. sont 
fortement piqués. 

N° 34. TiMbnrt ^bïïîa. Sentences talmadiques tirées d'En Jacob, ran- 
gées d'après Tordre alphabétique, par Joseph b. Baruch Luzzatto, de 
Sandaniel, de 1720 à 1730. Une note de S. D. Luzzatto au verso du 
titre dit : « R. Joseph avait été orfèvre, frère de R. David, père de R. 
« Baruch b. Hassid, mon grand-père, père de mon vénéré père R. 
« Hizkia. Plus tard, j'ai trouvé que ce livre a été imprimé à Venise 
« en 1612, sous le titre bfirra^ *p* "n^Ntt mb, textes condensés et 
« classés par Eliézer b. Tsaac Rieti; mais le présent ms. a, de plus, 
« des additions. » 

In-12de79 if., papier ; écriture cursive. 

, iïitD2E , i îTVTC3ï"ï. Idées sur l'éducation par Isaac Schor, rabbin de 
Bucarest. Voir û^nrofc 15e (n° 62). 

lb">îi naina. Voir n^Nïi b* maN (q° 3). 

nDyabîi noi3. Voir UOT3Œ riïï II (n° 197). 

ïrnnoart 'o. Voir wbN 'n ^pns vi (n° 178). 

N° 63. ûb*an 'o. Mémoire sur l'état des Israélites de Russie, par 
Cewi Hirsch Daïnow. En tête, photographie de Tauteur, 1870. 

In-8° de 57 pages, papier; belle écriture rabbinique. 

N° 222. *pni£jn '0. Réponses aux objections des hérétiques [chré- 
tiens] contre la Bible, en 82 articles; anonyme. Le présent ms. se 
compose d'extraits du y* 3 " 1 "pn^a 'o du xrn e siècle, imprimé dans les 
Tela ignea de Wagenseil. —Relié à la suite du pïW mibin d'Aron 
de Pesaro (édit. de Venise, 1591), livre également enrichi de notes 
manuscrites. 

In-8° de 52 pages, papier; écriture judéo-allemande. 

nions bab m&mpîTïro. voir cra-ps n (n° 42). 

N° 75. "jtwin p"p ïriïKï manna» nos bp iio. Prières du Sabbat 
Haggadol, la Haggada pascale, s'arrêtant après la « bénédiction» du 
4 e verre; puis rituel des offices de Pâque et de Pentecôte, suivant 
le rite d'Avignon, avec deux séries de mnnîN, une pour chaque jour. 
— Ecrit par Mardochée b. Yeheskel de Saadia le 27 Adar II 5499 (6 avril 
1739), à l'usage de son neveu Abraham Nofaït, fils de son frère Jo- 
seph Hayim de Saadia. Volume ofiert à l'Alliance en juillet 1875, par 
MM. G. et J. Vidal-Naquet, M. Lisboune et M. Astruc, en mémoire de 
feu leur père et beau-père Moïse Vidal-Naquet, de Montpellier. 

In-fol. de 75 ff. et 6 blancs, vélin; écriture carrée et Raschi ; indi- 
cations en écriture rabbinique italienne. 

N° 39. arbtaN aïiaaa rwatt 3"na»73 moi iwsn rrpso nno. Chaque 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HEBREUX 277 

journée de VOmer est accompagnée d'une explication cabbalistique, 
Ecrit en 1800. 

In-42 de 35 ff., papier; écriture carrée; rubriques à l'encre roug<\ 

nvrn«n "no. Voir nvroort mEiB XV (n° 55). 

nnoN nbaîà Yid. Voir "prais n^3 (n° 94). 

ïr-prp rraffia -no. Voir d"m 'o tBTra (n° 4 76). 

N° 193. -n*Pd. Prières journalières avec le commentaire du b-nn»- 

In-4° de 385 ff., papier ; prières en caractères carrés ; commentaires 
en cursifs italiens. 

N° 35. pnv 'm ^ti3 '-i nttipn d3> c^in "»aa 3!"WEd nrpd.' Rituel de 
prières selon le rite romain avec les oraisons de Behaï et de R. Yoba- 
nan.En partie inédit.En tète, un acte de vente du dimanche 25 Nissan 
235 «qui est le 2 avril 4 475». A la fin, les dates de naissance des 
«enfants Léon, nés de son épouse Kela Viola », de 4 480 à 1491 ; l'on 
remarque sept noms de filles: Faustina, Reina, ïTTTlNa (Bavera?), 
Reuna, Diamante, Pazienzia, Graziosa. 

In-12 de 435 ff., vélin ; écriture carrée et rabbinique italienne. 

N° 152. I : "HNn d^ïi "iiTO. Prières journalières (commençant par 
une ïi72 ta ipn), accompagnées du commentaire cabbalistique de R. Isaac 
Louria (d'après Hayim Vital). 

II : F 32. Haggada pascale, avec commentaire par le même. 

III : F 44. "nKïib mamDti 'O, qui commence par les mots : dlip 
d^iwxn bbsmœ. Cf. le même titre (n° 189). 

In-4° de 56 ff., papier; écriture en partie Raschi, en partie cursive 
orientale. 

ï-ranb» r\yui nrrbD. Voir n-ûTDtt III (n° 189). 

'Dd b^bb 'bo. Voir tUd. VI. 

N° 36. ^n dd. Poésies chaldaïques (par Hayim b. Benjamin battus*, 
Asaël), avec préface en même langue, pour l'achèvement (dTd) du 
traité talmudique de Baba Batra, avec allusion aux titres de chaque 
chapitre de ce traité. Transcrit à Vérone, 47 Ab 491 (19 août 4731), par 
Menahem d'Isaac Noveira. C'est peut-être l'auteur des Consultations 
n"VtZ5, imprimées à Salonique en 4746. 

In-4° de 12 ff., papier; écriture carrée pour le poème, préface en ca- 
ractères Raschi. 

ypn ^trd. Météorologie et astrologie. Voir MMS» II (n° 4 48). 

N° 37. û'W^I ûijEO . Commentaire cabbalistique sur le Penta- 
teuque, en 22 « portes ». Anonyme. 

In-42 de 81 ff. et au milieu (2 fois) des ff. blancs, papier, écriture 
Raschi. 

p"Ed. Voir nbia vra* (n° 4711. 

Û^D3 '1 ">TlDd. VoimT^bN '-1 ip-ld (n° 478). 

iTTin -nnd '0. Voir rwbaïi '0 (n° 74). 

N° 4 75 [d^ttî Tin^]. Opuscule sur le calendrier, probablement de 
Mardochée Finzi (a comparer avec un ms. analogue, biblioth. Hayim 
Michel à Hambourg). Au dernier f., il y a des notes sur les mmnD 
irpainoi, alinéas bibliques. 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

In-16 de 21 ff., papier; écriture italienne. 

N° 218. ù^caïi hy. Pourim local ou récit d'un commencement de 
persécution qui eut lieu à Pâque 5531 (1771) et actions de grâce pour 
la délivrance. Cf. Revue, XLVIII, 140. 

Une page in-4° sur parchemin, en caractères carrés, avec vocali- 
sation. 

rmiBOft b*, par b. Moïse b. Nahman. Voir nrPôOïi matD XII 
(n° 55). 

N° 71. !ibi3 ^vzy 'o ou p"72d. Abrégé du Grand livre des préceptes 
de Moïse de Coucy, par Isaac b. Joseph de Corbeil, avec deux com- 
mentaires (imprimé la première fois à Constantinople, 1552, in-4°). — 
Sur le premier feuillet de garde, une consignation de décès du 
7 Tébet 5083 (1322). 

In-4° de 327 ff., vélin; écriture rabbinique allemande du xiv e siècle. 

N° 38. Idem, incomplet au commencement et à la fin, va du n° 450 
au n° 203. 

In-4° de 61 ff., papier, en mauvais état; écriture Raschi. 

N° 40 foaîi p733* . Histoire des Juifs depuis la destruction du 
Temple de Jérusalem jusqu'à l'époque de l'auteur, par Joseph b. Jo- 
sué ha-Cohen Sefardi, de ibatri, en 1558 (impr. à Vienne, 1852, in-16). 
— Le titre du ms. est de la main de S. D. Luzzatto. Ce vol. a figuré 
sous le n° 64 des mss. de ce dernier, selon sa lettre 406. 

In-8° de 86 ff., papier; écriture cursive italienne. 

N° 198. d^n y y '0. Mahzor pour Rosch ha-Schana et Kippour, avec 
commentaire cabbalistique. Le titre est emprunté aux œuvres cab- 
balistiques de Hayim Vital. 

In-4° de 287 ff., papier glacé ; écriture cursive italienne, — Provient 
de la bibliothèque Veneziani. 

nos r^bb nw*. Voir ï-rbcn 'o (n° 58). 

b"T iDi?33n -nirm d^mdd 8*oiû rratt d^Ddn ^p* (par ordre al- 
phabétique). Voir nr^son mM VII (n° 55). 

Vb?3 *p3\ Voir nosb tibd 1iTn?3 (n° 27). 

N°41. î-mnn by mititt ww ■nwan nnrm nnon by ïjov mis. 
Ouvrage massorétique par Josef Samkari (*np73D) appelé Kataï, 
"Wip. Ecrit en 1710. Ce ms. a figuré dans la liste des mss. de S. D. 
Luzzatto, n° 70 (lettre 406). 

In-4° de 121 ff. et 17 ff. blancs, papier vélin ; écriture Raschi. 

N° 64. d^ittîD «Questo d^ntoTD se dicono la sera de n"?25 ». Ecrit par 
Graziadio Vita Levi, de Gento, en mars 1788. 

In-12 de 19 ff., papier; écriture italienne. 

N° 223. pfi£"> *ins. Répertoire talmudique d'Isaac Lampronti. Copie 
de la lettre V et quelques feuillets des lettres p et n, exécuté d'après 
le ms. de Paris, B. N., n° s 576-7. 

In-4° de 234 p., à 2 col., papier; écrit, judéo-allemande. 

N° 42. I : dWUQ en chaldéen, y compris "pb» mEipa et 'r<* pd-iN 
r*»r>tttfi (imprimés), à réciter le jour de fête de Schabouot pendant la 
lecture de la Tora ; 24 ff. 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 279 

II : imûiBl ï-mnD bd bui rvttmpn *no. Indication des lectures heb- 
domadaires ; ff. 25-30. 

III : n^n bdb û^arj û^ bus n-puns W^ ; ff. 30-34. 

IV : rtûTItt ^1; ff. 34-41. 

V : mb Calendrier commençant en 4 465 ; ff. 42-48. 

In-4° de 48 ff., vélin ; écriture carrée. 

N° 4 80. , Cin"'D. Commentaire sur le Pentateuque par Lévi b. Ger- 
son, en deux volumes. Le premier comprend : Préface, Genèse, Exode ; 
le commencement de la préface manque, et les premiers mots pré- 
sents sont dï"psa* ^D^l dïTMJH . Le deuxième volume comprend : 
Lévitique, Nombres, Deutéronome ; ce dernier inachevé, ne va que 
jusqu'à la fin du chap. xv (l'édit. princeps, s. 1. n. d., est de Mantoue 
avant 4 480). 

In-fol. de 185 et 474 ff., les ff. 2 et 70 manquent ; papier ; écriture 
espagnole. 

N° 230. I : m*MNtt U5TVS de Raschba (en partie imprimé dans p* 
apy»). 

II : Ouvrage cabbalistique; sur des noms mystiques. 

En tête, Israël Polak dit avoir cédé ce volume à Senior Sachs contre 
deux ouvrages cabbalistiques. 

In-4° de 54 et 23 fï., papier ; le premier en petites lettres cursives ; 
le second, en écriture Raschi. 

N° 43. V'nb-ib ^b^tti "inoN OTTû. Commentaire de Lévi b. Gerson 
sur Estheret les Proverbes, copie achevée le 3 Iyar 5098 (23 avril 4 338). 
En tête du premier feuillet, cette mention d'un possesseur : « Moi 
Jacob b. Samuel Morpurgo de Gradimon,l'an 426 », ce qui a fait sup- 
poser à un bibliographe que le volume a pour date 4 666; à la fin : UiVPD 
•pfiob riidTZJ^tt b"n t^"bv. 

In-4° de 148 ff., papier; écriture rabbinique espagnole. 

rtTSp 'O iûttb. Voir mTSïïn ma© IV (n° 55). 

N° 476. d"ïr mnd* T70 U3VVB. Méditations sur les prières et le 
cérémonial du Kippour, par Moïse Cordovero. A la fin : ïTnVft *no 
mm. 

In-4°de29 ff., papier ; écriture rabbinique italienne. 

N° 477 [Spnrr by PTTB]. Notes sur Isaac Alfasi et sur le « Ran ». 
Fragments sur les traités Sckabbat, Kiddousckin, Yoma, Rosch-Ha- 
schana, Baba Batra. Par le commentaire semblable sur Baba Kamma, 
qui est en ms. à Hambourg (Catal. Hayim Michel, n° 686), on sait que 
l'auteur est Jonathan ha-Cohen;au même Catal. n°6 88, notes sur 
Houllin par le « Ran ». 

In-4° de 32 ff., papier ; écriture orientale. 

N°45. ïrnnïi by U)T-p£>. Commentaire cabbalistique du Pentateuque, 
depuis le commencement jusqu'à la fin des dix commandements. 

In-4° de 286 ff., papier ; écriture cursive ; en mauvais état. 

N° 46. Idem, sans titre. Commentaire sur quinze sections du Pen- 
tateuque; de plus, commentaire sur le Cantique des Cantiques, les 



280 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Lamentations, Esther, et quelques explications de passages isolés de 
la Bible et du Talmud. 

In-4° de 155 ff., dont plusieurs blancs ; papier ; écriture Raschi. 

N° 120. rvnnn iuvpd. Commentaire cabbalistique sur le Penta- 
teuque par R. Zerahia, copié par Joseph ben Moïse. Très défectueux 
à la fin ; s'arrête au Deutéronome. Au verso de la feuille de garde, 
une note en écriture orientale, signée par Samuel Halévi b- Iouli, 
dit que ce volume a été emprunté à Emmanuel Monsano "ûnosntd, 
nom signé en ligature, fol. 4 a. Un possesseur signe : ma a "j tpT ^5« 
•jNttrrt "j Ï1U372 C3 w O, Un autre possesseur signe en caractères arabes ; 
naat'ï t^ y^o "pn fmarrr y. 

In-4° de 216 ff., papier; écriture Raschi. 

D^j-np TTSKrro '0. Voir inan tpv III (n° 81)- 

N° 74. ttfcrbsn '0, appelé aussi rmn ^no '0. Midrasch cabbalis- 
tique sur la Genèse, chap. i à v. L'auteur est tantôt nommé Nehounia 
b. Hakana, tantôt Elkana b. Yerouham, tantôt Avigdor Kara de 
Prague, dit Alti. Transcrit par « Moïse, élève de R. Juda », eu 1638. 

In-4° de 261 ff., papier; écriture Raschi ; rubriques en lettres car- 
rées ; notes marginales d'écriture moderne. 

N° 47. Nnp^DD, attribuée à Rab Cahana. Texte « trouvé à Safeth » 
(édité par Buber). 

En marge des f. \a et 4 0a, les mots : "H Ti biwa Ksnn nttK 
ÏISblTïlb (de la Solça), en écriture italienne, donnent dr s références 
bibliographiques sur ce sujet. Transcrit au Caire le 4 9 Ab 1565, par 
Moïse Adjimau iNte^a pour Isaac p*no. 

In-fol. de 58 ff., dont une page blanche; papier glacé; écriture 
orientale. 

N° 421. rTObïlfi ^pDD. Exposé des motifs de décisions prononcées 
par un rabbin allemand pendant trois années de ses fonctions, 
4809-1812. 

Au fol. 4, i'auteur raconte avoir juré au Consistoire local d'obser- 
ver le règlement en vingt-et-un articles, dont le douzième lui impose 
l'obligation de consigner par écrit les réponses motivées de toutes 
les questions à lui posées. 

In-4° en trois vol., de 65, 485 et 102 iT. ; papier; écriture judéo- 
allemande. 

N° 122. bKpNUôns. Discours prononcés par le rabbin Steinhardt 
de Niederœnheim (Alsace), dans l'année 1755 ; hébreu et judéo- 
allemand. 

2 vol. in-fol de 178 et 4 85 ff., papier; écriture cursive judéo-alle- 
mande. 

N° 187. ùm»n OTid. Ouvrage cabbalistique de Moïse Cordovero 
(imprimé pour la première fois à Gracovie en 4594); défectueux en 
tête et au milieu. 

In-4° de 4 232 iT., vélin ; écriture rabbinique espagnole. 

mas "•pis. voir ttben 'O (N os 57 et 58). 

■W* 'a ^p-iD. Voir 'b« '-] *piD VII (n° 4 78). 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBUEUX 281 

rna» '•pns. Voir IHd., V. 

mb^rr "»pns. Voir nvrWïi mata IX (n° 55). 

N° 178.1 : "iTsnbfi* '"I "913. Attribués à R. Eliézer b. HirkaDOS. Copie 
de l'imprimé faite par Israël b. Abraham Goheu à Ferrare, commencée 
le 29 Tébet 38T (iGjaov. 1627). Ce volume contient aussi, écrits de la 
même main, et d'après des imprimés, les ouvrages suivants : 

II : K"-PD fm «ma NsbN, ff. 74-95, commencé le 3 Tisri 388 (13 sep- 
tembre 1627;. 

III : bs-n rpmN 'o. Eschatologie de Mahir, ff. 97-129. 

IV : eroar-i -irrba 'o, ff. 43.1-133. 

V : rrao ^p-lD, ff. 133-138. 

VI : rmnoan 'O. Mystères dévoilés à Simon b. Yohaï, ff. 138-140. 

VII : "\W '3 ^pnD et m" 1 ©*». Goûtes moraux et légendes, 
ff 144-455, 

VIII : TNa '-) to^nn '0 nb^a. Contes traduits de l'allemand, 
ff. 156-162. 

IX : D^ra. Contes et légendes sur les rabbins de l'époque talmu- 
dique et du moyen âge, et d^ds '-) "mDO, autres contes. 

In-4° de 73 ff., papier; écriture italienne. 

N° 48. D^BtSDn 'o. Explications sur la Bible et le Talmud, par 
Ascher b. Isaac Luzzatto; autographe (?). 

In-42 de 34 ff., papier ; écriture cursive italienne. 

rvrtans nxp br û^dhco. Voir aataîta na (n° 497). 

b^D bip. Écrit contre la loi orale. Voir ma mwa II (n° 51). 

No 2*20. [bfiniai y-i« nsip]. Statuts d'une Société fondée à Smyrne 
pour la colonisation de la Terre-Sainte. 

En tête, après la formule d'invocation: . ..Q1Û3, on lit : ODin 
ûanpn, etc. 

Gr. in-4°de 2 ff., en mauvais état; papier vergé ; écriture Raschi. 

N° 238. [-pbznbn û^tth m-np]. Commémorations pour le repos de 
l'âme de nombreux personnages ayant appartenu a la communauté 
juive de Lublin, extraites d'un rituel défectueux par S. B. Nisenbaum, 
S. 1. n. d. (Lublin, 1904, in-4°), ni litre, in-4° de 28 pages, papier ; écri- 
ture judéo-allemande. 

N» 22S. blia baar» Tl^p . Elégies en vers sur trois personnages: 
4° le grand-rabbin Marchand Ennery : ftfaDNp ns-iDan (sic) bfirmpi, 
2° Benjamin Feiss, 3° Ma3'er Netter, par Eliézer Lipmann Sauphar. 

Iu-4° de 6 ff. f papier ; écriture carrée. 

N° 4 34. "»n73p. Commentaire sur la Genèse par David Kamhi. Le titre 
et la fin manquent; très défectueux. 

In-4° de 207 ff., papier; écriture orientale. 

N° 49 ïTJ'tt:' 1 by p"m. Commentaire d'Isaïe par le même. Ecrit 
par Isaac de Samuel Alatrini, achevé à Cézène le 14 Tébet 5085 (31 dé- 
cembre 1324). C'était le n° 9 des msi«. de S. D. Luzatto, selon sa 
lettre 406 (édit. Gràber). 

In-8° de 233 ff., papier; belle écriture Raschi. 

N°151. û'n'ia'n, R. Samuel de Médina. Relevé des noms de per- 



282 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sonnes et de localités qui figurent dans les ouvrages de divers rab- 
bins du moyen âge, savoir : 1° dans le Foré Dèah, 2° dans le Hoschen 
Mischpat, 3° dans Eben haézer, 4° dans le yman (Simon b. Gémah 
Duran), 5° dans les n"itf5 de ab'a *"nwa ou Lévi b. Habib b. Jacob; 
6° dans le S. hayaschar de R. Tarn. Cf. ci-après, Isid. Loeb (n° 227). 

In-4° de 310 pages, papier; écriture judéo-allemande. 

N° 50. mbafc Wn by *"US*1. Commentaire de Raschi sur les cinq 
Meghilloth. 

In-4° de 70 ff., papier ; écriture rabbinique. 

N°151. d*nso(«c) 1)2 iTû"W. Liste des manuscrits copiés par Da- 
vid Sinzheim à la Bibliothèque nationale (alors impériale) de Paris. 
Le possesseur de la liste, neveu du grand-rabbin, s'étonne de n'y 
voir cités que quatre mss. * 

In-4° de 17 ff., papier; écriture judéo-allemande. 

N° 224. Même titre. Catalogue de la bibliothèque Jacob Amado, 
Smyrne, 1894. 

In-fol. de 95 ff., papier; écriture rabbinique. 

N° 51. I : ïviK r\WQ , par Juda Arieh dit Léon de Modène. Polé- 
mique, sous forme de consultation, contre les ouvrages des Caraïtes, 
surtout contre le suivant : 

II : bso bip. Trois chapitres contre la loi orale des Rabbanites. 

Copié sur un ms. de la bibliothèque de Parme, publié par J. S. 
Reggio (Goritz, 1852) dans son ïibspf: rOTD. Ce vol. portait le 
n° 110 dans la liste des mss. de S. D. Luzzatto, selon sa lettre 406 fin. 
Il est relié avec le û^m "mit. 

In-4° de 39 ff., papier; écriture italienne. 

N° 135. imita m mb&ND. Consultations de Moïse Provençal (û"-itttt), 
du xn e siècle. Voir û^binart ûtfï, II, s. v., fa, § 51. Quelques-unes des 
questions, avec notes d'Eliézer Provençal, se trouvent parmi les mss. 
du srbsft (Catal. Zunz, n° 55). 

In-4° de 119 ff., papier; écriture italienne. 

N°123. Idem. Consultations d'Eliahou Halévi, du xvi e siècle, selon 
l'indication d'une date énoncée fol. 139. 

In-4° de 217 ff., vélin ; caractères Raschi. 

bNia»3> 'nb m-pson bs> n"itz:. A r oir nrrooïi nrott XIV (n° 55). 

N 158. I : Épi" 1 rvnNiB. Règles d'un calendrier perpétuel, en rimes, 
avec un commentaire par Joseph fils de Schem Tob b. Josué Haï (im- 
primé à Salonique, 1521, in-8°). Copié par Jacob Elmalih en 5603 
(1843). Incomplet. 

II : a&o 'ûb ni3* , p. Elégies du 9 Ab, fol 11 et suiv. 

In-8°de26 ff., papier; écriture orientale. 

N°52. b$r\W rmatD. Poésies par Israël b. Moïse Nagara, écrites 
par Joseph Haliatassa (NOrr^bti). En tête, un Index alphabétique. Il 
y a un ms. semblable à Amsterdam, dit Steinschneider {Mazhir, I, 
n°256). Le présent volume était le n° 79 dans la liste des mss. de 
S. D. Luzzatto, selon sa lettre 406. 

In-12 de 202 ff., plus 7 ff. d'Index ; papier, écriture orientale. 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 283 

N° 4 24. ûpbïl T?a». Recueil de règles et usages religieux, par 
Sidkiahoub. Abraham, médecin du xnie siècle. Il n'a été imprimé 
qu'en partie en 4545, mais a été imprimé au complet depuis lors, 
par Buber. — Une note finale du présent volume dit qu'Ephraïm 
b. Joab a écrit ce volume pour Moïse Nissim Israël, fils de Mar- 
dochée Schaltiel Israël de Bologne, au mois d'Eloul 261 (août 1501). 

In-4° de 248 fT. , vélin ; écriture Raschi. 

mb^tt n?a». Voir mTBor: mas XI (n° 55). 

D^MI» '0. Voir rnSTûn '0 V (n" 189). 

N° 183. inNiDn^î 1»i» 'o. Traité de médecine par Maestro Bernardo 
de Gordon, professeur à l'école de médecine de Montpellier; traduit 
du latin en hébreu par lekutiel b. Salomon de Narbonne (cf. Gross, 
Gallia jud., 155 et 629-30). Le commencement et la fin manquent. 

In-4° de 106 ff., papier; caractères Raschi. 

N° 53. T». Poésie en quarante-et-un quatrains sur ce qui est ar- 
rivé aux Israélites de Padoue sous le gouvernement de Charles VI 
d'Autriche. Au verso du dernier feuillet on lit : TH û""n t]0"P "inbN 

In-12 de 14 ff., papier ; écriture carrée. 

N° 432. mTffl. Poésies par Schalom fils de Joseph Schabzi, ainsi que 
par Abou-Eschmon, Meschullam Joseph, Michael, Josef b. Israël 
Schabzi et b. Joseph Schabzi ; partie en hébreu et partie en arabe. 

In-4° de 132 ff., parchemin et papier; écriture Raschi. 

DPT» . Chants composés par Efraïm et Isaac Luzzatto. Voir 
nrwN (n° 1). 

mbaa »b». Voir r^nosi »rrw« II (n° 163). 

N° 54. I : ïrmiam mT'BOïl ma». Introduction à la Kabbale par Jo- 
seph b. Abraham Gikatilia. Inachevé ; en mauvais état. 

II : ïthn "nr». Essais cabbalistiques sur les noms de Dieu et sur 
les dix Sefirot, par le même. 

In-4° de 310 ff., papier ; écriture Raschi. 

N« 55. I : 1ïm33l mTSOïl ma» . Même sujet avec mention du 
Zohar. 

II, f. 20 : (brjmp fc"b) R-top"* 'a tpv '-ib pis n*» (Kabbale). 

III, f. 74 : bN "n-ison û^n 'a pnzr» '1 n«a mi*BOtt by ma« 
"^^-laa bmpasr 

Cette piècf> mentionne R. Menahem de Recanati, f. 77 a . 

IV, f. 77 : 3"3nn n:» tvwp '0 »1T>£. 

V, f. 84 : mnb^n nan^a. 

VI, f. 134 : mi »"Vra, imprimé dans le nouveau Zohar. 

Vil, f. 166 : b$ V't iraan naia n^airoa ^a» naa D'msars ^-i* 
a"K -no. 

VIII, f. 173 : maa 'nn5Dn. 

IX, f. 183 : mbmn ^pns. 

X, f. 4 95 : bna ûmn nbsn. 

XI, f. 197 : mbmn rWBW (voir Zohar, 1 r * partie, p. 41-45). 

XII, f. 202 : (?lwi) T'a i-r»a p *'y ntroon bar. 

XIII, f. 203 : mnap ûna mrûb ùwn. 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

XIV, ibid. : bNiaa* 'nb m-pDOïi b? tfw. 

XV, f. 207 : nvmKn "no. 

In-4° de 217 ff., papier ; écriture cursive italienne. 

Û^iœ D^sn W. Voir BfctfftlB rrtt VI (n° 4 97). 

N° 62. O^arû» W. En tète, lïTOarm mittï! BSU3E. Idées sur l'édu- 
cation sous forme d'histoire d'un apprenti dans une raffinerie de 
sucre. Ensuite deux lettres par Isaac Schor, rabbin à Bucharest : 
1° de la ville de Brin, au D r Platschek, 2° de Brody à M. Werber, 
en 1868. 

In-4» oblong, de 22 fF., dont 3 ff. blancs, papier ; belle écriture 
Kaschi. 

mis "nm Voir m-pson maa© (n° 54). 

pis -n*© par Jos.b. Abr. Gikatilia. Voir ibid., II (n° 55). 

N° 232. ÛWttJyiZÎ '0. Morale en prose rimée, par Joseph Zabara. 
Copie du ms. de la Bodléienne. 

N° 154. [û^CTÛ]. Dictionnaire hébreu de termes arabes désignant 
des remèdes. Il manque un ou deux feuillets au commencement et 
à la fin du ms. Ce volume contient aussi à la fin quatre pages d'un 
vocabulaire roman-arabe; plusieurs ff. sont endommagés. 

In-8° de 82 ff., papier; écriture orientale. 

N° 128. Ttto^bN nYibin. Le roman d'Alexandre. Le commencement 
et la fin manquent. — Voir Israël Lévi, Revue, III, 238. 

In-8° de 73 p., papier; caractères cursifs judéo-allemands. 

N°179. bimNn rmVin . Biographie d'Isaac b. Salomon Louria , 
vulgo Ari ( V '-)N) ; à la suite, des contes moraux. 

In-8° de 16+8 ff., papier; écriture italienne. 

N°127. -nm irrbK msrôri rmbin. La vie et les œuvres d'Eliahou 
Lévita, textes et versions latines de ses œuvres par Isidore Gold- 
blum; extraits divers, datés de Paris 1891 (le copiste a omis de citer la 
biographie du même grammairien, dit Elie Tischbi, avec notes par 
S. Buber, Leipzig, 1856, 8°). 

In-4° de 22 pages, papier; écriture cursive judéo-allemande. 

N° 65. inaiEÉn npy rmbin '0. Quelques chapitres de la biogra- 
phie de Jacob b. Cewi Hirsch, de ïarnopol, écrits en allemand ec 
traduits en hébreu. 

In-4° de 18 pages, papier; écriture judéo-allemande. 

N° 237. rrrbiri, El-Tholideh ou El-Tholidoth, Chronique samari- 
taine, allant jusqu'à l'an 1896, semblable à celle qui a été publiée et 
traduite par Ad. Neubauer {Journal asiatique, décembre 1869, p. 386- 
470). Le présent ms. contient, en regard de chaque colonne, la version 
littérale arabe. 

In-4° de 43 fl. papier, caractères samaritains et arabes ; rubriques 
en rouge. 

N° 128. û^fi matsin 'D. Homélies sur le Pentateuque, par Samuel 
b. Hayim Vital N'^'t = pN "\vh9 ,\p iniST (un rédacteur d'inven- 
taire a traduit : Zio .')• Ce texte, écrit au Caire l'an n'p'n (1674), s'ar- 
lèteà la fin du Lévitique. Dans le double cadre qui entoure le titre, 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HEBREUX 285 

sont cités d'autres ouvrages du même auleur. Le présent écrit est 
probablement autographe, comme le fait supposer la signature ap- 
posée au bas du f. 228 bis. Les ff. 229-262 manquent. L'auteur, pour 
excuser son écriture, invoque son grand âge (f. 263 a). Indices : 
f. 263-274. 

In-4° de 274 ff., papier ; écriture Raschi. 

N° 129. ^in^nn'o. Voyages imaginaires, par Juda Al-Harizi. — 
Cette copie, prise à Bâle en 1578, commence à la XVIII' séance. 
Les rubriques des chapitres sont en arabe et en latin. Le fol. 15 
coctient des noms d'auteurs hébreux, dont quelques-uns sont 
du Midi de la France, tous rangés par ordre alphabétique. Puis, 
f. 16, commence la version dune partie des lettres des ND^bN 'jn'ÔN 
« frères de la pureté » (en cinquante-et-un livres), sous le 
titre de : ">b*3 max a^n, traduit de l'arabe en hébreu par Calonymos 
b. Calonymos. Le titre forme 1 f. en petits caractères carrés; il 
est suivi d'une seule page du commencement, écrite en judéo- 
allemand. 

In- 4° de 17 ff. ; entre les ff. 1 et 2, il y a 2 ff. blancs, vélin ; carac- 
tères carrés. 

N° 56. Y 3 ' n - C'est, en réalité, non la Bible entière, mais le Penta- 
teuque avec les Haftarot et les cinq Meghillot. Titre enluminé, or et 
couleurs. A la première page, des arabesques en rouge et bleu. — 
Ecrit le 5 Tamouz 5247 (1487) par Isaac b. Pisante ; le nom du desti- 
nataire a été gratté. 

In-4° de 188 ff., à 2 colonnes; vélin; écriture carrée. 

N° 72. ïibcn. Prières selon le rite allemand. Ce ms., dont les pre- 
mières pages manquent, commence par le Ps. "ma fit de l'office du ma- 
tin. Suivent les prières de la semaine, matin et soir (mm?), puis 
celles des samedis et des jours de fête, la prière dite aux enterre- 
ments, les bénédictions après le repas, la Haggada pascale, les 
Pirké Aboth, le Schemoné Esré de R. Horkenos pour Kippour, les 
mayttJin, la prière à réciter le rmn nrraïî, et les mm? des fêtes. Le 
volume se termine par le mai* du 8 e jour de Souccot. Il diffère, en 
maints passages, du texte imprimé. 

On trouve annexées à ce volume : 1° une lettre du vendeur de ce 
ms., Marx Bernheim; 2° une appréciation du ms. dans le Jew. Chro- 
nicle, signée : A. L(ôwy?), datée du 27 novembre 1873; 3° une lettre 
du D r H. Adler, à Londres (aujourd'hui grand rabbin), datée du 30 no- 
vembre suivant, qui tout en faisant remonter ce volume au xn c siècle, 
lui attribue peu de valeur. 

Petit in-8° de 103 ff., vélin; écriture rabbinique allemande; ru- 
briques en rouge. 

N° 181 . Idem. Rituel des prières journalières, avec commentaire. 

In-16 de 424 ff., papier ; écriture carrée et commentaire eu écriture 
italienne. 

N° 133. riD^rr bab nbon. Rituel sefardi à l'usage de toute l'année, 
avec commentaire. Le commencement manque; le ms. se termine à 



286 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la prière de Moussaf des trois fêtes, suivie de la formule de hbl'afi 
entre le Sabbat et les fêtes. 

In-S e de 4 58 ff, vélin ; écriture carrée. 

N° 57. ma« n pnsi nao bus ï-nsrj ar ■ïï»ibKn ana» ^aa i-ibcn 
m:r:im D"Wnn mnam Û*»3"n3rfc. F. 187 a, une attestation déclarant 
que le 11 Tamouz 380 (1620) lesParnassim de la communauté Aschke- 
nazi, savoir Simon Cohen Zédek fils d'Abraham et Mardocbée de feu 
Samuel D5>"n2P£mD, ont acheté cette Tefilla, pour leur synagogue, à 
dame Seneftele, fille de Calonymos. 

In-fol. de 188 ff., vélin; écriture carrée. 

N° 58. nos b-Q irfttn nsrcti Sab 5>"tt Dr (rite sefardi] nbsn *o 
maa* "'pnsi ma^ffiin nsa "wb nrany. Titres rouges. Il y a des 
pièces de liturgie qui ne se trouvent ni dans le rituel portugais, ni 
dans le rituel italien, ni dans le rituel allemand. Les quatre der- 
niers ff., d'une écriture qui diffère du reste, ont pour titre : nvPEï 

In-24 de 327 ff., vélin ; écriture carrée. 

N° 190. a-p baa Sbanïrb hs^ hbsn. Rituel de Samuel Latif. 

In-8° de 112 ff., papier; écriture rabbinique italienne. 

N° 182. rniDpai mbsn. Prières cabbalistiques, à réciter en diverses 
circonstances graves. Ces prières, est-il dit au v° du fol. 1, sont ex- 
traites du recueil p'OTa nppjïi. 

In-16 de 78 ff., papier ; écriture orientale, 

N° 200. n^tt n^-iab manai amETS mbsn. Rituel de la circonci- 
sion, par Joseph b. Adi. Offert au Mohel Emmanuel Yeneziani. 

In-16 de 16 IF., papier ; écriture carrée avec vocalisation. 

S-na amn nbsn. Voir hV-pBbîi rn»E3 X (n° 55). 

"PK» '"i hbbn. Voir ibid. VIII. 

N° 79. BMobsft nbbh. Livre de prières des Falaschas. Texte éthio- 
pien à 2 col., rapporté de l'Ethiopie par Joseph Halévy et publié par 
lui, sous les auspices de l'Alliance israélite (Paris, 1877). 

Iq-12 de 34 ff., dont 1 blanc; vélin. 

N° 234 [-poan]. Commentaire arabe sur les deux dernières sections 
hebdomadaires, ix et x, du Lévitique (chap. xxv à xxvn), par le Ca- 
raïte Yéphet b. Halévi Abou-Ali al-Baçri. Les premières pages, en- 
viron un tiers du volume, manquent ; le texte présent commence au 
milieu du v. 38 du chap. xxvi, auquel l'auteur consacre une loDgue 
dissertation chronologique. Les versets bibliques hébreux forment 
des alinéas distincts, pourvus de points-voyelles et d'accents to- 
niques ; ils sont accompagnés de la traduction textuelle en arabe 
(caractères hébreux) et presque toujours suivis de commentaire. 

A été écrit au Caire le lundi 13 Ab 591 de l'Hégire (= 19 juillet 
4198), selon le colophon suivant : 

Gto ^o nna rirons "»nana pan tantt? 'a tarna» t:n 
ca-r [tic) -im )iy ima S'tt'î "nbn na-< Varwn n»b»rs ïtvibb ■>npna 

nya-ïNi r-n&oj Mn nra nrftïttb ^bît as ©ina iw rrobwa w 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 287 

Ce ms. doit être classé parmi les mss. caraïtes rapportés du Caire 
par S. Munk en 1840, et sa place serait entre les n os 282 et 283 du 
fonds hébr. à la Biblioth. nationale. 

In-4° de 53 ff., papier; écriture carrée orientale. 

h'ûï-t ïipn. Prière pour obtenir la rosée, dite le 1 er jour de Pâque. 
Voir î^nODl Nn^N (n° 163). 

N° 19- nttûns lipn . Petit traité d'arithmétique et de géométrie. 
Anonyme. 

In-8° de 57 ff., et 39 ff. blancs ; papier ; écriture espagnole. 

nviaTID "ppn. Formulaire de contrats. Voir d^tiatt III (n° U8). 

N° 233. Fragments divers d'histoire littéraire, et note sur la forma- 
tion du calendrier, copiés sur des mss. de la B. N. par Béer Goldberg 
[relié à la suite de Barges, Inscriptions puniques* etc.], Vol. in-4°, pa- 
pier; écriture judéo-allemande. 



INDEX PAR NOMS D'AUTEURS OU DE SCRIBES, ETC. 



Aaron Moïse fils de Hirsch : mû» bïi«. 

Abdarrahim Addamasqhi : t]TûS 3NrD. 

Abraham b. Amram : ^poan. 

Abraham b. Isaac : Vdœn. 

Abraham b. Maïmonide : 'ft mttfibE (n° 29). 

Abraham b. Moïse de Monteux : "TUntt (112). 

Abarbanel : b&wnnaN I. 

Adi (Josef b.) : It^-ietdi mban (200). 

Adjiman (Moïse) : Nnp^OD. 

':>"■"« l'irra : rrntbn mabrr. 

Aknin (Jos. b. Juda) : n'û ^D rîbNptt- 

Alatrini (Isaac de Sam.) : 'p'-i'n (49). 

Albo (Josef Hayim) : TiD (53). 

Alexandre (vie d') : 'dbs nnb"in. 

Alphandery (Hayim) : m ttîfct. 

Amado (Jac.) : rtïiWl. 

Anitaï b. Iedaia : ïm« mWD II. 

Antolio (Jac.) : ^NJnsbia. 

Argilla (en Turquie) : b&wanaN I. 

Arié dit Léon de Modène : rmat mwD. 

Asaël (Hayim b. Benjamin) : ^n ûo. 

Ascher Halévi b. R. Eliakim : û^ïtSE. 

Ascher Papour : D"n3>iû «"Oft. 

Aschkenazi. Voir Elie Bachour. 

Astruc ^ixn : m>K III (n 9 3). 

Avicenne : ai">0 'a ïtQlpflû* 

Azubi (Salomo) : rrmntt b2 mtïTH- 



RU VUE DES ETUDES JUIVES 



Bahia b. Joseph : ïTWTïibN 3Nn> 
Bahia b. Joseph : N73"n ^:n 1VPO. 
Ben Sira, Alfabet : 'b« '"i ^p"iB II. 
Bernaido Gordon : r^iD-in \®W. 
Bonafous Eq Saltiel : msN III (n° 3). 
Bonfed Salomon : Ibidem III. 
Bonet Bongorn : Ibidem I. 
Bonfils (David) : Tn ^ffliin. 
Bruscelles (Moïse b. M.) : ncnDnn ï-îïn 



Calonymos b. Calonymos : laito^ttri. 

CaloDymos b. Jacob : !"î3U)H "•aïia». 

Calonymos b Yehezkel : Ibidem. 

GaDzio (Jos. b. Gerschon) : Wirù. 

Garpentras (rite de) : -\~\ïTm (n° 231). 

Caspi (Jos. b.) : Dnno nba». 

Catalaûi (Salomon) : ntnM (n° 28). 

Gazés (Isaac) : tT"Un njcbs. 

Giyyon (Abr. Lôbesch) : 'n mEnb» (29). 

Cohen (Jac. b. David) : MaiBSiB n». 

Cordovero (Moïse) : 5"r^ -no ravis et '21731 OTiB. 

D E 

Daïnow (Cevi) : fcabattïl '0. 

Dalpuget (Elie b. Is.) : -nfntt (173). 

David b. Salomon. Voir Ibn Yahya. 

Edjaubari : ...ïjttJn SNno. 

Eijoub ha-Sefardi : nïtoïl '0. 

Eiiahou Halévi : zi'vz (123). 

Eliahou Raba : irpb» T\ 

Elie Bachour Lévita : bfittmaK XIII; ni"nb8«a 3nD7: 

et 'k irnbin. 
Elie Cabbaliste : n*ttirs HT. 
Eliezer : 'ra 'n ^pns (57, 58). 
Elkana b. Yeroham : ïirpbon'D. 
Emmanuel, Cabbaliste : mTBDïl mtttD XII. 

F G 

Fargâni (al) : ^NMsbN. 
Farissol (Abr.) : ûrnaN pl2. 
Fas (S. b. A.) : 8"ni2-)n ">izmn. 
Finzi (Mard.) : DTOD ma*. 



MANUSCH1TS ET INCUNABLES HÉBREUX 289 

Frenkel (Salomon) : nsœ *n73N. 

Gabiroi (Salomon b.) : HNbsN 3Nns. 

Gaio, ou Isaac b. Mordekhai : bacanaN XII. 

Gerosolymitano (Domenico) : pTpîîi '0. 

Gikatilia (Jos. b. Abr.) : naa nw etn-rpson rn?atû(5i et 55). 



H 

Hadamard (Dav. et Elhan.) : TOyntt ttT. 

Haggada pascale : snas, mma (28) et ^tkïi nno. 

Haï Gaon : 'sanaa XI, 'a-iion mabïi I et ba^n noiTD 

Halévy (Joseph): û^ttJbaH nben. 

V^n (Sam.) : tsmaN 1373. 

Hanania b. Yaqar : bfiOanaK, VI-VIII. 

Harizi (Juda al) : mTaann. 

Héfez (Jac. Haï) : û"natt nîa^ba. 

Hillel, lettre à Gaio : basanna XII. 

Hiskia b. Manoah : "»anpTn I. 

I J 

Ibn-Djanah : D^Uipb. 

Ibn-Iahya (Dav. b. Sal.) : b&ttanae* XV. 

Ibn-Masraï : Q-nan n73"«ba. 

Isaac b. Hayim Sefardi : nVTSOn m73U2 III (55). 

Isaac b. Joseph de Gorbeil : tibia "HITS*. 

Isaac b. Mordekhai. Voir Gaio. 

Jacob b. Ascher : "jiptn IL 

Jacob b. Gewi : apan rmbm. 

Jacob b. Sal. Sarfati. Voir Sarfati. 

Jehiel de Pise : bawanaa I. 

Jeliiel b. Jekutiel Rôfé : nn73 nra. 

Jekutiel b. Salomon: i-KnD-in lizrno. 

Jonathan ha-Gohen : Spnn by «T*©. 

Joseph ha-Gohen : inan rp-p et soarr p73^. 

Joseph b. Gorion : 1"id^0"P. 

Joseph b. Jahya : bôUana» III. 

Joseph Keroub : Ibidem, V, VII, IX. 

Joseph de Milhaud Moscato : t| D"P rmsiN. 

Joseph b. Mordekaï : !-»Di73N p"i?n. 

Joseph Schem-Tob b. Haï : £]0T miNiB. 

Juda b. Sam. Halévi : "nna. 



K 



Kalir (Eliézer b.) : TiTrra. 
Kamhi. Voir Kimhi. 
T. XLIX, N° 08. 



290 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Kara (Avigdor) : fifiobcn 'o. 

Karaï (Menahem et Azriel) : mna» (d<> 2). 

Karo (Joseph) : bentDi n035. 

Kataï, "Wip, dit Samkari : tp"n rVTÎD, 

Keroub (Joseph). Voir Joseph K. 

Kimhi (David) : Tittp et p"ï1. 

Kimhi (Joseph) : m-nn '0. 



Lampronli (Is.) : pn^ ins. 

Laniado (Sam.) : ...15^4 ma. 

Latif (Samuel) : nbsn (190). 

Léon (Maestro) : tBiTB (43). 

Lévi (Graziadio Vita) : BTnttïB. 

Lévi b. Gerson : ûtûtt mtfnbtt et IWB. 

Lévi (Raphaël), martyr : nvim frt. 

Loeb (Isid.) : aMSTS ïitt et rrmy 'B073 II. 

Loria (Joseph) : mp» n&riïï. 

Louria (Isaac) : i"-i«n WD et mnbin. 

Luzzatto (Ascher b. Isaac) : tPaiTBBtt 'O. 

Luzzatto (Efraïm) : d'm^n m ïrba. 

Luzzatto (Isaac) : Ibidem II, et ttpViït. 

Luzzatto (Isaac et Efraïm) : nna« (n° O- 

Luzzatto (Josef b. Baruch) : YiJabnfl ^btttt. 

M 

Machir (R.) : 'b« '-) ^p")B III. 

Maïmonide. Voir Abraham et Moïse. 

Mardochée b. Iehosifia : maitt 'o et nain» p^nn. 

Mardochée b. Samsou : natt) nBOtt. 

Mariamnan (b. Sion) : tnp73 ïiaritt. 

Menahem b. Salomon Méiri : "'bttJtt -hNa. 

Menahem b. Serouq : nnaritt. 

Messini (Isaïe) : bwa-DN XV. 

Mizrahi (Juda) : TmnbN. 

Modeste (Juda b. Benjamin) : dip?2 ÏWi». 

Moïse Maïmonide : fTTflWl II ; na^nu) rrobn, îtti» et msswn 'o. 

Moïse b. Zekharia Gohn à Zante : bioa-DN V. 

Mollin (Jac. Lévi b. Moïse): bnn», 'ttîrt ^ÎTÎÎB, "Wti (n° 193). 

Morpurgo (Abr.) : mr\>to (n° \). 

Moscato (Joseph) : r|0"n ftfijfciM. 

Motel (Benj. b. Abr.) : ÎWtlW rrobtt. 

Motot (Sam.) : d^-ino nb^73. 

Munster (Sébast.) : bN3n-iaN XIIL 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 291 

N P R 

Nagara (Is. b. Moïse) : bfcmtfi rrnNtt. 

Nagrin (Sira. Salom.) : ^yxv ma. 

Nahmanide : tznpn rrttK. 

Nathan de Gaza : C3»iaaiZ5 Ï1M II. 

Nissim (R.) : 'b« "i ip-)B IX. 

Noveira (Menahem dlsaac) : ^n do. 

Osimo (Juda Ariel) : Tïïn73 (n° 23). 

Pallière n^bs (Moïse) : nirrua mobii. 

Papour. Voir Ascher. 

Profiat Duran : maa I, d*nan rwba et niDN ira*». 

Pronina (Josué b. Josué) : ns^nr? nm. 

Provençal (Mose) : mbNiû. 

Râpa Porto : manOïi 'o. 

Raschi : imKïi I, NrTWN, *'xifo. 

Rezigniani (Elis. Rer b. Abr. Menahem) : pYlpIîl "»bbo. 

Rieti (Moïse b. Is.) : um tznp». 

Roman Cj&wn 'n) : rmarr II. 

S 

Saadia Gaon : FTP*"» 'O. 

Saadia (Joseph Hayim de) : ndD bi» 110. 

Saadia (Mard. b. Jeheskel) : Ibid. 

Sabbatai Cewi : baoanaN, XIV. 

Salomon b. Adret : «aunïl itfmn et m^ttNil UinD. 

Salomon b. Sam. d'Amsterdam : nnEE. 

Sambari (Jos. b. Isaac) : t|0"P ^ai 

Samkari (Joseph). Voir Kataï. 

Samuel Latif. Voir Latif. 

Samuel de Médina : tt'VtfJ'T 

Samuel Naguid : b&wa-iaN XI. 

Sarfati (Abner-Israël) : OND on" 1 rvna. 

Sarfati (Jacob b. Salomon) : Vian baN. 

Saùl Haï : NnpiOD. 

Sauphar (Eliéz. Lip.) : Wp. 

Schabzi (Schalom b. Jos.) : m-pil). 

Schalom (Salomon) : dlb© nVï. 

Scheschet (Cewi) : 'n manb». 

Schor (Is.) : DianOïï w è 

Schoulam (Sam.) : mattttjrî. 

Schwab (Méir b. Abr.) : FBttT moï». 

Segré (Jos.) : nwûîl '0. 

Sidi Khalil : ypab» a&c. 

Sidkiahoub. Abraham : upbn ""baU5. 

Sinzheim (David) : rra^ttn. 

Steinhardt, rabbin : bpKïaanD. 



292 REVUE DES ETUDES JUIVES 

T à Z 

Tanhum b. Jos. Jérusal. : TtïTitt. 

Troki (Is. b. Abr.) : ï"î3ittN pnîn. 

Vidal Bouet Lunel : ï-ïsnsnrr htm. 

Vital (Dav. b. Salomon) : frtrffiû robbtt. 

Vital (Hayim) : û^n nnanK, d"n*ia Nia», û^n yy. 

Vital (Samuel) : û^n m&ttfcin. 

Téphet Halévi, caraïte: T'osn. 

Zabara (Jos.) : trjniara 'o. 

Zarqo : bfiQarDNUl. 

Zarqo (Isaac; : "tien rtvyn. 

Zeqlin, Grand Rabbin de Metz : mb. 

Zerahia : îmntt ©WD. 

Zunz (L.) : bfin©"< npsô. 

JUDAICA. 

N° 137. Délia Grosa. Copie des lettres adressées par Aron D. Au- 
tran, sur ses voyages à travers l'Europe, à M. Délia Grosa, biblio- 
thécaire royal à Berlin, avec des notes marginales, sans doute du 
copiste; le tout en italien. — Suivie de lettres hébraïques de pré- 
sentation et recommandations, ainsi que de notes admiratives sur 
Paris au xvui 6 siècle. — In-4o de 32 ff. 

N° 146. Epigraphie. Bibliotheca civica de Ferrara. Migliore Caetanus, 
de antiquis judeeis italicis exercitatio epigraphica. God. 269 de Fer- 
rare. — In fol. de 244 ff. (on y trouve aussi les fol. de l'original, 
les notes sont ff. 1-18). 

N° 2I7. Louis Gumplowitz. Législation polonaise concernant les 
Juifs (en français). 

ln-4° de 228 p., papier, daté de 1817. 

N° 142. Gutachten. Jûdisches Règlement u. magistralisches Gu- 
tachten, 1752. — In-fol. de 92 ff; 

N° 199. Hollœnderski (Léon). Dictionnaire français-hébreu depuis 
la lettre D jusqu'à la fin (les lettres A, B, G, sont imprimées et ont 
paru en 1878). La traduction des mots français est sommaire, sans 
exemples. 

N° 103. Innocentis III Romani pontificis epistole libri, II-XVI (con- 
cernant les Juifs, copiées sur l'édition de Baluze, Paris, 1791). — 
In-4°de26 ff. 

N° 101. Istruzione sopra i libri rabbinici e sopra la maniera da os- 
servarsi nel correggerli ed espurgarli, approvata da Monsignor ill mo 
e Rev m0 Assemani consultore, codice Vaticano n° 811 1 . 

N° 192- Livres de comptes datant du commencement du xix° siècle 
du 11 juil. 1811 au 23 sept. 1816, écrit eu judéo-allemand; caract. 
cursifs. — In.-* de 119 ff'., papier. 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 293 

N° 201 . Isidore Loeb. Notes sur l'accusation du saûg et détails d'his- 
toire (feuillets détachés). 

N° 227. Index de noms propres figurant dans des Consultations de 
rabbins espagnols, 518 articles. Cf. 'E'YlB'l (151). 

In-4°de 27 pages, papier; écrit. Raschi avec indications françaises. 

N° 228. Memorie interessanli ebraiche di S. V. Cantarini tradotte 
(arbre généalogique rattachant la famille Castelione à celle de Luz- 
zatto, avec explications en hébreu et en italien). — In-fol. 3 ff., pa- 
pier ; xvine siècle. 

N°230. El Pedazo de pergamino que falto quedo, empunado en la 
mano del cadaver del Rifeno y las manchas que contiene son produ- 
cidas por la sangre de el mismo. 

Ce tableau (collé sur cadre) comprend un fragment de Sefer Tora 
en 4 col. (Nombres, xxix, 1 3, à xxxn, 22) et se réfère à un martyre du 
xvin c siècle. 

N° 144. Pontromulo. Copia actorum pro uuiversitate Hebreorum 
contra Pontromulo et de Benedecky. Texte légalisé par Vincent Man- 
resa. — In -4° de 80 ff. 

N° 145. Rapport préseuté par Charles Borromé à la Congrégation 
de l'Index au sujet des livres hébraïques de la bibliothèque du Va- 
tican, qui doivent être prohibés comme impies. A part : 2 ff. d'une Apo- 
logie par Abram Ecchellenze. — In 4° de 56 ff. 

N° 136. Le Serment More Julaico devant les tribunaux français. 
Copié du a Journal des audiences de la Cour de Cassation». — In-4° 
en 2 cahiers. 

N°217. Statati voi mercanti di quai si voglia nazione, levantini, 
pouentini, spauioli, portughesi, greci, tudeschi, et italiani, hebrei, 
turchi, mon, armeni, persiani et allri salute. Signé p. 21 : Jacomo 
Duni. 

A la fin copie d'une requête de la communauté juive de Sienne, du 
17 octobre 1625. 

In-4° de 30 p., papier; écrit, ilal. enjolivée de feuilles et fleurs à 
la plume. 

N° 212. Wogue (L.). Dictionnaire français-hébreu (avec HolJaen- 
derski, lettres A-D). 

N» 213. — Traduction du Yad Schelomo de S. Gutstadt. Observations 
sur la « Grammatologia » de B. E. Lévi (daté : 1869). 

N° 209. — Leçons de théologie dogmatique israélite par Samuel Da- 
vid Luzzatto (trad. 1865). 

N° 211. — Analyse des premiers chapitres du « Devoirs des Cœurs » 
de Bahya (8 p.). 

N° 210. — Traduction des « Prolégomènes d'une grammaire raison- 
née de la langue hébraïque» par Samuel David Luzzatto. 

N c 202. — Introduction du Khozari (extrait de la traduction du 
D r Cassel). Analyse des trois derniers livres des Emounoth de Saadia. 

N° 214. — Notes sur la Bible, prises au cours de M. L. M. Lambert; 
3 e cahier, 1836-7; 4-e cahier, 1839; 5 e cahier, 1839-40. 



294 REVUE DES ETUDES JUIVES 

N° 206. — Le jardin des racines hébraïques. 1 er cahier, p. 1-121 ; 
2 e cahier, p. 122-240. —Autre copie du même; fin seule conservée 
(p. 11-29). 

N° 205. — Observations sur la grammaire de Herrmann (6 e éd.); 
10 ff. 

N° 207. — Notes explicatives sur les Proverbes, pp. 1-57. 

N° 208. — Extraits de notes pour le Dictionnaire français-hébreu 
(2 cahiers). 

N° 203. — La philosophie religieuse de Maïmonide, d'après le 
D r Joël; 2 cahiers. 

N° 204. <•• Notes explicatives sur les Psaumes. 

INCUNABLES. 

N° I. Psaumes avec commentaire de R. David Kimhi. Imprimé 
par Joseph et Neria (ou Baria, selon Steinschneider, Bodl., Addenda, 
p. lxxi), Hayim Mardochée et Hiskia Montro. S. 1. (? Bologne), 
achevé le 20 Eloul 237 (29 août 1477), petit in-fol. Texte en caract. 
carrés ; comment, en caractères Raschi. — Les premières pages sont 
transcrites à la main. 

Il y a deux exemplaires de cet ouvrage. 

N° II. Aroukh ou Lexique araméen talmudico-chaldéen, par Nathan 
b. Yehiel de Rome. S. 1. n. d. (Italie, av. 1480); in-fol. 

No III. mbwa nmian. Consultations de Salomon b. Adret. S. 1. n, d. 
(antérieure à 1480), in-4°. 

N° IV. D^asïi "im?a. Recueil de sentences murales, d'après les phi- 
losophes grecs et arabes, par Salomon b. Gabirol ; version hébraïque 
par Juda ibn Tibbon, avec commentaire hébreu anonyme. Imprimé 
par Josua Salomon b. Nathan à Soncino, puis corrigé par le français 
Salomon b. Perez Bonfoi, 17 Schebat 244 (14 janvier 1484) ; in-4°. 

Les n 0s III et IV sont reliés ensemble, et précédés des « huit Pera- 
kim » de Maïmonide. 

N° V. pbiy nrrn, Examen du Monde, par Jedaïa Penini de Béziers, 
avec un court commentaire anonyme. Imprimé à Soncino, le 24Kis- 
lev 245(12 décembre 1484), in-4°. 

N° VI. Premiers et derniers Prophètes, avec le commentaire de 
R. David Kimhi. Achevé le 6Heschwan 246 (15 oct. 1485), in-fol. s. 1. 
La 2 e partie est s. 1. n. d. 

N° VIL TITHe. Prières des jours de fête selon le rite italien. Com- 
mencé à Soncino en Tisri 5246 (sept. 1485), achevé à Casal-Maggiore 
le 20 Eloul suivant (21 août 1486), 2 parties, in-fol. ; vélin. 

Dans cet exemplaire, il manque le commencement et la fin ; le tout 
relié en 1 vol. 

N° VIII. Proverbes avec commentaire d'Immanuel b. Salomon (non 
« b. Jacob », malgré l'indication du texte et selon la correction de 
Steinschneider), Naples, s. d. (vers 1486), in-fol. imprimé par Hayim 
b. Isaac Halévi Aschkenazi. 



MANUSCRITS ET INCUNABLES HÉBREUX 295 

N° IX. }"?ao. « Grand livre des préceptes », en 9 parties : ordres et 
défenses, par Moïse b. Jacob de Goucy. S. 1. (Soncino), achevé d'im- 
primer le 15Tébet 249 (49 décembre 4488), in-fol. — 2 ex. 

N° X. ïimiûntt ^y® de Yona b. Abraham Gherondi; quatre dis- 
sertations sur la pénitence. Fano, s. d. (entre 4502 et 4505), imprimé 
par les fils Soncino, in-4°. Du commencement du xvi° siècle, se con- 
tente de dire Steinschneider, BodL, p. 4 428, n° 36. 

N* XI. Eléazar b. Juda de Worms, npvin 'o « l'aromate », édité 
par Juda de Pesaro Fano, 14 Nissan 265 (= 19 mars 1505), pet. fol. 

N° XII. Un recueil de trois œuvres d'Isaac Abravanal : 1° T2Jfin 
mittfi*, ou des treize articles de foi ; 2° nos mr, Commentaire sur la 
Haggada pascale, avec intercalation du texte en grands caractères 
carrés; 3° mas nbna, commentaire sur les Pirhè Aboth. Gonstanti- 
nople 266 (fin 1505), petit in-fol. — En tête est reliée une série de 
Consultations avec quelques lettres de Moïse Maïmonide, s. 1. n. d. 
(delà même ville, entre 1520 et 1540). L'absence de date a fait donner 
à cet ouvrage la première place, au lieu de la dernière. 

Un second exemplaire analogue ne contient que le second et le 
troisième ouvrages du précédent recueil. Dans ce second exemplaire 
la dernière feuille du nos mï manque; au premier exemplaire, il 
manque la dernière feuille, avec colopbon, du mas nbna. — De ce 
dernier ouvrage (seul) il y a un troisième exemplaire. 

N° XIII. "jbffta, « chemin indicateur des sentiers de la science », in- 
troduction générale aux sciences grammaticales, par Moïse Kimhi, 
avec commentaires d'Elie Levita. Pesaro, l'an V du pape Jules II 
(1508), par les fils de Soncino, petit in-4°. 
Dans son Catalogue de la Bodléienue, s. v., Steinschneider dit que 

ce volume est rarissime. 

Moïse Schwab. 

APPENDICE. 

Dans le volume de Pole'mique intitule' rrnWNtt, etc. (n° 20 des Mss.), on 
trouve les deux certificats suivants, intéressant l'histoire des Juifs à Ve- 
nise ; le premier sur la feuille de garde, le second p. 40. 



Addi 16 Luglio 1688. 

Jo sottoscritto, Simon detto Mone fu Matteo del fu David, ritorno ducati 
cinque quali sono costo di questa detta rata maturata. 

In fede délia verita me sottoscrivo di mia propria mano, Jo suddetto 
mano propria. 

II 

Li 29 Luglio 1681. 

Facciamo fede, noi capi del commune, délia verita del padre de Rabbi 
Simcn fu Matteo al ghetto novo di questa citta di u Venezia, il quale banco 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

è di ragione délia Universita pel capitale solamento il salario di detto padre 
è di lire 1220 all'anno per anni cinque, e questo facciamo con il nostro 
giuramento. 

Fatto li 24 Agosto 1655 in Venezia. 

Simeon Roso. Silvan Honîg. 

Jacob Jesurun. Samuel Baral. 

Salomon, censore del Banco. 

Jo Raffael, censore del Consiglio, Scrivano délia Université, confermo 
con il mio giuramento. 



La dernière p. du ms. n° 129, Ifpbfc* T. est ainsi conçue : 

an* nnstt ^sa r\nwn "pasb rrnap ^nb^tt iian 

noiïïa *vny am Nbrs rsmn irrvsa ttrrbo 

ma^Nb israbi tn NDa b* nwn *naab 

riwtpna rwisa mos b*»ba 



C'est un vestige du rite français qui a longtemps persisté dans le Nord 
de Tltalie. 

Plus bas on lit : "puîM n"73aa *m bas-i twtî ^n d^rnan 
Tib^psi» an*tt53 aœw rararw p"p73 Nr« niDK -unis Nsn b'at'ï 'a 

.pab ian P3C 

Un bibliographe avait pris le mot NET) pour un prénom et avait lu : 
« Porto Râfaél », ou Rôfé (médecin), au lieu de Râpa- Porto. Or, on sait 
que c'est le nom originaire des Rappoport, dont le présent document con- 
firme l'ancienneté'. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 

EZRA, IX, 1. 

Le mot ûï-pnajro est inutile dans le verset et sépare étran- 
gement le terme général msfciKM "W de rémunération détaillée 
■rç*:ab, etc. 11 semble que le copiste l'ait pris dans le verset 12, où 
marian "W est suivi de orTroanna, ce mot étant ici tout à fait à 
sa place. 

Jbid., ix, 5. 

La proposition incidente ib^l ^aa wpai paraît indiquer qu'en 
terminant le jeune, Ezra a déchiré une seconde fois ses vêtements. 
Mais on ne voit pas pourquoi Ezra répète ce geste à ce moment-là. 
On supprimera la difficulté en lisant vipEi, au lieu de vtpar, 
comme suite de vnMra. Il s'agit, dans ce verset, de la lacération 
mentionnée au verset 3, et non pas d'une autre. 

NÉHÉMIE, II, 1. 

La fin du verset rasb an vnti abi a donné de la tablature aux 
exégètes. En dernier lieu, Bertholet, a. /., propose de lire ûTDsb, 
le mot Tisb de la ligne précédente ayant amené l'altération de 
û^ob, et traduit : « Je n'avais pas été triste auparavant. » Mais 
an tout seul ne peut pas signifier triste. Nous serions tenté de 
supposer qu'après la négation ab il est tombé quelque chose, peut- 
être ^a> tut, et de corriger trssb en a^D Le sens serait : « Je ne 
savais pas que j'avais la figure triste. » Néhémie est effrayé (v. 2) 
quand le roi lui en fait l'observation. 

Mayer Lambert. 



29$ REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

LE KITAB AL-TARIKH DU SAADIA 

Juda ibn Balaam cite, dans son Commentaire du I e r livre des 
Rois (vi, 1), un passage du ^-iNnb^ 3np3 de Saadia Gaon. La ci- 
tation se rapporte à la chronologie de la période des Juges ; Saa- 
dia aurait affirmé, contrairement à l'indication de Juges, xin, 1 
(« quarante ans »), que la domination des Philistins sur Israël, 
après la mort d'Abdon, dura vingt ans 1 . J'ai émis l'hypothèse 2 
que cette œuvre de Saadia doit avoir eu pour sujet la chro- 
nologie biblique, et qu'elle se rapproche beaucoup, si elle ne 
lui est pas tout à fait identique, de l'ouvrage anonyme, ayant 
le même titre et le même contenu, publié par Neubauer 3 . 
Ce livre, écrit en arabe, contient aussi l'indication rapportée 
par Ibn Balaam et relative à la chronologie de la période 
des Juges. Steinschneider 4 ne mentionne pas ma supposition, 
mais pense également à Saadia comme source de l'Ano- 
nyme. D'autre part, un l ynKnb« 3«r.£i de Saadia paraît être men- 
tionné dans la fameuse liste des ouvrages de Saadia qu'on lit dans 
le Fthrist-al-'ulûm de l'auteur musulman Ibn Ishak al-Nedîm 5 . 
Le dernier numéro de cette liste est, en effet, ainsi conçu : naro 
■pnNnbN im TQ^bN 6 . Toutefois, dans cette indication, "p-iKnbN 
n'est pas le titre de l'ouvrage, mais l'explication du mot hébreu td?, 
que l'auteur musulman a cité dans sa liste, et qu'il a expliqué par 
le terme arabe qui signifie aussi « calcul du calendrier ». Il n'est 
donc pas question dans El-Nedîm d'un ^nanbN naro de Saadia, 
tel que le cite Ibn Balaam. Je crois pouvoir, au contraire, émettre 
la supposition suivante. Dans l'introduction arabe du Séfer ha- 
Galouy', Saadia donne un résumé des sept chapitres de cet écrit 
polémique. Le second chapitre contient « le calcul des années 
durant lesquelles la prophétie a existé dans notre nation, et où 
j'ai exposé que cette durée était de mille ans ; puis, au bout de 
combien d'années la Mischna tout entière fut achevée : je montrai 
que ce fut cinq cents ans après ; puis, au bout de combien de 
temps le Talmud fut terminé... ». Les premiers mots de ce 
passage sont ainsi conçus dans l'original : ^n»n 'nba ïwabfill 
■pDba. Si maintenant nous admettions que cette seconde partie 

* Voir Neubauer, Med. Jetv. Chr., II, p. xi. 

* Revue, XXXII, 143. 
» Op. cit., pp. 89-110. 

k Die arab. Litteratur der Juden, p. 182 (§ 146). 

» Ed. Fliigel, I, 320. 

6 Voir Steinschneider, op. cit., p. 63. 

T Harkavy, Studien uni Mittheilungen, V, 153, cf. Revue, XXIV, 314. 



NOTES ET MÉLANGES 2J9 

du Se fer ha-Galouy fut également publiée comme un écrit par- 
ticulier 1 , le titre naturel de cet écrit aurait été : ^nwnbN 3«n^. 
Il est vrai que l'ouvrage arabe anonyme ^anfeM 3Npd que nous 
avons mentionné plus haut pousse la chronologie jusqu'au-delà 
de la clôture du Talmud ; il nous faut donc admettre que l'écri- 
vain anonyme a pris l'ouvrage de Saadia pour base de son tra- 
vail, et l'a ensuite continué. Des deux nombres donnés par le 
Se fer ha-Galouy : mille ans pour l'époque des prophètes et cinq 
cents ans pour le temps qui s'écoule entre la cessation de la pro- 
phétie et la clôture de la Mischna, le premier se trouve aussi chez 
l'Anonyme. A. la fin de la cinquième période, il dit (p. 108) : 'ipo 

'20 'B1 '30 t|5N 'HO» *53 fOniltt *DK ttb&O ^0*173 "ibl 1*573 }N pan, 

c'est-à-dire : « depuis la naissance de Moïse jusqu'au dernier 
prophète des enfants d'Israël : mille quatre-vingts ans ». Si l'on 
retranche de ce nombre les quatre-vingts années qui se sont 
écoulées depuis la naissance de Moïse jusqu'à son apparition 
comme prophète (Exode, vu, 7), c'est-à-dire jusqu'au commen- 
cement de la prophétie en Israël, il reste mille ans. La sixième 
période, qui s'étend jusqu'à la fin de la Tradition, c'est-à-dire 
jusqu'à la clôture du Talmud, embrasse chez l'Anonyme huit 
cent onze ans, dont les trois cent quatre-vingts premiers com- 
prennent la période qui va jusqu'à la destruction du second 
temple. Le nombre 500 des années qui vont de la fin de la Pro- 
phétie à la rédaction de la Mischna n'est pas mentionné par 
l'Anonyme. Mais on peut admettre qu'il a omis cette indication, 
d'autant plus qu'il n'a traité que sommairement toute l'époque de 
la Mischna et du Talmud. D'après les chiffres qui précèdent, il 
faudrait placer la fin de la période de la Mischna cent vingt ans 
(500 — 380) après la destruction du temple, c'est-à-dire en l'an 
188-189 de l'ère chrétienne (120 -f 68). Cette date est d'accord 
avec les indications de Scherira (d'après la version la moins 
bonne, il est vrai), qui dit que Rab vint en Babylonie en l'an 500 
(p"n) de l'ère des Séleucides. 

Je ne m'étendrai pas d'avantage sur ce point ; j'ai voulu mon- 
trer seulement qu'on peut trouver aussi sans difficulté, chez 
l'Anonyme, le nombre 500 pour la première période de l'époque 
de la Tradition (l'achèvement de la Mischna). 

Juda ibn Balaam connaissait encore le deuxième chapitre du 
Se fer ha-Galouy de Saadia, le Kitab al-Tarïkh, devenu un ou- 
vrage à part, et il est probable qu'on en trouvera encore d'autres 
citations dans ses Commentaires sur les premiers Prophètes. En 

1 Peut-être seulement dans la traduction arabe de Saadia, sans l'original hé- 
breu. Dans le Séfer ha-Galouy, Saadia lit suivre chaque alinéa delà traduction arabe. 



300 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tout cas, les mots ^«nba 3«n3 sont bien, chez Ibn Balaam, le 
titre d'un véritable ouvrage, et non pas seulement, comme Stein- 
schneider voudrait l'admettre ' « l'indication de quelque chose », 
c'est-à-dire l'indication du contenu de quelque autre ouvrage du 
Gaon. 

W. Bâcher. 



BISCHR B. AARON 

La réconciliation entre le Gaon Saadia et l'exilarque David b. 
Zaccaï fut amenée, ainsi que nous l'apprend le récit détaillé de la 
lutte qui divisa les deux chefs du judaïsme babylonien, par le 
beau-père du docte partisan de l'exilarque, l'adversaire acharné 
de Saadia, Aaron ibn Sargado. Le nom du conciliateur, qui était 
un des citoyens juifs les plus considérés de Bagdad, est orthogra- 
phié par Graetz 2 : Kasser b. Ahron. « Kasser » est la transcrip- 
tion inexacte de nizjD. C'est de la même façon que le nom est 
donné par Weiss 3 ; Rabinowitz, dans la traduction hébraïque de 
l'Histoire de Graetz 4 , ponctue même nrâ?. Enfin, Steinschneider 5 
écrit : « Kascher ». 

Cependant l'existence de ce nom propre n'est attestée, à ma 
connaissance, par aucun autre témoignage. Dans Neubauer 6 , qui 
a utilisé, outre le Youhasin, où notre source est reproduite, un 
manuscrit d'Epstein, ce nom est non pas n^s, mais nuja. C'est 
naturellement le. nom arabe, bien connu, « Bischr », usité aussi 
chez les Hébreux 7 . 

Il est certain que Bischr b. Àaron portait aussi un nom hé- 
breu, qui n'est pas connu, tandis que de son gendre, qui devait 
être plus tard Gaon de Poumbadita, nous avons conservé aussi 
bien le nom arabe a Khalaf » (t]b3 s ), que le nom hébreu Aaron. 

W. Bâcher. 

1 Die arab. Litteratur, p. 63. 

* Geschichte der Juden, l' e édition, V, 333. 
3 Dor dor wedorschaw, IV, 158. 

* III, 306. 

* Die arabische Litteratur der Juden, p. 47. 
6 Med. Jew. Chronicles, II, 82, 1. 4. 

' Voir Steinschneider, J. Q. R., X, 138; XII, 121. 

8 C'est, en efi'et, la véritable orthographe, et non 3*5!D, comme on écrit générale- 
ment, voir Geiger, Jildische Zeitschrift, X, 172; </. Q. itJ.,XI, 127. 



NOTES ET MELANGES 301 



21E p-'D 

Dans une note de son ouvrage : Prolegomena zu einer erst- 
maligen Herausgabe des Kitâb al-Hidaya< . . von Bachya b. 
Josef... (Darmstadt, 1904, p. 18), A. S. Yalmda remarque: 
« Quant à l'abréviation 'a'o, elle est souvent expliquée, mais à 
tort, par aia I^D... L'interprétation conservée par tradition 
chez les Juifs du Maroc : aa ïtsid, est seule exacte. C'est ainsi 
qu'aujourd'hui encore, au Maroc, lors de la lecture du contrat 
de mariage, les initiales 'ca'o, qu'on ajoute au nom du fiancé, sont 
rendues par a*j rpsiD. Dans un manuscrit de l'année 1340, qui 
se trouve à Jérusalem, on lit, à la fin, à la suite du nom de 
nrp ana^i, en toutes lettres aa swio ». 

Les faits cités par Yahuda prouvent seulement que, depuis 
longtemps, on explique, au Maroc, l'abréviation 'a'o par ïtdid 
aa (« que sa fin soit bonne ») et que l'auteur du manuscrit en 
question la comprenait déjà de cette façon. Mais il n'est pas 
prouvé par là que ce soit la signification primitive de cette abré- 
viation. Yahuda lui-même rapporte que les Yéménites l'ex- 
pliquent par ■pa *jp (« fange, argile »), y voyant l'expression 
d'une modestie profonde, humiliante même. Si la lecture des 
Marocains (aa ïpbid) représentait une tradition authentique, il 
serait surprenant que les Yéménites, qui sont d'aussi bons gar- 
diens de la tradition, ne l'aient pas conservée. 

Il est évident que les deux lectures, celle des Yéménites et celle 
des Marocains, ne sont que des interprétations arbitraires du 
sigle 'a'o, dont le véritable sens s'est conservé dans la lecture 
ordinaire ma )WO, que Yahuda rejette comme fausse. Une preuve 
directe en est fournie par un fragment de la Gueniza, du 
xn e siècle, publié par Schechter l . On y rencontre le nom suivant : 
aia p^o "niDOE fa "j... ^3N "i^bs. La formule ajoutée au nom est 
donc ici, en toutes lettres, ma "p^o. Elle signifie vraisemblement 
que le nom, avec son contenu — qui indique quelque chose de 
bon, d'heureux, soit en vertu de l'étymologie, soit à cause du 
personnage biblique qui a porté le nom — doit être de bon augure 
pour celui dont il est la signature. Elle veut donc dire la même 
chose que le mot latin de Plaute : Nomen et omen. Au surplus 
aia l^o est devenu lui-même un nom propre, un tel nom étant 
à coup, sûr d'un bon présage pour celui qui le portait. Sur le 

» J. Q. R , XiV, 222, a» xxvn, 1. 16 ; Saadyana, p. 54. 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

poète judéo-persan Siman-Tob, voir Jew. Quart. Rev., XVI, 
p. 530, 545 et suiv., 550 ; Jewish Encyclopedia, VII, p. 322. 

Je rappelle encore que d'après Zunz ! « les Juifs d'Espagne 
avaient coutume de mettre ma nsio, abrégé en û"d, ou quelquefois 
mrjb "isïd à la suite du nom de celui dont on souhaitait « que la 
fin fût heureuse ». Les exemples de cet usage vont jusqu'au 
premier quart du xm e siècle ». Ainsi la formule na rpsiû des 
Juifs marocains est la forme aramaïsée de la formule hébraïque 
de leurs ancêtres espagnols, qui eux-mêmes l'auront obtenue en 
décomposant l'abréviation £2*0. — Pietro Perreau, dans l'appen- 
dice de son Dictionnaire des abréviations 2 , remarque, p. 79 : 
« L'abréviation "û"o (ma l^o, ma idid) est usitée aujourd'hui 
spécialement chez les Juifs portugais ». 

W. Bâcher. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS D'ESPAGNE 



I. — Les Juifs de Cervera. 

Le fils du roi Don Juan II d'Aragon, le prince Carlos de Viana, 
si aimé des Catalans, fut, comme on le disait partout, empoisonné 
à l'instigation de la seconde femme du roi, laquelle était la petite- 
fille d'une Juive de Tolède. A sa mort, une guerre civile éclata en 
Catalogne. Dans cette lutte des Catalans rebelles contre D. Juan II, 
les soldats se jetèrent sur les Juifs de Cervera, qui ne songeaient 
pas à mal ; ils les enfermèrent dans la « Call », comme on appe- 
lait la rue juive, sise près de la place Saint-Miguel, tuèrent plu- 
sieurs de ses habitants innocents et se livrèrent au pillage (juin 
3462). Toute cette riche communauté aurait été la proie de la sol- 
datesque sauvage, si les bourgeois de la ville n'avaient pas pris 
leur parti. Tout comme à Cervera les soldats se conduisirent à 
l'égard des Juifs à Tarrega 3 . 

Aussitôt que le comte de Pallas, le chef des révoltés, fut informé 
par les représentants de la communauté juive de cette persécu- 

1 Zur Qeschichte und Literatur, p. 314. 

■ Parme, 1884, édition autographiée, tirée à 60 exemplaires. 

3 Cette persécution, sur laquelle les chroniqueurs Juifs et les historiens espagnols 
que je connais se taisent tout à. fail, nous est connue par le recueil de documents : 
Levant ami ento y guerre de Catauûa en tiempo de D. Juan II, dans la « Coleccion 
de Documentos ineditos del Archivo gênerai de la Corona de Aragon », t. XXI. 
P. 9, il est dit : « Si la vila non hagues dei'es ab gran sf'orç tots los juliens hague- 
ren morts. » 



NOTES ET MÉLANGES 303 

tion, il somma les députés catalans de veiller à ce que les Juifs de 
Cervera,qui avaient contribué à la fortification du mur de la ville, 
fussent protégés de toute façon ; il remarqua aussi que le déficit 
de la contribution de guerre acquittée par les Juifs avait été péni- 
blement ressenti (22 janvier 1462). Deux jours plus tard, le capi- 
taine J). Hugo de Cardona reçut l'ordre de faire savoir à Tarrega 
que quiconque aurait volé ou blessé un Juif serait puni avec la 
plus grande sévérité 1 . Pour sauver l'honneur de la ville de Ger- 
vera, le magistrat se donna toutes les peines possibles afin de 
réunir les objets dérobés aux Juifs, les habits et les objets de 
'prix, et afin de les leur restituer conformément à Tordre reçu 2 . 

Pour protéger dorénavant les Juifs contre la violence et le pil- 
lage, des sentinelles furent placées — à leurs frais, il est vrai — 
aux portes de la Juderia, et le 7 juillet on proclama, tambour bat- 
tant et aux sons de la trompette, que personne ne devait se per- 
mettre de maltraiter, d'insulter ou de détrousser les Juifs et les 
Juives de la ville. Afin que personne ne pût invoquer l'ignorance 
comme excuse, cette publication devait être affichée aux portes 
de la Juderia 3 . 



II. — Les Juifs de Madrid. 

L'abattoir de la communauté juive de Madrid était, d'après le 
Fuero ou statut municipal octroyé à la ville par D. Alphonse VIII, 
affranchi de toute contribution envers la ville, mais il fut imposé 
d'une taxe extraordinaire par D. Enrique III, qui se trouvait tou- 
jours dans des embarras financiers. En 1442, un débat s'éleva 
entre D. Santo (Schemtob) Honén (Elchanan), fermier de cet 
impôt nommé « Almahona », et D. Youçaf Pintor, fermier de la 
taxe sur la viande appelée « Alcabala » ou « Gabella » 4 . Les deux 
parties en lutte portèrent la solution du conflit devant un homme 
considéré, D. Salomon de Monsoria, qui était également un des 
représentants de la communauté juive de Madrid. Toutes deux 
s'engagèrent à se soumettre à la décision arbitrale, sous peine 

1 Ibid., p. 9 et suiv., 16 et suiv. 

2 Ibid., p. 151 et suiv. 

3 La proclamation se trouve au tome XXI, p. 318 et suiv. 

* Santo tiene el Almahona de la carne de los Judios è Yuçaf el Alcavala de la 
carne de los Judios. * Almahona » ou ïl^l^bN, terme souvent employé dans les 
Consultations juridiques (Ascheri, Réponses, 6, 13 : Hj^WN 1115^ bïip, 7, 10 ; 

rmn Tittbnb rm^ba ûnb m™ Tnisfc, etc.), est l'arabe rbij^ba et 

siguifie un impôt extraordinaire. Alcavala = Alcabala est le droit sur tout ce que 
l'un vend = pjabela, impôt. 



304 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'une amende de deux mille maravédis. La convention fut ré- 
digée le 13 février 1442, et signée par trois témoins chrétiens '. 

III. — La famille Schoschan. 

Une des familles juives les plus anciennes et les plus consi- 
dérées de Tolède était celle de Schoschan, en espagnol ordinai- 
rement Xuxen et aussi Xixen. Zunz a déjà, il y a soixante ans, 
dressé la liste des membres qu'il connaissait de cette famille - ; 
beaucoup qui étaient restés inconnus de lui n'ont été révélés que 
plus tard par des titres et des documents manuscrits. 

Abraham aben Schoschan, fils de U. Méir ben Abraham aben 
Schoschan et gendre de D. Isaac de Malea, Almoxarif Mor ou 
fermier en chef d'Alphonse X le Sage, roi de Castille, eut, de 1276 
à 1293, la ferme des impôts avec Todros ha-Lévi. Il maria sa fille 
avec Moïse Çaçon (Sasson) 3 . Peut-être est-ce le même qui eut à 
décider contre la communauté de Valladolid dans un procès relatif 
à l'impôt 4 . 

Abraham aben Schoschan, fils de D. Moïse aben Schoschan et 
gendre du riche D. Çulema (Salomon) ibn Albagal de Villa Real, 
où il demeura aussi, au moins pendant quelque temps. Il avait 
reçu du grand-maître de l'ordre de Calatrava, D. Garcia Lopez, 
les moulins à eau de Telada pour la durée de sa vie ; mais 
en 1315 ils firent retour à l'ordre. Sa femme Dina mourut à 
Tolède en 1349 3 . — Un autre Abraham aben Schoschan vivait 
à Alcalà de Hénarès, et était en 1395 le représentant de la com- 
munauté juive de cette ville. 

Méir ben Joseph aben Schoschan était médecin à Tolède, où il 
mourut au mois d'Ab 1415 G ; un autre Méir aben Schoschan était 
médecin à Madrid, où il demeurait, en 1444, dans une maison 
appartenant à D. Alonso Alvarez de Toledo, « contador mayor », 
trésorier en chef et conseiller du roi ; il était, en 1446, représen- 
tant de la communauté juive de cette ville avec D. Salomon de 
Monsoria et D. Moïse Sevillano 7 . 

1 L'acte est publié dans le Bolctin de la real Academia de la Eistoria, XXXV, 436. 

2 Zunz, Zur Geschichte unrt Literatur, p. 436-440. 

3 José Amador de los Rios, Historia de los Judios de JUspana, II, 61, 64, 105; 
Revue, XII, 141; Ascheri, Réponses, 6,13. 

4 Obligacion de D. Abraham aben Caçen, judio, vecino de Villa Real... Bolet in 
de la Real Academia de la Historia," XXXV, 127, n<» 200; Revue, XXXIX, 315 ; 
Abné Zikkarun, n° 43. 

5 Pellicer, Discurso sobre varias avtiyiïedades de Madrid, Madrid, 1791, p. 38. 
Jacobs, Sources, p. 144 et suiv. 

6 Abné Zikkaron, n° 54; Zunz, Zur Geschichte, 416, 438. 

7 Boletin de la Real Academia de la Historia, XXXV, 458. 



NOTES ET MELANGES 305 

A la même époque vivait à Tolède D. Jacob aben Schoschan, 
qui mourut avant 1453. Il eut quatre fils : Ephraïm, Isaac, Joseph 
et Moïse, qui demeuraient tous à Tolède. 

Ephraïm (Fraym) aben Schoschan possédait des maisons à 
Fuencarral, près Madrid, et était en relations d'affaires avec des 
habitants de ce lieu et d'autres localités situés dans les environs 
de Madrid. Le curé Gonsalo Gutierres lui devait dix-sept mesures 
de froment et vingt-deux mesures et quart de seigle, qu'il s'en- 
gagea, par un acte en date du 26 mai 1444, à payer le 15 août sui- 
vant. Ephraïm était l'agent et le mandataire de D. Alonso Alvarez, 
déjà nommé, pour le compte duquel il leva des soldats et leur fit 
des avances d'argent. Lui et son frère Joseph (Youçaf) prêtèrent 
â D. Isaac Aburrabé, judio de Madrid, quatre cents maravédis, 
que celui-ci s'engagea, le 8 décembre 1452, à payer en deux 
échéances : â la fin de mars et à la fin de mai 1453. Dans le cas 
où il ne s'exécuterait pas à la date fixée, il aurait le double à 
payer (sopena del doblo) l . 

M. Kayserling. 



UNE INSCRIPTION HEBRAÏQUE A LOZERE 

(SEINE-ET-OISE) 

M. le comte Boselli possède dans sa propriété à Lozère, petite 
localité sur la ligne de Limours, entre Orsay et Palaiseau, une 
pierre tombale, avec inscription hébraïque, datant du xm e siècle. 
Cette pierre, qui m'a été signalée par une tierce personne, n'a 
pas encore été décrite et étudiée. Elle se trouve encastrée dans 
le mur de l'écurie, faisant pendant à une autre vieille pierre, 
fragment de plaque de cheminée du xvi e siècle. Le propriétaire, 
qui m'a gracieusement autorisé à en prendre une photographie, 
ignore l'origine exacte de cette pierre. Il estime qu'elle a dû être 
placée dans le mur lors de la construction, c'est-à-dire en 1788. 
L'architecte l'aurait mise là moitié comme une curiosité, moitié 
comme un ornement. 

En voici d'abord la reproduction photographique : 

» Boletin, XXXV, 440, 443, 454 et s., 457 et s. 

T. XL1X, n° 98. 20 



306 



REVUE DES ETUDES JUIVES 




La pierre, comme on voit, est bien conservée, il y manque peu 
de chose et l'inscription se lit aisément : 



ttaitta n«[T] 

rmrr 'i 'prj[b] 

i-p-ût 'n 'm '3 

pb nuDjtt 

nn 'a« nbœa 
'n'n'D'n 'sb 



Traduction : 

Ceci est le stèle de R. Yehouda, 
fils du sage (ûin ou nnn) R. Zecha- 
ria, qui est ailé au Paradis le jeudi 
de la section Beschalah l'an 52 du 
comput (sous-en tendu : petit). Que 
son âme soit unie au faisceau des 
vivants. 



La lecture sabbatique Beschalah tombait en l'an 5052 (1292) le 
15 schebat, c'est-à-dire le 5 janvier. Le jeudi précédent est donc 
le 3 janvier 1292. 

L'inscription ne nous apprend rien sur le personnage, qui n'est 
pas autrement connu. Quant à la pierre, bien qu'on ne sache où 
elle a été trouvée, il est à présumer qu'elle a dû être recueillie 
dans la région. D'autres stèles du même temps trouvées en Seine- 
et-Oise ' présentent avec la notre des analogies de style qui sont 
caractéristiques, ainsi que nous l'ont indiqué MM. Schwab et 
Israël Lévi : par exemple, l'habitude de dater par la lecture sab- 
batique et l'emploi de la formule abrégée 'n'n's'n. 

La pierre, sans doute en grès d'Orsay, mesure environ m ,57 de 
haut et m ,42 de large. Les lettres bien gravées ont à peu près 
,n ,0 , 7 de haut. Le mot i-D£tt de la première ligne Unissant par un 
n, il faut supposer un b devant le ïi de la deuxième ligne. Le p qui 
suit peut être l'initiale soit de p^p, soit plutôt de xïrvp. A la 
troisième ligne la lettre H de ït^dt n'est plus représentée que par 
un jambage qui semble un i. Le reste n'offre pas de difficultés. 

Julien Weill. 



M. Schwab, Inscriptions hébraïques de la France, 1904, p. 286. 



BIBLIOGRAPHIE 



Poznanski (Adoli). Srhiloh Ein Beitrag zur Geschichte der Messiaslehre. Erster 
Teil : Die Auslegung von Genesis 49, 10 im Alterthurae [und] bis zu Ende des 
Mtttelalters. — Leipzig, 1. C. Hinrichs' sche Buchhandluug, 1 ( J04; xxxiv -J- 512 
-j- lxxvi pp. giand in-8°. 

Dans les années 1890-1893, la Magazin fur die Wissenschaft des 
Judenttmms de Berliner publia (années 17, 19 et 20) une étude inti- 
tulée : « Zur Geschichte der Exégèse ùber den Vers : Gen. 49, 10 ». 
L'auteur, le rabbin A. Zimmels, mourut, âgé de treate-un ans, avant 
d'avoir terminé son travail. En même temps que Zimmels, M. A. 
Poznanski avait entrepris de traiter le même sujet. Les résultats de 
ses infatigables éludes de plusieurs années sont consignés dans le 
présent ouvrage, qui doit être suivi d'un second de même étendue. 
Un fort volume de plus de 600 pages de grand format s'occupe 
des destinées d'un seul verset, mieux encore : d'un seul mot de la 
Bible (îiV 1 ©) jusqu'à la fin du moyen âge! Avec une persévérance 
incomparable et uu zèle qu'on ne louera jamais assez, l'auteur a réuni 
les matériaux que l'exégèse biblique des Juifs et des Chrétiens a mis 
au jour sur l'interprétation de ce passage biblique, et il n'a même 
pas laissé de côté la littérature musulmane. Ces matériaux, pour le 
recueillement desquels des sources inédites ont été également utili- 
sées, sont rangés dans un ordre parfait, en partie d'après le genre 
des textes, en partie d'après la chronologie, en sorte que, sous la 
conduite de l'auteur nous pouvons faire le plus commodément du 
monde un voyage à travers les siècles pour observer les commenta- 
teurs et voir combien ils déploient d'esprit et de subtilité, d'érudition 
et de finesses exégétiques en vue d'expliquer cette crux inlerpretum, 
commeut les vieilles interprétations reparaissent à nouveau, qu'elles 
soient messianiques ou historiques, semblables au rocher de Sisyphe, 
qui était sans cesse roulé au sommet d'une colline pour retomber 
sans cesse au fond. Et plus nous poursuivons, guidés par l'auteur, 
l'histoire de l'exégèse de ce verset, plus nous admirons le rare dévoue- 
ment qu'il a fallu pour se rendre maître d'une telle matière, et pour 
la prudence et la science avec lesquelles l'auteur a exploré plusieurs 



308 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

domaines considérables de la littérature de l'antiquité et du moyen 
âge. Le premier volume, que nous présentons ici, est divisé en 
dix-huit chapitres; en indiquer sommairement les matières, c'est le 
meilleur moyen de donner une idée de l'ouvrage remarquable de 
M. A. Poznanski. 

L' « Introduction » ne fait que réunir les leçons du texte hébreu de 
Genèse, xlix, 10. (P. 4-3). Ghap. I. Trace de. la plus ancienne exégèse 
(P. 4-19). Le prophète Ézéchiel (xxi, 30-32); le Psaume lxxviii (v. 59- 
74) ; le Chroniqueur (I Chr., v, 4-2); Flavius Josèphe ; l'Assomption 
de Moïse; les Testaments des douze Patriarches. — Chap. II. Les 
anciennes versions (P. 20-31). — Chap. III. La littérature tradition- 
nelle juive (32-47). — Chap. IV. Les Pères de l'Église (48-98). — 
Chap. V. La période des Gueonim (99-104). — Chap. VI. L'exégèse de 
l'âge d'or espagnol (105-1 14). — Chap. VII. Les Darschanim (115-425). 

— Chap. VIII. L'école exégétique de la France du nord et de l'Alle- 
magne (126-136). — Chap. IX. Littérature apologétique et polémique 
(137-4 54). — Chap. X. L'exégèse juive du xin e au xv e siècle (155-205). 

— Chap. XI. Littérature des controverses (206-266). — Chap. XII. 
Les Caraïtes (267-282).— Chap. XIII. Les Samaritains (283-287).— 
Chap,. XIV. L'époque moyenne de l'exégèse chrétienne, 600-1100 
(288-301). — Chap. XV. Littérature polémique (302-324). — Chap. XVI. 
L'époque de la puissance de l'Église, 1400-1517 (325-346). — Chap. 
XVII. Littérature polémique (347-449). — Chap. XVIII. Auteurs arabes 
(450-455). 

Assurément, la succession des chapitres, et, dans chaque chapitre, 
celle des paragraphes, ne laisse rien à désirer en fait de netteté. Les 
quatre premiers chapitres s'occupent de l'antiquité, le dernier d'entre 
eux de l'exégèse chrétienne. Les autres chapitres traitent du moyen 
âge, et d'abord de l'exégèse juive (chap. V-X), avec trois appendices 
(XI-XI1I), puis des deux périodes de l'exégèse chrétienne, avec un 
chapitre spécial sur la littérature polémique de chacune (XIV-XVII). 
Le tout se termine par un court chapitre sur les particularités rela- 
tives à ce sujet qui se trouvent chez les auteurs musulmans. Quatre 
chapitres (IX, XI, XV, XVII) sont consacrés à la littérature polémique ; 
ils forment, par leur étendue, presque la moitié de l'ouvrage. Mais 
comme dans l'autre chapitre le point de vue polémique est également 
prépondérant, ce livre est de préférence et à proprement parler une 
contribution à l'histoire de la polémique judéo-chrélienne. L'auteur 
lui-même l'appelle une contribution à l'histoire de la doctrine mes- 
sianique. Il est bien cela, en ce sens qu'il s'agit surtout de montrer 
par l'histoire de l'interprétation de Gen., xlix, 40, que ce verset, qui 
avait déjà été expliqué anciennement (v. le Targoum) du côté juif 
comme une prédiction du Messie, devint un argument essentiel ,de 
l'exégèse et de la polémique chrétienne contre les Juifs, pour prouver 
que l'espérance messianique a été réalisée en la personne de Jésus, 
tandis que l'exégèse juive tantôt restait attachée à l'explication 
messianique, tantôt était contrainte précisément par l'interprétation 



BIBLIOGRAPHIE 309 

christiano-messianique de ce verset à en expliquer historiquement 
les termes obscurs, — Il est tout à fait regrettable que M. Poznanski, 
se fondant sur les matériaux qu'il a rassemblés d'une façon si com- 
plète et étudiés d'une façon si approfondie, ne nous donne pas en 
même temps un aperçu historique des faces et volte-face de l'exégèse 
de ce verset, notamment au sein de l'exégèse juive. Il se borne aux 
quelques phrases de sa préface (p. 1 et suiv.) et abandonne pour le 
moment à ceux qui liront et utiliseront son ouvrage le soin de se 
construire à eux-mêmes cette histoire d'après les matériaux présentés 
dans une si excellente disposition. Je dis « pour le moment », car je 
suis autorisé à penser que l'auteur, à la fin du second volume, cou- 
ronnera son œuvre en rattachant aux Annales de l'exégèse de Schilo 
(on peut la désigner ainsi) une histoire pragmatique de cette exégèse, 
dans laquelle il y aura lieu de grouper systématiquement les résul^ 
tats généraux d'un travail aussi laborieux. 

Le désir de l'auteur de nous présenter une contribution à l'histoire 
des idées messianiques l'a amené à introduire dans son exposé bien 
des matériaux qui n'appartenaient proprement pas à son sujet. C'est 
ainsi que nous y trouvons des preuves et des rapprochements sous 
forme de listes touchant les noms et les années du Messie, les exi- 
larques, les grands-prêtres, les familles d'origine prétendue davi- 
dique, etc. ; additions qui sont très intéressantes par elles-mêmes et 
seront bien accueillies par le lecteur, mais qui dépassent le cadre de 
l'ouvrage et en grossissent inutilement l'étendue. Une autre critique 
à faire est que l'auteur a été entraîné par l'intérêt qu'il porte tout 
naturellement à son ouvrage à ne pas tenir compte du tout de l'éco- 
nomie de la rédaction en ne reculant même pas devant le superflu, 
pour donner les mêmes soins à toutes les parties de son travail. N'est- 
il pas superflu que, d'un bout à l'autre du livre, chaque nom histo- 
rique, que ce soit celui d'un personnage biblique ou d'un autre, soit 
toujours suivi d'une indication chronologique sur l'époque de sa vie 
(en années avant ou après l'ère chrétienne). Ainsi on trouve l'indica- 
tion sur Hérode (37-4) aussi souvent que le nom de ce roi est men- 
tionné, et il l'est — c'est l'Index qui nous l'apprend (p. 488) — plus de 
cent fois. De même le nom du roi David, qui revient plus souvent 
encore que celui d'Hérode, est toujours suivi de la date (1000-970). 
Soit dit en passant, pourquoi cette réduction de la durée du règne de 
David de quarante à trente ans ? — Ces dates, qui nous poursuivent 
à chaque pas dans le livre de M. P., sont particulièrement hors de 
propos quand elles se trouvent au milieu d'un passage traduit, comme 
si elles appartenaient au texte du passage cité entre guillemets. Ainsi 
la citation traduite de Moïse ha-Darschan (np^ rû"Db minfi ïtû^, 
p. 115) commence par une énumération des rois davidiques : chaque 
roi, depuis David jusqu'à Sédécias, est gratifié d'une étiquette chro- 
nologique, donnant les dates avant l'ère chrétienne ; de même dans 
le passage tiré du vieux Nizzahon (p. 149). — Un autre exemple, plus 
grave, de cette gaucherie, est la répétition d'explications antérieures, 



310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

quelquefois assez longues, quand elles sont reprises par des auteurs 
postérieurs, avec ou sans indication de la source. C'est ainsi que le 
récit de la naissance du Messie (j. Berachot, 5fl), est cité p. 37 et est 
traduit à nouveau p. 382 à propos de Geronimo de Santa Fé. Du com- 
mentaire de Nahmani sur Gen., xltx, 10 (traduit pages 163 et suiv.) 
de longs fragments sont retraduits à propos de ;Bahya b. Ascher 
(p. 472), Jacob b. Ascher (p. 177). Nissim b. Ruben (p. 184), Isaac Abra- 
banel (p. 195). On pourrait, encore citer un grand nombre d'exemples 
de ce genre, sans parler de la traduction, qui revient sans cesse des 
passages de la Bible et de la littérature traditionnelle qui sont repris 
avec une fréquence particulière. C'est d'un effet fatigant et cela nuit 
à la valeur littéraire de l'ouvrage. M. Poznanski aurait dû, en le rédi- 
geant, prendre à cœur la maxime du vieil Hésiode : « la moitié vaut 
mieux que le tout ». 

Au surplus, la libéralité de l'auteur se montre de diverses façons 
dans la composition et dans la rédaction de son livre, de telle sorte 
qu'elle mérite toute notre gratitude. Elle apparaît d'abord dans l'a- 
bondance des ressources qu'il met à la disposition de son lecteur. 
Outre une table détaillée des matières (P. vii-xxxm), nous avons 
plusieurs Indices : Différentes orthographes et leçons (des textes 
hébreu, grec et latin de Gen., xlix, 10), p. 456-157, passages bibliques 
cités, p. 458-472, citations de Josèphe, p. 472-473, du Talmud, p. 473- 
477, du Midrasch, p. 477-478, liste des noms, p. 478-509. La fin est 
constituée par des rectifications (510-511). Un supplément particuliè- 
rement digne de notre reconnaissance est formé par les « Pièces jus- 
tificatives », imprimées à la fin avec pagination spéciale (iii-lxxvi) : 
ce sont les textes originaux en hébreu (ou en araméen et en arabe) des 
passages traduits dans le corps du livre, en tout 111 numéros, qui 
seront bien accueillis par tous les lecteurs, même s'ils sont pris à 
des ouvrages imprimés facilement accessibles. Mais une partie consi- 
dérable de ces pièces justificatives paraît ici pour la première fois; 
ce sont principalement des textes hébreux, ainsi que quelques textes 
arabes (les numéros hébreux sont : 23, 24, 32 #, 36, 40, 41, 54, 55, 89, 
60, 63, 65, 83, 84, 86, 87, 90, 91, 93, 95, 101, 108 c ; les numéros arabes 
sont : 01, 95 #, 97, 99, 102). — Dans le livre même, on constate 
avec plaisir l'abondance des matériaux, particulièrement dans les 
chapitres qui ont pour objet la littérature polémique ; et, d'autre part, 
nous sommes reconnaissants à l'auteur du grand nombre de rensei- 
gnements qu'il nous fournit sur des points particuliers, par exemple 
dès le premier chapitre, l'histoire de l'interprétation du passage connu 
d'Ézéchiel (p. 4-12); les remarques sur la lxx ad Gen., xlix, 10 
(p. 20-25); l'histoire de la lecture nbtt (pour rtb«>tt>, p. 65-71). — Il 
faut encore savoir gré à l'auteur de faire précéder les passages tra- 
duits d'un court résumé de leur contenu. Dans ces résumés il a cou- 
tume de déterminer également la dépendance de l'auteur en question 
par rapport à ses prédécesseurs. Il n'y a pas de résumé du long pas- 
sage tiré du Commentaire d'Abrabanel sur le Pentateuque, cité 



BIBLIOGRAPHIE 311 

p. 193-201. — Quant aux traductions, qui occupent dans l'ouvrage la 
place principale, l'auteur s'efforce avec succès de faciliter l'intelli- 
gence exacte des sources. Cependant sa méthode de traduction est 
parfois trop libre ; souvent elle paraphrase sans nécessité, ce dont on 
verra quelques exemples dans les lignes qui vont suivre. — Je réunis 
ici des remarques et des corrections de différente nature; puissent- 
elles témoigner du vit* intérêt que je porte à l'ouvrage de M. Poz- 
nanski ! 

P. 13. Les mots "Wtttt TJwbl dans I Ghron., v, 2, sont ainsi traduits 
par P. : * et devint prince avant lui » ; p. 145, il est dit plus exacte- 
ment dans la traduction de la paraphrase d'Ibn Ezra : « et c'est pour- 
quoi le prince vint de lui ». La première traduction se trouve aussi 
chez P., p. 46 ; la seconde, plus correcte, pp. 209, 212, 227,238,280. 
De telles inconséquences dans la traduction du même texte en des 
endroits différents se trouvent en assez grand nombre dans l'ouvrage 
de M. P., elles auraient facilement pu être évitées par un plus grand 
soin apporté à la revision de l'ensemble. 

P. 32 et suiv. Dans le court paragraphe sur les Tannaïtes aurait pu 
trouver place aussi la baraïta anonyme de Sanhédrin, 5# (traduite, 
page 34, à propos de Rab). 

P. 37, 1. 1. Sur le nom du Messie Yinnon, v. Revue, XXVIII, 156; 
Jew. Quaû. Rew., VII, 420 ; Buttenwieser, Die hehrâische Elias-Apoka- 
lypse, p. 18, 54 et suiv. 

Ib., 1. 24. « Rabbi Yudan racontait. » P. 382, on lit, plus exactement : 
« R. Yudan... au nom d'Aïbo », voir Agada der paladin. Amoràer, 
III, 79. 

lb., dernière ligne : « Je voudrais que les ennemis d'Israël fussent 
étouffés » ; de même p. 382. C'est la traduction des mots : TDK \?n 
banian "pfPiOO !TP5"»p , ttn:a (j. Berachot, 5 a, 1. 2i ; ils manquent dans 
le passage parallèle d'Echa raàbati, iv, 16). La femme veut dire en 
réalité : « Je veux l'étrangler, cet ennemi d'Israël ». 

P. 38, 1. 2. <- Alors ils dirent. » Lisez : « Alors il lui dil, à elle ». 

P. 39, 1. 1. Samuel b. Isaac n'était pas de Soura, voir Ag. d. pal. 
Amor., III, 35. 

Ib., 1. 23. « De Perse ». Lire : « de Rome ». Dis {Sanh., 97 b) est une 
correction de la censure pour "W1, voir Dikd. Sofrim, IX, 287. 

P. 40. Pour la citation du Midrasch Mischlé, je renvoie à l'édition 
de Buber (p. 87), où les noms du Messie sont donnés dans un autre 
ordre et où Rab Houua est cité comme auteur. 

P. 43, 1. 11. « On rechercha et l'on trouva » est une traduction 
inexacte de "HEin 13735. Il faut lire : On se compta (on vota) et l'on 
décida. 

P. 47, 1. 7 et s. Dans le Midrasch Chéfez, D^p" 1 est expliqué comme 
un verbe ayant le sens de «se réunir». La traduction de tout le 
passage est inexacte. 

P. 101, 1. 12. Dounasch ne fait pas venir nnp"» de la racine bîlp ; il 
ne fait qu'expliquer le mot par bnpm {= 3>7anàn chez Saadia). 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

F. 103, 1. 6. « Avec le mot n")D^ Nb. » Lisez : « avec les mots *)W Kfc, 
etc. >. 

Iè., 1. 9. « Qui décrète des choses importantes. » Lisez : « qui décrète 
des préceptes excellents (INon ÛiO"i ÛDîobN) ». 

là., 1. 16. « L'annotation des commandements et l'exposition de 
leurs devoirs. » Ce doit être la traduction de *383>33i miMabat Don 
KiriiKYlD. Il faut lire : « la prescription des commandements et du 
contenu multiple de leurs devoirs ». 

P. 108, î. 4 9. Au lieu de wbtt, 1. irpUî. 

P. 409, 1. 1 1 d'en bas. « Jusqu'à ce que le sort de Silo surgisse » (trad. 
de rtb^iS "Dn N13 *iy). Il faut lire : jusqu'à ce que se produise l'événe- 
ment de Silo (sa destruction). 

/#., 1. 2 d'en bas. « La contenance de celui qui bénit », traduction 
de l yD!orï "JTï ; p. 410, 1. 41, la même expression est traduite tout 
autrement. Elle signifie : la manière de celui qui bénit, c'est-à-dire : 
son dessein. Dans les deux citations d'Ibn Ezra, p. 4 09 et suiv., plu- 
sieurs phrases ne sont pas traduites, sans que ces omissions soient 
indiquées. 

P. 414, 1. o. « Le jeune des enfants. » La traduction est plus exacte 
p. 423, I. 42 : « le plus jeune de ses enfants ». 

Jb., 1. 5 d'en bas. La phrase est inexacte. Il faut lire : « Ne vois-tu 
donc pas que — pour l'exilarque nouvellement nommé — nous ne 
faisons pas attention à son savoir, mais seulement à son extraction 
et au choix fait par l'accord des gens de son endroit. » 

P. 14 4. Sur la date messianique tirée de Nombres, xxm, 33, v. 
Revue, XXXIV, 4 02. 

P. 121, 1. 17. Dans la traduction de Tobia b. Eliézer, un passage est 
omis ici dans la traduction, tandis qu'il se trouve dans la traduction 
de Menahem b. Salomon, p. 123, 1. 16, bien que celui-ci l'ait emprunté 
à celui-là. 

P. 426, 1. 6 d'en bas. Dans la traduction du Commentaire de Raschi 
sur Gen., xlix, 10, le mot nm» cité d'après Ezéch., xxi, 20, est suivi 
de la traduction : a crainte ». Mais Raschi lui-même, dans son Com- 
mentaire d'Ezéchiel, explique ce mot par nrpns "piîîb bip ruWBft. 

P. 128, 1.22. La traduction de 2"JJ* "^a par « Reichstage » est inexacte ; 
de même, ib., 1. 24, la traduction de "p"^ P ar (< théologiens chré- 
tiens ». 

P. 429, note 2. La correction de ttfiWna en irwwSfi et l'explication 
de ce dernier mot par Perugia ne sont pas possibles, ne serait-ce que 
parce qu'il faudrait ajouter la préposition 3. 

P. 430. La citation du « Yerouschalmi » (S3ÏÛS lûbwnTpaJ dans le 
passage du Séfer Assoufot, est curieuse. L'auteur a remarqué que le 
même texte est cité dans û^pT n3H comme pris à -un ÏTISN tBTitt. 

P. 142, 1. 5 d'en bas. Dans le texte traduit en cet endroit, Hérode 
n'est pas désigné comme « roi de Jérusalem », mais comme roi de 
tout le pays, c'est-à-dire : de la Palestine) (y-iNn bD Y 573 )- 

P. 145, 1. 24 : « plus de deux cents ans avant le Christ ». Le texte 



B1BL10GKAPHIE 313 

dit : natisrt rora aiTp rwia DvisMaa nnr rrnsj. Un calcul des « plus 
de deux cents ans » aurait été ici à sa place. C'est le temps qui se 
serait écoulé depuis Sédécias, le dernier roi davidique jusqu'à la 
venue de Jésus. D'après la chronologie traditionnelle l'intervalle est 
de 323 ans (voir Séder ha-Dorot). Mais si l'on regarde Jésus comme le 
disciple de Josué b. Perahya (d'après le récit bien connu du Talmud), 
ce chiffre doit être diminué de 100 et nous obtenons l'indication de 
Joseph ha-Mekanné: « plus de deux cents ans ». 

P. 153. Voir la note de M. Israël Lévi dans Revue, XLIX, 34. 

P. 153, 1. 10, et p. 15i, 1. 21 : « Marie-Madeleine avec ses longs che- 
veux de femme ». C'est la traduction de N v I3j nr^UJ Nbi^tt û^va ou 
6PÏÏ5: Kb-tfE D"n». L'auteur se permet donc de rendre Nb*ttïï doublement 
par « Madeleine » et par « long»; de plus, il oublie que le verbe b^ia 
signifie ici « tresser, friser », et que la véritable traduction est : 
« Miriam, la coiffeuse de dames ». Elle est identifiée, d'après Sanh-, 
67 0, Sablât, 104 #, avec Marie, la mère de Jésus. Toutefois Marie- 
Madeleine (Marie de Magdala) peut avoir donné occasion à cette 
désignation. 

P. 155 et s. La citation du Commentaire de la Genèse d'Abraham 
Maïmouni, publiée ici pour la première fois (Belege, p. xxvi), était 
connue de l'auteur par une copie fautive à laquelle il faut attribuer 
en partie les fautes de sa traduction. Déjà le commencement de l'in- 
terprétation de Gen., xlix, 10, manque, car *rhvï "pa un se rapporte 
à une explication déjà donnée. Dans le texte arabe il faut faire les 
corrections suivantes. L. 1, au lieu de VjH 1. B TOTï; au lieu de "^Nri 
peut-être : "nKn. — L. 4, après «»3i un verbe est tombé. — L. 5. Au 
lieu de nwatab, 1. "nfittttbK. — L. 9. Au lieu de yû\ 1. bfiW^ (dans la 
traduction on lit avec raison: Juifs). — L. 16. Au lieu de nSN, 1. N3N. 
— L. 17. Après r:3^ il manque un verbe (quelque chose comme b"<p; 
de même 1. 25, après ïi2N). — L. 20. Au lieu de *iïl»b, 1. lïlb (au par- 
fait). — L. 29. Après nb*»lDl il manque quelque chose. Parmi les 
bévues de la traduction, je relève particulièrement la traduction des 
lignes 11-21, où se trouve cette indication intéressante, que Abraham 
Maïmouni avait discuté avec des Chrétiens sur le verset Gen., xlix, 
10. Je donne la traduction de ce passage : « Cette argumentation (à 
savoir que par ttbTO on ne peut entendre que Jésus) s'appuie sur l'o- 
pinion que E33ti3 désigne nécessairement la dignité royale, comme ils 
(les Chrétiens) l'ont appris par nos explications ', particulièrement 
par Onkelos, qui interprète ainsi ce mot : pbniz) YO? "Hsn «b. Je les 
ai entendus soutenir cette preuve contre nous avec beaucoup de 
force. Les raisons de ce qu'ils s'y attachent est que, hormis ce pas- 
sage douteux, ils n'en trouvent aucun autre dans le Pentateuque 

1 Ou : par nos traductions de la Bible (les traductions juives). Je remarque que 
dans la toute récente édition (de Jérusalem) du Commentaire du Pentateuque de 
Saadia. ïaa'JJ est traduit par 'rbftbs S^p (au lieu de 3i£pbN dans Péd. Deren- 
bourg). Abou Said donne également ^bwbftt a^Êp. v. Poznanski, Belege, p. v. 



314 REVUE DES ETUDES JUIVES 

auquel ils puissent se suspendre, de même qu'ils trouvent dans les 
Prophètes et dans les Psaumes beaucoup de passages douteux, dont 
ils peuvent tirer de fausses preuves. Abraham ibn Ezra a faiblement 
réfuté cette preuve (tirée de Gen., xlix, 10) dans son Commentaire, 
ainsi qu'il apparaîtra à quiconque le considère attentivement. Il est 
nécessaire que tu prennes connaissance de la réfutation de leur 
preuve au moyen de laquelle je les ai moi-même personnellement 
réduits au silence. Nous leur disions, eu effet : C32U3 ne signifie pas 
nécessairement ici (comme vous l'affirmez) le sceptre royal (IT'kp 
^b»btf), mais le spectre de la dignité et de la fonction. Et si vous dites 
que par M3ttJ on ne peut entendre ici que le sceptre royal, nous ré- 
pondrons : Il en résulte qu'une royauté existant sans interruption 
comme dans la tribu de Juda ou chez les Juifs n'a jamais cessé avant 
la venue du Messie attendu. A quoi ils répondirent : Certes, et c'est 
bien ce qui arriva, car Jésus apparut vers la fin du second Temple. 
avant que le royaume des Juifs cessât et que leur empire fût détruit. 
Nous leur dîmes : Le royaume de Juda n'a-t-il donc pas cessé déjà à 
l'époque intermédiaire entre le premier et le second temple ?. . . 

Dans la traduction de M. P. la réfutation n'est pas présentée sous 
la forme d'une controverse qui a réellement eu lieu, les arguments 
eux-mêmes y sont brouillés d'une façon incroyable. 

P. 162, 1. 11 : « deux parties de la terre ». Lisez, deux tiers du 
monde. 

P. 167, 1. 25 : « lut » est la traduction de la leçon fautive N^p au lieu 
de ^np dans le texte du Zohar. 

P. 186, 1. 9 d'en bas. « Dans le Yélamdénou de R. Tanhouma ». Le 
texte porte simplement : "ijTnbr 

P. 202, 1. 5, ùonaba, traduction de ppiritt, est rendu par « dessi- 
nateur », de même p. 283 1. 5 et 1. 13 ; mais p. 271 1. 8, le même mot 
est traduit par « celui qui écrit des lois ». Le synonyme OO&nba est 
mieux traduit, p. 100, 1. 14, et p. 102, 1. 3, par « celui qui donne des 
lois ». 

P. 268, 1.11. « Souveraineté » ne rend pas exactement l'arabe ïÏDN'n, 
qui désigne la même chose que ÎT«bl dans le texte d'Abraham Maï- 
mouni : la dignité de la fonction (de Texilarque). 

P. 271 , 1. 21 . nosoa ne signifie pas « d'abord », mais « pour soi, par- 
ticulièrement ». 

P. 287, 1. 17. Pour « Yéred » il manque l'indication : I Chron., iv, 18. 

P. 318, note r. La référence aux rois juifs des Chazares n'est sans 
doute pas à sa place ici. 

P. 450. Benjamin de Tudèle termine la peinture des honneurs dont 
l'exilarque était entouré à la cour du Khalife par ces mots: « Car 
ainsi l'a commandé Mahomet, pour accomplir la parole de l'Écriture: 
« Le sceptre ne s'écartera pas, etc. » (P. 57 de l'éd. Grûnhut). On 
dirait que Mahomet lui-même a songé au verset de Schiloh, mais i^ 
est vraisemblable que les derniers mots ...airûïi û^pb sont une re- 
marque de Benjamin. 



BIBLIOGRAPHIE 315 

P. 452, 1. 1-3. Le passage tiré de Ahmed b. Idris est inexactement 
traduit. Il faut comprendre : Il ne cessa point d'y avoir chez lui des 
rois et un royaume jusqu'à l'époque du Messie (Jésus). Ils devinrent 
ensuite des protégés méprisés (H» 1 ! = ÎTïft'lbN bna, désignation des 
Juifs vivant sous la protection des Musulmans) et des sujets privés 
de liberté. 

La forme du livre mérite des éloges; notons aussi qu'en plus des 
fautes d'impression corrigées par l'auteur lui-même dans une liste 
qui occupe les pp. îMO-512, il n'en est pas beaucoup qu'on puisse 
relever. 

Puisse le second volume être publié dans un très court délai ! Nous 
lui prédisons comme à celui-ci la reconnaissance du public savant. 

W. Bâcher. 

Budapest, novembre 1904. 



Derunbourg (Hartwi<j). Notes critiques sur les manuscrits arabes de la 
Bibliothèque nationale de Madrid. Paris, 1904 ; in-4° de 52 p. 



Dans le nouveau travail de M. Derenbourg, — extrait d'un volume 
offert au professeur D. Francisco Godera y Zaidin, au moment où il 
prend une retraite prématurée de sa chaire d'arabe à Madrid, — nous 
relevons plusieurs pages qui intéressent les études juives : 

Le manuscrit de la Bibliothèque nationale, naguère coté Gg 106, 
contient une monographie intitulée De Toletano Hebrrrorum Templo, 
composée à Tolède en 1752 par Fr. Perez Bayer, ainsi que trois 
gouaches représentant des parties de « la Iglesia de Nra Seïïora del 
Transito de Toledo, que antes fuè Templo de Judios », avec un essai 
d'explication de nombreuses inscriptions hébraïques, reproduites sur 
la troisième planche. A la fin, en Appendice, un « monumentum he- 
braicum dimidia fere parte mutilum... Id autem in fronte œdium 
quas Toletani El Gorral de Don Diego vernaculo sermone vocant 
ad senos circiter a solo pedes domus atrium ingressuris ad lsevam 
occurrit », 



naoa rna "jtsn rp-n 

*]bi3 nr,inb wobi 

tnbiDn «arn 

Cette inscription ne se trouve pas dans le recueil des pierres tumu- 
laires hébraïques de Tolède, publié par S. D. Luzzatto, sous le titre 
de VTOI "»3aN (Prague, 1841,8°). Ce n'est pas d'après l'original, depuis 
longtemps égaré et probablement perdu, mais d'après une ancienne 



316 REVUE DES ETUDES JUIVES 

copie, insérée par 1). Francisco Javier de Santiago Palomares, dans 
son Poly graphia gothico-espal/ola, ms. de la Real Academia de la His- 
toria, que le P. Fidel Fita a publié ce texte, sans traduction, dans le 
Boletin de U R. Academia (1887). Dans cette transcription, les deux 
premières lignes étaient interverties et, par suite, inintelligibles: 
M. H. Derenbourg a eu la bonne fortune de les retrouver en bon 
ordre dans la copie de Perez Bayer. Il a fait mieux encore : il a rétabli 
les lacunes, et il a pu ainsi traduire le tout. 

Tandis que le P. Fita était trop avisé pour risquer une version 
quelconque d'une épitaphe devenue inexplicable par l'interversion 
des lignes, Perez Bayer, repoussant une traduction antérieure, avait 
dit : a Yidelur autem Hebrœi sepulchrum esse, qui decedens ante 
patrem suum Joseph prsemissus dicitur », et il avait traduit : 

Jacob (e. g.) filius Joseph verus Israelita defunctus 

Ante patrem suum ab eo prœmlssus est ut nuntiaret 

Ipsum quoque brevi eodem preventurum. Migravit autem in pace. 

M. Hartwig Derenbourg, heureusement inspiré, et éclairé par la 
ligne 2, dont il a rectifié le dernier mot, mal lu avant lui, a retrouvé 
le texte biblique dont se sert l'auteur de la stèle : c'est un verset de 
la Genèse (xlvi, 28) ; puis il a complété ainsi le texte : 

tobs ïi[b^]na ïen tpv ["p rmrri -i 
■pii m-nnb tobVi [tor 130 b*] -°- 

dibioa wm [DlbU33 N2] .3 

1. Jada fils de] Joseph, chef de la communauté' d'Avila, est décède' 

2. Eu pre'sence de son père] et avant lui il a passé pour montrer la route. 

3. Il est venu en paix] et il est sorti en paix. 

Dans la ligne 3, la première expression est empruntée à Genèse, 
xv, 15; la seconde à Jérémie, xliii, 12. Les deux expressions sont 
réunies par le Talmud de Jérusalem, qui dit de R. Akiba : il entra en 
paix (dans le paradis de la science) et en sortit en paix {Haghiga, 
ii, 1). « Quant au titre supposé pour le père, dit notre auteur, j'in- 
voque en faveur de mon hypothèse : 1° l'important article Amîn dans 
Dozy, Supplément aux Dictionnaires arabes, I, p. 38, et la notice re- 
marquable sur Alamin dans Eguilaz, Glosario etymologico, p 90 ; 2° le 
résumé du très compétent M. Kayserliûg sur la communauté juive 
d'Avila, dans The Jewish Encyclopedia, I, p. 355. J'ai donné la préfé- 
rence au nom de Yehoudah, parce qu'il est daus la Genèse, xlvi, 28, 
sans pouvoir affirmer qu'il n'y en ait pas eu quelque autre dans 
Pépitaphe. » 

Les mss. 107 et 108 delà même bibliothèque sont la mise au net et 
le brouillon d'un ouvrage intitulé : Reparos al t. 1° de la Bïblioteca 
espauola de D. Joseph Rodrigtjez de Castro ; en el quai trata de la 
literatura de los RaUnos espanoles. Au dessous du titre, il y a la note 



BIBLIOGRAPHIE 317 

suivante, signée de D. Juan Antonio Pellicer : « D. Juan de Santan- 
der encargo a D. Tomas Sanchez y a D. Juan Antonio Pellicer que 
hiciesen un examen critico de la Biblioteca rabbinico-espaîiola. Esta 
examen consta de seis capitulos. El primero es del Sanchez, y los 
cinco restantes del Pellicer. » 

Enfin, le ms. 109 est un Dictionnaire hébreu, intitulé "pEbtt b^s, 
de l'italien Joseph b. Juda b. Isaac Zarqo, composé en 4 448, œuvre 
qui a échappé aux investigations d'Ad. Neubauer et de W. Bâcher; 
en le constatant M. Derenbourg, donne l'analyse de ce Diction- 
naire rare et la dale de la présente copie, 1491. Ajoutons que le nom 
Isaac Zarqo (sans que nous puissions dire si c'est celui du même 
lexicographe) est celui du copiste du tdn FND^fc de Profiat Duran 
(ms. n° 30 de la bibliothèque de l' Alliance Israélite, ci-dessus, p. 155), 
d'après J. Almanzi. 

M. Schwab. 



Jusué (Don Eduardo). Tablas de reduccion del eompiito hebraieo al 
christiano y vieeversa preeedidas de uiia explicacion en castel- 
lano y en latin compuestas por procedimientos completamente 

nue \ os, Madrid, L. Aguado, 1904; in-8° de 320 p. 

Le présent ouvrage est principalement destiné, comme le titre l'in- 
dique, à fournir le moyen de ramener une date hébraïque à une date 
chrétienne et réciproquement. L'auteur n'a pas voulu dresser un 
calendrier perpétuel qui eût pris des dimensions énormes pour une 
période un peu étendue. Il n'a pas non plus imaginé des tables comme 
celles d'Isidore Loeb, qui exigent des opérations arithmétiques et 
exposent ceux qui les consultent à commettre des erreurs de calcul. 
Il a adopté un système intermédiaire en composant des tableaux 
qu'il suffit de consulter successivement pour obtenir la date cherchée. 
Une première série de tableaux donne la concordance des années 
hébraïques, depuis 4105 jusqu'à 5909, avec les années chrétiennes. 
Les colonnes indiquent l'année du cycle lunaire, la date chrétienne 
à laquelle commence l'année juive, le jour de la semaine avec une 
lettre indiquant le genre de l'année hébraïque, puis la date et le jour 
de la fête de Pâque. Une autre série de tableaux fournit la concor- 
dance avec l'année chrétienne d'une année hébraïque commençant à 
un jour déterminé et étant d'un genre déterminé. (Une année hébraïque 
ordinaire peut commencer du 5 septembre au 5 octobre. Une année 
embolismique du 25 août au 16 septembre.) Il suffit donc, pour avoir 
la date chrétienne correspondant à une date juive, de voir d'abord à 
quelle date de l'année chrétienne était le 1er Tisri de l'année en ques- 
tion, ce que l'on trouve par la première série de tableaux ; puis de 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

regarder daDS la seconde série le tableau donnant le calendrier de 
Tannée juive où le 4 cr Tisri tombe le jour que l'on a trouvé. On a 
ainsi la date chrétienne correspondant à la date hébraïque. On pro- 
cède de la même façon pour le problème inverse. Il n'y a donc pas 
d'opération à l'aire, mais seulement des tableaux à consulter. Toute- 
fois il faut se rappeler que l'année juive commence avant Tannée 
chrétienne correspondante, que le jour hébreu commence la veille au 
soir du jour civil, et tenir compte des années bissextiles. Par exemple, 
s'agit-il de savoir à quelle date chrétienne correspond le 14 Sebat 
5665? 5665 de la création correspond à 1905. La série des tableaux 
d'années montre que cette année a commencé le 40 septembre 1904 et 
qu'elle est embolismique abondante. Par la seconde série de tableaux 
on verra que dans une année de ce genre, commençant le 4 sep- 
tembre, le 14 Sebat correspond au "20 janvier. Si Tannée civile avait 
été bissextile, il aurait fallu reculer d'un jour à partir du 1 er mars. 
D'autres tableaux donnent le moyen de trouver le jour de la semaine 
quand on connaît une date, ou de résoudre des problèmes analogues. 
M. Jusué indique le moyen de construire soi-même facilement de 
nouveaux tableaux d'années. En effet, on a remarqué qu'au bout de 
4 3 cycles ou 247 ans, le Molad revient avec une différence de 905 par- 
ties d'heure en moins. Une fois qu'on a le tableau des Molad de 
247 ans, il n'y a qu'à retrancher 907 parties, ce qui est très facile. 
La même observation peut servir à trouver le Molad d'une année 
quelconque. 

L'ouvrage de M. Jusué débute par une introduction expliquant en 
espagnol, puis en latin, les règles du calendrier juif ainsi que les prin- 
cipes sur lesquels sont fondés les différents tableaux du livre et la ma- 
nière de s'en servir. Le tout est exposé très clairement, et le livre 
nous paraît très pratique pour les travailleurs. Il permet de trouver 
très rapidement la correspondance des dates juives et chrétiennes 
et réduit les chances d'erreur au minimum. Il peut rendre de grands 
services aux historiens, de même que l'ouvrage du même auteur sur 
le calendrier musulman. Quelle que soit la valeur des travaux anté- 
rieurs sur le même sujet, le volume de M. Jusué paraît plus com- 
mode à consulter. 

Nous ne voyons que quelques petites critiques à faire : Page 16, le 
dénominateur 7 aurait dû se trouver seulement sous 354 d et 383 d , car 
c'est seulement le nombre de jours que Ton divise par 7 pour avoir le 
reste de Tannée. Page 18, 4^ ligne d'en bas, il faut mettre 55 au lieu 
de 54. Enfin p. 4 24 à 4 35, l'auteur donne les tableaux de vingt-quatre 
espèces d'années, mais quatorze seulement sont possibles. Une année 
commune déficiente, par exemple, ne commencera jamais un rrardi ni 
un jeudi. Il suffisait donc de faire deux colonnes (lundi, samedi) pour 
ce genre d'année. 

Mater Lambert. 



TABLE DES MATIÈRES 



ARTICLES DE FOND. 

Adler (Elkan N.). Documents sur les Marranes d'Espagne et 

de Portugal sous Philippe IV {suite) 51 

Bernardy (Amy-A.). Les Juifs dans la république deSan-Marin 

{fin) 89 

Brunschvicg (Léon). Les Juifs eu Bretagne 110 

Cardozo de Béthencourt. I. Lettres de Menasseh ben Israël à 

Vossius (1651-1 655) S8 

II. L'auto da fé de Lisbonne, 15 décembre 1647 262 

Gauthier (Léon). Les Juifs dans les deux Bourgogues {suite) 1 et 244 

Goldzihkr (I.). Mélanges judéo-arabes [suite] 21'J 

Hei.ler (Bernard). Éléments, parallèles et origine de la légende 

des Sept Dormants 4 90 

Kahn (Léon). Les Juifs de Paris de 1755 à 1759 121 

Lévj (Israël). I. Manuscrits du Hadar Zekénim, recueil de com- 
mentaires exégétiques de rabbins de la France septen- 
trionale 33 

IL Un commentaire biblique de Léoutin, le maître de B. 
Gerschom 231 

Marmier (Général G.). Contributions à la géographie de la Pa- 
lestine et des pays voisins [suite] 1 81 

Schwab (Moïse). Les manuscrits et incunables hébreux de la bi- 
bliothèque de l'Alliance israélite, 74 et 270 

Trénel (J.). L'Ancien Testament et la langue française du moyen 

âge 4 8 

Weill (Julien). Spinoza et le Judaïsme 161 



NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). I. Le Kitab al-Tarik de Saadia 298 

II. Bischr b. Aaron 300 

III. ma 1*r>0 301 

Kayserling (M.). Notes sur l'histoire des Juifs d'Espagne 302 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lambert (Mayer). Notes exégétiques 146 et 297 

Lévi (Israël). Encore un mot sur le roi juif de Narbonne 1 47 

Weill (Julien). I. Un texte de Montesquieu sur le Judaïsme... 150 
IL Une inscription hébraïque à Lozère (Seine-et-Oise) — 305 

BIBLIOGRAPHIE. 

Bâcher (W.). Schiloh. Ein Beitrag zur Geschichte der Messias- 

lehre, par Ad. Poznanski 307 

Goldziher (J.). Prolegomena zu einer erstmaligen Herausgabe 
des Kitab al-Hidaja ila fara' id alqulub von Bachja ibn 
Josef ibn Paquda, von A. -S. Yahuda 1 54 

Lambert (Mayer). Tablas de reduccion del computo hebraico al 

christiano y viseversa, par Ed. Josué 317 

Schwab (Moise). Notes critiques sur les manuscrits arabes de 

la Bibliothèque nationale de Madrid, par H. Derenbourg 315 

Additions et rectifications ,.,,„ luu 



VKRSAILLKS, IMPRIMURIKS CKRF, 51), RUK DUPLESSIà. 



BINDJNG SECT. JUN 2 8 1982 



DS Revue des études juives; 

101 historia judaica 

t. 49 



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